15 sept. 2011

La Longue Marche des Harkis sous l'invraisemblable silence de la Gauche

les chiens aboient...





La Longue Marche des Harkis

sous l'invraisemblable silence

de la Gauche



par


Alexandre Gerbi






Comme annoncé au mois de juillet dans les colonnes d’AgoraVox et sur le blog Fusionnisme, la Longue Marche des Harkis a commencé. Depuis le 22 août 2011, la caravane conduite par Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï a quitté son point de départ, la préfecture de Montpellier, avec pour objectif, après 34 étapes à travers le pays, d’entrer dans Paris dans la nuit du 24 au 25 septembre prochains, flambeaux de la mémoire à la main. Pour faire plier Nicolas Sarkozy.


Après avoir assiégé l’Assemblée nationale et le gouvernement sarkozyen pendant près de deux ans et dans des conditions parfois extrêmement difficiles, Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, ont décidé de passer la vitesse supérieure.

« Comme Sarkozy s’obstine à nous ignorer, explique Zohra, nous ripostons en l’accusant plus que jamais de parjure. Nous voulons maintenant coaliser les Harkis et les Pieds-Noirs, ainsi que tous les Français qui ont la mémoire tenace, pour forcer Nicolas Sarkozy à respecter enfin sa parole de 2007. »

De fait, Nicolas Sarkozy, sixième président de la Ve République blanciste, a commis un mensonge d’Etat.

Flash back. Avril 2007. L’ineffable Sarko, alors en grand besoin de voix pour battre son adversaire socialiste Ségolène Royal, ne reculant devant aucun cynisme et pratiquant sans vergogne le mensonge, n’hésite pas à faire vibrer la corde sensible :

« Les Harkis ont cru en la parole de la France, je serai celui qui tiendrai cette parole ». « Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des Harkis et d'autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance. Afin que l'oubli ne les assassine pas une nouvelle fois. »

Difficile de ne pas relever que pareils accents, hypocrites et électoralement intéressés, font étrangement penser à son illustre devancier, Charles de Gaulle…

D’ailleurs, depuis, le leader de l’UMP, qui a été élu, s’est bien gardé de tenir sa promesse. Hamid Gouraï, en fin juriste, corrige et souligne : « Ce n’est pas une promesse : c’est un engagement. »

On le sait, profonde est la confusion, immenses sont les contradictions qui frappent la classe politique française, dès qu’il s’agit de la « décolonisation », qu’il s’agisse en particulier de celle de l’Algérie ou de l’Afrique subsaharienne…

Résultat, à l’heure qu’il est, alors que la Longue Marche des Harkis devrait bénéficier du soutien de tous les partis politiques français, elle n’a reçu que celui… du Front National !

Pourtant, depuis les origines de leur combat, Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah proclament qu’ils appellent tous les soutiens, d’où qu’ils viennent, dans une union sacrée de tous les Français contre le Système de la Ve République. Leur démarche, expliquent-ils, est apolitique, en ce sens qu’elle n’est ni de droite, ni de gauche, mais qu’elle se fonde simplement sur le droit, en particulier les Droits de l’Homme, l’Histoire, ainsi que sur les principes fondateurs de la République, Liberté, Egalité, Fraternité. Et, bien sûr, la mémoire de leurs pères et l’amour de la France, conformément à une certaine idée de la conscience citoyenne.

Zohra le rappelle : « La France, mais aussi l’Afrique, en particulier l’Algérie, ont été bafouées, trahies, exploitées et défigurées par Charles de Gaulle et ses successeurs, notamment Nicolas Sarkozy. »

C’est ainsi que fidèles à une haute conception de l’humanisme, de la dignité humaine et de la France, pendant leur long et parfois très difficile séjour sur la place Edouard Herriot, sous les fenêtres aveugles du Palais Bourbon, Zohra et Hamid ont accompagné, soutenu et aidé à leur modeste échelle les sans-papiers africains, ouvriers arnaqués, c’est un comble, pendant l’aménagement des nouveaux bâtiments de l’Assemblée nationale… Des déshérités du Système impitoyable de la Ve République blanciste, qui cherchaient, épaulés par la suite notamment par la CGT, à sortir, eux aussi, du mépris d’Etat.

