28 févr. 2012

Claude Lévi-Strauss : La tragédie de la Ve République (rediff.)

Quand Lévi-Strauss avait tout faux...



Claude Lévi-Strauss :


La tragédie de la Ve République




par


Alexandre Gerbi
.



Claude Lévi-Strauss est mort, vieux d’un siècle. Un siècle qui vit, en France, en Afrique et dans le monde, l’anéantissement de ses rêves. Le génie, l’ancêtre Lévi-Strauss est mort à Paris, brisé et désespéré.

Evidemment, comme il y a six mois pour son centième anniversaire, nul astre de notre temps n’a eu d’envolées assez lyriques pour couvrir d’éloges l’immense écrivain et père du structuralisme, qui sut naguère déciller les yeux d’un Occident vermoulu, narcissique jusqu’à l’autodestruction. Europe abîmée de n’avoir trop longtemps voulu comprendre que l’Antiquité grecque et latine n’était point l’alpha et l’oméga de toute civilisation humaine, et que hiérarchiser les mondes était aussi sot que de hiérarchiser les hommes.

Anniversaires à géométrie variable

Amusant empressement que cette fébrilité dont glapit derrière l’auguste cercueil tout ce que la Ve République compte de zélateurs, quand on sait que celui dont on glorifie l’acuité et la clairvoyance fut l’un des grands vaincus du régime et de son idéologie fondamentale… Un régime qui, par un curieux hasard, fêta l’an dernier, lui aussi, son anniversaire : le cinquantième... Or cet anniversaire fit l’objet, contrairement à celui du grand Claude, d’une très prudente discrétion…

Cette géométrie variable appliquée aux anniversaires possède une explication en forme de clef, quelque peu complexe et subtile comme un texte de Lévi-Strauss…

Ces ondulations – l’anniversaire qu’on fête à grand bruit, puis celui sur lequel on glisse sur la pointe des pieds – se cristallisent dans un fracassant quoique sourd face-à-face : celui, il y a un demi-siècle, de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, alors jeune cinquantenaire, et de la Ve République, qui venait de sortir de l’œuf…

Le cimetière des idées sales

Le destin de Claude Lévi-Strauss, nul ne se le rappelle aujourd’hui, croisa intimement et puissamment, en ses origines, celui de la Ve République. Il s’en fallut de peu que notre cher régime fût sa prodigieuse créature… Mais au lieu de ce rêve, nous eûmes le cauchemar gaullien, dans lequel l’Afrique s’épuise depuis un demi-siècle, et où la France, après s’être brutalement racornie puis longtemps goinfrée, désormais s’étiole…

Claude Lévi-Strauss fut le tenant, le chantre, voire l’inspirateur d’un courant de pensée politique extraordinaire et visionnaire, qui présida à la naissance de la Ve République. Mais qui, finalement et paradoxalement, fut broyé, réduit en poussière et dispersé aux quatre vents par cette même Ve République. La broyeuse a tellement bien marché que dans l’actuelle France d’en-haut politique et médiatique, personne ne conserve, semble-t-il, le moindre souvenir de ces entremêlements, de ces bras de fer, de ces contradictions, de ces affrontements pourtant majuscules…

Au reste, il n’est guère besoin de plonger dans les arcanes de la pensée et des écrits de Lévi-Strauss pour trouver trace de cette pensée politique qui, parce qu’elle fut frappée du sceau de l’infamie par ses vainqueurs, repose aujourd’hui au cimetière des idées sales.

« Un autre destin est possible »

La IVe République, confrontée aux injonctions maghrébines et noires africaines, fut traversée de velléités révolutionnaires. Et si, pour en finir avec la crise née de l’obsolescence de l’injustice colonialiste et de la juste révolte des peuples d’outre-mer, il suffisait finalement de tenir les promesses de la IIIe République et de la Constitution, en accordant aux populations ultramarines ce qu’elles réclamaient : l’égalité politique réelle ?

Durant l’hiver 1954-1955, tandis que le Maroc ni la Tunisie n’étaient encore indépendants, et comme la guerre d’Algérie s’ébauchait, Claude Lévi-Strauss écrivit dans son chef-d’œuvre, Tristes Tropiques :

« Si, pourtant, une France de quarante-huit millions d’habitants s’ouvrait largement sur la base de l’égalité des droits, pour admettre vingt-cinq millions de citoyens musulmans, même en grande proportion illettrés, elle n’entreprendrait pas une démarche plus audacieuse que celle à quoi l’Amérique dut de ne pas rester une petite province du monde anglo-saxon. Quand les citoyens de la Nouvelle-Angleterre décidèrent il y a un siècle d’autoriser l’immigration provenant des régions les plus arriérées de l’Europe et des couches sociales les plus déshéritées, et de se laisser submerger par cette vague, ils firent et gagnèrent un pari dont l’enjeu était aussi grave que celui que nous nous refusons de risquer. Le pourrions-nous jamais ? En s’ajoutant, deux forces régressives voient-elles leur direction s’inverser ? Nous sauverions-nous nous-mêmes, ou plutôt ne consacrerions-nous pas notre perte si, renforçant notre erreur de celle qui lui est symétrique, nous nous résignions à étriquer le patrimoine de l’Ancien Monde à ces dix ou quinze siècles d’appauvrissement spirituel dont sa moitié occidentale a été le théâtre et l’agent ? Ici, à Taxila, dans ces monastères bouddhistes que l’influence grecque a fait bourgeonner de statues, je suis confronté à cette chance fugitive qu’eut notre Ancien Monde de rester un ; la scission n’est pas encore accomplie. Un autre destin est possible (...) »

Fraternité longtemps espérée

C’est aujourd’hui une vérité interdite, que rappellent volontiers les vieux Africains : l’indépendance, pour la plupart des habitants d’Afrique noire comme du Maghreb, n’était qu’une issue seconde, découlant de l’impossibilité d’obtenir l’égalité de la France. Obtenir l’égalité, pour la plupart d’entre eux, tout particulièrement au sud du Sahara, mais aussi au nord du grand désert, être enfin reconnus comme des égaux, c’était déposer les armes, pour enfin s’aventurer sur la voie d’une fraternité longtemps espérée. Construire pour de bon l’avenir dans le vaste espace républicain, dont la France aimée et admirée savait les secrets, les vertus et les forces. La paix, la concorde tenaient à cela. Claude Lévi-Strauss, excellent connaisseur de l’Afrique, le savait.

Les figures héroïques, de nos jours trahies et déguisées, de Léopold Sédar Senghor, Félix Houphouët-Boigny, Léon Mba, Barthélémy Boganda et même Ahmed Sékou Touré, en portent l’éternel témoignage.

La classe politique métropolitaine, souvent ignorante des réalités humaines africaines, enfermée dans des schémas hors d’âge, se tâtait. Seule l’Algérie, par son intime inclusion dans la métropole, semblait pouvoir bénéficier, peut-être, d’une exception.

En janvier 1955, répondant aux premiers feux de la guerre d’Algérie dont ils décelaient les causes, les désespoirs profonds, Pierre Mendès France et François Mitterrand chargèrent Jacques Soustelle, ethnologue de réputation internationale, ancien de la France Libre et grand gaulliste de gauche, d’appliquer en Algérie les conclusions de Claude Lévi-Strauss, dont il se trouvait être l’ami. On appela cela l’Intégration. Soustelle parvint à populariser cette idée révolutionnaire, tant bien que mal, auprès des masses pieds-noires pourtant rétives.

Mais les vieilles barbes de la IVe République, décidément, ne pouvaient voir neuf millions d’Arabo-Berbères musulmans devenir des Français à part entière, et voter, et envoyer des députés au Palais-Bourbon. Qui empêcherait, de là, les Nègres de demander la pareille ?

La IVe République décida donc de reculer, y compris en Algérie. En réponse, l’Armée se souleva en mai 1958, poussée dans cette voie par l’ermite de Colombey, et ses relais algérois, notamment Jacques Soustelle…

Un officier de filiation nationaliste et conservatrice, voire monarchiste

Ainsi le général de Gaulle renversa la IVe République au nom de l’Intégration. Au gré d’un scénario sidérant, « un officier de filiation nationaliste et conservatrice, voire monarchiste » (Viansson-Ponté) endossait le programme de Claude Lévi-Strauss… En apparence. Car il n’en pensait pas un mot :

« C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! (…) Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants. (…) Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain, seront vingt millions et après-demain quarante ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! » « Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l’Elysée ? »

Ou un Nègre…

La suite coule de source. De Gaulle, admirateur de Maurras et de Barrès, se travestit en héraut de la pensée lévi-straussienne. Ainsi revenu au pouvoir, par mille stratagèmes, au prix de multiples violations de la Constitution, de cyniques mensonges, de trahisons et d’innombrables crimes, il fit le contraire de ce qu’il avait annoncé, le contraire de ce pour quoi l’Armée l’avait aidé à renverser le précédent régime, le contraire de ce pour quoi les Français l’avaient élu président de la République. Le contraire de ce qu’avait rêvé Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques.

Au nom, ahurissante audace, de la victoire de la modernité politique sur l’obscurantisme et le fascisme ! Une inversion des rôles qui permit, depuis, que jamais ce choix ne soit interrogé ni remis en question, et que soient exaltées la figure, les décisions, et défendues les méthodes du Général, désormais présenté comme un visionnaire et sanctifié…

Ainsi la scission fut-elle finalement accomplie. Les chefs blancs ne voulurent point que la métropole fût submergée par la grande vague de l’outre-mer. Ils se résolurent à étriquer le patrimoine de l’Ancien Monde. Un autre destin était pourtant possible...

