12 févr. 2011

L'étonnant binôme Mai-58 / Mai-68

Tandis que d’aucuns s’inquiètent de lendemains islamistes
en Tunisie et en Egypte, et à terme d’un basculement de toute l’Afrique du Nord, voire de l’Europe





L’étonnant binôme

Mai-58 / Mai-68




par


Alexandre Gerbi



A
ux dramatiques origines de notre époque, en Afrique et en France, Charles de Gaulle assassina la pensée politique des Français nègres et de Claude Lévi-Strauss… Après avoir annoncé, cynisme suprême, vouloir accomplir leur rêve ! Tout cela se passa dans le sillage des événements de Mai 1958, invraisemblable imposture désormais pour ainsi dire entièrement (et opportunément…) effacée des mémoires.

Or il est bon de se rappeler que dix ans presque jour pour jour après l’immense rêve trahi que fut Mai-58, surgit un autre rêve : celui de Mai-68. A la lumière de ce qu’on vient de dire, on comprend que celui-ci déploya ses merveilles sur un fond vicié par celui-là…

Pareils chevauchements brouillent sévèrement les pistes de nos jours. Car en confondant les causes, ils empêchent d’identifier la vraie source du mal qui ronge notre époque…

Mai-58 ou la Trahison – cynisme, duplicité et mépris du peuple mis ensemble au service d’une forme rampante du racisme et de l’exploitation de l’homme par l’homme ; complot contre la démocratie, contre les principes républicains, contre l’esprit de l’Afrique et de la France. Afin d’organiser un apartheid à l’échelle intercontinentale et de relancer, du même coup, l’ignominie colonialiste. Pour miner l’avenir et abîmer ses plus beaux espoirs.

Et l’on s’étonne que notre consternante époque en subisse l’effroyable héritage…





Il est de bon ton, de nos jours, de se polariser sur Mai-68.

Et les uns de prêter au joli mois de Mai, à raison, bien des merveilles ; et les autres de le charger, à tort, de bien des maux…

Pourtant, beaucoup plus que de Mai-68, notre époque est tributaire d’une autre révolution survenue dix ans plus tôt : celle de Mai-58.

Cette évidence échappe à presque tous nos contemporains. Et pour cause : Mai-58, page fondamentale de notre histoire, n’est presque jamais évoqué, sinon pour le travestir.

Or bien davantage que celle de Mai-68, la révolution avortée et oubliée que fut Mai-58 est responsable de nos difficultés actuelles, ou plutôt de nos désastres.


« Désastres » et ironie des dates

Je dis « désastres ». Il y a encore cinq ans, a fortiori dix ou quinze, l’expression eût sans doute choqué une majorité de lecteurs, et m’eût valu de sévères reproches, voire quelques injures. D’aucuns auraient crié à l’exagération, voire à la paranoïa, et que sais-je encore. Mais nous sommes présentement en l’an 2011 et le désastre, flagrant aux yeux de presque tous, tient désormais de l’évidence...

Mai-58, donc, vraie source de nos désastres. Ou plutôt : nos désastres sont la conséquence du cinglant échec de Mai-58 ou, si l’on préfère, de l’anéantissement de la révolution qu’il portait…

Sourions au passage devant l’ironie des dates et l’apparentement des faits. A dix ans de distance, pile poil, Mai-68 ressemble à Mai-58 comme un frère. En ce sens que ces deux passages historiques consistèrent en une puissante révolte contre la bêtise conservatrice du temps ; et à ceci près que Charles de Gaulle y tint, du moins initialement, et seulement en apparence, un rôle inversé…

Profitons de ce parallèle qui en fera suffoquer plus d’un, pour, dès à présent, soulever cette question qu’éclairera la suite de notre propos : l’échec de Mai-58 n’eut-il pas notamment pour effet de soustraire l’Afrique, le Maghreb en particulier, à la fermentation progressiste et libertaire qui couvait en métropole depuis des lustres et qui, justement, éclata à nouveau en Mai-68 ? De même, ne priva-t-il pas la métropole d’une salutaire vague africaine dont elle avait grand besoin, afin, comme disait Senghor, de féconder la France des mânes barbares et fières du continent noir ?

