21 févr. 2012

En l’honneur du Cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie

Spéciale dédicace à Serge Letchimy et Claude Guéant







En l’honneur du Cinquantenaire

de l’indépendance de l’Algérie





par


Alexandre Gerbi





En l’an 2012, 50e anniversaire de l’indépendance algérienne, au fil des mois, en marge du mensonge d’Etat, devant l’imposture à la fois internationale et intime, le blog Fusionnisme rappellera ce qui fut. Opiniâtrement. Et avec toute la calme passion qui sied à ce dantesque sujet…



L’historiographie prend soin, depuis des décennies, de dissocier indépendance algérienne et indépendances des Etats d’Afrique subsaharienne.

Evidemment, étudier indépendamment l’une, l’indépendance algérienne, et les autres, les indépendances subsahariennes, permet de cacher la vraie nature du drame qui se noua en Algérie, pendant la période 1958 (ou 1954, ou 1945 etc.) -1962, et plus vastement en Afrique.

Au contraire, articuler l’une et les autres permet de dévoiler l’insoutenable. C’est pourquoi le silence est préféré par le Système, nourri de contrevérités et d’amnésie.

En manière de réponse, depuis des années, le Mouvement Fusionniste s’emploie à mettre à nu le phénomène de la décolonisation dans son ampleur transcontinentale, de part et d’autre du Sahara. Mais aussi, par petites touches, à l’échelle intercontinentale, puisque notre sujet embrasse aussi l’Indochine et les anciens Comptoirs des Indes. Sans parler de tous les océans, où la France demeure d’ailleurs toujours présente, d’ailleurs, à l’heure qu’il est…

En ce 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, le blog Fusionnisme, fidèle à lui-même, est tenu d’annoncer la couleur. La voici, donc.

L’an 2012 sera probablement marqué par les hypocrisies habituelles, telles qu’on les vit s’éployer en 2010, Cinquantenaire des indépendances subsahariennes. Selon toute vraisemblance, cette année encore, intellectuels, politiques et dans une moindre mesure, médias, nous serviront, la bouche en cœur, le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». En omettant scrupuleusement, comme il se doit, de signaler l’Affaire gabonaise (1958), la Loi 60-525 (1960), et bien sûr l’Affaire d’Algérie (1958 ou 1954-1962), en autres pivots de l’imposture. Gigantesque. Dont notre époque étouffe et dont meurt la France et, quoique diversement, l’Afrique et le monde...

Alors, dans ce brouhaha, dans cette confusion tragique, face à ce vol au ras des pâquerettes si dérisoire, si veule, si destructeur, le blog Fusionnisme va s’autolabourer. Pour compenser, un peu.

S’autolabourer, c’est-à-dire, régulièrement, à la faveur de cette année anniversaire, en marge des commémorations convenues de l’indépendance de l’Algérie, republier un florilège de la centaine d’articles parus depuis cinq ans sur le blog Fusionnisme, dans le sillage de la sortie de Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, Imposture, refoulements et névroses (Ed. L’Harmattan). Sans préjudice d’interventions supplémentaires d’amis ou de l’auteur.

Pour commencer la série, De Hitler au largage des Africains s’est imposé.

Au feu nourri que nous cherchons à déchaîner sur De Gaulle, figure historique abusivement glorifiée, ce texte livre un premier axe fondamental : la référence à l’hitlérisme et, au delà, à la dérive folle que Claude Lévi-Strauss fustigea, en vain, dans les années 1950. C’est pourquoi Lévi-Strauss suivra Hitler et précédera Césaire, dans cette ouverture fusionniste de l’année 2012, Cinquantenaire de l’Indépendance de l’Algérie, terre aimée et populations martyres.


A.G.



De Hitler

au largage des Africains




par


Alexandre Gerbi

.




Le général de Gaulle et les hommes politiques métropolitains qui organisèrent la prétendue « décolonisation » avaient forcément lu Mein Kampf. « Tout Français doit lire ce livre » avertissait le maréchal Lyautey.