Nous savons celui qui nous fut donné en échange.

Il nous appartient, par delà les larmes, les regrets et les vies détruites, de construire notre avenir à cette aune difficile. Sans amnésie, ni soumission. Avec foi et idéal. En toute égalité et fraternité. Pour l’Afrique comme pour la France. Et pour, aussi, le reste du monde.

Adieu et au revoir, Monsieur Lévi-Strauss.


Alexandre Gerbi




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21 févr. 2012

En l’honneur du Cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie

Spéciale dédicace à Serge Letchimy et Claude Guéant







En l’honneur du Cinquantenaire

de l’indépendance de l’Algérie





par


Alexandre Gerbi





En l’an 2012, 50e anniversaire de l’indépendance algérienne, au fil des mois, en marge du mensonge d’Etat, devant l’imposture à la fois internationale et intime, le blog Fusionnisme rappellera ce qui fut. Opiniâtrement. Et avec toute la calme passion qui sied à ce dantesque sujet…



L’historiographie prend soin, depuis des décennies, de dissocier indépendance algérienne et indépendances des Etats d’Afrique subsaharienne.

Evidemment, étudier indépendamment l’une, l’indépendance algérienne, et les autres, les indépendances subsahariennes, permet de cacher la vraie nature du drame qui se noua en Algérie, pendant la période 1958 (ou 1954, ou 1945 etc.) -1962, et plus vastement en Afrique.

Au contraire, articuler l’une et les autres permet de dévoiler l’insoutenable. C’est pourquoi le silence est préféré par le Système, nourri de contrevérités et d’amnésie.

En manière de réponse, depuis des années, le Mouvement Fusionniste s’emploie à mettre à nu le phénomène de la décolonisation dans son ampleur transcontinentale, de part et d’autre du Sahara. Mais aussi, par petites touches, à l’échelle intercontinentale, puisque notre sujet embrasse aussi l’Indochine et les anciens Comptoirs des Indes. Sans parler de tous les océans, où la France demeure d’ailleurs toujours présente, d’ailleurs, à l’heure qu’il est…

En ce 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, le blog Fusionnisme, fidèle à lui-même, est tenu d’annoncer la couleur. La voici, donc.

L’an 2012 sera probablement marqué par les hypocrisies habituelles, telles qu’on les vit s’éployer en 2010, Cinquantenaire des indépendances subsahariennes. Selon toute vraisemblance, cette année encore, intellectuels, politiques et dans une moindre mesure, médias, nous serviront, la bouche en cœur, le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». En omettant scrupuleusement, comme il se doit, de signaler l’Affaire gabonaise (1958), la Loi 60-525 (1960), et bien sûr l’Affaire d’Algérie (1958 ou 1954-1962), en autres pivots de l’imposture. Gigantesque. Dont notre époque étouffe et dont meurt la France et, quoique diversement, l’Afrique et le monde...

Alors, dans ce brouhaha, dans cette confusion tragique, face à ce vol au ras des pâquerettes si dérisoire, si veule, si destructeur, le blog Fusionnisme va s’autolabourer. Pour compenser, un peu.

S’autolabourer, c’est-à-dire, régulièrement, à la faveur de cette année anniversaire, en marge des commémorations convenues de l’indépendance de l’Algérie, republier un florilège de la centaine d’articles parus depuis cinq ans sur le blog Fusionnisme, dans le sillage de la sortie de Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, Imposture, refoulements et névroses (Ed. L’Harmattan). Sans préjudice d’interventions supplémentaires d’amis ou de l’auteur.

Pour commencer la série, De Hitler au largage des Africains s’est imposé.

Au feu nourri que nous cherchons à déchaîner sur De Gaulle, figure historique abusivement glorifiée, ce texte livre un premier axe fondamental : la référence à l’hitlérisme et, au delà, à la dérive folle que Claude Lévi-Strauss fustigea, en vain, dans les années 1950. C’est pourquoi Lévi-Strauss suivra Hitler et précédera Césaire, dans cette ouverture fusionniste de l’année 2012, Cinquantenaire de l’Indépendance de l’Algérie, terre aimée et populations martyres.


A.G.



De Hitler

au largage des Africains




par


Alexandre Gerbi

.




Le général de Gaulle et les hommes politiques métropolitains qui organisèrent la prétendue « décolonisation » avaient forcément lu Mein Kampf. « Tout Français doit lire ce livre » avertissait le maréchal Lyautey.

« Un Etat africain sur le sol de l’Europe »

Or on lit dans le livre de Hitler, publié en 1925-1926 :

« (…) la France est, et reste, l’ennemi que nous avons le plus à craindre. Ce peuple, qui tombe de plus en plus au niveau des nègres, met sourdement en danger (…) l’existence de la race blanche en Europe. Car la contamination provoquée par l’afflux de sang nègre sur le Rhin, au cœur de l’Europe, répond aussi bien à la soif de vengeance sadique et perverse de cet ennemi héréditaire de notre peuple qu’au froid calcul du Juif, qui y voit le moyen de commencer le métissage du continent européen en son centre et, en infectant la race blanche avec le sang d’une basse humanité, de poser les fondations de sa propre domination. Le rôle que la France, aiguillonnée par sa soif de vengeance et systématiquement guidée par les Juifs, joue aujourd’hui en Europe, est un péché contre l’existence de l’humanité blanche (…) [l’]envahissement [de la France] par les nègres fait des progrès si rapides que l’on peut vraiment parler de la naissance d’un État africain sur le sol de l’Europe. »

Le venin et ses brûlures

Hitler avait de bonnes raisons de cracher son venin. A l’époque, en effet, et selon un crescendo jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, la propagande officielle française proclamait fièrement l’égalité des races et, si elle ne l’appliquait encore que très imparfaitement, joignait le geste à la parole, en nommant des Nègres ministre (Blaise Diagne) ou vice-président de l’Assemblée nationale (Gratien Candace).

Vingt à trente ans plus tard, nombre d’analyses, de stratégies et de motifs parfois contradictoires présidèrent à la décolonisation. Parmi eux, la crainte de la « bougnoulisation » de la France (selon l’expression, en coulisses, de Charles de Gaulle) et, partant, de l’Europe, tint une place éminente.

L’éviction des populations d’Afrique répondait-elle, selon des voies souterraines, aux anathèmes du Führer ? En substituant l’alliance européenne à l’alliance africaine au lieu de l’y ajouter, sacrifia-t-on à d’obscurs démons ?

De Gaulle expliquait en Conseil des ministres, en 1962 : « Cette Europe, il faudra bien qu’elle se bâtisse un jour. On en parle depuis Jules César, Charlemagne, Othon, Charles Quint, Louis XIV, Napoléon, Hitler. »

« La France ne serait plus la France »

Au même moment, avec l’appui ou le consentement silencieux de ses alliés, le Général achevait le démantèlement de l’ensemble franco-africain. En choisissant d’offrir l’Algérie au FLN, meilleur garant d’un divorce franco-algérien irréversible.

Au nom d’un principe que l’ermite de Colombey, revenu aux affaires par un putsch militaire et sur un programme totalement inverse, avait énoncé à l’Elysée, in petto, en 1959 :

« Il ne faut pas se payer de mots ! C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »

Terrible héritage.

Alexandre Gerbi


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8 févr. 2012

Le microscopique Guéant et les Tartuffes de la gauche

Ce qui s'agite dans la bouteille...







Le microscopique Guéant

et les Tartuffes de la gauche




par


Alexandre Gerbi





Certains, en particulier à gauche, poussent des cris scandalisés devant les propos de Claude Guéant, comme hier devant ceux de Brice Hortefeux, de Nadine Morano, de Gérard Longuet ou de Nicolas Sarkozy.

Or les mêmes belles âmes, en particulier à gauche, n’ont pas de mots assez sucrés et laudatifs pour glorifier Charles de Gaulle alias « Le Général »…

Las ! Guéant, Hortefeux, Morano, Longuet, Sarkozy et tant d’autres ne sont que des petits joueurs, des émules minuscules et édulcorés de Charles de Gaulle, dont les conceptions et les agissements présidèrent à la naissance du régime actuel. Une idéologie au nom de laquelle fut décidé et organisé, il y a cinquante ans, le largage de l’Afrique ou plutôt de ses populations. Par la mise en place d’un apartheid à l’échelle intercontinentale, tremplin du néocolonialisme. Le tout au mépris de la démocratie et des principes républicains les plus fondamentaux (Affaire gabonaise, Loi 60-525, Affaire algérienne). Une tragédie incommensurable dont notre époque et notre société sont le produit catastrophique. La France de 2012, monde de plus en plus clivé, est la projection des prophéties manichéennes et autoréalisatrices de Charles de Gaulle…

« Les Arabes, les Kabyles, les Mozabites, les Juifs ? Ces gens-là ne font pas partie de notre peuple. »

« Les Arabes, ce n'est rien. Jamais on n'a vu des Arabes construire des routes, des barrages, des usines. Après tout, peut-être n'ont-ils pas besoin de routes, de barrages, d'usines. Ce sont d'habiles politiques. Ils sont habiles comme des mendiants. »

« On a prétendu faire des Nègres de bons Français. C'est beau l'égalité, mais ce n'est pas à notre portée. Vouloir que toutes les populations d'Outre-mer jouissent des mêmes droits sociaux que les métropolitains, d'un niveau de vie égal, ça voudrait dire que le nôtre serait abaissé de moitié. Qui y est prêt ? Alors puisque nous ne pouvons pas leur offrir l'égalité, il vaut mieux leur donner la liberté ! Bye Bye, vous nous coûtez trop cher ».

« Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans qui demain seront vingt millions, et après-demain quarante ? Si nous faisons l'intégration, si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »

« Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq, puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l'Elysée ? »

Fin de citation.

Alors, de grâce, Messieurs les scandalisés, Mesdames les belles âmes, en particulier de gauche, cessez tant de tartufferie. Cessez de vous indigner des sorties misérables et indigentes d’un Guéant, d’un Hortefeux, d’une Morano, d’un Longuet, d’un Sarkozy ou d'un autre.

Ou alors, soyez enfin cohérent(e)s et dites-nous enfin toute la vérité sur le largage de l’Afrique et de l’Algérie en particulier par Charles de Gaulle et ses alliés, en cette année 2012, cinquantenaire de l’indépendance algérienne et d’élection présidentielle.



Alexandre Gerbi






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31 janv. 2012

Cinquantenaire de l'indépendance algérienne : Que sera 2012 ?




A tous les lecteurs et visiteurs du blog Fusionnisme, j'adresse mes meilleurs vœux pour l’année 2012. Que cette nouvelle année vous apporte la bonne santé, du bonheur et bien des joies, dans un monde qui cesse enfin d’être aveugle et fou, ou le soit un peu moins le 31 décembre prochain, c’est-à-dire dans onze mois déjà…

Alexandre Gerbi






Cinquantenaire

de l’indépendance algérienne :

Que sera 2012 ?



par


Alexandre Gerbi





Année du Cinquantenaire de l’indépendance algérienne, devra-t-on subir en 2012 la manipulation et de déferlement de contrevérités habituelles ?

Ou bien nous racontera-t-on, enfin, l’histoire de ce morceau du peuple franco-africain, dont certains fils se soulevèrent contre le mépris colonialiste, mépris d’Etat qui les reléguait au rang de sous-citoyens, de sous-Français, et partant de sous-hommes ? Nous racontera-t-on enfin le drame et l’exacte nature de leur soulèvement, où beaucoup laissèrent leur jeunesse ou la vie ? Si tous combattaient le mépris et l’injustice colonialiste, combien parmi ces révoltés qui avaient choisi l’indépendance comme seule issue aux mensonges, aux promesses non tenues, aux vains sacrifices sur l’autel d’une Mère-Patrie incapable de les regarder enfin comme ses enfants, combien aimaient, admiraient pourtant la France qu’ils combattaient ? A vrai dire, combien combattaient la France, combien combattaient son peuple, combien combattaient son gouvernement ? Combien de ces martyrs de l’indépendance auraient préféré la fraternité proclamée, l’unité franco-algérienne dans l’unité franco-africaine, dans une grande République intercontinentale, sociale, égalitaire par delà les races et les religions ? En face de cette révolte, de ces aspirations légitimes, les uns après les autres, les gouvernements de la IVe République ont opposé le visage fermé de la guerre. La violence, la destruction préférées à l’égalité et à la fraternité. Là gît toute la tragédie de la IVe République, de la France, de l’Algérie, de l’Afrique, de l’Indochine, et delà, avec un demi-siècle de recul, peut-être du monde…

Alors il y eut mai 1958. La révolution oubliée. Sans doute ce qui eût dû être un événement comparable, par son importance historique et par ses enjeux, à la Révolution française. Mais la fresque grandiose abritait un scénario de comédie sanglante. Le héraut de la Révolution en était l’ennemi. L’ennemi le plus acharné. Déguisé en son inverse. Ci-devant trône Charles de Gaulle, monstre infâme, machiavélique et, au bout de la route, sorte de petit Hitler français, créature infecte autant qu’est immense la gloire dont l’exalte le régime fondé sur ses mensonges et sur ses crimes : la Ve République, à présent agonisante, mais sous laquelle nous vivons encore… et à laquelle revient l’effarante charge de célébrer l’anniversaire des « indépendances » africaines, en l’occurrence la pire sans doute : celle de l’Algérie…

En 2010, nous avons vu la puissante hypocrisie dont le Système est encore capable. Alors que l’ambassadeur du Congo-Brazzaville à Paris, Henri Lopès, acheva l’année en divulguant l’effarante vérité, toute l’année fut consacrée à noyer le poisson. Ce que son excellence Henri Lopès a dit (de manière presque plus radicale…), c’est ce que j’ai montré dans Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, Imposture, refoulements et névroses, publié chez L’Harmattan en 2006, ainsi que dans les articles publiés depuis lors sur le blog Fusionnisme et ailleurs (Bakchich, Camer.be, Rue89, IciCemac, Afrik.com, Mediapart, etc.). Pourtant, le Système, aussi bien son chef, Nicolas Sarkozy, que ses serviteurs, Jacques Toubon par exemple, et les intellectuels, et les médias ont menti pendant l’année entière. Le cinquantenaire des indépendances africaines fut, comme il fallait s’y attendre, une vaste manipulation. De colloque en colloque, d’émissions en émissions, l’alibi du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » a battu son plein…

Au seuil de l’année 2012, ce constat s’impose : la réalité du largage de l’Afrique subsaharienne mais aussi de l’Algérie, parfaitement connue en haut lieu, continue d’être officiellement tue. Mieux encore, la version essentiellement fallacieuse, qui prévaut depuis un demi-siècle, continue d’être la ligne de l’Etat français et de ses ramifications.

Au demeurant, le procès de Charles de Gaulle ne pourra être éternellement différé. Non en tant qu’homme, car il est mort maintenant, mais en tant qu’ancien chef de l’Etat. Un procès symbolique, bien sûr, mais dont il ressortira nécessairement que cet homme, par le nombre de crimes et des morts qu’il a sciemment provoquées (des centaines de milliers, voire des millions, si, au-delà de la tragédie algérienne, l’on impute à Charles de Gaulle la responsabilité des désastres du néocolonialisme sous son règne, si ce n’est au delà…) ne peut plus occuper la place qu’il occupe actuellement dans notre Panthéon national. Si l’Homme du 18 juin mérite cette place, le menteur cynique et bientôt criminel de mai-juin 1958 et de ses suites doit être déboulonné d’urgence. Pour l’honneur de la République et de la France.

Ainsi la vérité doit être enfin dite : c’est la condition sine qua non de toute réconciliation franco-algérienne. Mais tout autant, c’est la condition sine qua non de toute réconciliation franco-française, c’est-à-dire de la France avec elle-même, dans toutes les composantes de son peuple, mais aussi avec l’Afrique, avec tous ses enfants bientôt mêlés dans la grande République franco-africaine, ou afro-française, et plus vastement afro-européenne, ou euro-africaine, telle que l’avaient rêvée Senghor et Lévi-Strauss éplorés, comme tant d’autres, il y a cinquante ans...



Alexandre Gerbi






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18 oct. 2011

Ratonnades d’octobre 61 : Le sang comme écran de fumée

Au lendemain du 50e anniversaire...






Ratonnades d’octobre 61 :

Le sang comme écran de fumée





par


Alexandre Gerbi






Il y a cinquante ans hier, les ratonnades du 17 octobre 1961 ensanglantaient les rues de Paris et rougissaient la Seine, sous le haut patronage de Charles de Gaulle.

Pourquoi Charles de Gaulle donna-t-il l’ordre à Maurice Papon, préfet de police de Paris, de procéder à cette répression ultraviolente ?

Officiellement, pour contrer une manifestation pro-FLN, parti indépendantiste algérien, dont le gouvernement de Charles de Gaulle était en principe l’adversaire.

Voici qui semble fort logique… Et pourtant…

A la même époque, le même Charles de Gaulle intensifiait, dans le plus grand secret, sa politique d’alliance avec le FLN. Politique qu’il poussera d’ailleurs à son terme quelque huit mois plus tard, en livrant l’Algérie, Sahara compris, au parti indépendantiste. Alors même que le FLN était vaincu militairement, et connu pour ses méthodes particulièrement barbares (voir par exemple le massacre de Melouza, en 1957), en particulier à l’endroit des Algériens profrançais ou pro-MNA, parti également indépendantiste, mais concurrent, dirigé par Messali Hadj. D’ailleurs, l’Algérie devenue indépendante connaîtra rapidement un gigantesque bain de sang, où des dizaines de milliers d’Algériens, Harkis ou civils profrançais et leurs familles, seront massacrés dans des conditions souvent atroces.

Alors pourquoi Charles de Gaulle a-t-il donné l’ordre de réprimer aussi cruellement une manifestation -interdite - organisée par ses alliés ?

En réalité, les ratonnades du 17 octobre 1961 visaient, pour de Gaulle, à se donner de lui-même, aux yeux de l’opinion publique française, l’image d’un chef politique intraitable avec le FLN, afin de mieux cacher qu’il traitait avec lui, en en faisant son interlocuteur exclusif, et ce au détriment aussi bien du MNA de Messali Hadj que des Pieds-Noirs et, surtout, des millions d’Algériens profrançais.

Autrement dit, les ratonnades du 17 octobre 1961 s’inscrivent dans la liste presque sans fin des diversions qui permirent à Charles de Gaulle, en l’espace de quatre ans (1958-1962), de mener à bien son projet monstrueux : trahir de A à Z ses engagements de 1958, et procéder au démantèlement de l’ensemble franco-africain. Afin d’éviter la « bougnoulisation » (et l’islamisation…) de la France et, d'autre part, d’organiser le néocolonialisme.

Il est donc bon de commémorer les tragiques événements d’octobre 1961. Non seulement au nom des hommes qui perdirent la vie ce jour-là. Mais aussi parce qu’à travers ce qui fut une habile manœuvre d’intoxication de l’opinion publique, c’est la stratégie machiavélique de Charles de Gaulle, ses trahisons et ses mensonges, qui s’illustra alors.