Avec un demi-siècle de recul, faudrait-il penser que l’exaltation du libre arbitre et de la liberté sexuelle que fut Mai-68, la force qui affirmait l’égalité hommes/femmes, rejetait les carcans moraux, sociaux et culturels d’une société périmée, auraient été, en plus d’un grand saut égalitaire et fraternel, un bienfait pour l’Afrique en général et l’Afrique du Nord en particulier, comme elle le fut pour l’Hexagone ? Et que la déferlante africaine, nègre, arabe et berbère, aurait apporté à l’Hexagone tout à la fois la vigueur de son sang et de ses génies ?

Mais trêve de questions, qui ne font que compliquer l’exposé !

Revenons donc à Mai-58…


Fond du monde, unité franco-africaine, euro-africaine, et panafricanisme

Si le rêve de Mai-58 n’avait été qu’une tocade, sans doute sa destruction n’eût pas été bien grave, ni sans grandes ni funestes conséquences. Mais ce rêve, qui prenait la forme d’une révolution que le général de Gaulle fit aussi magnifiquement qu’hypocritement semblant de vouloir accomplir, remontait des profondeurs de la France. Et de l’Afrique. Et de l’Europe. Et du fond du monde, pourrions-nous ajouter, en songeant à Schelling autant qu’à Tierno Bokar, au Grand Esprit Nkoué Mbali autant qu’à Jésus-Christ.

Sans aller si loin, avançons que c’est le fil naturel de l’Histoire française et africaine, enfin franco-africaine ou afro-française, qui fut ainsi contrarié.

Parenthèse. Pour le dire vite, dans l’expression « franco-africaine » ou « afro-française », on peut lire bien sûr aussi, par extension, « euro-africaine », ou encore « afro-européenne ». Panafricanisme compris. Je souligne en rouge ce dernier point. Remarque qui vaut pour la suite de l’article comme pour la totalité de mes écrits.

Chaque lecteur et lectrice qui découvre ici mes humbles théories devrait prendre dix minutes pour réfléchir à ces divers aspects des choses. Chaque lecteur et lectrice devrait relire les discours d’Alger et de Mostaganem du général de Gaulle, en juin 1958. Chaque lecteur et lectrice devrait songer à la réciprocité d’une union lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre égalitaire, à ses échanges, à ses influences réciproques, à ses communes métamorphoses, et surtout à ses solidarités préservées.


Conséquences de l’assassinat de Mai-58

L’élan de la « Révolution de 58 », révolution égalitaire, aurait dû conduire à la fusion des populations et des cultures dans un grand peuple franco-africain. Cet élan fut contré par toutes sortes d’alliances mensongères. Au premier rang, on trouve les deux superpuissances de l’époque, grandes adeptes de la duperie et de la violence d’Etat : les USA ségrégationnistes et l’URSS totalitaire. Tous deux furent les grands théoriciens, véritables Tartuffes du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et de l’humaine dignité. Charles de Gaulle, pièce majeure du dispositif, porta logiquement la duplicité à son paroxysme.

Le projet de Mai-58 visait, officiellement et fondamentalement, à offrir à toutes et à tous les bénéfices de la social-démocratie, dans un cadre républicain (liberté, égalité, fraternité et laïcité). A la clef, des nations réunies dans une urbanité partagée, un humanisme permettant de retenir le meilleur des cultures, des arts et des sagesses ancestrales, classiques et modernes. Pour mieux se départir des obscurantismes politiques ou religieux et des superstitions qui asservissent et entravent, parfois broient l’esprit humain, les sociétés et les civilisations. Un projet grandiose aux enjeux intercontinentaux et planétaires, inscrit dans un continuum historique, et répondant à l’aspiration populaire.


Suicide africain de la France, régression politico-sociale et élimination

Le Système triompha pourtant de la Révolution de 58… Au gré d’un scénario surréaliste et sacrilège, celui qui prétendait conduire la révolution, Charles de Gaulle, était en fait son adversaire le plus fanatique. Le nouveau chef de l’Etat ne promettait l’égalité par delà les races que pour recevoir les suffrages du peuple après avoir obtenu, sur ce programme, l’aide de l’Armée. Une fois élu, Charles de Gaulle s’allia donc avec le Système qu’il prétendait abattre, en le reconvertissant à son profit, après certains élagages. Avec Mollet, Pflimlin et Thorez comme complices et, à la fois, dindons de la farce…

Désormais rendu tout puissant par l’usage sans limite du mensonge, de la ruse et de la comédie, souvent aussi par le crime, le général-président Charles de Gaulle démantela l’ensemble franco-africain. Il mentit aux uns et aux autres, manipula autant qu’il fascina la foule, et brutalisa, bâillonna ou élimina les gêneurs.