« Un Etat africain sur le sol de l’Europe »

Or on lit dans le livre de Hitler, publié en 1925-1926 :

« (…) la France est, et reste, l’ennemi que nous avons le plus à craindre. Ce peuple, qui tombe de plus en plus au niveau des nègres, met sourdement en danger (…) l’existence de la race blanche en Europe. Car la contamination provoquée par l’afflux de sang nègre sur le Rhin, au cœur de l’Europe, répond aussi bien à la soif de vengeance sadique et perverse de cet ennemi héréditaire de notre peuple qu’au froid calcul du Juif, qui y voit le moyen de commencer le métissage du continent européen en son centre et, en infectant la race blanche avec le sang d’une basse humanité, de poser les fondations de sa propre domination. Le rôle que la France, aiguillonnée par sa soif de vengeance et systématiquement guidée par les Juifs, joue aujourd’hui en Europe, est un péché contre l’existence de l’humanité blanche (…) [l’]envahissement [de la France] par les nègres fait des progrès si rapides que l’on peut vraiment parler de la naissance d’un État africain sur le sol de l’Europe. »

Le venin et ses brûlures

Hitler avait de bonnes raisons de cracher son venin. A l’époque, en effet, et selon un crescendo jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, la propagande officielle française proclamait fièrement l’égalité des races et, si elle ne l’appliquait encore que très imparfaitement, joignait le geste à la parole, en nommant des Nègres ministre (Blaise Diagne) ou vice-président de l’Assemblée nationale (Gratien Candace).

Vingt à trente ans plus tard, nombre d’analyses, de stratégies et de motifs parfois contradictoires présidèrent à la décolonisation. Parmi eux, la crainte de la « bougnoulisation » de la France (selon l’expression, en coulisses, de Charles de Gaulle) et, partant, de l’Europe, tint une place éminente.

L’éviction des populations d’Afrique répondait-elle, selon des voies souterraines, aux anathèmes du Führer ? En substituant l’alliance européenne à l’alliance africaine au lieu de l’y ajouter, sacrifia-t-on à d’obscurs démons ?

De Gaulle expliquait en Conseil des ministres, en 1962 : « Cette Europe, il faudra bien qu’elle se bâtisse un jour. On en parle depuis Jules César, Charlemagne, Othon, Charles Quint, Louis XIV, Napoléon, Hitler. »

« La France ne serait plus la France »

Au même moment, avec l’appui ou le consentement silencieux de ses alliés, le Général achevait le démantèlement de l’ensemble franco-africain. En choisissant d’offrir l’Algérie au FLN, meilleur garant d’un divorce franco-algérien irréversible.

Au nom d’un principe que l’ermite de Colombey, revenu aux affaires par un putsch militaire et sur un programme totalement inverse, avait énoncé à l’Elysée, in petto, en 1959 :

« Il ne faut pas se payer de mots ! C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »

Terrible héritage.

Alexandre Gerbi


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11 août 2010

Festival d’incohérences et de contradictions sur le plateau de C dans l’air



Festival d’incohérences

et de contradictions


sur le plateau de C dans l’air



par


Alexandre Gerbi

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A l’occasion du défilé des troupes africaines sur les Champs-Elysées, le 14 juillet 2010, l’émission C dans l'air (sur France 5) proposa un numéro consacré aux « indépendances » africaines, intitulé France-Afrique : 50 ans plus tard.

A partir de la minute 34 (accessible à cette adresse : http://skydexter.free.fr/page.php?472), on assista à cet échange éminemment instructif entre le journaliste camerounais Louis-Magloire Keumayou et l’historien français Eric Deroo :

Louis Magloire Keumayou : La France ne peut pas dire qu’elle a octroyé les indépendances (…) Mais il y a eu une autre chose. Parce que, aujourd’hui, il y a un amalgame qui se fait sur le terme d’« indépendances » africaines. Moi je crois qu’il faut resituer les choses dans leur contexte et dans la vérité de l’Histoire. La première chose, c’est que les gens ne demandaient pas l’indépendance à cette époque-là. Ce qu’ils voulaient, c’était l’égalité de droit et l’égalité démocratique à l’intérieur de l’Empire colonial. C’est-à-dire qu’on reconnaisse à tous les citoyens qui étaient considérés comme des indigènes le droit d’être des citoyens au même titre que les Français qui étaient sur leurs territoires. Ça c’était le besoin primordial. (…) C’est après que le besoin d’indépendance est venu. Et là, c’est ce que je voudrais rectifier en disant : il y a eu un référendum qui a été organisé dans la plupart des pays (en 1958). Si vous reprenez les chiffres de ces référendums, je ne pense pas que sur les 14 pays, tout le monde ait voté OUI pour l’indépendance. Or à partir d’août (1960), (…) on a distribué comme des cadeaux ces indépendances-là. A ce moment-là, ça a été des distributions de prix. Mais avant, il était question simplement d’assurer une égalité de droit entre les tirailleurs et les militaires, entre les citoyens et les indigènes…

