3 avr. 2012

Le « vote utile » : Tombeau électoral du candidat François Hollande ?

Et si le « vote utile » se retournait comme un gant ?






Le « vote utile » :


Tombeau électoral

du candidat François Hollande ?





par


Alexandre Gerbi





A trois semaines du premier tour de l’élection présidentielle, bien que très haut encore dans les sondages (entre 26 et 28,5% des intentions de vote au premier tour), le candidat François Hollande est-il en réalité au bord du gouffre ?


De fait, il suffit de questionner les gens autour de soi pour s’apercevoir qu’au moins le quart, en réalité un bon tiers voire même, ces derniers temps, une petite moitié des électeurs qui s’apprêtent à voter au premier tour pour François Hollande, préfèrent en réalité Jean-Luc Mélenchon.

Ancrage résolu à gauche, incontestables talents de tribun, personnalité, charisme… Autant de qualité utiles à un président de la République et que possède le candidat du Front de Gauche. A l’inverse de son rival socialiste, et de toute évidence. Ce qui conduit beaucoup d’électeurs de gauche, ou d’électeurs tout court, à préférer le bouillant « Méluche » au très « normal » Hollande…

Un choix contre-nature

Or quand on questionne ces électeurs sur leur choix apparemment contre-nature (pourquoi voter pour Hollande alors qu’ils préfèrent Mélenchon ?), ces femmes et ces hommes invoquent toujours la même raison : le « vote utile ». Ils expliquent simplement que comme François Hollande est, d’après les sondages, le candidat de gauche le mieux placé pour accéder au second tour de l’élection, il convient de voter pour lui – quitte à sacrifier Mélenchon – pour éviter un nouveau « 21 avril ». Comprendre : éviter un face-à-face Sarkozy-Le Pen et, du même coup, une nouvelle éclipse de la gauche dans la phase finale de la présidentielle, élection majeure sous la Ve République…

Autrement dit, à bien écouter ces femmes et ces hommes, si d’aventure les sondages indiquaient que l’ancien sénateur socialiste de l’Essonne était le mieux placé des candidats de gauche pour accéder au second tour, alors le quart, un bon tiers voire la moitié des électeurs actuellement déclarés de François Hollande voteraient plutôt pour Jean-Luc Mélenchon. Car au-delà des électeurs mélenchonnistes soudain « libérés », il faudrait forcément compter avec les partisans sincères du candidat du PS qui, dans ce cas de figure, au nom du « vote utile », se résigneraient à voter pour le candidat du Front de Gauche – quitte à sacrifier, cette fois, Hollande…

Illustration arithmétique

Afin d’illustrer arithmétiquement ce raisonnement et mesurer l’ampleur du gouffre qui menace le candidat socialiste en cas de retournement du « vote utile », retenons l’hypothèse moyenne basse. A savoir : un tiers (ce qui semble un minimum…) des électeurs actuellement déclarés de François Hollande préfèrent son rival du Front de Gauche et pourraient par conséquent voter Jean-Luc Mélenchon si celui-ci était, selon les sondages, le mieux placé pour accéder au second tour…

Si donc un tiers des électeurs actuellement déclarés de François Hollande se rabattaient sur Jean-Luc Mélenchon au nom du « vote utile », le candidat socialiste verrait le tiers de ses voix actuelles (soit 27% en moyenne), c’est-à-dire 9% d’électeurs, lui faire soudain défaut : 27% moins 9% le ramènerait donc à 18%, c’est-à-dire à peu de chose près au score de Lionel Jospin en 2002…

En contrepartie, ces 9% d’électeurs perdus par Hollande s’ajouteraient naturellement au 13% actuellement prêtés, en moyenne, par les sondages à Jean-Luc Mélenchon. Le candidat du Front de Gauche totaliserait donc 13% plus 9% soit 22% des intentions de vote. C’est-à-dire 4% de plus que François Hollande (avec son score « jospinien » de 18%), et loin devant Marine Le Pen, créditée actuellement de 13,5% à 17% des voix dans les différentes enquêtes.

La courbe de Jean-Luc Mélenchon étant nettement ascensionnelle (il est passé de 5% en octobre 2011 à 8% en janvier 2012, puis à 14% actuellement, avec une nette accélération ces trois dernières semaines, pour une hausse totale de 9 points), tandis que celle de François Hollande s’est nettement érodée (passant de 35% en octobre 2011 à 30% en janvier, puis à 27% en moyenne actuellement, pour une chute totale de 8 points), faut-il s’attendre à ce que, si les courbes se rapprochaient davantage encore, on voie tout à coup un spectaculaire transfert de voix s’opérer, du candidat socialiste en direction de celui du Front de Gauche ? Faut-il s’attendre à ce que le « vote utile » ainsi retourné devienne en quelques jours, à la veille du second tour, le puissant « booster » de Jean-Luc Mélenchon, en même temps que le tombeau électoral, le gouffre où disparaîtra François Hollande ?

Avec, à la clef, un second tour d’anthologie, Mélenchon contre Sarkozy ? Avec toutes les surprises qu’un tel cas de figure permet d’espérer…

Paroles de pessimiste

« A condition, dira le Pessimiste, qu’en cas de nouvelle hausse sensible de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages et de chute dangereuse de François Hollande, les instituts de sondages ne soient pas trop tentés de « redresser » les chiffres au profit du candidat socialiste… Car on voit bien que le retournement comme un gant du « vote utile » est à l’entière merci des sondages et par conséquent des instituts de sondages, ce qui donne à ceux-ci un pouvoir exorbitant. A leur corps défendant d’ailleurs, puisque ce ballet se joue incontestablement à trois, entre les candidats, les instituts de sondages et, surtout, les électeurs. Or c’est parce qu’ils sont enferrés dans la perverse logique du « vote utile » lui-même arcbouté sur les sondages, que les électeurs mélenchonnistes sont si nombreux à se déclarer décidés à voter Hollande, sans voir le jeu de miroirs trompeur auquel ils participent et où ils s’abîment. Au demeurant, dans ces conditions de vertige, la tentation reste grande pour les instituts de sondages de tripatouiller la tambouille. Et connaissant l’humaine faiblesse… »

Face au Pessimiste, le salut consiste sans doute à parier sur la Raison et la Vertu, mères de Révolution…

Mais la France de l’an 2012 en a-t-elle encore ?



Alexandre Gerbi






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21 févr. 2012

En l’honneur du Cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie

Spéciale dédicace à Serge Letchimy et Claude Guéant







En l’honneur du Cinquantenaire

de l’indépendance de l’Algérie





par


Alexandre Gerbi





En l’an 2012, 50e anniversaire de l’indépendance algérienne, au fil des mois, en marge du mensonge d’Etat, devant l’imposture à la fois internationale et intime, le blog Fusionnisme rappellera ce qui fut. Opiniâtrement. Et avec toute la calme passion qui sied à ce dantesque sujet…



L’historiographie prend soin, depuis des décennies, de dissocier indépendance algérienne et indépendances des Etats d’Afrique subsaharienne.

Evidemment, étudier indépendamment l’une, l’indépendance algérienne, et les autres, les indépendances subsahariennes, permet de cacher la vraie nature du drame qui se noua en Algérie, pendant la période 1958 (ou 1954, ou 1945 etc.) -1962, et plus vastement en Afrique.

Au contraire, articuler l’une et les autres permet de dévoiler l’insoutenable. C’est pourquoi le silence est préféré par le Système, nourri de contrevérités et d’amnésie.

En manière de réponse, depuis des années, le Mouvement Fusionniste s’emploie à mettre à nu le phénomène de la décolonisation dans son ampleur transcontinentale, de part et d’autre du Sahara. Mais aussi, par petites touches, à l’échelle intercontinentale, puisque notre sujet embrasse aussi l’Indochine et les anciens Comptoirs des Indes. Sans parler de tous les océans, où la France demeure d’ailleurs toujours présente, d’ailleurs, à l’heure qu’il est…

En ce 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, le blog Fusionnisme, fidèle à lui-même, est tenu d’annoncer la couleur. La voici, donc.

L’an 2012 sera probablement marqué par les hypocrisies habituelles, telles qu’on les vit s’éployer en 2010, Cinquantenaire des indépendances subsahariennes. Selon toute vraisemblance, cette année encore, intellectuels, politiques et dans une moindre mesure, médias, nous serviront, la bouche en cœur, le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». En omettant scrupuleusement, comme il se doit, de signaler l’Affaire gabonaise (1958), la Loi 60-525 (1960), et bien sûr l’Affaire d’Algérie (1958 ou 1954-1962), en autres pivots de l’imposture. Gigantesque. Dont notre époque étouffe et dont meurt la France et, quoique diversement, l’Afrique et le monde...

Alors, dans ce brouhaha, dans cette confusion tragique, face à ce vol au ras des pâquerettes si dérisoire, si veule, si destructeur, le blog Fusionnisme va s’autolabourer. Pour compenser, un peu.

S’autolabourer, c’est-à-dire, régulièrement, à la faveur de cette année anniversaire, en marge des commémorations convenues de l’indépendance de l’Algérie, republier un florilège de la centaine d’articles parus depuis cinq ans sur le blog Fusionnisme, dans le sillage de la sortie de Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, Imposture, refoulements et névroses (Ed. L’Harmattan). Sans préjudice d’interventions supplémentaires d’amis ou de l’auteur.