Ce soir, Zohra et Hamid bivouaquent du côté Saint-Pierre-le-Moûtier (Nièvre). Dans leur tente Quechua plantée devant la mairie, sous l’œil de la gendarmerie, ils ont déposé plainte contre le préfet, qui prétend n’avoir jamais reçu leur demande de manifester. En attendant, banderoles et drapeaux tricolores déployés, ils affirment, comme ils le répètent depuis bientôt trois ans d’action ininterrompue, qu’ils iront « jusqu’au bout ».

Il est temps que, fidèle aux encouragements que Marie-George Buffet (PCF), à l’instigation d’André Génissieux (Secrétaire régional du MRAP Languedoc-Roussillon), avait courageusement prodigués dans une lettre aux assiégeurs du Palais Bourbon, il est temps que la Gauche, le Parti Communiste Français, le Parti Socialiste ainsi que les Verts et, pourquoi pas, les partis de l’extrême-gauche trotskiste, apportent leur soutien aux Harkis dans leur lutte contre Nicolas Sarkozy, pour la reconnaissance des mensonges et des crimes de la Ve République blanciste.

La Gauche va-t-elle, une fois de plus, laisser au Front National le monopole de ce qui est bien plus qu’un symbole – comme jadis, on croit rêver, le monopole du drapeau tricolore et de la Marseillaise, pourtant emblèmes de la Révolution française et du peuple soulevé contre la tyrannie ? Alors même que l’élection présidentielle approche, et que les voix seront, comme toujours, âprement comptées. Car selon toutes les études d’opinion, une très large majorité soutient la cause des Harkis…

Reconnaissance de la responsabilité, non pas de la France, mais du gouvernement français, à commencer par son chef, Charles de Gaulle, dans l’holocauste de 60.000 à 200.000 Harkis et Algériens francophiles, ainsi que dans l’exode tragique d’un million de Pieds-Noirs, sur fond de martyre de toute l’Algérie : tel est le combat héroïque de Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah.

Qu’il me soit permis d’ajouter, pour ma part : il doit être solennellement reconnu que l’Etat de la Ve République blanciste dirigé par Charles de Gaulle a largué les populations d’Afrique, y compris subsaharienne, en vue de préserver l’Hexagone de la « bougnoulisation » ; mais aussi, en refusant la citoyenneté française (ou franco-africaine) aux Africains et en les dépossédant, au mépris de leur volonté (Loi 60-525), de la démocratie et du cadre protecteur de la République, il a pu mettre en place les conditions du néocolonialisme et l’organiser sans entraves. Les Harkis furent immolés sur l’autel de ce dessein dément et monstrueux. Car ils étaient l’incarnation du rêve de l’unité franco-algérienne et franco-africaine, qu’il fallait, à tout prix, liquider.

En cette rentrée 2011-2012, campagne présidentielle en ligne de mire, tandis qu’à travers Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, les Harkis marchent sur Paris et que la France est plus que jamais sous pression, puisse la Gauche oser défier ce Système tout-puissant qui, jusqu’à présent, tient Nicolas Sarkozy tétanisé.


Alexandre Gerbi







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28 sept. 2010

Manifestation des Harkis : Pourquoi la gauche brillait par son absence

Après la manifestation
du 15 septembre
2010





Manifestation des Harkis :

Pourquoi la gauche

brillait par son absence




par


Alexandre Gerbi





Naguère, les républicains, la gauche en particulier, ont eu tendance à abandonner au Front National de JM Le Pen les symboles que sont le drapeau tricolore et la Marseillaise. Au passage, c’était laisser à l’extrême-droite des emblèmes que celle-ci longtemps rejeta, car elle les identifiait à une Révolution française et à une République (« la gueuse ») dont elle détestait tout, à commencer par les principes, Liberté, Egalité, Fraternité et Laïcité.