Et qui s’illustrera de nouveau, de façon également radicale et affreuse, le 26 mars 1962 : ce jour-là, rue d’Isly à Alger, c’est cette fois la foule pied-noire qui fera les frais de la stratégie et des méthodes criminelles de Charles de Gaulle : l’armée fera feu à la mitrailleuse, pendant dix minutes, sur la foule manifestant pourtant pacifiquement son soutien à Bab-el-Oued, quartier populaire d’Alger pro-OAS insurgé contre l'indépendance et, pour cela, en état de blocus. Bilan : une cinquantaine de mort et des centaines de blessés. Manifestation, il est vrai, interdite, tout comme celle d'octobre 1961...

Plus encore que les ratonnades de 1961, cet événement, appelé pudiquement « fusillade de la rue d’Isly », fait l’objet d’une large omerta médiatique qu’il est grand temps de briser.

Rendez-vous en mars 2012, pour le cinquantenaire de ce tragique événement. Voir si les médias et les associations de tous bord sauront ne pas faire le tri entre les victimes d'une Histoire délirante...




Alexandre Gerbi







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4 oct. 2011

Les Harkis, Sarkozy, De Gaulle et les élites de la République confédérale de Françafrique

Décryptage d'un mensonge dantesque...





Les Harkis, Sarkozy,

De Gaulle et les élites

de la République confédérale

de Françafrique




par


Alexandre Gerbi






Vendredi 23 septembre, sur le plateau de la nouvelle émission de Paris Première intitulée Zemmour & Naulleau, un journaliste de Mediapart, Fabrice Arfi, déclarait que l’affaire Karachi était potentiellement
« le plus grand scandale de la Ve République ». François Bayrou, président du MODEM, lui répondit sans rire que le plus grand scandale de la Ve République, c’était peut-être, selon lui, l’affaire Tapie.

Il convient de répondre à ces deux amnésiques que les affaires Karachi et Tapie ne sont que pipi de chat (et je pèse mes mots, sans mépriser les victimes) comparé au scandale fondateur de la Ve République, dont le grand responsable fut Charles de Gaulle.

La preuve : bien que les faits remontent à bientôt d’un demi-siècle, la Ve République refuse toujours de reconnaître sa responsabilité dans l’holocauste des Harkis et des Algériens francophiles en 1962…

Responsabilité inavouable, parce que cet holocauste fut la phase finale de la plus grande imposture de l’Histoire de France et, par conséquent, du plus grand scandale, d’ailleurs fondateur, du régime actuel : le largage de l’Afrique par Charles de Gaulle, en vue de conjurer le métissage (« bougnoulisation » selon de Gaulle) de la France et de lever toute entrave au néocolonialisme, sur fond d’apartheid organisé à l’échelle intercontinentale…

Le samedi 24 septembre 2011, Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, accompagnés d’une trentaine de marcheurs, ont achevé leur Longue Marche à travers la France. Un périple qui les a conduits, en un mois, de la préfecture de Montpellier aux portes de Paris.

Ce samedi soir-là, partis de Bourg-la-Reine en début de soirée, les marcheurs sont entrés dans Paris, comme promis, avec les flambeaux de la mémoire à la main.

Après avoir traversé les rues de la capitale en scandant « Sarkozy, menteur, De Gaulle, assassin » ou encore « Harkis, Français par le sang versé », le cortège est arrivé aux Invalides, dans la nuit.

Le lendemain, Nicolas Sarkozy présidait pour la première fois depuis son élection la cérémonie annuelle d’hommage aux Harkis. Sans juger bon d’y prononcer le moindre discours, dans une sorte d’ultime injure aux Harkis. Au même moment, les Marcheurs étaient interpellés sur la rive droite par les CRS, tandis qu’ils fonçaient vers l’Arc de Triomphe dans l’espoir de bloquer les Champs-Elysées, faute d’avoir obtenu le droit de venir assister à la cérémonie…

Pourquoi Nicolas Sarkozy continue-t-il de se parjurer et de mentir sur l’Histoire des Harkis ?

Elements de réponse…



Mea culpa : il y a un an, je croyais que de Gaulle n’en avait plus que quelque mois à passer pour le saint homme qu’il ne fut point, hélas, mais alors point du tout. Or je me suis trompé. En ce mois de septembre 2011, bien que dangereusement rongée de l’intérieur, la statue du Commandeur est toujours debout. Et Sarkozy toujours dans son costume de grand prêtre de la Ve République blanciste en ses trésors de tartufferie, sous l’icône du grand homme déifié.

Entièrement soumis au tabou des tabous, l’actuel chef de l’Etat continue donc de pipeauter, pour ne pas écorner l'image du fondateur du régime, qui mériterait pourtant bien plus que quelques égratignures.

Car en réalité, Charles de Gaulle aurait dû être condamné pour haute trahison et crime contre l’humanité. Cette idée a longtemps été soutenue par les adversaires les plus acharnés du Général, en particulier l’OAS (Organisation Armée Secrète), ce qui permit de la cataloguer absurde ou scandaleuse. Pourtant, le crime de haute trahison de Charles de Gaulle est une évidence qui s’impose à l’esprit, si on prend la peine d’examiner les faits. Mais encore faut-il se livrer à cet exercice, d’où l’utilité de l’amnésie bien utile à certains, que nous évoquions en ouverture…

Certes, il est permis de se doucher avec du rire, puisque tout ceci est, finalement, très amusant. Autant d’hypocrisie, autant de soumission, autant de mensonges, énormes, gigantesques et colossaux aux effets forcément cataclysmiques, voilà qui est bel et bien drôlatique… Le pays d’Ubu, qui n’est pas la Pologne, mérite plus que jamais ce grotesque et tubulaire saint patron…

*
* *

On ne le répètera jamais assez : aujourd’hui notoirement connu pour être un raciste de la pire espèce (hors micros, l’homme ne s’en cachait d’ailleurs pas), méprisant les « Bougnoules » à peu près autant que les « Nègres », se défiant comme du choléra des musulmans, le Charles de Gaulle qui sévit à partir de 1958 était aussi un genre de fasciste à caractère machiavélique, jouant sans restriction du mensonge et de la duplicité…

« Le Général a toujours été un ardent républicain et un démocrate scrupuleux ! » s’insurgeront quelques derniers gaullolâtres particulièrement aveugles ou eux-mêmes antidémocrates et antirépublicains. Las ! Qu’il me soit, pour ma part, permis d’en douter, et même davantage…

Scandale que de le dire. Il ne s’agit pourtant là que d’une consternante vérité.

Pour l’illustrer, je m’en tiendrai à quelques grandes lignes :

Charles de Gaulle a totalement subordonné le parlement à un Exécutif réduit, souvent, à sa seule personne, en particulier touchant à la gestion (désastreuse) de l’Affaire algérienne ; il a piétiné la Constitution à de très nombreuses reprises, sur des points fondamentaux et avec des conséquences gravissimes (voir, par exemple, l'Affaire gabonaise et la Loi 60-525, ou encore les discours d’Alger et de Mostaganem confrontés aux confidences à Peyrefitte) ; de Gaulle a ainsi, selon des voies antidémocratiques et ultraviolentes, démantelé la République en mettant au ban de la France les populations ultramarines (Afrique subsaharienne et Algérie), tout en conservant le bénéfice de l’exploitation de leurs terres, par le truchement du néocolonialisme. Tout cela pour, à la fois, préserver l’Hexagone de la « bougnoulisation » et du prétendu « boulet » économique et social subsaharien et maghrébin.

Ce vaste « largage », à la double essence racialiste et néocolonialiste travestie en mirifique « indépendance », fut accompli, répétons-le, au mépris des Institutions, des Lois, des principes républicains et de la démocratie, mais aussi de l’Histoire de France, voire de l’Histoire du monde, comme je l’ai expliqué dans Histoire occultée de la décolonisation, Imposture, refoulements et névroses (Ed. L’Harmattan, 2006).

En outre, pour mieux, à la fois, ensevelir ses mensonges et rendre ses décisions irréversibles, Charles de Gaulle n’a pas hésité à provoquer la mort de centaines de milliers de personnes. Ce fut le génocide des Algériens francophiles, en particulier des Harkis – interdits de rapatriement et livrés en tout connaissance de cause au supplice et à la mort – et les Pieds-Noirs – eux-mêmes menacés, parfois frappés de massacre, et condamnés ainsi à l’exode. Pareils violences et tragédies s’inscrivant, répétons-le, sur fond de démocratie bafouée, de principes transgressés, de manipulations, de duplicité…

Or au lieu d’être destitué et traduit en justice pour haute trahison et crime contre l’humanité, l’auteur du coup d’Etat militaire de mai-juin 1958 parvint à ses fins. Sur ce socle fondamentalement vicié car monstrueux et mensonger, il fonda un régime, le nôtre, la Ve République blanciste, qui tient debout (pour combien de temps encore ?) depuis un demi-siècle.

L’Histoire étant écrite par ses vainqueurs, celle qui nous est racontée depuis lors est donc dictée par Charles de Gaulle, ses alliés, ses successeurs et ses héritiers. Avec d’autant plus de force que le reste du monde fait caisse de résonance, rançon internationale de la trahison, évidemment…

Rien d’étonnant donc à ce que l’histoire qui nous est racontée par le Système, ses médias, ses écoles, ses universités, ses intellectuels, sa classe politique, soit fondamentalement mensongère.

Or rien de sain ne peut se construire sur le mensonge et la trahison. On aurait donc tort de s’étonner que le régime de la Ve République blanciste, moralement corrompu dès son origine, marqué du sceau de l’infamie, du crime et de la transgression, a fini par détruire le pays, après avoir dévasté ses anciens territoires d’Afrique noire et anéanti l’Algérie.