Pour commencer la série, De Hitler au largage des Africains s’est imposé.

Au feu nourri que nous cherchons à déchaîner sur De Gaulle, figure historique abusivement glorifiée, ce texte livre un premier axe fondamental : la référence à l’hitlérisme et, au delà, à la dérive folle que Claude Lévi-Strauss fustigea, en vain, dans les années 1950. C’est pourquoi Lévi-Strauss suivra Hitler et précédera Césaire, dans cette ouverture fusionniste de l’année 2012, Cinquantenaire de l’Indépendance de l’Algérie, terre aimée et populations martyres.


A.G.



De Hitler

au largage des Africains




par


Alexandre Gerbi

.




Le général de Gaulle et les hommes politiques métropolitains qui organisèrent la prétendue « décolonisation » avaient forcément lu Mein Kampf. « Tout Français doit lire ce livre » avertissait le maréchal Lyautey.

« Un Etat africain sur le sol de l’Europe »

Or on lit dans le livre de Hitler, publié en 1925-1926 :

« (…) la France est, et reste, l’ennemi que nous avons le plus à craindre. Ce peuple, qui tombe de plus en plus au niveau des nègres, met sourdement en danger (…) l’existence de la race blanche en Europe. Car la contamination provoquée par l’afflux de sang nègre sur le Rhin, au cœur de l’Europe, répond aussi bien à la soif de vengeance sadique et perverse de cet ennemi héréditaire de notre peuple qu’au froid calcul du Juif, qui y voit le moyen de commencer le métissage du continent européen en son centre et, en infectant la race blanche avec le sang d’une basse humanité, de poser les fondations de sa propre domination. Le rôle que la France, aiguillonnée par sa soif de vengeance et systématiquement guidée par les Juifs, joue aujourd’hui en Europe, est un péché contre l’existence de l’humanité blanche (…) [l’]envahissement [de la France] par les nègres fait des progrès si rapides que l’on peut vraiment parler de la naissance d’un État africain sur le sol de l’Europe. »

Le venin et ses brûlures

Hitler avait de bonnes raisons de cracher son venin. A l’époque, en effet, et selon un crescendo jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, la propagande officielle française proclamait fièrement l’égalité des races et, si elle ne l’appliquait encore que très imparfaitement, joignait le geste à la parole, en nommant des Nègres ministre (Blaise Diagne) ou vice-président de l’Assemblée nationale (Gratien Candace).

Vingt à trente ans plus tard, nombre d’analyses, de stratégies et de motifs parfois contradictoires présidèrent à la décolonisation. Parmi eux, la crainte de la « bougnoulisation » de la France (selon l’expression, en coulisses, de Charles de Gaulle) et, partant, de l’Europe, tint une place éminente.

L’éviction des populations d’Afrique répondait-elle, selon des voies souterraines, aux anathèmes du Führer ? En substituant l’alliance européenne à l’alliance africaine au lieu de l’y ajouter, sacrifia-t-on à d’obscurs démons ?

De Gaulle expliquait en Conseil des ministres, en 1962 : « Cette Europe, il faudra bien qu’elle se bâtisse un jour. On en parle depuis Jules César, Charlemagne, Othon, Charles Quint, Louis XIV, Napoléon, Hitler. »

« La France ne serait plus la France »

Au même moment, avec l’appui ou le consentement silencieux de ses alliés, le Général achevait le démantèlement de l’ensemble franco-africain. En choisissant d’offrir l’Algérie au FLN, meilleur garant d’un divorce franco-algérien irréversible.

Au nom d’un principe que l’ermite de Colombey, revenu aux affaires par un putsch militaire et sur un programme totalement inverse, avait énoncé à l’Elysée, in petto, en 1959 :

« Il ne faut pas se payer de mots ! C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »

Terrible héritage.

Alexandre Gerbi


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8 févr. 2012

Le microscopique Guéant et les Tartuffes de la gauche

Ce qui s'agite dans la bouteille...







Le microscopique Guéant

et les Tartuffes de la gauche




par


Alexandre Gerbi





Certains, en particulier à gauche, poussent des cris scandalisés devant les propos de Claude Guéant, comme hier devant ceux de Brice Hortefeux, de Nadine Morano, de Gérard Longuet ou de Nicolas Sarkozy.

Or les mêmes belles âmes, en particulier à gauche, n’ont pas de mots assez sucrés et laudatifs pour glorifier Charles de Gaulle alias « Le Général »…

Las ! Guéant, Hortefeux, Morano, Longuet, Sarkozy et tant d’autres ne sont que des petits joueurs, des émules minuscules et édulcorés de Charles de Gaulle, dont les conceptions et les agissements présidèrent à la naissance du régime actuel. Une idéologie au nom de laquelle fut décidé et organisé, il y a cinquante ans, le largage de l’Afrique ou plutôt de ses populations. Par la mise en place d’un apartheid à l’échelle intercontinentale, tremplin du néocolonialisme. Le tout au mépris de la démocratie et des principes républicains les plus fondamentaux (Affaire gabonaise, Loi 60-525, Affaire algérienne). Une tragédie incommensurable dont notre époque et notre société sont le produit catastrophique. La France de 2012, monde de plus en plus clivé, est la projection des prophéties manichéennes et autoréalisatrices de Charles de Gaulle…

« Les Arabes, les Kabyles, les Mozabites, les Juifs ? Ces gens-là ne font pas partie de notre peuple. »

« Les Arabes, ce n'est rien. Jamais on n'a vu des Arabes construire des routes, des barrages, des usines. Après tout, peut-être n'ont-ils pas besoin de routes, de barrages, d'usines. Ce sont d'habiles politiques. Ils sont habiles comme des mendiants. »

« On a prétendu faire des Nègres de bons Français. C'est beau l'égalité, mais ce n'est pas à notre portée. Vouloir que toutes les populations d'Outre-mer jouissent des mêmes droits sociaux que les métropolitains, d'un niveau de vie égal, ça voudrait dire que le nôtre serait abaissé de moitié. Qui y est prêt ? Alors puisque nous ne pouvons pas leur offrir l'égalité, il vaut mieux leur donner la liberté ! Bye Bye, vous nous coûtez trop cher ».

« Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans qui demain seront vingt millions, et après-demain quarante ? Si nous faisons l'intégration, si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »

« Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq, puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l'Elysée ? »

Fin de citation.

Alors, de grâce, Messieurs les scandalisés, Mesdames les belles âmes, en particulier de gauche, cessez tant de tartufferie. Cessez de vous indigner des sorties misérables et indigentes d’un Guéant, d’un Hortefeux, d’une Morano, d’un Longuet, d’un Sarkozy ou d'un autre.

Ou alors, soyez enfin cohérent(e)s et dites-nous enfin toute la vérité sur le largage de l’Afrique et de l’Algérie en particulier par Charles de Gaulle et ses alliés, en cette année 2012, cinquantenaire de l’indépendance algérienne et d’élection présidentielle.



Alexandre Gerbi






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11 oct. 2011

Conséquences de l'éviction d'Arnaud Montebourg

« Le drame avec les pessimistes,
c’est qu’ils ont souvent raison... »






Conséquences de l’éviction

d’Arnaud Montebourg






par


Alexandre Gerbi





En définitive, Gilbert Comte avait vu juste : la montagne de la Primaire socialiste a accouché d’une souris à deux têtes.

On se frotte les yeux : François Hollande et Martine Aubry sont bel et bien les vainqueurs, haut la main, du premier tour de la primaire socialiste…

A la décharge des votants, les sondages ont évidemment pesé sur le scrutin, en désignant, de bout en bout, François Hollande et Martine Aubry comme vainqueurs obligatoires, mais aussi en sous-évaluant, et partant en bridant les chances du seul challenger crédible désigné par les urnes : Arnaud Montebourg. Car avec 17% des voix, le député de Saône-et-Loire arrive loin derrière les deux premiers mais loin devant les trois autres, y compris Ségolène Royal, reléguée à 7% dans les profondeurs du classement, alors que les instituts de sondages la plaçaient en troisième position…

Avec un score honorable, donc, compte tenu de sondages qui l’ont desservi et ont simultanément servi ses adversaires, Arnaud Montebourg n’en est pas moins éliminé. Espérons qu’il saura se servir de ce succès miniature pour instiller un zeste de couleur au grisâtre programme du ou de la prétendant(e) qui sera finalement désigné(e) candidat(e).

Reste un mystère : comment des millions d’électeurs théoriquement de gauche ont-ils pu se déplacer pour voter massivement en faveur de deux candidats bien peu de gauche et, de surcroît, au projet à ce point insipide ? Voilà qui est, en tout cas, très inquiétant pour l’avenir, quand le pays aurait tant besoin de lucidité pour enfin changer d’air…

En attendant…

En attendant, la victoire du binôme Hollande/Aubry arrange bien la droite.