Se rappeler que toutes les révolutions du XXe siècle (russe, espagnole, ou encore chinoise) se sont faites au chant de la Marseillaise et dans le souvenir de la Révolution française. Jusqu’à Tian'anmen, à Pékin, en 1989.

A gauche en France, seuls les trotskystes, les staliniens attardés ou les naïfs ignorent encore que la Marseillaise est l’hymne universel du peuple soulevé contre les abus de ses chefs, autrement dit l’étendard de la gauche triomphante…

Le procès de Charles de Gaulle

Les partis de gauche entendent-ils à présent abandonner au FN, et à la droite, la cause Harkie ?

Et pourtant, la dénonciation de la tragédie des Harkis devrait, à plusieurs titres, être le cheval de bataille de la gauche.

En effet, cette cause renvoie à l’immense crime dont furent victimes les Harkis et les Algériens francophiles. Au lendemain de l’indépendance algérienne, entre juillet et octobre 1962 : de 60.000 à 200.000 morts, voire davantage, dans des conditions atroces.

D’autre part, cette cause fédère positivement, chose rare, plus de 80% des Français ; et en démocratie, la voix du peuple, a fortiori quand elle a si évidemment raison, est sacrée.

Enfin, la tragédie des Harkis engage non seulement la France et l’Algérie, mais aussi la moitié du continent africain. En effet, cette page terrible de notre Histoire, l’holocauste Harki et des Algériens francophiles, est la porte d’entrée historiographique d’une vaste machination : la « décolonisation », incommensurable scandale travesti en épopée de la Liberté. L’opération fut conduite, dans sa phase finale, par Charles de Gaulle. Elle permit enfin la mise en place du néocolonialisme qui, en asservissant et détruisant l’Afrique, acheva de trahir et défigurer la France.

Toutes ces pièces sont à verser au procès majuscule auquel Charles de Gaulle ne pourra plus longtemps échapper.

« La France est morte… »

Il est bien triste de constater que les partis politiques de gauche (PS, PCF, Verts) n’apportent qu’un soutien dérisoire, voire nul, à Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, qui assiègent depuis 18 mois l’Assemblée nationale, et somment Nicolas Sarkozy de tenir sa promesse de campagne.

Le 15 septembre, Zohra et Hamid avaient appelé à une grande manifestation de soutien. Alors que la gauche brillait par son absence sur la place Edouard Herriot, un vieux harki buriné par les ans soufflait, désespéré : « La France est morte… »

Place Edouard Herriot, au micro des Harkis, deux figures du FN, Bruno Gollnisch et Roger Holeindre, s’érigèrent en tribuns du peuple, accusant de Gaulle aussi bien que la Ve République de crimes et de trahison. Ils suscitèrent, évidemment, de forts applaudissements. Les députés du MODEM (Jean Lassalle), de l’UMP (Christian Kert) et de la Gauche Moderne (Jacques Domergue) s’étant contentés, eux, de passer plus furtivement dans la matinée.

Les méandres de la gauche

Au nom de quels absurdes méandres la gauche française peut-elle justifier sa totale absence ce jour-là ? Comment expliquer qu’elle laisse ainsi au parti de JM Le Pen et aux émissaires de Sarkozy et de Bayrou le monopole de la défense des Harkis ? Aucun député socialiste, aucun député communiste ou vert n’avait-il donc cinq minutes à consacrer aux Harkis du Palais Bourbon, ce mercredi-là ?

Mais c’est qu’en réalité, la gauche est gênée à de nombreux titres par la tragédie des Harkis.