Quant aux Africains, une fois le largage accompli, ils furent encouragés à accomplir un retour aux « origines », religion comprise, les Métropolitains étant poussés quant à eux vers le modèle américain – aux caves cosmopolites et très parisiennes du Saint-Germain-des-Prés des années 50 succédèrent les yé-yé beaucoup plus anglo-saxons des années 60 –, selon l’adhésion du pouvoir français à une certaine idée de la civilisation blanche et des rapprochements de bon aloi.

Ainsi furent mis en place, sous couvert d’une étrange renaissance française qui ne disait pas son nom – et qui passait par le suicide africain de la France – les éléments de la régression, de la catastrophe sociétale, idéologique et finalement sociale, qui s’amplifie à présent chaque jour sous nos yeux. Car pour permettre la séparation non désirée, et même non voulue, des populations africaines et des populations métropolitaines, les masses ultramarines furent déclarées « peuples » (au mépris de toute réalité ethnique, géographique, historique) pour mieux interdire l’émergence d’un grand peuple franco-africain. Pour mieux préserver, aussi, la prétendue identité raciale (« blanche »), religieuse (« chrétienne ») et civilisationnelle (« grecque et latine ») de la France, c’est-à-dire de l’Hexagone. L’aveuglement, l’hypocrisie ou la duplicité des chefs politiques métropolitains qui succédèrent à de Gaulle, ainsi que leurs prolongements, leurs valets intellectuels, fit le reste.

Fait singulier, l’élément populaire révolutionnaire qui avait permis la révolution de Mai-58, à savoir l’alliance des Arabo-Berbères d’Algérie avec les Pieds-Noirs (sans rien dire des Noirs africains), fut anéanti : abandonnés, livrés à la tyrannie et parfois au massacre pour les uns (avec en point d’orgue la tragédie des Harkis) ; chassés de leur terre natale et éparpillés afin de les faire mieux disparaître pour les autres.

Et l’on s’étonne qu’un demi-siècle plus tard, le peuple français, dont l’avant-garde progressiste et révolutionnaire fut « punie » et finalement broyée pour avoir cherché à faire basculer l’Histoire de France, se soit tristement assagi…


Héritages du remord

Rapidement, surtout après que de Gaulle eut disparu, les héritiers du Système (ci-devant Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac et consorts) se trouvèrent sinon perclus de remords, du moins embarrassés par le gigantesque scandale de la « décolonisation » auquel ils avaient prêté leur concours actif ou silencieux, et auquel ils travaillaient encore à travers le néocolonialisme fondé sur d’amicales et magouilleuses connivences. Tous ne savaient que trop bien combien le mot magique d’indépendance cachait en réalité un largage raciste et lucratif, entre « antibougnoulisation » et néocolonialisme, de l’Afrique. Mais ils feignaient de ne pas le voir. N’était-ce pas, en effet, indicible autant qu’inavouable… et surtout très juteux ? Et puis, comme tout cela s’était accompli dans le dos des peuples présentés, non sans un toupet puissamment cynique, comme les maîtres du jeu, le scandale touchait à l’incommensurable. Il valait mieux donc, définitivement, le taire…

Dix ans après Mai-58, en Mai-68, la cocotte-minute explosa une seconde fois. Malheureusement, le vent vivifiant de la révolution de Mai s’abattit sur un pays réduit comme peau de chagrin, et démoli de l’intérieur par la contre-révolution et l’écrasement du rêve des « Nègres », des « Bougnoules », des « Pieds Noirs » et de Claude Lévi-Strauss. Démoli, aussi, par l’instauration, en Afrique et dans l’Hexagone, d’un régime odieux, traître aux principes les plus fondamentaux de la République et de la démocratie, artisan du néocolonialisme et de l’aliénation du peuple, par la tyrannie, l’opulence crasse et l’américanisation…

En 2010, le peuple, y compris par ses individus placés à la tête de l’Etat, des médias, des industries et des banques, en France comme en Afrique, va-t-il enfin parler, ou persévérer dans sa tragique agonie ?

Tout semble indiquer, quand l’hypocrisie du Système bat tous les records, que le pire reste à venir…

Alexandre Gerbi




Libellés : , , , , , , , , , ,

19 janv. 2011

La Révolution s’avance ou Quand Henri Lopès balance à Paris

petit à petit...