Sarkozy peut se féliciter d’avoir à affronter des adversaires aussi ternes, apparatchiks caricaturaux qui sont, d’ailleurs, tous deux énarques… Dans ces conditions, le grand stratège de l’Elysée peut se prendre à rêver d’un scénario à la Chirac/Jospin en 2002 : à la faveur de l’effondrement d’un candidat socialiste couleur de muraille mis à nu dans sa sidérante vacuité au fil de la campagne présidentielle, Sarko peut désormais espérer se hisser au second tour grâce au matelas incompressible de la droite (aux alentours de 20% minimum), pour affronter… Marine Le Pen ! Et ainsi l’emporter finalement, avec le renfort d’une gauche goûtant une nouvelle fois les joies de la pince à linge…

Quant à Marine Le Pen, interrogée sur le résultat du premier tour de la primaire socialiste (dimanche 9 octobre, JT de 20 heures, France 2) elle s’est ouvertement réjouie de voir que la gauche, qu’elle rêve d’affronter, lui opposera un adversaire aussi semblable à Nicolas Sarkozy, c’est-à-dire totalement inféodé au Système de la mondialisation ultralibérale et antisociale qui exaspère les Français, quand cette exaspération est la force principale de la présidente du FN…

Sous ces angles désastreux pour la gauche et surtout pour le pays, resterait au Front de Gauche à tirer les marrons du feu : car l’intronisation de François Hollande ou de Martine Aubry candidat du PS ouvrira, dans tous les cas et de toute évidence, un boulevard à gauche.

Pour le PCF, le Parti de Gauche et leur représentant Jean-Luc Mélenchon, il s’agit, avec un programme ambitieux, courageux, novateur, alternatif, et pour tout dire révolutionnaire, de damer le pion à un PS plus droitisé et plus conformiste que jamais, afin de le remplacer au second tour. Pour affronter à sa place, en duel, Nicolas Sarkozy... ou Marine Le Pen ! Avec, dans les deux cas, de bonnes chances de l’emporter pour le candidat du Front de Gauche…

Seul problème : à sept mois de l'élection, ce programme reste en grande partie à écrire…


Alexandre Gerbi






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15 sept. 2011

La Longue Marche des Harkis sous l'invraisemblable silence de la Gauche

les chiens aboient...





La Longue Marche des Harkis

sous l'invraisemblable silence

de la Gauche



par


Alexandre Gerbi






Comme annoncé au mois de juillet dans les colonnes d’AgoraVox et sur le blog Fusionnisme, la Longue Marche des Harkis a commencé. Depuis le 22 août 2011, la caravane conduite par Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï a quitté son point de départ, la préfecture de Montpellier, avec pour objectif, après 34 étapes à travers le pays, d’entrer dans Paris dans la nuit du 24 au 25 septembre prochains, flambeaux de la mémoire à la main. Pour faire plier Nicolas Sarkozy.


Après avoir assiégé l’Assemblée nationale et le gouvernement sarkozyen pendant près de deux ans et dans des conditions parfois extrêmement difficiles, Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, ont décidé de passer la vitesse supérieure.

« Comme Sarkozy s’obstine à nous ignorer, explique Zohra, nous ripostons en l’accusant plus que jamais de parjure. Nous voulons maintenant coaliser les Harkis et les Pieds-Noirs, ainsi que tous les Français qui ont la mémoire tenace, pour forcer Nicolas Sarkozy à respecter enfin sa parole de 2007. »

De fait, Nicolas Sarkozy, sixième président de la Ve République blanciste, a commis un mensonge d’Etat.

Flash back. Avril 2007. L’ineffable Sarko, alors en grand besoin de voix pour battre son adversaire socialiste Ségolène Royal, ne reculant devant aucun cynisme et pratiquant sans vergogne le mensonge, n’hésite pas à faire vibrer la corde sensible :

« Les Harkis ont cru en la parole de la France, je serai celui qui tiendrai cette parole ». « Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des Harkis et d'autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance. Afin que l'oubli ne les assassine pas une nouvelle fois. »

Difficile de ne pas relever que pareils accents, hypocrites et électoralement intéressés, font étrangement penser à son illustre devancier, Charles de Gaulle…

D’ailleurs, depuis, le leader de l’UMP, qui a été élu, s’est bien gardé de tenir sa promesse. Hamid Gouraï, en fin juriste, corrige et souligne : « Ce n’est pas une promesse : c’est un engagement. »

On le sait, profonde est la confusion, immenses sont les contradictions qui frappent la classe politique française, dès qu’il s’agit de la « décolonisation », qu’il s’agisse en particulier de celle de l’Algérie ou de l’Afrique subsaharienne…

Résultat, à l’heure qu’il est, alors que la Longue Marche des Harkis devrait bénéficier du soutien de tous les partis politiques français, elle n’a reçu que celui… du Front National !

Pourtant, depuis les origines de leur combat, Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah proclament qu’ils appellent tous les soutiens, d’où qu’ils viennent, dans une union sacrée de tous les Français contre le Système de la Ve République. Leur démarche, expliquent-ils, est apolitique, en ce sens qu’elle n’est ni de droite, ni de gauche, mais qu’elle se fonde simplement sur le droit, en particulier les Droits de l’Homme, l’Histoire, ainsi que sur les principes fondateurs de la République, Liberté, Egalité, Fraternité. Et, bien sûr, la mémoire de leurs pères et l’amour de la France, conformément à une certaine idée de la conscience citoyenne.

Zohra le rappelle : « La France, mais aussi l’Afrique, en particulier l’Algérie, ont été bafouées, trahies, exploitées et défigurées par Charles de Gaulle et ses successeurs, notamment Nicolas Sarkozy. »

C’est ainsi que fidèles à une haute conception de l’humanisme, de la dignité humaine et de la France, pendant leur long et parfois très difficile séjour sur la place Edouard Herriot, sous les fenêtres aveugles du Palais Bourbon, Zohra et Hamid ont accompagné, soutenu et aidé à leur modeste échelle les sans-papiers africains, ouvriers arnaqués, c’est un comble, pendant l’aménagement des nouveaux bâtiments de l’Assemblée nationale… Des déshérités du Système impitoyable de la Ve République blanciste, qui cherchaient, épaulés par la suite notamment par la CGT, à sortir, eux aussi, du mépris d’Etat.

Ce soir, Zohra et Hamid bivouaquent du côté Saint-Pierre-le-Moûtier (Nièvre). Dans leur tente Quechua plantée devant la mairie, sous l’œil de la gendarmerie, ils ont déposé plainte contre le préfet, qui prétend n’avoir jamais reçu leur demande de manifester. En attendant, banderoles et drapeaux tricolores déployés, ils affirment, comme ils le répètent depuis bientôt trois ans d’action ininterrompue, qu’ils iront « jusqu’au bout ».

Il est temps que, fidèle aux encouragements que Marie-George Buffet (PCF), à l’instigation d’André Génissieux (Secrétaire régional du MRAP Languedoc-Roussillon), avait courageusement prodigués dans une lettre aux assiégeurs du Palais Bourbon, il est temps que la Gauche, le Parti Communiste Français, le Parti Socialiste ainsi que les Verts et, pourquoi pas, les partis de l’extrême-gauche trotskiste, apportent leur soutien aux Harkis dans leur lutte contre Nicolas Sarkozy, pour la reconnaissance des mensonges et des crimes de la Ve République blanciste.

La Gauche va-t-elle, une fois de plus, laisser au Front National le monopole de ce qui est bien plus qu’un symbole – comme jadis, on croit rêver, le monopole du drapeau tricolore et de la Marseillaise, pourtant emblèmes de la Révolution française et du peuple soulevé contre la tyrannie ? Alors même que l’élection présidentielle approche, et que les voix seront, comme toujours, âprement comptées. Car selon toutes les études d’opinion, une très large majorité soutient la cause des Harkis…

Reconnaissance de la responsabilité, non pas de la France, mais du gouvernement français, à commencer par son chef, Charles de Gaulle, dans l’holocauste de 60.000 à 200.000 Harkis et Algériens francophiles, ainsi que dans l’exode tragique d’un million de Pieds-Noirs, sur fond de martyre de toute l’Algérie : tel est le combat héroïque de Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah.

Qu’il me soit permis d’ajouter, pour ma part : il doit être solennellement reconnu que l’Etat de la Ve République blanciste dirigé par Charles de Gaulle a largué les populations d’Afrique, y compris subsaharienne, en vue de préserver l’Hexagone de la « bougnoulisation » ; mais aussi, en refusant la citoyenneté française (ou franco-africaine) aux Africains et en les dépossédant, au mépris de leur volonté (Loi 60-525), de la démocratie et du cadre protecteur de la République, il a pu mettre en place les conditions du néocolonialisme et l’organiser sans entraves. Les Harkis furent immolés sur l’autel de ce dessein dément et monstrueux. Car ils étaient l’incarnation du rêve de l’unité franco-algérienne et franco-africaine, qu’il fallait, à tout prix, liquider.

En cette rentrée 2011-2012, campagne présidentielle en ligne de mire, tandis qu’à travers Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, les Harkis marchent sur Paris et que la France est plus que jamais sous pression, puisse la Gauche oser défier ce Système tout-puissant qui, jusqu’à présent, tient Nicolas Sarkozy tétanisé.


Alexandre Gerbi







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13 sept. 2011

Comment l'Euro peut (encore) sauver l'Euro... et le reste !

une vis dévisse par vice...