D’une part parce que la gauche porte une lourde responsabilité dans cette abominable affaire, comme elle en porte une immense dans le largage de l’Algérie. En effet, à l’époque, aux ordres de l’URSS ou travaillée comme le Général par les démons racialistes et civilisationnels (au moins autant que financiers…), la gauche fit alliance avec de Gaulle pour procéder au « dégagement » de la quasi-totalité des territoires et des populations africaines de la France. C’est qu’au plus haut niveau du PCF et de la SFIO (Parti socialiste de l’époque), tout comme à droite, accepter des millions de Noirs et d’Arabo-Berbères comme Français à part entière n’allait pas de soi. Et beaucoup de politiciens français, en particulier parmi les grands leaders du moment, entendaient bien que l’Assemblée nationale ne se peuplât point de centaines de députés africains. Car alors, non seulement la France aurait accompli sa métamorphose métisse, mais de surcroît le colonialisme aurait été par là même rendu impossible…

Pour parvenir à accomplir ce divorce qui ne convenait ni aux Africains, ni aux Métropolitains, attachés les uns et les autres à l’unité franco-africaine, de Gaulle n’hésita pas à mentir aux foules, et à invoquer d’abord l’unité dans l’égalité et la fraternité, puis par la suite à se prévaloir en permanence le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », tout en… bâillonnant le peuple pour mieux briser l’unité franco-africaine !

Cohérence gaullienne

Car dans les faits, le programme promis fut entièrement mis à terre (1959-1962), et pour ce faire la Constitution fut foulée au pied et copieusement trafiquée par le Général. En Afrique noire, les populations furent tout simplement privées de référendum sur la question pourtant cruciale de l’indépendance (Loi 60-525, mai-juin 1960) ; mieux encore, en Algérie, le référendum fut organisé… par le FLN indépendantiste et ultraviolent (l’Etat gaullien, devenu son allié, finit par le fournir en armes…), dans un climat de terreur et de massacre, avec pour résultat édifiant 99,72% de OUI pour l’indépendance… Dans les deux cas, en Algérie comme en Afrique subsaharienne, on put vérifier que la volonté des peuples n’était qu’un prétexte pour de Gaulle, puisque le peuple n’avait, dans les faits, plus son mot à dire sur la question. Ce qui n’empêchait nullement l’ONU de frétiller de joie et même de prêter son aimable concours...

C’est dans ce contexte que les Harkis furent logiquement interdits de rapatriement : de Gaulle se « dégageait » d’Algérie et d’Afrique pour éviter la « bougnoulisation » de la France, il refusait donc de « bougnouliser » la France en y accueillant des centaines de milliers de Harkis et d’Algériens francophiles. Car avec leurs familles, ceux-ci représentaient plusieurs millions de personnes…

Ainsi la République française (ou franco-africaine…) fut démantelée, abandonnant les 9/10 de son territoire et la moitié de sa population, au nom de critères raciaux, culturels et religieux (« Vous voyez un président arabe à l’Elysée ? » ironisait de Gaulle…), mais aussi au gré d’âpres calculs financiers. Du même coup, la France (ou plutôt la République franco-africaine…) renonça à être une puissance aux dimensions planétaires, pour éclater en une myriade d’Etats de taille variable (moyens, petits ou minuscules) voués à une inéluctable relégation, voire au désastre...

Tour de force et conséquences

Le tour de force de Charles de Gaulle fut d’utiliser son prestige d’Homme du 18 juin pour faire passer pareille catastrophe pour une grande victoire devant l’Histoire et le couronnement de la grandeur française. Ainsi l’étroitesse d’esprit et rejet de l’idéal républicain devinrent le comble de la hauteur de vue et de la vision historique. De même, par une autre prouesse rhétorique, le musèlement des peuples devint l’expression suprême de leur volonté. Au point qu’aujourd’hui, une grande partie de la jeunesse, en France comme en Afrique, est intimement persuadée que la « liberté » fut arrachée par les Africains et les Algériens à une France contrainte de la leur rendre. En toute logique, une partie de cette jeunesse manipulée entend à présent achever la bête…