Régime criminel, régime abject, régime pourri dès l’origine, car fondé sur la destruction d’un rêve républicain, égalitaire, antiraciste, laïc et social (cf. les Discours d’Alger et de Mostaganem de Charles de Gaulle, 4 et 6 juin 1958). Ce projet républicain qu’il prétendit d’abord bâtir pour justifier son coup d’Etat, de Gaulle, une fois élu, s’employa à le détruire au profit d’un apartheid organisé à l’échelle intercontinentale. Les territoires d’Afrique demeurèrent en effet, pour l’essentiel, dans la main de l’Etat français, lui-même centralisé à l’Elysée. Réseaux Foccart et barbouzes à l’appui. Et là encore, violence, au besoin ultraviolence à la clef…

Car Charles de Gaulle était de l’ancienne école, celle des généraux de 14. Il faisait peu de cas de la vie humaine, y compris quand les morts se chiffraient par dizaines ou par centaines de milliers. Les Harkis et les Algériens francophiles en savent quelque chose. L’Algérie martyre, aussi. Sans rien dire de l’Afrique subsaharienne.

*
* *

Logiquement, cet ensemble franco-africain qui, par-delà des indépendances de façade, s’est maintenu sans le dire, se dota progressivement, ou plutôt développa des élites et une bourgeoisie communes, partageant le même catéchisme mensonger fabriqué par Charles de Gaulle, ses serviteurs et ses alliés.

Au-delà des indépendances fictives, ce vaste pays qui ne disait pas son nom, ce qu’on pourrait appeler « la République confédérale de Françafrique » ou « la Ve République blanciste » ou encore « la Ve République gaullienne blanciste », nanti de ses dominions africains, avait son gouvernement basé à Paris, précisément à l’Elysée, et ses gouverneurs africains officiellement indépendants mais en réalité vassalisés de gré ou de force. En métropole, les élections demeuraient à peu près démocratiques (sans exclusive de manipulations, via les médias ou le mode de scrutin, par exemple), tandis qu’en Afrique, l’Elysée décidait tout simplement, en dernier ressort, à la place des populations.

Ce vaste pays avait son tissu industriel, il avait sa monnaie pour ainsi dire unique (le franc CFA, portant justement le nom de la monnaie de l’Hexagone auquel il était attaché), ses capitaines d’industrie et ses amis.

Tant qu’à faire, tout ce beau monde mettait sa progéniture dans les mêmes écoles, d’abord la « mission », l’école française, puis le collège, puis le lycée français. Exclusivement entre progéniture de bourgeois africains totalement francisés, et progéniture de Français « expatriés » et le plus souvent bourgeois. Etudes supérieures dans l’Hexagone, ou en Amérique. Ainsi se développa cette bourgeoisie franco-africaine mais aussi franco-maghrébine, élite politique et économique flanquée de ses intellectuels officiels bien d’accord les uns avec les autres sur le bienfondé du divorce franco-africain. Une élite qui partage à la couleur locale près les mêmes codes, les mêmes goûts, les mêmes valeurs. Et surtout le même catéchisme historique et politique.

Adeptes du faites comme je dis et pas comme je fais, elles s’entendent comme larrons en foire, vivent le même french (or american) way of life, barbotent ensemble dans de grandes piscines de champagne et d’argent, dégustent de délicieux et capiteux cocktails, roulent dans de puissantes voitures allemandes, habitent de superbes demeures, considèrent avec le plus grand mépris le petit peuple (qu’il soit noir ou blanc), font affaire dans un français de langue maternel, ont d’ailleurs souvent la nationalité française ou, au besoin, la double nationalité…

Mais cette bourgeoisie commune à tous les Etats de ce que nous avons appelés la République confédérale de Françafrique, cette bourgeoisie franco-africaine ou françafricaine parfaitement unie jusque dans ses mœurs et ses intérêts, cette bourgeoisie françafricaine explique doctement au peuple qu’il doit être séparé, qu’il est très bien qu’il soit séparé, qu’il a toujours voulu être séparé, qu’il s’est battu pour être séparé. Même si tout cela est faux. Les Hexagonaux d’un côté, les Africains de l’autre, ces derniers de préférence balkanisés… Ainsi tout est mis en œuvre par ces bourgeoises parfaitement occidentalisées et/ou américanisées pour que leurs peuples soient les moins unis possible… Pour quelle mystérieuse raison ?

Quoi qu’il en soit, la bourgeoisie, les élites franco-africaines, qu’elles soient hexagonales, maghrébines ou subsahariennes, exaltent à qui mieux-mieux l’indépendance et les luttes de libération – alors qu’elles sont bien placées pour savoir que l’indépendance en Françafrique est une vue de l’esprit qui, si elle vaut pour le peuple qui le sent bien passer, n’est qu’une aimable fiction pour la bourgeoisie franco-africaine ou françafricaine unifiée…

Ainsi va la bourgeoisie franco-africaine ou françafricaine, de collusions symbiotiques en hypocrisie commune, de petites affaires en opulence, de travestissement de l’Histoire en destruction de leur peuple et de leur pays…

Et il faut bien reconnaître que le résultat est là : à force d’abnégation, à force de propagande et de rhétorique, les élites de la République confédérale françafricaine sont parvenues à séparer en divers morceaux le peuple françafricain. Divisé pour être mieux assujetti, exploité, neutralisé, celui-ci est dupe du baratin, tandis que meurent en silence les derniers vieux qui murmuraient que de Gaulle les avait entourloupés alors que l’unité, la fraternité franco-africaine égalitaire était la panacée.

Dans le monde numérique et amnésique, un nouveau monde surgit, débarrassé des chimères fraternelles et républicaines franco-africaines, au profit d’une mondialisation ultralibérale et ultracapitaliste, doublée d’une montée des obscurantismes politiques et religieux tous azimuts (la laïcité et les Lumières sont aussi les grandes victimes du largage gaullien et de ses étranges alliances, en particulier en Algérie…), où le social n’a qu’une très secondaire importance...

La victoire totale. Après un demi-siècle d’un système qui a eu pour effet de basculer l’Afrique dans d’effarantes régressions et chaos économiques, sociaux et politiques, et de reléguer la France au rang de puissance de deuxième et bientôt de troisième catégorie accablée de maux divers, entre effondrement économique, politique, social, moral et culturel, la porte de sortie préconisée par les élites françafricaines est toujours la même, le remède ne change pas : il faut que les différents morceaux déjà tronçonnés et rongés par leurs soins depuis cinquante ans achèvent leur séparation.

Selon une figure à l’extraordinaire audace, la formule magique qui a permis depuis des décennies de démolir et de ravager l’ensemble républicain franco-africain, continue d’être présentée aujourd’hui comme la clef de la situation dramatique qu’elle a pourtant provoqué…

« Comment tirer l’Afrique du sous-développement ? Par l’Indépendance ! En particulier à l’égard de la France ! »

Indépendance, mot toujours élégant (et, du reste, fictif) pour enrober la séparation, elle-même moyen de toutes les aubaines…

Amusant retournement des choses, sous les allures d’une continuité, et vice-versa…

Dans ce courant, évidemment, ceux qui prônent pour aujourd’hui et pour demain l’unité franco-africaine comme réponse aux ravages provoqués par la séparation qui fut imposée, répétons-le, de façon antidémocratique, antirépublicaine et anticonstitutionnelle, entre 1958 et 1962, se font traiter de… néocolonialistes ! Par ceux-là même qui se réclament de l’idéologie de la séparation qui, imposée par Charles de Gaulle au mépris de la démocratie et des principes républicains, y compris au mépris des Africains, a fait des ravages au nord comme au sud de la Méditerranée, et commande la plupart de nos maux…

En attendant, sûr de leur fait, Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah, après avoir assiégé près de deux ans l’Assemblée nationale et le pouvoir sarkozyen, après avoir accompli leur Longue Marche des Harkis à travers la France et avoir été déclaré indésirables aux Invalides, répètent : « Nous irons jusqu’au bout ».


Alexandre Gerbi







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15 sept. 2011

La Longue Marche des Harkis sous l'invraisemblable silence de la Gauche

les chiens aboient...





La Longue Marche des Harkis

sous l'invraisemblable silence

de la Gauche



par


Alexandre Gerbi






Comme annoncé au mois de juillet dans les colonnes d’AgoraVox et sur le blog Fusionnisme, la Longue Marche des Harkis a commencé. Depuis le 22 août 2011, la caravane conduite par Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï a quitté son point de départ, la préfecture de Montpellier, avec pour objectif, après 34 étapes à travers le pays, d’entrer dans Paris dans la nuit du 24 au 25 septembre prochains, flambeaux de la mémoire à la main. Pour faire plier Nicolas Sarkozy.


Après avoir assiégé l’Assemblée nationale et le gouvernement sarkozyen pendant près de deux ans et dans des conditions parfois extrêmement difficiles, Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, ont décidé de passer la vitesse supérieure.

« Comme Sarkozy s’obstine à nous ignorer, explique Zohra, nous ripostons en l’accusant plus que jamais de parjure. Nous voulons maintenant coaliser les Harkis et les Pieds-Noirs, ainsi que tous les Français qui ont la mémoire tenace, pour forcer Nicolas Sarkozy à respecter enfin sa parole de 2007. »

De fait, Nicolas Sarkozy, sixième président de la Ve République blanciste, a commis un mensonge d’Etat.