Comment l'Euro peut (encore)


sauver l'Euro... et le reste !



par


Alexandre Gerbi




Il y a un an et demi, en mai 2010, je publiai successivement deux tribunes économiques sur le blog Fusionnisme, et une sous une forme plus courte, dans Rue89, intitulées : « Il faut assujettir la banque centrale européenne » et « Le choix calamiteux de Jean-Claude Trichet, de la BCE et des dirigeants européens ».

J’écrivais alors : « Le Traité constitutionnel européen, rejeté par le peuple français en 2005 puis passé en catimini par Nicolas Sarkozy et ses alliés de gauche en 2007, comportait de nombreuses clauses inacceptables. En particulier l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE). La crise grecque nous confronte à l’absurdité de ce principe, et à son extrême dangerosité. (…)

Pour aider la Grèce, l’Union européenne, ou plutôt la zone euro, en particulier la France et l’Allemagne, mais aussi l’Espagne et surtout le Portugal, sont conviés à jouer les bailleurs de fonds. Une façon, qui se veut habile, de court-circuiter le petit jeu auquel se livrent les agences de notation. Solidarité touchante, mais étrange quand on sait que l’Espagne et le Portugal sont plutôt mal en point, et menacés de dégradation par les très redoutées agences de notation basées à Wall Street, par ailleurs point de départ de la crise financière mondiale…

A ce stade, une question s’impose : à quel niveau d’émission de valeur sans contrepartie (c’est-à-dire sans bons du trésor en échange, contrairement à la pratique habituelle) la BCE provoquerait-elle une dévaluation de l’euro comparable à celle que la crise grecque a provoquée pour l’instant, soit dix à vingt centimes face au dollar US ? (…)

Une rupture de l’Europe avec l’orthodoxie monétaire, par l’assujettissement absolu de la BCE au pouvoir politique, permettrait, en libérant d’immenses moyens jusqu’à présent confisqués, d’ouvrir la voie d’une révolution qui serait peut-être la plus grande de l’histoire de l’humanité. En rendant une force de frappe financière à des Etats européens que la singulière attitude des marchés internationaux et des agences de notation états-uniennes mettent en porte-à-faux.

Alors, préférera-t-on laisser filer l’euro, quitte, en fin de compte, à le voir démanteler et disparaître, sous prétexte – quel paradoxe ! – de le préserver par respect scrupuleux et suicidaire de principes parfaitement contestables ? Tout au contraire, ne ferait-on pas mieux d’utiliser dès à présent ce merveilleux outil qu’est l’euro, encore essentiellement préservé à l’heure qu’il est, pour relancer l’économie européenne et développer ce grand partenaire naturel de l’Europe qu’est l’Afrique ? La science économique et la monnaie ne doivent-elles pas d’abord être envisagées comme des instruments à la disposition du politique, au profit du bien-être du peuple ?

Mais pareille approche impliquerait un courage et surtout une liberté de pensée à l’égard de tous les dogmes. Des qualités qui, depuis longtemps, font cruellement défaut au personnel politique du vieux continent, et nous conduisent au tombeau… »

Dans le second article, je notais :

« S’affranchir de l’orthodoxie monétaire aurait permis de dégager d’importantes liquidités « saines » (quelques dizaines, voire quelques centaines de milliards d’euros) pour colmater immédiatement les brèches budgétaires et relancer les économies des Etats en difficulté, sans faire peser outre mesure l’effort sur les particuliers, mais sur un cours de l’euro d’ailleurs encore inutilement haut. Par la même occasion, l’opération, en assujettissant la BCE aux gouvernements de la zone euro, aurait permis de lancer un signal fort à l’adresse des marchés, en rappelant qui est le vrai maître du jeu. Cerise sur le gâteau, l’opération aurait permis le lancement d’un vaste plan de développement de l’Afrique, partenaire incontournable et prioritaire pour l’Europe, à tout point de vue, y compris éthique et historique.

Le choix de la BCE et des gouvernements européens est exactement inverse : faire peser l’effort sur les Etats et, partant, sur les particuliers, sous prétexte de protéger l’euro. Le tout sans jamais inscrire l’opération dans le cadre d’une stratégie plus vaste... Ce qui risque, en définitive, de provoquer tout de même une chute de la devise européenne dans des proportions plus graves encore.

A l’arrivée, nous risquons d’être perdants sur tous les tableaux. Car l’avantage reste, une fois de plus, dans le camp des marchés et des agences de notation, pourtant responsables dans une large mesure de la crise financière. Avec, en face, les Etats européens, comme toujours égotistes, aveugles ou pusillanimes.

Que l’euro dégringole ou explose en vol, la planche à billet désormais bel et bien interdite, ils seront Gros-Jean comme devant… »

Un an et demi plus tard, où en sommes-nous ?

L’euro s’est à peu près maintenu face au dollar, ce qui pourrait inciter à penser que la monnaie européenne a résisté jusqu’à présent. Résistance en trompe-l’œil, en réalité, car pendant la même période, l’euro s’est écroulé, par exemple, face au franc suisse ou au dollar canadien. Quant au yuan chinois, les grands argentiers du monde, habituellement adeptes de la loi souveraine des Marchés, seraient bien gentils de nous expliquer au nom de quoi ils acceptent que l’Etat chinois le manipule à discrétion, en le maintenant à des niveaux artificiellement bas…

Quoi qu’il en soit, de fait, c’est parce que le dollar, à l’image de l’économie US, s’écroule lui aussi, que l’euro, bien que lui-même en phase d’effondrement, se maintient face à la devise états-unienne… Deux pierres qui chutent en même temps peuvent paraître immobiles l’une par rapport à l’autre…

A l’heure qu’il est, de nombreux économistes prédisent l’implosion prochaine de la zone euro, ou de l’euro lui-même.

Dans cette perspective éventuelle, et pendant qu’il en est encore temps, nous ne saurions trop réitérer les impératifs que nous énoncions il y a un an et demi : assujettissement de la Banque Centrale Européenne (BCE), émission immédiate de 1000 milliards d’euros affectés, pour un tiers, au refinancement à taux 0% de la dette grecque et des autres Etats européens en difficulté (Irlande, Portugal, Espagne…), pour un tiers au lancement de grands travaux en Europe (UE), et pour un dernier tiers au déploiement d’un vaste programme d’enseignement pour les populations africaines (assorti, pourquoi pas, d’un programme de sécurité sociale pour les mêmes populations), en coordination avec des Etats africains volontaires et partenaires pour ce grand projet. Le total des émissions monétaires de la BCE pouvant s’élever à 2000 voire 3000 milliards d’euros sur 5 ans (2011-2016), voire davantage si l’opération se révèle, dans ses applications, encore plus efficiente.

Car bien évidemment, pour éviter que pareil plan n’entraîne une dévaluation excessive (quoique souhaitable si elle est modérée, c’est-à-dire de l’ordre de 20% à 25% face au dollar US) de la monnaie européenne, il conviendra d’utiliser cette manne financière avec discernement, comme je l’ai déjà expliqué dans les articles de 2010 évoqués plus haut. Il conviendra aussi, pour faire pièce aux agences de notation anglo-saxonnes et chinoise, que l’Union Européenne et la BCE reprise en main créent très rapidement une Agence de Notation et d’Evaluation Européenne (ANEE).

A défaut, l’euro risque bel et bien d’exploser, et le retour au franc, préconisé de façon notamment par Marine Le Pen, limitera drastiquement voire nous privera de la planche (à billets) de salut que constitue encore, à l’heure où j’écris ces ligne, la monnaie européenne.

Il nous restera alors nos yeux pour pleurer et regretter amèrement de n’avoir pas su profiter de ce formidable outil qu’est (ou qu’était…) l’euro, et de l’avoir, pour cette raison même, détruit.

Alexandre Gerbi





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9 sept. 2011

Le Triangle des Bermudes de la Présidentielle

Ce que j'ai expliqué ce matin à Eugénie Diecky,
au micro d'Africa N°1...





Le Triangle des Bermudes

de la présidentielle




par


Alexandre Gerbi






En cette rentrée 2011, ce qui me lasse, c’est que tandis que la France est dans une situation lamentable à tout point de vue et qu’il lui faudrait un électrochoc et un changement profond pour espérer s’en sortir, l’élection présidentielle qui se profile, dans sept ou huit mois, semble devoir nous conduire tout droit à ce que j’appellerai le Triangle des Bermudes.

Triangle des Bermudes parce qu’au deuxième tour, sauf coup de théâtre, il faudra faire un choix qui n’en est pas un, entre trois solutions aussi dangereuses les unes que les autres :

- Premièrement, soit réélire Nicolas Sarkozy dont la politique, entre guerres néocolonialistes et soumission au système ultra-libéral, est à l’évidence essentiellement calamiteuse pour le pays.

- Deuxièmement, soit élire le candidat socialiste, a priori Martine Aubry ou François Hollande dont le programme politique est nul au sens propre, c’est-à-dire que c’est un désert d’idée total, à tel point que le PS est d’accord avec Sarkozy sur l’essentiel (Libye, Côte d’Ivoire, Europe, etc.)

- Troisièmement, soit se rabattre sur le Front National de Marine Le Pen, dont les conceptions sont pour la plupart délirantes, et éminemment dangereuses.