La Révolution s’avance

ou

Quand l'ambassadeur Henri Lopès

balance à Paris



par


Alexandre Gerbi





Les choses avancent...

Le 14 décembre 2010, Henri Lopès, écrivain, ancien militant indépendantiste congolais et ambassadeur du Congo en France, participait à une table ronde organisée par l’Institut Pierre Mendès France, à Paris. A ses côtés, prenaient également part aux exposés Jean-Christophe Rufin, écrivain, ancien ambassadeur de France au Sénégal, Stéphane Gompertz, directeur Afrique et Océan Indien au Ministère des Affaires étrangères, Vincent Hugeux, grand reporter à L’Express, Emmanuel Laurentin, producteur à France Culture et modérateur pour l’occasion.

Face à ces représentants du gratin politico-journalistico-intellectuel français, Henri Lopès déclara :

« (…) Je n’ai rien écrit, je ne voulais pas vous faire un exposé ex cathedra, étant donné que nous étions dans une table ronde. Je pensais que j’apporterais simplement quelques éléments de réflexion. (…) Je voudrais peut-être rappeler, donner un certain nombre d’éléments du contexte.

Les indépendances, 1960 : que se passe-t-il en Afrique, que se passe-t-il dans le monde, que se passe-t-il en France, dans leurs relations avec les colonies françaises ?


Dans le monde, il y a bien sûr la guerre froide. Mais on y est tellement qu’on n’en a pas conscience de manière quotidienne. Et puis, il y a surtout la guerre d’Algérie, qui vient après les guerres d’Indochine. Et la France a des efforts à fournir de ce côté, et a un malaise qui se répercute jusqu’en France. Tout le débat politique français, dans l’époque où j’étais étudiant, était constamment émaillé de questions relatives à l’Algérie. Les manifestations qui avaient lieu chaque jour étaient surtout relatives à l’Algérie. C’est dans ce climat (…) que nous avons fait nos universités politiques. Et j’ai l’impression que, dans ce qui a été la politique de décolonisation de De Gaulle – et pour moi « décolonisation » est différent d’indépendance ; décolonisation est un processus, un processus continu – et dans cette politique, il y a, il ne faut pas être grand clerc en matière d’Histoire pour comprendre que le général de Gaulle avait conscience du fait qu’il fallait qu’il ne se crée pas, pour reprendre avant la lettre une formule que Che Guevara a mise dans sa fameuse Lettre d’espoir, créer « mille Vietnam », et (…) il fallait éviter de créer « mille Algérie »… Il y avait des parties de l’Afrique qui se trouvaient déjà en guerre. On l’a oublié. C’est essentiellement le Cameroun. Je ne parle pas de l’Afrique anglophone, avec le Kenya, la révolte des Mau-Mau. Tous ces éléments-là, je crois, ont été pris en compte, et je ne veux pas développer plus longuement des choses que vous connaissez tous, mais qui sont quelquefois perdues de vue dans le contexte.

Donc, de Gaulle a compris qu’il fallait éviter qu’il y ait d’autres foyers de guerre dans laquelle la France se trouverait impliquée avec ses colonies. Et puis alors, il y a dans les colonies des gens qui s’agitent. Il y a d’abord l’élite, ceux que, par exemple, en Afrique centrale, Afrique équatoriale française, on appelait les « évolués », dont la revendication était, au départ, simplement le désir d’avoir les mêmes droits que les citoyens français. Je pourrais développer longuement ce chapitre. Et c’est face à l’obstination de certains milieux français, surtout en rapport avec le milieu colonial, qui fait que de ce concept on passe à l’indépendance. Et l’idée d’indépendance n’est pas tellement ancrée dans la population africaine. Nos parents nous crient « casse-cou ! » Elle est surtout le fait d’agitateurs – comme je l’étais, loin de l’Afrique, en France – qui retournions en vacances faire de l’agitation. Et cela va s’incarner dans le choix de la Guinée en 1958. Et je voudrais donc rappeler cela : les dirigeants africains de l’époque, je parle des anciennes colonies françaises – les choses sont complètement différentes dans les colonies anglaises – ne souhaitent pas l’indépendance : on les pousse à l’indépendance. (…) Les dirigeants [africains] sont emmenés, poussés en partie par les dirigeants français qui se rendent compte qu’on a intérêt à déminer la situation en allant à l’indépendance. D’où le projet de De Gaulle, la Communauté française, avec dans un premier temps une autonomie interne qui prend forme dès 1958 et, petit à petit, la marche vers l’indépendance. (…) Ce que je voudrais dire, c’est que ces dirigeants africains, je me mets à leur place – j’étais opposé à eux à l’époque – comment voient-ils l’indépendance… Qu’on leur impose... Ils se disent, bon, nous allons l’accepter, nous allons être indépendants (…). »