Flash back. Avril 2007. L’ineffable Sarko, alors en grand besoin de voix pour battre son adversaire socialiste Ségolène Royal, ne reculant devant aucun cynisme et pratiquant sans vergogne le mensonge, n’hésite pas à faire vibrer la corde sensible :

« Les Harkis ont cru en la parole de la France, je serai celui qui tiendrai cette parole ». « Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des Harkis et d'autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance. Afin que l'oubli ne les assassine pas une nouvelle fois. »

Difficile de ne pas relever que pareils accents, hypocrites et électoralement intéressés, font étrangement penser à son illustre devancier, Charles de Gaulle…

D’ailleurs, depuis, le leader de l’UMP, qui a été élu, s’est bien gardé de tenir sa promesse. Hamid Gouraï, en fin juriste, corrige et souligne : « Ce n’est pas une promesse : c’est un engagement. »

On le sait, profonde est la confusion, immenses sont les contradictions qui frappent la classe politique française, dès qu’il s’agit de la « décolonisation », qu’il s’agisse en particulier de celle de l’Algérie ou de l’Afrique subsaharienne…

Résultat, à l’heure qu’il est, alors que la Longue Marche des Harkis devrait bénéficier du soutien de tous les partis politiques français, elle n’a reçu que celui… du Front National !

Pourtant, depuis les origines de leur combat, Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah proclament qu’ils appellent tous les soutiens, d’où qu’ils viennent, dans une union sacrée de tous les Français contre le Système de la Ve République. Leur démarche, expliquent-ils, est apolitique, en ce sens qu’elle n’est ni de droite, ni de gauche, mais qu’elle se fonde simplement sur le droit, en particulier les Droits de l’Homme, l’Histoire, ainsi que sur les principes fondateurs de la République, Liberté, Egalité, Fraternité. Et, bien sûr, la mémoire de leurs pères et l’amour de la France, conformément à une certaine idée de la conscience citoyenne.

Zohra le rappelle : « La France, mais aussi l’Afrique, en particulier l’Algérie, ont été bafouées, trahies, exploitées et défigurées par Charles de Gaulle et ses successeurs, notamment Nicolas Sarkozy. »

C’est ainsi que fidèles à une haute conception de l’humanisme, de la dignité humaine et de la France, pendant leur long et parfois très difficile séjour sur la place Edouard Herriot, sous les fenêtres aveugles du Palais Bourbon, Zohra et Hamid ont accompagné, soutenu et aidé à leur modeste échelle les sans-papiers africains, ouvriers arnaqués, c’est un comble, pendant l’aménagement des nouveaux bâtiments de l’Assemblée nationale… Des déshérités du Système impitoyable de la Ve République blanciste, qui cherchaient, épaulés par la suite notamment par la CGT, à sortir, eux aussi, du mépris d’Etat.

Ce soir, Zohra et Hamid bivouaquent du côté Saint-Pierre-le-Moûtier (Nièvre). Dans leur tente Quechua plantée devant la mairie, sous l’œil de la gendarmerie, ils ont déposé plainte contre le préfet, qui prétend n’avoir jamais reçu leur demande de manifester. En attendant, banderoles et drapeaux tricolores déployés, ils affirment, comme ils le répètent depuis bientôt trois ans d’action ininterrompue, qu’ils iront « jusqu’au bout ».

Il est temps que, fidèle aux encouragements que Marie-George Buffet (PCF), à l’instigation d’André Génissieux (Secrétaire régional du MRAP Languedoc-Roussillon), avait courageusement prodigués dans une lettre aux assiégeurs du Palais Bourbon, il est temps que la Gauche, le Parti Communiste Français, le Parti Socialiste ainsi que les Verts et, pourquoi pas, les partis de l’extrême-gauche trotskiste, apportent leur soutien aux Harkis dans leur lutte contre Nicolas Sarkozy, pour la reconnaissance des mensonges et des crimes de la Ve République blanciste.

La Gauche va-t-elle, une fois de plus, laisser au Front National le monopole de ce qui est bien plus qu’un symbole – comme jadis, on croit rêver, le monopole du drapeau tricolore et de la Marseillaise, pourtant emblèmes de la Révolution française et du peuple soulevé contre la tyrannie ? Alors même que l’élection présidentielle approche, et que les voix seront, comme toujours, âprement comptées. Car selon toutes les études d’opinion, une très large majorité soutient la cause des Harkis…

Reconnaissance de la responsabilité, non pas de la France, mais du gouvernement français, à commencer par son chef, Charles de Gaulle, dans l’holocauste de 60.000 à 200.000 Harkis et Algériens francophiles, ainsi que dans l’exode tragique d’un million de Pieds-Noirs, sur fond de martyre de toute l’Algérie : tel est le combat héroïque de Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah.

Qu’il me soit permis d’ajouter, pour ma part : il doit être solennellement reconnu que l’Etat de la Ve République blanciste dirigé par Charles de Gaulle a largué les populations d’Afrique, y compris subsaharienne, en vue de préserver l’Hexagone de la « bougnoulisation » ; mais aussi, en refusant la citoyenneté française (ou franco-africaine) aux Africains et en les dépossédant, au mépris de leur volonté (Loi 60-525), de la démocratie et du cadre protecteur de la République, il a pu mettre en place les conditions du néocolonialisme et l’organiser sans entraves. Les Harkis furent immolés sur l’autel de ce dessein dément et monstrueux. Car ils étaient l’incarnation du rêve de l’unité franco-algérienne et franco-africaine, qu’il fallait, à tout prix, liquider.

En cette rentrée 2011-2012, campagne présidentielle en ligne de mire, tandis qu’à travers Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, les Harkis marchent sur Paris et que la France est plus que jamais sous pression, puisse la Gauche oser défier ce Système tout-puissant qui, jusqu’à présent, tient Nicolas Sarkozy tétanisé.


Alexandre Gerbi







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11 juil. 2011

La Longue Marche des Harkis contre le cynisme de Nicolas Sarkozy et les crimes de la Ve République blanciste

Comme la présidentielle approche…



La Longue Marche des Harkis


contre le cynisme de Nicolas Sarkozy


et les crimes de la Ve République


blanciste



par

Alexandre Gerbi



Après avoir assiégé le Palais Bourbon et l’Etat sarkozien pendant presque deux ans, Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï ont décidé de porter la lutte en Province. Pour mieux revenir à Paris, en septembre, après une « Longue Marche » à travers la France. Objectif : vaincre le mutisme et les puissants blocages de la Ve République blanciste et de son serviteur et chef actuel, Nicolas Sarkozy. Pour l’honneur des Harkis.


Tout le drame de la société française est inscrit dans l’ADN de la Ve République blanciste. Notre époque en subit les effets catastrophiques, depuis les banlieues en ébullition jusqu’à la neurasthénie collective, en passant par la relégation économique, le recul social et l’effondrement culturel. Ainsi meurt le pays, à petit feu, de plus en plus affaibli sous les yeux impuissants des Français.

Au nom d’un piège logique effrayant, sous prétexte de maintenir debout la statue de l’intouchable Commandeur qui s’identifia jadis à la France, on finit, suprême paradoxe, par sacrifier la France sur l’autel de Charles de Gaulle…

Mais il est vrai que régime, la Ve République devenue blanciste, érigé sur la trahison de l’esprit de Mai-1958 et partant sur sa propre trahison, a sacrifié depuis longtemps une certaine idée de la France au profit d’une autre, totalement contraire aux principes les plus fondamentaux de la République. On n’est donc plus à ça près…

« De Gaulle et ses petits amis ont détruit la France » explique Zohra. « L’Algérie a été abandonnée à l’ennemi pour des raisons honteuses, on le sait maintenant, mais c’est un tabou que les politiques préfèrent taire, à commencer par Nicolas Sarkozy. »

C’est pourtant un fait historique : à la République franco-africaine égalitaire et sociale prônée dans les années 1950 par les grands leaders africains et l’avant-garde de l’école anthropologique française (à commencer par Claude Lévi-Strauss…), Charles de Gaulle et ses alliés substituèrent la France « blanche, gréco-latine et chrétienne » arrimée à la blanche Europe et à la non moins blanche Amérique. Et essentiellement réduite à l’Hexagone…

C’est dans ce contexte de mise au ban, de largage ou, si l’on préfère, d’arrachement organique de l’Afrique à la France (et réciproquement…) que prend place la tragédie des Harkis.

L’Etat français abandonnait l’Algérie (et l’Afrique en général…) pour éviter la « bougnoulisation » (selon l’élégante formule de Charles de Gaulle…) et l’islamisation de la métropole (se reporter, entre autres perles, à la fameuse citation de De Gaulle sur « Colombey-les-Deux-Mosquées »), ce n’était donc pas pour y accueillir des millions d’Algériens arabo-berbères et musulmans…

Incarnations du rêve d’une Algérie française de l’égalité et de la fraternité que le Général jugeait absurde – même si c’est sous prétexte de la bâtir qu’il s’était emparé du pouvoir, à la faveur des événements du 13 mai 1958 dont lui et ses hommes tiraient les ficelles… – , il ne restait plus aux Harkis, une fois le largage de l’Algérie opéré, qu’à disparaître de la grande scène de l’Histoire, et à payer le prix de leur « erreur ». Au passage, surtout, le reste de l’Algérie se le tiendrait pour dit, elle qui avait sottement acclamé le projet égalitaire annoncé au printemps 1958 par de Gaulle qui, de son aveu même, « finassait »… Mais il est vrai qu’au bout de la route égalitaire, un président arabe, berbère, musulman (ou noir…), pendait au nez de la France blanche, chrétienne et gréco-latine. Le mensonge permit de séduire et d’utiliser ceux-là même qu’il s’agissait d’évincer… Car la fraternité égalitaire dont il se faisait le champion dans ses discours à Alger ou à Mostaganem, on le sait aujourd’hui, Charles de Gaulle n’en voulait à aucun prix.