Or il se trouve que pour le moment, aucun des « petits » candidats, d’Eva Joly à Jean-Luc Mélenchon en passant par François Bayrou ou Arnaud Chevènement, ne semble avoir le programme nécessaire pour se hisser au second tour et nous épargner ce triangle infernal. Et c’est cela qui est dramatique, cette absence programmée d’un 4e homme (ou d’une 4e femme) et qui nous condamne au fameux « triangle des Bermudes ».

Alors, cause désespérée ? Pas forcément…

Pour déjouer le piège, il faudrait qu’un parti (et un candidat…) se lève avec une grande idée. Une grande idée, c’est-à-dire une vision novatrice qui permette de résoudre tous les aspects de la crise française : social, économique, politique, historique, idéologique... Si un parti se levait avec une pareille grande idée, en particulier à gauche, il s’ouvrirait sans doute un boulevard devant lui.

Quelle est cette grande idée ? Eh bien, tout simplement, car quand on y réfléchit c’est une évidence et pour mille raisons, c’est mettre l’Afrique au centre de la politique française et européenne. C’est cela qu’un candidat doit faire dans le cadre de la campagne présidentielle 2012.

Utopie ? Pas si sûr...


Alexandre Gerbi







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11 juil. 2011

La Longue Marche des Harkis contre le cynisme de Nicolas Sarkozy et les crimes de la Ve République blanciste

Comme la présidentielle approche…



La Longue Marche des Harkis


contre le cynisme de Nicolas Sarkozy


et les crimes de la Ve République


blanciste



par

Alexandre Gerbi



Après avoir assiégé le Palais Bourbon et l’Etat sarkozien pendant presque deux ans, Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï ont décidé de porter la lutte en Province. Pour mieux revenir à Paris, en septembre, après une « Longue Marche » à travers la France. Objectif : vaincre le mutisme et les puissants blocages de la Ve République blanciste et de son serviteur et chef actuel, Nicolas Sarkozy. Pour l’honneur des Harkis.


Tout le drame de la société française est inscrit dans l’ADN de la Ve République blanciste. Notre époque en subit les effets catastrophiques, depuis les banlieues en ébullition jusqu’à la neurasthénie collective, en passant par la relégation économique, le recul social et l’effondrement culturel. Ainsi meurt le pays, à petit feu, de plus en plus affaibli sous les yeux impuissants des Français.

Au nom d’un piège logique effrayant, sous prétexte de maintenir debout la statue de l’intouchable Commandeur qui s’identifia jadis à la France, on finit, suprême paradoxe, par sacrifier la France sur l’autel de Charles de Gaulle…

Mais il est vrai que régime, la Ve République devenue blanciste, érigé sur la trahison de l’esprit de Mai-1958 et partant sur sa propre trahison, a sacrifié depuis longtemps une certaine idée de la France au profit d’une autre, totalement contraire aux principes les plus fondamentaux de la République. On n’est donc plus à ça près…

« De Gaulle et ses petits amis ont détruit la France » explique Zohra. « L’Algérie a été abandonnée à l’ennemi pour des raisons honteuses, on le sait maintenant, mais c’est un tabou que les politiques préfèrent taire, à commencer par Nicolas Sarkozy. »

C’est pourtant un fait historique : à la République franco-africaine égalitaire et sociale prônée dans les années 1950 par les grands leaders africains et l’avant-garde de l’école anthropologique française (à commencer par Claude Lévi-Strauss…), Charles de Gaulle et ses alliés substituèrent la France « blanche, gréco-latine et chrétienne » arrimée à la blanche Europe et à la non moins blanche Amérique. Et essentiellement réduite à l’Hexagone…

C’est dans ce contexte de mise au ban, de largage ou, si l’on préfère, d’arrachement organique de l’Afrique à la France (et réciproquement…) que prend place la tragédie des Harkis.

L’Etat français abandonnait l’Algérie (et l’Afrique en général…) pour éviter la « bougnoulisation » (selon l’élégante formule de Charles de Gaulle…) et l’islamisation de la métropole (se reporter, entre autres perles, à la fameuse citation de De Gaulle sur « Colombey-les-Deux-Mosquées »), ce n’était donc pas pour y accueillir des millions d’Algériens arabo-berbères et musulmans…

Incarnations du rêve d’une Algérie française de l’égalité et de la fraternité que le Général jugeait absurde – même si c’est sous prétexte de la bâtir qu’il s’était emparé du pouvoir, à la faveur des événements du 13 mai 1958 dont lui et ses hommes tiraient les ficelles… – , il ne restait plus aux Harkis, une fois le largage de l’Algérie opéré, qu’à disparaître de la grande scène de l’Histoire, et à payer le prix de leur « erreur ». Au passage, surtout, le reste de l’Algérie se le tiendrait pour dit, elle qui avait sottement acclamé le projet égalitaire annoncé au printemps 1958 par de Gaulle qui, de son aveu même, « finassait »… Mais il est vrai qu’au bout de la route égalitaire, un président arabe, berbère, musulman (ou noir…), pendait au nez de la France blanche, chrétienne et gréco-latine. Le mensonge permit de séduire et d’utiliser ceux-là même qu’il s’agissait d’évincer… Car la fraternité égalitaire dont il se faisait le champion dans ses discours à Alger ou à Mostaganem, on le sait aujourd’hui, Charles de Gaulle n’en voulait à aucun prix.

En livrant les Harkis à la mort, de Gaulle fit donc d’une pierre trois coups : d’abord, cela empêcha des centaines de milliers, voire des millions d’Algériens de venir « bougnouliser » la France (nombre de rescapés furent d’ailleurs enfermés dans des camps de concentration dans le sud de la France) ; ensuite, cela permit, avec l’aide du FLN, de faire rentrer dans le rang les autres Algériens, qui effrayés par les massacres des Harkis et des Algériens francophiles, oublièrent d’urgence, sous peine de mort, leur attachement à l’Algérie française ; cela permit, enfin, d’effacer dans le sang les traces de la trahison gaullienne : en Algérie, chacun étant invité à proclamer qu’il avait toujours été pour l’indépendance et pour le FLN, cette belle unanimité permit d’accréditer la thèse de Charles de Gaulle, selon laquelle sa politique avait répondu à la volonté du peuple algérien. Alors même que ce qu’il fit en Afrique subsaharienne suffit à démontrer que de la volonté des populations d’outre-mer, l’auteur de l’Affaire gabonaise et de la Loi 60-525, mais aussi des Accords d’Evian, n’avait cure…

« L’an prochain, en 2012, l’Etat français va-t-il oser fêter l’indépendance algérienne ? » interroge Hamid Gouraï.

Quand on comprend que le processus de dépossession de la citoyenneté française (ou franco-africaine…) de millions de Français africains, par le dépeçage de l’ensemble franco-africain, consista en la mise en place d’un apartheid à l’échelle intercontinentale, le silence de nos élites politiques et intellectuelles prend tout son sens. Comment, en effet, avouer l’inavouable, et surtout le colossal ? D’autant que le scandale va ne s’arrête pas là. Car nous parlons bien ici de la France, c’est-à-dire censément de la « patrie des Droits de l’Homme » où la démocratie, c'est-à-dire la souveraineté du peuple, est en principe la règle. Or il va sans dire que dans le largage de l’Afrique, la démocratie fut foulée aux pieds (Affaire gabonaise, Loi 60-525, etc.) en même temps que les principes les plus fondamentaux de la République (Liberté, Egalité, Fraternité, et Laïcité).

Face à l’ampleur inouïe du scandale, la classe politique et médiatique joue donc la carte de l’omerta. Et Nicolas Sarkozy s’obstine à trahir ses engagements de 2007. Alors candidat en campagne, il avait solennellement déclaré :

« Les Harkis ont cru en la parole de la France, je serai celui qui tiendrai cette parole ». « Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des Harkis et d'autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance. Afin que l'oubli ne les assassine pas une nouvelle fois. »

Avide de voix à la veille d’une élection à l’issue encore incertaine, le candidat Sarkozy n’hésitait pas à faire vibrer la corde sensible. Avec plus de quatre ans de recul, il faut bien constater que l’actuel président de la République se contentait alors de mentir aux Harkis, à la manière de son illustre prédécesseur. Au gré d’un cynisme que pareille mise en abyme rend tout bonnement effarant…

C’est en réponse à cette parole trahie par l’actuel président de la République, à cette incroyable marque de mépris mêlée d’injure (somme toute logique de la part de l’actuel chef du Système de la Ve République blanciste…), que Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, ont décidé d’organiser la résistance contre Nicolas Sarkozy. Leur espoir : soulever la France, qu’elle soit Harkie, Pied-Noir ou simplement compatriote. A l’heure où les Français semblent anesthésiés par un Système complètement bloqué qui les manipule, les exploite et les traîne dans la boue pour mieux les conduire droit dans le mur, Zohra et Hamid sont-ils donc de grands naïfs ?

Pour eux, la question ne se pose pas en ces termes : ils défendent la mémoire de leurs pères, en même temps qu’une certaine idée de la France, qui n’était pas celle de Charles de Gaulle…

Pendant plus d’un an et demi, à partir de mai 2009, Zohra et Hamid ont assiégé l’Assemblée nationale, vivant sur la place Edouard Herriot et subissant jour après jour les persécutions du système sarkozien. Avec en point d’orgue la saisie de leur véhicule, pour un motif fallacieux. Mais il est vrai que le break Xantia Citroën leur servait d’abri et même de « maison », et cela, l’Elysée le savait...