Eric Deroo : (…) La loi-cadre Defferre en 1956 est très clairement faite pour aller vers l'autonomie et, à terme, vers l'indépendance de l'Afrique. C'est faux de dire que la France octroie l'indépendance à contre-coeur (...). A telle enseigne qu'on crée (la même année, en 1956) l'EFORTOM (...), une école destinée à former des cadres militaires qui vont prendre les charges les plus importantes dans les futures armées nationales (...). D'ailleurs 14 officiers sortant de cette école seront chefs d'Etat dans leurs pays. Ca prouve bien qu’il y a un processus qui se met en place. La France a compris, après l’Indochine, et avec ce qui se passe en Algérie (que l’indépendance est inéluctable) (…).

Eric Deroo parvient donc à faire le grand écart, en admettant simultanément que l’Afrique a été délibérément larguée selon un processus conduit depuis la IVe République et achevé par Charles de Gaulle, tout en faisant droit à la thèse classique selon laquelle ce largage répondait… à la volonté des Africains et au « vent de l’Histoire » ! Ce qui est démenti par ce qu’avance Louis Magloire Keumayou qui rappelle à juste titre – sans d’ailleurs qu’Eric Deroo le contredise le moins du monde sur ce point – qu’au-delà des mouvements indépendantistes qui existaient, la majorité des Africains aspiraient non pas à l’indépendance, mais à l’égalité dans l’unité franco-africaine… Notons que Louis Magloire Keumayou se contredit lui-même, en affirmant que les indépendances n’ont pas été octroyées, en même temps qu’il dit qu’elles ont été imposées (« cadeau », « distribution de prix ») !

Pareilles contradictions, chez Deroo comme chez Keumayou, peuvent étonner un esprit cartésien. En réalité, elles s’expliquent par le fait qu’il est interdit de dire ce que l’un et l’autre sont en train de dire : ils le disent donc (l’indépendance fut imposée par l’Etat français), tout en faisant droit à la doxa (les Africains la souhaitaient). Quitte à tenir, dès lors, des propos parfaitement incohérents, parfois dans la même phrase… Mais l’essentiel est de ne froisser personne…

Cette incohérence flagrante, l’animateur, Thierry Guerrier, cherchera, en vain, de la lever, par cette question à Eric Deroo :

Thierry Guerrier : Monsieur Deroo, attendez… Ce que dit Monsieur Keumayou, si j’ai bien compris, c’est que certes, il y a ce processus (d’indépendance), mais qu’il est, je dirais, asséné d’en-haut, en quelque sorte, de Paris… Et que ce n’est pas forcément ce que souhaitent les peuples à l’époque, qui après tout, certains, seraient prêts à rester dans la Communauté, mais qui veulent simplement l’égalité des droits…

La réponse lapidaire et quelque peu bredouillante d’Eric Deroo, manifestement embarrassé, ne manque pas de sel :

Eric Deroo : Il y avait deux choses dans ce que disait Keumayou, effectivement. Il y a le fait que certains peuples qui, après tout, n’ont pas la mesure, du tout, de ce qui va leur arriver, d’ailleurs. Mais, en revanche, ce que je voulais un peu reprendre, c’est que, si, la France sait qu’on va aller vers l’indépendance des Etats africains, puisqu’elle met en place les structures pour ça…

A chacun d’apprécier la clarté du propos…

Relevons enfin, pour la bonne bouche, la remarque du journaliste de Libération, Jean-Dominique Merchet, qui, évoquant ce que nous avons appelé ailleurs l’« Affaire gabonaise », édulcore la vérité historique sous prétexte de la révéler :