En livrant les Harkis à la mort, de Gaulle fit donc d’une pierre trois coups : d’abord, cela empêcha des centaines de milliers, voire des millions d’Algériens de venir « bougnouliser » la France (nombre de rescapés furent d’ailleurs enfermés dans des camps de concentration dans le sud de la France) ; ensuite, cela permit, avec l’aide du FLN, de faire rentrer dans le rang les autres Algériens, qui effrayés par les massacres des Harkis et des Algériens francophiles, oublièrent d’urgence, sous peine de mort, leur attachement à l’Algérie française ; cela permit, enfin, d’effacer dans le sang les traces de la trahison gaullienne : en Algérie, chacun étant invité à proclamer qu’il avait toujours été pour l’indépendance et pour le FLN, cette belle unanimité permit d’accréditer la thèse de Charles de Gaulle, selon laquelle sa politique avait répondu à la volonté du peuple algérien. Alors même que ce qu’il fit en Afrique subsaharienne suffit à démontrer que de la volonté des populations d’outre-mer, l’auteur de l’Affaire gabonaise et de la Loi 60-525, mais aussi des Accords d’Evian, n’avait cure…

« L’an prochain, en 2012, l’Etat français va-t-il oser fêter l’indépendance algérienne ? » interroge Hamid Gouraï.

Quand on comprend que le processus de dépossession de la citoyenneté française (ou franco-africaine…) de millions de Français africains, par le dépeçage de l’ensemble franco-africain, consista en la mise en place d’un apartheid à l’échelle intercontinentale, le silence de nos élites politiques et intellectuelles prend tout son sens. Comment, en effet, avouer l’inavouable, et surtout le colossal ? D’autant que le scandale va ne s’arrête pas là. Car nous parlons bien ici de la France, c’est-à-dire censément de la « patrie des Droits de l’Homme » où la démocratie, c'est-à-dire la souveraineté du peuple, est en principe la règle. Or il va sans dire que dans le largage de l’Afrique, la démocratie fut foulée aux pieds (Affaire gabonaise, Loi 60-525, etc.) en même temps que les principes les plus fondamentaux de la République (Liberté, Egalité, Fraternité, et Laïcité).

Face à l’ampleur inouïe du scandale, la classe politique et médiatique joue donc la carte de l’omerta. Et Nicolas Sarkozy s’obstine à trahir ses engagements de 2007. Alors candidat en campagne, il avait solennellement déclaré :

« Les Harkis ont cru en la parole de la France, je serai celui qui tiendrai cette parole ». « Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des Harkis et d'autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance. Afin que l'oubli ne les assassine pas une nouvelle fois. »

Avide de voix à la veille d’une élection à l’issue encore incertaine, le candidat Sarkozy n’hésitait pas à faire vibrer la corde sensible. Avec plus de quatre ans de recul, il faut bien constater que l’actuel président de la République se contentait alors de mentir aux Harkis, à la manière de son illustre prédécesseur. Au gré d’un cynisme que pareille mise en abyme rend tout bonnement effarant…

C’est en réponse à cette parole trahie par l’actuel président de la République, à cette incroyable marque de mépris mêlée d’injure (somme toute logique de la part de l’actuel chef du Système de la Ve République blanciste…), que Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, ont décidé d’organiser la résistance contre Nicolas Sarkozy. Leur espoir : soulever la France, qu’elle soit Harkie, Pied-Noir ou simplement compatriote. A l’heure où les Français semblent anesthésiés par un Système complètement bloqué qui les manipule, les exploite et les traîne dans la boue pour mieux les conduire droit dans le mur, Zohra et Hamid sont-ils donc de grands naïfs ?

Pour eux, la question ne se pose pas en ces termes : ils défendent la mémoire de leurs pères, en même temps qu’une certaine idée de la France, qui n’était pas celle de Charles de Gaulle…

Pendant plus d’un an et demi, à partir de mai 2009, Zohra et Hamid ont assiégé l’Assemblée nationale, vivant sur la place Edouard Herriot et subissant jour après jour les persécutions du système sarkozien. Avec en point d’orgue la saisie de leur véhicule, pour un motif fallacieux. Mais il est vrai que le break Xantia Citroën leur servait d’abri et même de « maison », et cela, l’Elysée le savait...

Après quasiment deux ans de vie sous les fenêtres du Palais-Bourbon et dans des conditions certains jours extrêmement difficiles (en particulier après la saisie du véhicule…), constatant que Nicolas Sarkozy était déterminé à maintenir son parjure, ils ont décidé de porter le combat en Province. Pour mieux revenir à Paris au mois de septembre prochain, c’est-à-dire six mois avant l’élection présidentielle, qui obsède tant Nicolas Sarkozy…

Ayant quitté Paris fin mars pour un grand colloque Harkis/Pieds-Noirs organisé à Montpellier, Zohra et Hamid ont depuis, outre plusieurs manifestations dans le sud de la France, bloqué, le 2 avril 2011, quatorze trains en gare de Nîmes. Puis le 14 mai 2011, cette fois à Montpellier, toujours aux cris de : « De Gaulle, assassin ! Sarko, menteur ! », ils ont bloqué les TER pendant deux heures.

« Le 11 juin, explique Hamid, on a manifesté aussi à Albi, puis le 2 juillet, on est passé à l’action : on a soulevé les barrières automatiques du péage du viaduc de Millau : gratuité pour tous les véhicules. On distribuait des tracts, les gens étaient contents. Drapeaux tricolores, chants des Africains, tout le folklore. Nous allons renforcer les opérations coup de poing tout au long du mois de juillet. »

A chaque fois, ils ont accompagné leur action d’échanges avec les passants, presque toujours favorables (dans les enquêtes d’opinion, 80% des Français soutiennent la lutte des Harkis) pour les sensibiliser un peu plus à leur cause. Petit à petit, les énergies se fédèrent, malgré le silence médiatique…

Enfin, après cette série d’actions, le 22 août, Zohra, Hamid et leurs compagnons entameront « La Longue Marche des Harkis, Pieds-Noirs et compatriotes », qui les conduira de Montpellier jusqu’à Paris.

Le 22 août, le départ sera donné à la préfecture de Montpellier, à 7h du matin. Pour un périple de 34 jours de marche, qui les conduira jusqu’à l’Assemblée nationale. En passant notamment par Nîmes, Castillon-du-Gard, Bagnols-sur-Cèze, Pont-Saint-Esprit, Bollène, Montélimar, Valence, Saint-Valier-sur-Rhône, Saint-Etienne, Clermont-Ferrand, Aigueperse, Moulins, Bourges, Orléans, Etampes, Bourg-la-Reine.

Hamid précise :« Seule la mairie de Saint-Vallier-sur-Rhône nous refuse l’hébergement, sous prétexte de travaux dans les infrastructures… », avant d’ajouter : « Mais nous avons reçu le soutien de plusieurs hommes politiques : j’ai parlé avec M. Daniel Colin, ancien député UDF, membre honoraire de l’Assemblée nationale, qui m’a dit : « La France doit bien cela aux Harkis, je serai à vos côtés ». Les députés Jean-Louis Touraine du PS ainsi que le député UMP Pierre Morel-à-l’Huissier nous soutiennent aussi. Mais il y en a d’autres. Marie-Georges Buffet aussi soutient la lutte des Harkis. Sans oublier Jean-Marie Le Pen, qui était venu nous rendre visite et nous soutenir pendant le siège de l’Assemblée nationale. Nous fédérons les énergies, nous poursuivons la lutte et nous gagnerons, car notre cause est juste et nous sommes de plus en plus forts. »

Zohra renchérit : « Que tous ceux qui se sentent concernés, Harkis, Pieds-Noirs ou tout Français, nous rejoignent. Qu’ils montrent leur détermination. C’est nos pères en même temps que la France que nous défendons. On aime la France, une certaine idée de la France, qui n’était pas celle de Charles de Gaulle. Les hommes politiques ont vendu leur patrie en échange des privilèges », scande Zohra. « La France, moi, je ne la vends pas, je l’aime et je la défends »

Conscient de l’ampleur de l’enjeu et des chausse-trapes dont la Ve République est spécialiste, Hamid souligne : « Il n’est pas question de laisser Nicolas Sarkozy entourlouper son monde. Ce n’est pas la responsabilité de la France que Sarkozy doit reconnaître, c’est la responsabilité de l’Etat français, en particulier celle de Charles de Gaulle et de son gouvernement. Car dans cette affaire, la France a été victime, comme les Harkis, les Algériens francophiles et les Pieds-Noirs. Accuser la France comme le fait Sarkozy, c’est à la fois insulter la Nation, et épargner les vrais coupables ! Le coupable, je le répète, ce n’est pas la France : c’est l’Etat français et son chef, Charles de Gaulle. C’est cela que Sarkozy doit reconnaître, et pas autre chose. »

Au trente-troisième jour de marche, Zohra, Hamid et tous ceux qui auront rejoint leur « Longue marche » bivouaqueront à Bourg-la-Reine. Veillée d’armes. Le lendemain, 24 septembre, en début de soirée, ils quitteront cette dernière ville-étape pour Paris.

Arrivée prévue à l’Assemblée Nationale dans la nuit, flambeaux à la main, vers 1 heure du matin. « Les flambeaux allumés de nos pères », explique Zohra, la voix chargée d’émotion.