Après quasiment deux ans de vie sous les fenêtres du Palais-Bourbon et dans des conditions certains jours extrêmement difficiles (en particulier après la saisie du véhicule…), constatant que Nicolas Sarkozy était déterminé à maintenir son parjure, ils ont décidé de porter le combat en Province. Pour mieux revenir à Paris au mois de septembre prochain, c’est-à-dire six mois avant l’élection présidentielle, qui obsède tant Nicolas Sarkozy…

Ayant quitté Paris fin mars pour un grand colloque Harkis/Pieds-Noirs organisé à Montpellier, Zohra et Hamid ont depuis, outre plusieurs manifestations dans le sud de la France, bloqué, le 2 avril 2011, quatorze trains en gare de Nîmes. Puis le 14 mai 2011, cette fois à Montpellier, toujours aux cris de : « De Gaulle, assassin ! Sarko, menteur ! », ils ont bloqué les TER pendant deux heures.

« Le 11 juin, explique Hamid, on a manifesté aussi à Albi, puis le 2 juillet, on est passé à l’action : on a soulevé les barrières automatiques du péage du viaduc de Millau : gratuité pour tous les véhicules. On distribuait des tracts, les gens étaient contents. Drapeaux tricolores, chants des Africains, tout le folklore. Nous allons renforcer les opérations coup de poing tout au long du mois de juillet. »

A chaque fois, ils ont accompagné leur action d’échanges avec les passants, presque toujours favorables (dans les enquêtes d’opinion, 80% des Français soutiennent la lutte des Harkis) pour les sensibiliser un peu plus à leur cause. Petit à petit, les énergies se fédèrent, malgré le silence médiatique…

Enfin, après cette série d’actions, le 22 août, Zohra, Hamid et leurs compagnons entameront « La Longue Marche des Harkis, Pieds-Noirs et compatriotes », qui les conduira de Montpellier jusqu’à Paris.

Le 22 août, le départ sera donné à la préfecture de Montpellier, à 7h du matin. Pour un périple de 34 jours de marche, qui les conduira jusqu’à l’Assemblée nationale. En passant notamment par Nîmes, Castillon-du-Gard, Bagnols-sur-Cèze, Pont-Saint-Esprit, Bollène, Montélimar, Valence, Saint-Valier-sur-Rhône, Saint-Etienne, Clermont-Ferrand, Aigueperse, Moulins, Bourges, Orléans, Etampes, Bourg-la-Reine.

Hamid précise :« Seule la mairie de Saint-Vallier-sur-Rhône nous refuse l’hébergement, sous prétexte de travaux dans les infrastructures… », avant d’ajouter : « Mais nous avons reçu le soutien de plusieurs hommes politiques : j’ai parlé avec M. Daniel Colin, ancien député UDF, membre honoraire de l’Assemblée nationale, qui m’a dit : « La France doit bien cela aux Harkis, je serai à vos côtés ». Les députés Jean-Louis Touraine du PS ainsi que le député UMP Pierre Morel-à-l’Huissier nous soutiennent aussi. Mais il y en a d’autres. Marie-Georges Buffet aussi soutient la lutte des Harkis. Sans oublier Jean-Marie Le Pen, qui était venu nous rendre visite et nous soutenir pendant le siège de l’Assemblée nationale. Nous fédérons les énergies, nous poursuivons la lutte et nous gagnerons, car notre cause est juste et nous sommes de plus en plus forts. »

Zohra renchérit : « Que tous ceux qui se sentent concernés, Harkis, Pieds-Noirs ou tout Français, nous rejoignent. Qu’ils montrent leur détermination. C’est nos pères en même temps que la France que nous défendons. On aime la France, une certaine idée de la France, qui n’était pas celle de Charles de Gaulle. Les hommes politiques ont vendu leur patrie en échange des privilèges », scande Zohra. « La France, moi, je ne la vends pas, je l’aime et je la défends »

Conscient de l’ampleur de l’enjeu et des chausse-trapes dont la Ve République est spécialiste, Hamid souligne : « Il n’est pas question de laisser Nicolas Sarkozy entourlouper son monde. Ce n’est pas la responsabilité de la France que Sarkozy doit reconnaître, c’est la responsabilité de l’Etat français, en particulier celle de Charles de Gaulle et de son gouvernement. Car dans cette affaire, la France a été victime, comme les Harkis, les Algériens francophiles et les Pieds-Noirs. Accuser la France comme le fait Sarkozy, c’est à la fois insulter la Nation, et épargner les vrais coupables ! Le coupable, je le répète, ce n’est pas la France : c’est l’Etat français et son chef, Charles de Gaulle. C’est cela que Sarkozy doit reconnaître, et pas autre chose. »

Au trente-troisième jour de marche, Zohra, Hamid et tous ceux qui auront rejoint leur « Longue marche » bivouaqueront à Bourg-la-Reine. Veillée d’armes. Le lendemain, 24 septembre, en début de soirée, ils quitteront cette dernière ville-étape pour Paris.

Arrivée prévue à l’Assemblée Nationale dans la nuit, flambeaux à la main, vers 1 heure du matin. « Les flambeaux allumés de nos pères », explique Zohra, la voix chargée d’émotion.

Le lendemain, 25 septembre, ils se rendront aux Invalides, pour la cérémonie annuelle d’hommage aux Harkis. Puis ils pousseront jusqu’aux Champs-Elysées, pour déposer une gerbe sous l’Arc de Triomphe, sur la tombe du soldat inconnu. En hommage à la mémoire des Harkis et, à travers eux, à celle des innombrables martyrs de la politique antirépublicaine, antidémocratique et anticonstitutionnelle, en un mot vastement criminelle, de Charles de Gaulle.

Un hommage particulier sera rendu à la mémoire du député socialiste Patrick Roy, emporté par un cancer en mai dernier. Le député du Nord avait posé la question à Hubert Falco, le 29 décembre 2009 : « M. Patrick Roy attire l’attention de M. le secrétaire d’Etat à la défense et aux anciens combattants sur les engagements pris par la candidat Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de la reconnaissance officielle de la responsabilité de la France quant au traitement infligé aux anciens Harkis et à leurs familles depuis la fin de la guerre d’Algérie. Il lui demande quelles mesures il compte prendre en la matière. »

La réponse d’Hubert Falco ayant esquivé le fond de la question, Patrick Roy l’a réitérée les 27 avril 2010 et 21 septembre 2010. En vain. Le député Patrick Roy est mort sans avoir obtenu de réponse…

Alexandre Gerbi

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18 mai 2011

Affaire Strauss-Kahn : Une étape de plus dans l’américanisation de la France ?

Dominique, nique, nique...





Affaire Strauss-Kahn


Une étape de plus

dans l’américanisation de la France ?





par


Alexandre Gerbi





Comme certains l’ont justement relevé, descendre dans une suite new-yorkaise à 525 dollars la nuit pour trousser une soubrette payée au lance-pierre, voilà qui n’est guère socialiste, et encore moins humaniste de la part du richissime patron du FMI… Au demeurant, pareilles dérives autorisent-elles tant de petits marquis (et de petites marquises) médiatiques à fouler au pied la présomption d’innocence et à pratiquer, avant procès et même avant enquête et débat contradictoire, l’amalgame entre drague plus ou moins lourde, rentre-dedans affamé, libertinage débridé, et crime pur et simple ?



Il fallait anglo-saxonniser la France jusqu’au trognon, c’est le cas de le dire. L’affaire Strauss-Kahn en offre l’occasion, sur le terrain des mœurs.

Est-on en train, comme le disent ses amis, de confondre le roi des lourdingues et des gros vicieux puérils (ce qui finalement n’est pas si grave en France et prête plutôt à rire) avec un violeur abject et ultra-violent (ce qui en France ou ailleurs inspire le dégoût et appelle un implacable châtiment) ?

Aux Etats-Unis, il est de notoriété publique que les procès dans ce genre sont monnaie courante et trébuchante. Le président du FMI, notoirement bourré de fric et obsédé sexuel, est évidemment, dans ce cadre, une cible idéale. Il ne s’agit pas de mépriser la douleur de la malheureuse qui a fait l’objet d’un viol ou d’une tentative de viol. Il ne s’agit pas non plus de s’abstenir d’observer la croustillance d’un scénario où une huile blindée de thune de la Ve République blanciste, cherche à fourrer dans une suite présidentielle une petite immigrée africaine issue de l’ancien domaine subsaharien de la France, opportunément largué il y a cinquante par Saint Charles de Gaulle, et néocolonisé depuis… Mais de là à prendre pour argent comptant ce qui pourrait fort bien être, selon une arnaque connue, un coup monté à des fins lucratives, il y a une marge…

Or au lieu de prendre toute cette affaire avec des pincettes, on ne compte plus ceux qui tirent sur l’ambulance Strauss-Kahn. Si par un incroyable coup de théâtre, DSK devait être innocenté, si le bourreau devait apparaître soudain comme la victime d’une machination, il serait probablement (et dialectiquement) en bonne position pour remporter la présidence de la République en 2012…

Nous n’en sommes pas là, d’autant que le déchaînement auquel on assiste semble accréditer, et même démontrer (!), la culpabilité de l’intéressé, et rendre bien improbable, dès lors, sa libération vendredi… Pour l’heure, en effet, d’innombrables donneurs de leçons ont répandu la vie privée de Strauss-Kahn sur la voie publique et ont déblatéré sur lui, en parfaite bonne conscience, alors qu’il risque la bagatelle (sans mauvais jeu de mot…) de 70 ans de prison et demeure, selon la loi française, présumé innocent… Alors même que l’on voit bien que la justice américaine le présume coupable…

Répétons-le, si par un improbable retournement de situation DSK devait être innocenté de façon éclatante et réhabilité par l’opinion publique jusqu’à gagner finalement l’Elysée, ceux qui aujourd’hui le traînent dans la boue s’excuseront-ils à genoux ?