Jean-Dominique Merchet : Une anecdote amusante, quand même… Il a été, à l’époque des indépendances, débattu au Gabon l’hypothèse que le Gabon devienne un département d’outre-mer, comme la Réunion, la Guadeloupe ou la Martinique. La question a été débattue, c’est-à-dire qu’on était dans des processus extrêmement différents de ce qui s’est passé en Algérie, au Maroc ou en Tunisie. (…) Imaginez que ce petit émirat pétrolier du Gabon soit devenu un département d’outre-mer français… La question s’est posée en ces termes… Je parle sous le contrôle de mon voisin…

Que cette anecdote soit amusante, c’est une question de point de vue… Au demeurant, Louis Magloire Keumayou et Eric Deroo se sont abstenus d’exercer leur « contrôle ». Il y avait pourtant matière à corriger les approximations de Jean-Dominique Merchet, puisque la demande de départementalisation ne se limita pas à faire l’objet d’un « débat » au Gabon. En effet, loin de rester une « hypothèse », la demande de départementalisation, décidée par le Conseil de gouvernement du Gabon en octobre 1958, fut bel et bien présentée par le gouverneur Louis Sanmarco, dépêché à cette fin à Paris, auprès du ministre de l’Outre-mer, Bernard Cornut-Gentille. Celui-ci, sur ordre du général de Gaulle, rejeta violemment la demande…

Dans son ouvrage Le Colonisateur colonisé, Louis Sanmarco explique :

« Le Conseil de gouvernement du Gabon choisit la départementalisation, et Léon (Mba) me chargea de négocier la chose avec Paris. (…) Je pensais bien être reçu comme un triomphateur qui ajoutait une perle de plus à la couronne. Je fus reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Le ministre, Bernard Cornut-Gentille, fut même désagréable : « Sanmarco, vous êtes tombé sur la tête !... N’avons-nous pas assez des Antilles ? Allez, l’indépendance comme tout le monde ! »

Or, en refusant cette départementalisation, le gouvernement français ne se bornait pas à rejeter une lubie gabonaise. En effet, la demande de départementalisation présentée par le Gabon s’inscrivait dans le cadre de l’article 76 de la Constitution, qui prévoyait cette possibilité. En la refusant, le gouvernement français violait donc la Constitution…

Bien entendu, cet épisode de la « décolonisation » franco-africaine fut tenu secret pendant près de trente ans, puisqu’il n’a été révélé par Louis Sanmarco que vingt ans plus tard. Longtemps contesté par les historiens (car on voit bien que l’Affaire gabonaise ne cadrait guère avec la doxa officielle d’une Afrique collectivement avide d’indépendance et d’une France contrainte de la lui « octroyer »), l’épisode fut finalement confirmé par Alain Peyrefitte, dans C’était de Gaulle (Fayard, 1994) :

Général de Gaulle : « Au Gabon, Léon M'Ba voulait opter pour le statut de département français. En pleine Afrique équatoriale ! Ils nous seraient restés attachés comme des pierres au cou d'un nageur ! Nous avons eu toutes les peines du monde à les dissuader de choisir ce statut. Heureusement que la plupart de nos Africains ont bien voulu prendre paisiblement le chemin de l'autonomie, puis de l'indépendance. »

Les incohérences, les contradictions, les approximations, les réponses bredouillantes qui émaillèrent ce numéro de C dans l’air du 14 juillet 2010 sont à l’image de l’immense gêne et de l’ampleur des tabous qui entourent le Cinquantenaire des Indépendances africaines. Et de ses colossaux mensonges…

Bonnes vacances, et bonne bronzette à tous !

Alexandre Gerbi




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10 juin 2010

Qui veut la peau de la "Françafrique" ?


Après Soir 3 et Ce Soir (ou jamais !)



Qui veut la peau

de la « Françafrique » ?




par


Alexandre Gerbi

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Il y a cinquante ans, l’Afrique a été larguée par la Ve République blaciste, qui pour détruire la « République de 58 » joua de la division et surtout du ras-le-bol des leaders africains, las du mépris d'Etat.