Le lendemain, 25 septembre, ils se rendront aux Invalides, pour la cérémonie annuelle d’hommage aux Harkis. Puis ils pousseront jusqu’aux Champs-Elysées, pour déposer une gerbe sous l’Arc de Triomphe, sur la tombe du soldat inconnu. En hommage à la mémoire des Harkis et, à travers eux, à celle des innombrables martyrs de la politique antirépublicaine, antidémocratique et anticonstitutionnelle, en un mot vastement criminelle, de Charles de Gaulle.

Un hommage particulier sera rendu à la mémoire du député socialiste Patrick Roy, emporté par un cancer en mai dernier. Le député du Nord avait posé la question à Hubert Falco, le 29 décembre 2009 : « M. Patrick Roy attire l’attention de M. le secrétaire d’Etat à la défense et aux anciens combattants sur les engagements pris par la candidat Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de la reconnaissance officielle de la responsabilité de la France quant au traitement infligé aux anciens Harkis et à leurs familles depuis la fin de la guerre d’Algérie. Il lui demande quelles mesures il compte prendre en la matière. »

La réponse d’Hubert Falco ayant esquivé le fond de la question, Patrick Roy l’a réitérée les 27 avril 2010 et 21 septembre 2010. En vain. Le député Patrick Roy est mort sans avoir obtenu de réponse…

Alexandre Gerbi

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19 janv. 2011

La Révolution s’avance ou Quand Henri Lopès balance à Paris

petit à petit...




La Révolution s’avance

ou

Quand l'ambassadeur Henri Lopès

balance à Paris



par


Alexandre Gerbi





Les choses avancent...

Le 14 décembre 2010, Henri Lopès, écrivain, ancien militant indépendantiste congolais et ambassadeur du Congo en France, participait à une table ronde organisée par l’Institut Pierre Mendès France, à Paris. A ses côtés, prenaient également part aux exposés Jean-Christophe Rufin, écrivain, ancien ambassadeur de France au Sénégal, Stéphane Gompertz, directeur Afrique et Océan Indien au Ministère des Affaires étrangères, Vincent Hugeux, grand reporter à L’Express, Emmanuel Laurentin, producteur à France Culture et modérateur pour l’occasion.

Face à ces représentants du gratin politico-journalistico-intellectuel français, Henri Lopès déclara :

« (…) Je n’ai rien écrit, je ne voulais pas vous faire un exposé ex cathedra, étant donné que nous étions dans une table ronde. Je pensais que j’apporterais simplement quelques éléments de réflexion. (…) Je voudrais peut-être rappeler, donner un certain nombre d’éléments du contexte.

Les indépendances, 1960 : que se passe-t-il en Afrique, que se passe-t-il dans le monde, que se passe-t-il en France, dans leurs relations avec les colonies françaises ?


Dans le monde, il y a bien sûr la guerre froide. Mais on y est tellement qu’on n’en a pas conscience de manière quotidienne. Et puis, il y a surtout la guerre d’Algérie, qui vient après les guerres d’Indochine. Et la France a des efforts à fournir de ce côté, et a un malaise qui se répercute jusqu’en France. Tout le débat politique français, dans l’époque où j’étais étudiant, était constamment émaillé de questions relatives à l’Algérie. Les manifestations qui avaient lieu chaque jour étaient surtout relatives à l’Algérie. C’est dans ce climat (…) que nous avons fait nos universités politiques. Et j’ai l’impression que, dans ce qui a été la politique de décolonisation de De Gaulle – et pour moi « décolonisation » est différent d’indépendance ; décolonisation est un processus, un processus continu – et dans cette politique, il y a, il ne faut pas être grand clerc en matière d’Histoire pour comprendre que le général de Gaulle avait conscience du fait qu’il fallait qu’il ne se crée pas, pour reprendre avant la lettre une formule que Che Guevara a mise dans sa fameuse Lettre d’espoir, créer « mille Vietnam », et (…) il fallait éviter de créer « mille Algérie »… Il y avait des parties de l’Afrique qui se trouvaient déjà en guerre. On l’a oublié. C’est essentiellement le Cameroun. Je ne parle pas de l’Afrique anglophone, avec le Kenya, la révolte des Mau-Mau. Tous ces éléments-là, je crois, ont été pris en compte, et je ne veux pas développer plus longuement des choses que vous connaissez tous, mais qui sont quelquefois perdues de vue dans le contexte.

Donc, de Gaulle a compris qu’il fallait éviter qu’il y ait d’autres foyers de guerre dans laquelle la France se trouverait impliquée avec ses colonies. Et puis alors, il y a dans les colonies des gens qui s’agitent. Il y a d’abord l’élite, ceux que, par exemple, en Afrique centrale, Afrique équatoriale française, on appelait les « évolués », dont la revendication était, au départ, simplement le désir d’avoir les mêmes droits que les citoyens français. Je pourrais développer longuement ce chapitre. Et c’est face à l’obstination de certains milieux français, surtout en rapport avec le milieu colonial, qui fait que de ce concept on passe à l’indépendance. Et l’idée d’indépendance n’est pas tellement ancrée dans la population africaine. Nos parents nous crient « casse-cou ! » Elle est surtout le fait d’agitateurs – comme je l’étais, loin de l’Afrique, en France – qui retournions en vacances faire de l’agitation. Et cela va s’incarner dans le choix de la Guinée en 1958. Et je voudrais donc rappeler cela : les dirigeants africains de l’époque, je parle des anciennes colonies françaises – les choses sont complètement différentes dans les colonies anglaises – ne souhaitent pas l’indépendance : on les pousse à l’indépendance. (…) Les dirigeants [africains] sont emmenés, poussés en partie par les dirigeants français qui se rendent compte qu’on a intérêt à déminer la situation en allant à l’indépendance. D’où le projet de De Gaulle, la Communauté française, avec dans un premier temps une autonomie interne qui prend forme dès 1958 et, petit à petit, la marche vers l’indépendance. (…) Ce que je voudrais dire, c’est que ces dirigeants africains, je me mets à leur place – j’étais opposé à eux à l’époque – comment voient-ils l’indépendance… Qu’on leur impose... Ils se disent, bon, nous allons l’accepter, nous allons être indépendants (…). »

A partir de la minute 33' : http://www.mendes-france.fr/2010/12/14/audio-forum-sur-la-politique-africaine-de-la-france/

Récapitulons : dirigeants africains « poussés » à l’indépendance ; indépendance « imposée » en 1960 par l’Etat français ; mieux encore, idée d’indépendance « pas tellement ancrée dans la population africaine » ; cerise sur le gâteau, indépendance surtout le fait d’une minorité « loin de l’Afrique », qui retournait en vacances « faire de l’agitation »…

Autant de confidences qui confirment ce que le blog Fusionnisme annonce depuis plusieurs mois : la grande thèse commune au Club Novation Franco-Africaine (CNFA) et au Mouvement Fusionniste – à savoir le mensonge planétaire qui travestit en triomphe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » ce qui fut, en réalité, il y a cinquante ans, le largage de l’Afrique par l’Etat français, au mépris des Africains, et à des fins inavouables, entre racisme, défiance civilisationnelle, déni d’égalité et appât du gain – cette thèse a triomphé en coulisses et n’est plus guère contestée dans les hautes sphères franco-africaines. Notons qu’ici, Henri Lopès va, sur certains points, encore plus loin que le CNFA…

D’ailleurs, que croyez-vous qu’il arriva ce jour-là, autour de la table ronde organisée par l’Institut Mendès France ?

Tout simplement, chacun fit semblant de ne rien avoir entendu de ce que disait Henri Lopès, écrivain, ancien militant indépendantiste congolais et ambassadeur du Congo en France.

Jean-Christophe Rufin, écrivain, ancien ambassadeur de France au Sénégal, Stéphane Gompertz, directeur Afrique et Océan Indien au Ministère des Affaires étrangères, Vincent Hugeux, grand reporter à L’Express, Emmanuel Laurentin, producteur à France Culture et modérateur pour l’occasion, ne trouvèrent dans les propos d’Henri Lopès rien qui suscitât chez eux le moindre rebond…

Reconnaissons au modérateur, Emmanuel Laurentin, producteur et animateur à France Culture, le mérite de la cohérence. Il n’a jamais invité aucun membre du Club Novation Franco-Africaine dans ses émissions. Les écrivains Claude Garrier, 
Magloire Kede Onana, Samuel Mbajum, Simon Mougnol, et tant d’autres membres du CNFA, n’ont jamais eu les honneurs de France Culture. Il est vrai que pour ce qui est de Radio France, radio d’Etat française, seule RFI, au fil des années, a reçu certains d’entre nous. Mais ni France Culture, ni France Inter, ni France Info n’ont jamais rien dit de nos travaux, ni accordé le moindre micro à nos idées. Il n’y a donc guère matière à s’étonner qu’Emmanuel Laurentin n’ait pas relevé l’incongruité des propos d’Henri Lopès, pas plus que les autres intervenants, ou même le public.

Car ce qu’a osé dire Henri Lopès fait partie de ce qu’il faut obligatoirement taire, puisque c’est la vérité, et que cette vérité est l’inverse de l’histoire officielle à laquelle tout le monde est tenu, depuis cinquante ans, sous peine de mort sociale, d’adhérer. Le secret recouvre tant de scandales incommensurables, et sert tant d’intérêts… Alors « on joue le jeu », « le système joue le jeu », encore et toujours

Par-delà ceux qu’on tient à l’écart, par-delà les dialogues de sourds et malgré les silences, les esquives si confortables, tandis que la Côte d’Ivoire, la Tunisie, l’Algérie sont en ébullition, la parole avance à Paris, malgré tout. En dépit des élites politico-journalistico-intellectuelles ultra-hypocrites. Et, faut-il s’en étonner, grâce à une vieille voix africaine…

Alexandre Gerbi





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