En attendant, beaucoup singent à Paris la morale anglo-saxonne. Car de fait, c’est moins pour un viol qui demeure supposé que Strauss-Kahn est cloué au pilori par nos pères et mères la morale, que pour les innombrables dragues lourdingues, tactiles et parfois enflammées dont nombre de femmes, semble-t-il, font état, sans qu’on sache d’ailleurs très bien en quels termes exacts (horrifiées, choquées, scandalisées, amusées, ou encore flattées… ?). Ici, la rumeur tient lieu d’information, voire de preuve absolue… Et en tout cas, le pays de Marivaux et de Feydeau en prend ces temps-ci un coup dans l’aile…

On n’est plus à ça près, dira-t-on. Après l’anglais partout, la jeunesse américanisée à tout-va, l’assujettissement politique de Paris aux Etats-Unis ; après, en autres ignominies, la Côte d’Ivoire sacrifiée (mais quel Français se rappelle encore, au-delà de l’ignominie colonialiste, ce que fut jadis l’histoire d’amour que connurent la Côte d’Ivoire et la France ?) et la Libye sous les bombes conformément aux vœux, dans les deux cas, du grand frère américain ; il nous reste encore à broyer notre gauloiserie et notre légèreté, à son exemple, comme on a chassé la Gitane du zinc…

Au fond, il est ironique mais pas illogique que celui qui était peut-être le futur très mondialiste président de la France (qui, en tant que chef du FMI, s’exprime en anglais, même à Paris) soit jugé dans un tribunal américain, et croupisse dans une prison yankee. Puisqu’après un demi-siècle de Ve République, la France est devenue leur valet et leur chose, leur clone en miniature…


Alexandre Gerbi







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31 mars 2011

Nos compatriotes mahorais, l’ignorance des « identitaires » et l'infâme Ve République blanciste

Mayotte est devenue aujourd’hui
le 101e département français






Nos compatriotes mahorais,

l’ignorance des « identitaires »

et l'infâme Ve République blanciste




par


Alexandre Gerbi





Nos compatriotes mahorais sont régulièrement insultés sur les sites identitaires, notamment sur « François Desouche ». Manifestement, les animateurs de ce site comme la plupart de ses lecteurs ignorent que les habitants de Mayotte étaient déjà des Français bien avant la départementalisation proposée en 2009, sur leur demande, par Nicolas Sarkozy.

Les animateurs et les lecteurs de « François Desouche », tout comme leur héroïne Marine Le Pen dans un récent communiqué, hurlent à la création, avec Mayotte, d’un « nouveau Lampedusa ». Là encore, faut-il rappeler que l’immigration qui submerge Mayotte, en effet délirante en provenance des autres îles des Comores (le tiers de la population mahoraise, voire davantage, est « immigrée », en particulier d’Anjouan), résulte simplement de l’absurdité de la Ve République blanciste. Celle-ci a refusé de reconnaître le rattachement à la République française (ou, à tout le moins, l’organisation d’un référendum à ce sujet…) que revendiquent les populations d’Anjouan et de Mohéli, deux des trois îles comoriennes, depuis 1981. Le rattachement à la France a même été proclamé par ces deux îles, au prix d’une véritable révolution, en 1997. Mais il est vrai qu’on sait depuis longtemps déjà que sous le régime fondé par Charles de Gaulle, touchant aux populations et aux territoires africains, le principe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » ne peut fonctionner que dans un seul sens, c’est-à-dire celui de la sécession…

De fait, la révolution anjouanaise de 1997 ne bénéficia pas, de la part de la télévision française, de la même publicité que la récente « révolution » libyenne. Au contraire, la révolution anjouanaise fut occultée puis écrasée avec, notamment, la bénédiction de l’Etat français socialo-RPR (Jospin/Chirac), comme je l’ai montré dans Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine (Ed. L’Harmattan, 2006).

Si les Anjouanais et les Mohéliens avaient été écoutés à l’époque (et même depuis, car le mouvement rattachiste, bien antérieur à 1997, s’est poursuivi au-delà, malgré la répression), le problème de l’immigration à Mayotte serait évidemment réglé depuis longtemps, puisque les Anjouanais et les Mohéliens trouveraient chez eux ce qu’ils cherchent chez leurs voisins mahorais : à savoir la France doublée de la République démocratique et sociale…

Quant à la faible francophonie des Mahorais, qui permet encore une fois aux identitaires déchaînés sur « François Desouche » de contester la francité des Mahorais, elle relève évidemment, elle aussi, de l’écrasante responsabilité de la Ve République blanciste et de ses prédécesseurs, qui n’ont pas fait le nécessaire pour y remédier… A la source, une idéologie délétère qui a trouvé, pour la énième fois, une illustration dans le sort qui fut fait à la Révolution anjouanaise de 1997. Epilogue du largage de l’Afrique, du déni de francité, poussé dans ses ultimes conséquences, il y a cinquante ans, par le blanciste Charles de Gaulle, fondateur du régime.

Puisse la départementalisation de Mayotte, enfin survenue après des décennies de lutte, permettre de mettre un terme, entre autres aberrations, à celle qui veut que des Français, sous prétexte qu’ils sont Africains, ne possèdent pas collectivement, en même temps que leurs précieuses langues traditionnelles, la langue de la République. Et la citoyenneté française « à part entière ».

Ce qui n’est malheureusement pas le cas, sur ce dernier point, en dépit de la toute fraîche départementalisation : par exemple, le montant du RMI n’atteint à Mayotte que le ¼ de ce qu’il est dans l’Hexagone. Comme si le RMI de Lozère devait être révisé à la baisse au nom de la disparité du coût de la vie entre ce département et celui de Paris…

Mais il est vrai qu’en Polynésie, pourtant terre (en voie de largage ?) de la République, le RMI n’existe tout simplement pas…

Nous sommes bien, toujours, sous l'infâme Ve République blanciste…


Alexandre Gerbi







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28 janv. 2011

La France est un corps mort à la nécessaire résurrection

tandis que la Tunisie est en révolution





La France est un corps mort

à la nécessaire résurrection




par


Alexandre Gerbi




« (…) la famille humaine, prête à sacrifier ses liens les plus saints
sur l'autel de l'égoïsme mesquin de la nation, de la race,
de l'idéologie,
du groupe, de l'individu (…) »

Benoît XVI, Homélie à Fatima, 13 mai 2010




D
ieu merci, en l’an de grâce 2011, la vérité n'est plus niée dans les hautes sphères politiques et intellectuelles françaises. Même si l’on préfère encore la taire à cette heure. Quant aux sphères africaines, hormis quelques fins stratèges, elles savent pertinemment, bien avant que je ne commence à parler, que l’évidence est là.

A partir de la minute 33', Henri Lopès, ambassadeur du Congo à Paris, dans une allocution du 14 décembre 2010, lors d'une table ronde organisée par l'Institut Pierre Mendès France :

http://www.mendes-france.fr/2010/12/14/audio-forum-sur-la-politique-africaine-de-la-france/

Dont acte.


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La prétendue « décolonisation » et son histoire essentiellement falsifiée ont détruit et détruisent encore la France comme elles ont détruit et détruisent l'Afrique. En empêchant l’unité fraternelle et constructive à laquelle toutes deux aspiraient profondément.

Aujourd’hui, au bout du processus de déchirure, la France est pour ainsi dire morte ou si l’on préfère, la France existe, au choix, sous forme d’ectoplasme, de corps en état de mort clinique ou bien encore de cadavre. Qui se décompose. A commencer par la langue, en particulier celle des jeunes, plus que jamais envahie par l’anglais. Le mot vie lui-même est devenu « life ». Il suffit de tendre l’oreille ou d’ouvrir les yeux pour regarder ce qu’est devenue la France ces dernières décennies, et mieux encore ce qu’elle n’est plus.

Flash-back.

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Tous les mots de la phrase suivante sont pesés.

Il y a cinquante ans, à peine sorti de l’enfer colonialiste, égaré au cœur des ténèbres de la prétendue « décolonisation », l’Etat français trahit la totalité des principes qui firent universellement la gloire de la France, la fond(ai)ent comme mythe politique planétaire et faisaient l’orgueil de son peuple. En particulier : liberté, égalité, fraternité et laïcité ; mais aussi ses fondements modernes : Lumières, république et démocratie.

Ce vaste naufrage idéologique prit la forme d’un programme politique insensé, si l’on songe aux critères fondamentaux de la bonne gestion d’un Etat et aux conditions de sa pérennité : la sécession encouragée, souvent provoquée, parfois imposée, de facto, aux 9/10e du territoire et aux 3/4 de la population, sous couvert de « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », alors même que ce droit fut systématiquement bafoué. Des millions d’Ultramarins basculèrent ainsi dans des tyrannies plus ou moins éclairées, cruelles ou démentes, et connurent la régression dans presque tous les domaines.