Ce largage fut décidé, selon le mot du général de Gaulle, pour empêcher la « bougnoulisation » de la France, à savoir le métissage racial et civilisationnel, notamment religieux, de l’Hexagone. Pour permettre, aussi, la poursuite de l’exploitation des territoires d’Afrique.

A l’époque, fondamentalement, la plupart des grands leaders africains estimaient que pour anéantir le colonialisme, le meilleur moyen n’était pas l’indépendance, mais l’égalité dans une grande République franco-africaine. Quant aux populations métropolitaines et ultramarines, l’indépendance, souvent jugée aventureuse, avait rarement leur préférence. D’ailleurs, c’est au prix d’une quadruple violation de la Constitution que le gouvernement français priva les citoyens africains du droit à l’autodétermination sur la question de l’indépendance (Loi 60-525, mai-juin 1960). Après avoir refusé la départementalisation du Gabon, en octobre 1958 (violation de l’article 76 de la Constitution).

De cette vaste opération où Paris était le vrai maître du jeu, résulta un nouveau système où, fort logiquement, Paris était encore le maître du jeu. C’est ainsi qu’avec la prétendue «décolonisation », surgit un néo-empire, puisque les indépendances adroitement imposées furent essentiellement illusoires et toujours finalement confisquées. Car à plus ou moins court terme, beaucoup de pères de l'indépendance furent évincés par des coups d'Etat sur ordre « métropolitain », et nombre d'entre eux furent assassinés. Ainsi, les anciens territoires d’Afrique, devenus Etats « indépendants », continuèrent d’être dans les faits contrôlés depuis Paris, et plus précisément depuis l’Elysée. Sans surprise, puisque tel était l’objectif poursuivi dès avant 1960.

Les réseaux de ce que FX Verschave a appelé la « Françafrique » parvinrent globalement à tenir sous leur domination les anciens territoires africains de la France, du règne de Charles de Gaulle (1958-1969) jusque sous celui de Jacques Chirac (1995-2007). Même si les positions de la France furent violemment remises en cause après la chute du mur de Berlin (1989) et, surtout, après l’effondrement de l’Union soviétique (1991). A partir de cette date, les Etats-Unis, jusque-là globalement alliés et complices de la « Françafrique », en devinrent des adversaires, puisque l’ennemi numéro 1, l’URSS, avait disparu. Ils n’hésitèrent plus à subvertir et déstabiliser le « Pré carré ».

Ce furent les années 1990 qui, à partir de la tragédie rwandaise (1994), plongea le Zaïre mobutien puis kabilien – demeuré finalement condominium franco-américain (ou euro-américain, sans exclusive d’autres « participations ») – dans une effroyable guerre (au moins 5 millions de morts) qui laissa le pays exsangue, malgré (à cause de) ses colossales richesses. L’onde de choc atteignit finalement le Congo-Brazzaville, l’un des cœurs de la « Françafrique », et l’embrasa.

Au début des années 2000, au prix d'un nouveau sac de nœuds et de flots de sang, l'un des sanctuaires « françafricains », la Côte d'Ivoire, bascula dans un chaos notamment politique, dont elle n'est toujours pas sortie à cette heure.

Aujourd’hui, où en sommes-nous ? Aux réseaux Foccart devenus Mitterrand-Pasqua ont succédé des systèmes d’influence où l’on retrouve d’anciennes figures de l’ère précédente, aussi bien du côté français que du côté africain.

Sous couvert de « décolonisation », en réalité sur fond de colonialisme, l’ex-Afrique française n’a jamais été indépendante, et chacun sait qu’elle ne l’est guère davantage aujourd’hui, en dépit des déclarations de l’Etat français et de ses « amis » africains. En dépit, aussi, des coups de boutoirs et autres pénétrations rivales sinon adverses.

A l’heure actuelle, la « Françafrique », bien qu’attaquée, est encore en grande partie debout, dirigée sinon depuis Paris, du moins avec son aide et son appui.
Que faut-il donc faire ?

Au gré d’une de ces ironies qu’il conviendrait de méditer, on voit aujourd’hui beaucoup d’Africains, en particulier parmi les plus occidentalisés (ou francisés...) d’entre eux, prôner l’indépendance de leurs pays, en réclamant à grands cris le départ de la France. En d’autres termes, ils réclament que soit accompli le projet officiel qu’entre autres ennemis de l’Afrique, l’Etat gaullien et néo-gaullien porte et exalte fallacieusement depuis cinquante ans.