Car l’ennui est que de telles manipulations, entre bourrage de crânes, mensonges délétères et lavage de cerveaux conjugués, si elles permettent toujours aujourd’hui de masquer le pourtant énorme pot-aux-roses, sont à l’origine d’une crise d’identité et d’un malaise extrêmement grave et profond. De dynamique brisées en forces régressives caressées dans le sens du poil, cinquante ans d’autodestruction semblent atteindre leur point de rupture : la France paraît en passe d’imploser, ou de se déchirer. Tout cela se déroule tandis que l’Afrique endure depuis cinq décennies un long calvaire dont elle ressort très abîmée et souffrante.

Il reste 18 mois à Sarkozy

Il faudra bien un jour que le Système, c’est-à-dire l’Etat français et ses prolongements médiatiques, intellectuels et éducationnels (collèges, lycées, universités) avouent que depuis cinquante ans, ils mentent au peuple et le manipulent. Il faudra bien, aussi, qu’ils avouent que l’ensemble franco-africain fut démantelé au mépris de la démocratie et des principes les plus sacrés de la République. Autant qu’au mépris du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Si la Gauche laisse au Front National (ou à l’UMP, car n’oublions pas qu’il reste encore 18 mois à Nicolas Sarkozy pour honorer sa promesse…) le monopole de la cause Harkie, et accessoirement le réquisitoire contre le De Gaulle monstrueux de la période 1959-1962, il ne faudra pas qu’elle s’étonne, la Gauche, comme par un châtiment de l’Histoire, d’être à nouveau battue en 2012.

A moins que la Gauche ne rejoigne pour leur prochaine manifestation Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï qui, depuis le début de leur action, ont toujours clamé qu’ils accueilleraient chaleureusement et fraternellement tous les soutiens, d’où qu’ils viennent. Pour l’amour de la République et de la France. Mais aussi, dans leurs cœurs et dans leurs âmes, en mémoire de leurs pères, et au nom de l’Afrique et du peuple trahi.


Alexandre Gerbi





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6 août 2010

Sarkozy, BHL, la gauche française et le reste du monde ou Les grands prêtres du désastre



Sarkozy, BHL, la gauche française

et le reste du monde


ou

Les grands prêtres

du désastre





par


Alexandre Gerbi

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L'élection de 2012 sera marquée par une poussée sans précédent du Front National (FN). En tout cas, c’est ce que doit penser Nicolas Sarkozy, qui joue la carte de l’extrême-droite avec une force jamais vue. En dehors du gouvernement et des sphères lepéniste, nationaliste ou « identitaire », tout le monde s’accorde à reconnaître la proposition de déchéance de la nationalité comme monstrueuse, puisqu’elle revient à créer deux catégories de citoyens…

De la sorte, Nicolas Sarkozy n’est sans doute pas sûr de contenir l’hégémonie du FN sur sa droite ; peut-être risque-t-il même de l’accentuer. Mais il peut espérer, presqu’à coup sûr, gagner par l’écrasement de la gauche. En effet, en sortant la grosse artillerie ultra droitiste, il se donne les moyens de mettre en évidence l’indigence, la nullité, les impasses de la pensée du PS et des autres partis de l’opposition sur la brûlante question « immigration/insécurité », et surtout leur hypocrisie totalement déconnectée. De la sorte, Sarko espère tirer parti d’un contexte où l’électorat s’aperçoit comme jamais de l’immense péril des banlieues. Car malgré l’ampleur de la manipulation médiatique qui occulte depuis des lustres, autant que faire se peut, à la fois l’ampleur du danger et l’effarante situation où se trouve le pays, nul n’ignore aujourd’hui que des centaines de « cités » ou de « quartiers » sont sujets à l’ultraviolence, à l’obscurantisme politique et religieux, sur fond de haine de la France.