Si l’on rapproche l’ampleur du sacrifice, à savoir l’abandon de la quasi-totalité du territoire et de la majorité de la population, de la question qui y présida, à savoir le refus de voir le Nègre, le Berbère ou l’Arabe comme égal, on mesure le degré de défiance que ce sacrifice signifie et l’on pressent l’intensité de la tragédie. En particulier dans les esprits en Afrique subsaharienne, et aux tréfonds de l’âme noire tellement dénigrée et flétrie à travers les temps modernes.

Car ce dernier crachat, immense, venait de la France et plus précisément de Paris, qui tenaient jusque-là une place majeure dans le panthéon politique nègre.

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Evidemment, pour faire passer pareil désastre pour un superbe succès et cet incommensurable scandale pour une prodigieuse merveille, l'Etat « français », en réalité de l’Etat « hexagonal », sut préserver ses intérêts à court terme et donner aux rescapés de la grande lessive du pain et des jeux. Puissamment déployée, la propagande fit le reste, avec les complicités de Washington, de Moscou et du Vatican, entre autres pompiers pyromanes.

L’Afrique vassalisée, les anciennes provinces et populations françaises répudiées pour être trop « nègres », trop « bougnoules » ou pas assez « chrétiennes », furent invitées à confirmer, après l’avoir sagement appris à l’école, que l’opération, que le divorce avait relevé de leur choix.

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Pareilles transgressions, dans leur exceptionnelle ampleur, sont évidemment lourdes de conséquences à long terme. Faut-il s’étonner que la France actuelle ne soit plus grand-chose, en particulier à ses propres yeux ? Est-on surpris de la voir si triste et mélancolique, en l’an 2011, telle qu’elle se ressent à présent dans sa chair mêlée malgré les fous ? Est-il vraiment bizarre qu’elle s’aime si peu avec ces cruelles souvenances, ces terrifiants refoulements ? Précisément parce qu’elle a, à la fois, violé ses principes les plus sacrés et ses valeurs les plus hautes, parce qu’elle s’est niée elle-même, mais aussi parce qu’elle le fit en abandonnant nombre de ses enfants bientôt pauvres parmi les pauvres, au gré d’une automutilation confinant au suicide, sur fond de lavage de cerveaux.

Aujourd’hui, fatalement éparpillée parmi ces bouts d’elle-même que certains de ses grands chefs jugèrent incompatibles, la haine de soi pour héritage, minée de moins en moins confusément, elle se déchire lentement vers la tombe... L’inquiétante décomposition, la fameuse mort clinique évoquée plus haut.

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Le peu qu’il reste de l’ancienne France, de la plus grande France par delà les races et les religions, sûre de son génie sans ignorer ses faiblesses, dans l’hexagone ou outre-mer, y compris en Afrique, s'étiole, ou survit difficilement. La France naïve et exaltée qui se dressait en chantant les gloires de l’Homme debout contre tous les esclavages et toutes les superstitions, qui rêvait de renverser tyrans et tyrannies pour libérer les peuples, on en observe les derniers feux de loin en loin, plus souvent consterné par les reflets qu’elle jette dans quelque dérisoire commémoration ou beau discours de circonstance. Qui s’aviserait de s'en plaindre, finalement, quand on sait tous les mensonges et les vrais crimes dont la France est tant salie et même défigurée ? Sans rien dire des trésors de duplicité qu’il fallut pour commettre tant d’abominations.

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Resterait, dans l’espoir d’un impossible salut, à repenser entièrement le présent depuis l'origine…

Un tournant, une révolution culturelle est si urgente qu’elle devrait être inéluctable. Elle devrait aussi être évidente. Sauf si l’on n’a cure que le monde s’abîme pour longtemps, et peut-être définitivement, et que le malheur ne l’emporte par pans…

La crise financière et économique n’est, en France, que la cerise et le sucre glace sur un gigantesque kouglof. Le pays connaît une crise autrement profonde, grave et vaste, bien antérieure au scandale des subprimes US. Une crise de nature historique, politique, sociétale, idéologique, aux enjeux presqu’illimités.

Notre pays s'autodétruit, ou plutôt achève de s'autodétruire. Parce que ses chefs, après des luttes acharnées et des intrigues étrangères de toutes sortes, empêchèrent sa fusion avec l’Afrique qu’ils préférèrent abaisser et exploiter encore, plutôt que d’accepter la métamorphose de la France entre 1945-1962. Elle n'y survivra pas.

Faut-il encore dire ce qu’il lui reste à faire, après ce Cinquantenaire des « indépendances » africaines qui, finalement, n’a fait presque aucun bruit au pays de Charles de Gaulle et de Nicolas Sarkozy, et qui inspira à l’Afrique des silences vertigineux que vient enfin de rompre Henri Lopès ?

Entre fusion fraternelle et métamorphose, dire la vérité sur ce qui s’est passé voilà cinquante ans. Pour une manière de résurrection. Ou de transfiguration…


Alexandre Gerbi







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27 déc. 2010

Irresponsabilité internationale en Côte d'Ivoire






Irresponsabilité internationale

en Côte d'Ivoire


ou

De l'utilité de marcher sur la tête




par

Alexandre Gerbi




D'ores et déjà, et d'ailleurs depuis bien des années, le sang coule en Côte d'Ivoire.

De toute évidence, la Côte d'Ivoire est un sac de noeuds. Indépendamment du récent micmac électoral où bien malin qui peut affirmer où est la vérité, la situation générale du pays est explosive. Parce que ce pays est en pleine mutation démographique, le Nord débordant un Sud traditionnellement maître du jeu politique. Phénomène dont il résulte, nécessairement, de fortes tensions. Or les deux camps sont à présent, jusqu'à preuve du contraire, équilibrés en forces. Les ingrédients sont donc réunis pour un choc important et, il faut le craindre, durable.

Dans pareilles conditions de fait, le minimum que l'on pouvait attendre de la communauté internationale, en particulier de la France avec ses innombrables et infâmes casseroles "françafricaines" (je préfère dire "néocolonialistes", le terme me semblant plus juste), c'était une bienveillante et prudente neutralité, conforme au principe de non ingérence, mais aussi, aux grandes déclarations de Nicolas Sarkozy sur la fin du système françafricain.

La France, acteur majeur et traditionnel du Continent et en particulier de la sous-région, aurait dû inciter le reste du monde à promouvoir le dialogue entre les deux (ou trois...) parties qui se disputent, y compris par les armes, le pouvoir depuis dix ans. Face des Etats-Unis favorables à Alassane Ouattara et prêts à tout pour l'aider à accéder au pouvoir, la France aurait dû afficher une parfaite, mais dynamique, neutralité.

Au lieu de cela, avec la communauté internationale (ou plutôt l'Occident, ses organes et ses vassaux), la France appuie à fond Ouattara, condamne et menace Gbagbo, et pousse, ce faisant, depuis des jours, le premier et ses partisans à l'offensive contre ce dernier, avec les immenses risques d'escalade, finalement de guerre civile et peut-être, à terme, de partition définitive du pays. Et voici que maintenant, la CEDEAO elle-même, évidemment liée à la France et aux Etats-Unis, envisage d'intervenir militairement...

Quels que soient les moyens choisis, si la guerre civile ou la guerre tout court (ou les deux mon capitaine) qu'on nous annonce en Côte d'Ivoire devaient finalement avoir lieu, si le bilan devait se chiffrer en milliers, en dizaines de milliers de victimes voire davantage, la Communauté internationale n'en portera-t-elle pas une responsabilité majeure?

Sans en conclure pour autant, bien évidemment, que Laurent Gbagbo est un saint homme (combien de morts a-t-il sur la conscience ?) ou qu'Alassane Ouattara n'est pas le vainqueur des élections (l'alliance avec Henri Konan Bédié ne lui a-t-elle pas assuré une majorité plausible ?), est-il si compliqué de constater qu'au-delà des voeux pieux et autres professions de foi en faveur de la démocratie, la situation générale et objective (et, pour le coup, bien réelle...) du pays est complexe autant qu'explosive, et que c'est surtout du dialogue en vue d'un gouvernement d'union nationale que la Côte d'Ivoire a besoin ?

Au lieu de pousser au crime Ouattara et Gbagbo ainsi que leurs partisans, pourquoi ne pas les inciter à l'entente ? D'autant que la pression internationale exercée sur Gbagbo a eu, tout de même, pour effet positif de pousser l'intéressé à ouvrir le dialogue avec son adversaire... Pourquoi la communauté internationale n'a-t-elle pas, à l'instar du Vatican, saisi la balle au bond ?

Pendant cinq ans, ne serait-il pas utile de travailler à la stabilisation du pays sur fond d'apaisement et de réconciliation nationale, au profit de son développement économique et social, tout en préparant des élections pour 2015 dans des conditions, enfin, de parfaite transparence?

Sur le chemin de la démocratie, est-on à donc à cinq ans près, quitte à provoquer un désastre ?

Mais il faut croire qu'il est bien utile à certains de marcher sur la tête...


Alexandre Gerbi






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