Les Africains qui vendirent leurs frères comme esclaves aux Européens ou aux Arabes, puis collaborèrent avec le colonialisme, qui enfin servirent le néocolonialisme (celui-ci le leur rendit souvent bien) s’aperçoivent à présent de tout l’intérêt qu’ils ont à prôner aujourd’hui l’« indépendance ». Cela permet de se défausser à bon compte de ses responsabilités sur la seule « Françafrique », de se refaire une vertu toute neuve de patriote sensible à la misère du peuple, et de répondre in fine aux sirènes qui ne leur demandent aucun compte en termes de respect des droits de l’homme et de démocratie. Et qui graissent les pattes dans le secret le plus sûr, quand les Français ont de moins en moins de marges de manœuvre sur ces différents chapitres et sont, surtout, de plus en plus discrédités…

Dans pareilles conditions, faut-il s’étonner que le petit peuple d’Afrique subodore une nouvelle entourloupe, lorsque certaines de leurs élites leur annoncent de nouveaux lendemains qui chantent, sans hésiter à user du même « mot magique » que jadis ? Car le petit peuple sait bien que le désastre du néocolonialisme s'accomplit, tout au long de son histoire, aux noms merveilleux, successivement et au fil des décennies, d'« indépendance », de « coopération », d'« authenticité », de « démocratie », de « bonne gouvernance », et de nouveau, à présent, d'« indépendance » : la boucle est bouclée...

Alors souvent le petit peuple d’Afrique, encore aujourd’hui, opterait plus volontiers pour l’intégration franco-africaine ou euro-africaine, dans un cadre strictement égalitaire, démocratique et social, tout comme il l’espéra, en vain, il y a cinquante ans. A ces nouvelles aventureuses promesses d’« indépendance » de ses élites occidentalisées, il préfèrerait l’intégration à la France (et l'intégration de la France à son pays...) dans un cadre enfin égalitaire et fraternel.

Faut-il s’étonner que pareil choix, fidèle aux préférences de la plupart des leaders politiques africains des années 1950 et de leurs populations, trouve de nos jours un écho chez le petit peuple d’Afrique avec d’autant plus de force que celui-ci a échappé à l’occidentalisation et à la rhétorique de la Ve République, de ses pairs et de ses vassaux ?

Et faut-il s’étonner que les plus Français des Africains, ces élites qui vivent le plus souvent à cheval sur plusieurs continents et vivent un mode de vie complètement français ou occidental, défendent un projet totalement inverse, qui coïncide parfaitement, lui, avec les mots d’ordre dont se prévaut depuis cinquante ans l’Etat français et le reste du monde ?

Pour arrêter le massacre, resterait à la classe politique française, de droite comme de gauche, d’extrême-droite comme d’extrême-gauche, de cesser de mentir, et d’avouer ce qui se passa, il y a cinquante ans. Afin d’être capable d’écouter, enfin, ce que veut l’Afrique dans ses profondeurs, en particulier celle qui souffre.

Resterait, aussi, aux Africains d’oser parler, à se rappeler l’Histoire et à laisser parler leur cœur, sans craindre les foudres et les vengeances de l’univers.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, quand la classe politique métropolitaine est depuis si longtemps occupée à saper l’unité franco-africaine à coups d’histoire travestie et d’amnésie (jusqu'à, elle-même, perdre la mémoire), et que le Système est là, impérieux, qui musèle ou maudit les Africains qui ne marchent pas dans les clous.




Alexandre Gerbi




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9 mars 2010

Les manipulations pro-gaullistes du Dada "FOG" et de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa

Dans le cadre du cinquantenaire
des indépendances africaines…





Les manipulations pro-gaullistes

du Dada Franz-Olivier Giesbert

et de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa



par


Alexandre Gerbi
.