Quand le crime se greffe sur l’idéologie

Or, par bonheur, à l’heure qu’il est, toute la banlieue n’est pas entièrement frappée par les trois formes du péril. Une importante partie de la banlieue, y compris celle d’origine immigrée, résiste à ces diverses tentations. Malheureusement, l’idéologie officielle et plus généralement la structure politico-médiatico-intellectuelle française, issue de la Ve République blanciste en ses métamorphoses, est incapable de lui tendre la main, parce qu’elle est incapable de répondre à une crise dont le fondement est bien davantage idéologique (et non pas culturel, contrairement à ce que disait récemment Xavier Lemoine, maire UMP de Montfermeil) que social. Quant au crime, il se greffe simplement dessus, et y puise sa force, mise au service de ses trafics… Quoi qu’il en soit, le phénomène atteint un tel degré de développement que Bernard-Henri Lévy lui-même, dans une récente tribune dans le Monde, concède que « la guerre civile menace ». Et le « philosophe » de pointer les « trois erreurs de Nicolas Sarkozy ». A coup sûr, les innombrables fautes de BHL, dont l’ignoble Idéologie française (Grasset, 1981) et par la suite les intimes collusions et autres accointances avec le Système, de l’apologie de Sartre à celle de de Gaulle, des officines littéraires aux milieux d’affaires en passant par les réseaux et la police de la pensée, ne sont pour rien dans les malheurs actuels du pays…

Or précisément, pour endiguer la montée du danger et contrer l’avènement du désastre, il faudrait remettre en cause les fondements mêmes du régime qui l’a engendré. Il faudrait revenir sur les fonts baptismaux de la Ve République, à savoir le largage de l’Afrique et de ses populations, leur mise à distance et leur mise à l’écart, ce que nous avons appelé ailleurs l’apartheid gaullien, que permit la prétendue « décolonisation ». Il faudrait, pour ce faire, commencer par démystifier (démythifier) la figure du général de Gaulle, dont BHL comme Nicolas Sarkozy sont, justement, de grands thuriféraires. Il faudrait avouer le cauchemar atroce (ces mots sont pesés), tissé de trahisons extrêmes et de mensonges suprêmes, dans lequel un dangereux pervers nommé Charles de Gaulle fit, avec l’aide des Etats-Unis puis de l’Union soviétique, basculer l’Afrique et la France, et partant le monde, il y a cinquante ans. Las ! Allumer la télévision ou lire la presse française en l’an 2010 n’incite guère à penser que le déboulonnage de l’idole soit à l’ordre du jour…

Opportunisme sarkozyen

Alors Nicolas Sarkozy, entre son défilé africain du 14-Juillet sur les Champs-Elysées et ses trois semaines de vacances au Cap Nègre, s’en remet à l’idéologie officielle du régime. Il pose en demi-Français les Français d’origine dite « étrangère », alors que la plupart de ceux qu’il vise sont, de fait, originaires d’anciens territoires français, en particulier d’Algérie. Territoires qui furent délibérément abandonnés par le gouvernement du Général-Président il y a un demi-siècle, après moult mensonges et moult reniements. Pour éviter, à coups de massacres et d’assassinats, la « bougnoulisation » (sic) de la France, mais aussi pour organiser le très lucratif néocolonialisme.

Avec les affabulations complexes qui permirent de les tenir cachés, ces deux axes de la décolonisation, l’un secret, l’autre officieux, constituent trois sources majeures de la crise française qui se cristallise dans la crise des banlieues et de sa jeunesse, mais mine en réalité de fond en comble le pays tout entier. Car le largage « anti-bougnoulisation » fut, en plus d’une trahison des principes les plus hauts de la République, une mise au ban et une immense marque de mépris à l’égard des citoyens africains ; le néocolonialisme, une autre marque de mépris assortie d’un cynisme sans bornes à l’égard des Ultramarins, comme l’occasion d’une rapacité obscène ; le mensonge qui enroba le tout consista en un bourrage de crâne visant à détourner les Africains et les Maghrébins de la France, tout en leur donnant à croire que l’indépendance, le divorce étaient leur fait absolu. Ce dernier point, orchestré par une propagande internationale et planétaire (USA, URSS, Chine, Vatican, Ligue Arabe, etc.), a tellement bien fonctionné que toute la jeunesse française, en particulier celle des banlieues, croit, contre toute raison, que l’indépendance fut arrachée par les Africains, dont ils déduisent qu’ils n’aimaient pas la France, voire qu’ils la détestaient. Et ces jeunes et moins jeunes se réclament de leur exemple quand ils crachent sur la France, l’incendient, la mettent à sac ou la terrorise…