A partir de la minute 33' : http://www.mendes-france.fr/2010/12/14/audio-forum-sur-la-politique-africaine-de-la-france/

Récapitulons : dirigeants africains « poussés » à l’indépendance ; indépendance « imposée » en 1960 par l’Etat français ; mieux encore, idée d’indépendance « pas tellement ancrée dans la population africaine » ; cerise sur le gâteau, indépendance surtout le fait d’une minorité « loin de l’Afrique », qui retournait en vacances « faire de l’agitation »…

Autant de confidences qui confirment ce que le blog Fusionnisme annonce depuis plusieurs mois : la grande thèse commune au Club Novation Franco-Africaine (CNFA) et au Mouvement Fusionniste – à savoir le mensonge planétaire qui travestit en triomphe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » ce qui fut, en réalité, il y a cinquante ans, le largage de l’Afrique par l’Etat français, au mépris des Africains, et à des fins inavouables, entre racisme, défiance civilisationnelle, déni d’égalité et appât du gain – cette thèse a triomphé en coulisses et n’est plus guère contestée dans les hautes sphères franco-africaines. Notons qu’ici, Henri Lopès va, sur certains points, encore plus loin que le CNFA…

D’ailleurs, que croyez-vous qu’il arriva ce jour-là, autour de la table ronde organisée par l’Institut Mendès France ?

Tout simplement, chacun fit semblant de ne rien avoir entendu de ce que disait Henri Lopès, écrivain, ancien militant indépendantiste congolais et ambassadeur du Congo en France.

Jean-Christophe Rufin, écrivain, ancien ambassadeur de France au Sénégal, Stéphane Gompertz, directeur Afrique et Océan Indien au Ministère des Affaires étrangères, Vincent Hugeux, grand reporter à L’Express, Emmanuel Laurentin, producteur à France Culture et modérateur pour l’occasion, ne trouvèrent dans les propos d’Henri Lopès rien qui suscitât chez eux le moindre rebond…

Reconnaissons au modérateur, Emmanuel Laurentin, producteur et animateur à France Culture, le mérite de la cohérence. Il n’a jamais invité aucun membre du Club Novation Franco-Africaine dans ses émissions. Les écrivains Claude Garrier, 
Magloire Kede Onana, Samuel Mbajum, Simon Mougnol, et tant d’autres membres du CNFA, n’ont jamais eu les honneurs de France Culture. Il est vrai que pour ce qui est de Radio France, radio d’Etat française, seule RFI, au fil des années, a reçu certains d’entre nous. Mais ni France Culture, ni France Inter, ni France Info n’ont jamais rien dit de nos travaux, ni accordé le moindre micro à nos idées. Il n’y a donc guère matière à s’étonner qu’Emmanuel Laurentin n’ait pas relevé l’incongruité des propos d’Henri Lopès, pas plus que les autres intervenants, ou même le public.

Car ce qu’a osé dire Henri Lopès fait partie de ce qu’il faut obligatoirement taire, puisque c’est la vérité, et que cette vérité est l’inverse de l’histoire officielle à laquelle tout le monde est tenu, depuis cinquante ans, sous peine de mort sociale, d’adhérer. Le secret recouvre tant de scandales incommensurables, et sert tant d’intérêts… Alors « on joue le jeu », « le système joue le jeu », encore et toujours…

Par-delà ceux qu’on tient à l’écart, par-delà les dialogues de sourds et malgré les silences, les esquives si confortables, tandis que la Côte d’Ivoire, la Tunisie, l’Algérie sont en ébullition, la parole avance à Paris, malgré tout. En dépit des élites politico-journalistico-intellectuelles ultra-hypocrites. Et, faut-il s’en étonner, grâce à une vieille voix africaine…

Alexandre Gerbi





Libellés : , , , , , , , , , , , , , ,