Rompre avec l’Histoire officielle

Si l’on veut espérer désamorcer la « haine » qui prospère en banlieue, il faut d’abord cesser d’instiller des mensonges criminels, des amnésies dans la tête de la malheureuse jeunesse. Lever ce qui bloque l’intégration et, pire encore, provoque un effet de « désintégration » – les jeunes des banlieues françaises sont, en moyenne, bien plus hostiles à la France que ne l’est la jeunesse des pays dont ils sont originaires. Voilà qui devrait clouer le bec à tous ceux qui invoquent je ne sais quelle origine « culturelle » à ces malheurs que nous connaissons. Mais pour en sortir, cela supposerait de rompre avec le système idéologique aux sources de ce phénomène, en particulier l’Histoire mensongère dont il se nourrit.

Rompre avec l’idéologie et l’histoire officielle du régime, ce serait aussi rompre avec l’inégalité qui fonda la Ve République après l’assassinat de la Révolution de mai 1958 et la destruction de l’unité franco-africaine, au gré de conceptions inacceptables de la francité, à des fins néocolonialistes comme on l’a vu et, en outre, selon des voies totalement illégales. Le gouvernement actuel, à l’instar de ses prédécesseurs giscardiens, mitterrandiens ou chiraquiens, affirme avoir déjà accompli cette révolution copernicienne. Les récentes menaces sur la nationalité brandies par Nicolas Sarkozy achèvent de démontrer, si l’on en doutait, que rien n’est moins sûr…

Ces choses ne sauraient surprendre, puisque pour rompre avec l’inégalité et le néocolonialisme à l’origine de la plupart de nos maux, rompre avec les mensonges de l’Histoire impliquerait, d’abord, de mettre en lumière les fondements du Système qui nous a conduits jusqu’ici. Or on ne le fait pas. Bien au contraire, à droite comme à gauche, chez Nicolas Sarkozy ou Bernard-Henri Lévy aussi bien que du côté des socialistes, des communistes ou des Verts, sans rien dire des trotskystes infiltrés un peu partout, on persiste à nier l’Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, tout en se prévalant perpétuellement d’un confortable antiracisme de salon. A telle enseigne que jamais le moindre bémol n’est apporté au panégyrique permanent et polymorphe dont la figure de Charles de Gaulle fait l’objet, en dépit de tout ce qui devrait, pour le moins, inspirer quelque modération. Au contraire, chacun y va de son petit couplet extatique ou, les jours modestes, laudateur. Jusqu’à Marine Le Pen.

Il est grand temps, pourtant, que la vérité soit dite. Car après l’Afrique, la France menace de succomber aux mensonges, de se déchirer sous le souffle délétère de l’absolu crime d’Etat qu’accomplit le général de Gaulle, avec l’aide de ses alliés de tout bord, entre 1959 et 1962.

Mais pour expliquer tout cela, pour ouvrir une si gigantesque et vertigineuse boîte de Pandore, il faudrait beaucoup, beaucoup de temps, beaucoup, beaucoup de patience et surtout beaucoup, beaucoup d’humilité et de grandeur d’âme. Toutes choses qui font cruellement défaut au Système autant qu’à ses grands prêtres, tels ci-devant Nicolas Sarkozy, Bernard-Henri Lévy et la sinistre gauche française. Et le reste du monde.



Alexandre Gerbi




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