à Claude Garrier


Dans les petites sphères politiques et médiatiques françaises, on sait depuis longtemps qu’il est interdit de critiquer le général de Gaulle. On sait également qu’il est permis, en revanche, d’en faire l’apologie la plus débridée. Car en ce domaine particulier, l’éloge, même hors limites, n’expose à aucun sarcasme. Dire que le Général était « un génie » au sens fort et plein du terme (politique, historique, littéraire…), affirmer qu’il est « le plus grand homme de l’Histoire de France », lui tresser des couronnes de laurier pendant des heures avec un petit sourire béat aux lèvres, tout cela est parfaitement possible, et même conseillé. L’exercice ouvre les portes et allume autant de spotlights que la critique du même Général menace celui qui la profère d’anathème et de bannissement. Dans le petit monde médiatique, chacun sait tout cela, et se comporte en fonction…

Ils sont par conséquent rarissimes ceux qui se permettent de flinguer le grand homme. De mémoire de téléspectateur, depuis vingt ans sur le petit écran, personne ne s’est risqué à mettre en cause Charles de Gaulle. Hormis Georges-Marc Benamou, lors de la sortie de son livre Un mensonge français, en 2003, et Pierre Bénichou, dans une furtive mais puissante salve lancée dans l’émission 93, Faubourg Saint Honoré, en 2006. Mais à part cela, rien, ou presque.

Illustration de l’extrême actualité du phénomène, vendredi 5 mars 2010, dans Vous aurez le dernier mot !, l’émission de Franz-Olivier Giesbert (alias « FOG »), sur France 2.

Sous prétexte d’organiser un débat autour du Général, « FOG » invite autour de la table… trois gaullistes invétérés (Max Gallo, Eric Zemmour et Paul-Marie Coûteaux) et un quatrième larron (Benoît Duteurtre) qui s’abstint de contredire en quoi que ce soit les trois autres, et alla jusqu’à placer la pensée du « plus illustre des Français », en dépit de son caractère « archaïque», à la « pointe de l’altermondialisme »... Autour d’un thème lui-même nettement orienté dans le sens habituel (« De la grandeur gaullienne au défaitisme actuel »), on vit pendant une demi-heure les trois principaux intervenants se disputer le titre de plus grand « gaullologue » (selon l’expression de Giesbert) sous le regard complice du quatrième.

Franz-Olivier Giesbert est bien sûr en droit de transformer une émission culturelle du service public en machine à glorifier de Gaulle, en éliminant du plateau toute voix discordante, et en orientant les débats dans le sens hagiographique le plus caricatural. Il est en droit de mettre en scène, dans une logique presque dadaïste, le pro-gaulliste Eric Zemmour multipliant les assauts pro-gaullistes en direction du pro-gaulliste Max Gallo sous l’œil vigilant du pro-gaulliste Paul-Marie Coûteaux et du néo-pro-gaulliste Benoît Duteurtre. En termes de déontologie journalistique ou médiatique, rien de plus digne et respectable… En revanche, ce qui semble plus douteux, c’est d’intituler « débat » ce qui ne confronte que des avis essentiellement convergents, autour d’un sujet lui-même dénué de toute neutralité.

Des confins de sa mise en scène, dadaïste disions-nous, Dada FOG a tout de même signé son œuvre, à la presque fin du « débat », en balançant dans la figure d’un Zemmour arrêté dans l’extase :

« Ce passéisme, et puis ce culte aussi du général de Gaulle, est-ce que ce n’est pas lié aussi à un certain refus de la mondialisation, de la France pluriethnique ? D’ailleurs il y a des phrases du général de Gaulle (…) qui sont frappantes sur les Français musulmans et les Français chrétiens… Il les compare, il dit que c’est l’huile et le vinaigre, vous mélangez ça dans la bouteille, vous reposez la bouteille, et l’huile et le vinaigre seront à nouveau séparés »

Eric Zemmour : « Il dit pas les Français musulmans et les Français chrétiens, il dit les Arabes et les Français. Et il dit c’est comme l’huile et le vinaigre, vous les mélangez ensemble, ça finit par se séparer après ».

A la minute 1h06 :

http://programmes.france2.fr/vous-aurez-le-dernier-mot/index.php?page=article&numsite=4199&id_article=12407&id_rubrique=4202

La nuance, subtile, n’est certes pas à l’avantage de de Gaulle… Au demeurant, ni Eric Zemmour ni ses comparses ne se sont aventurés à s’étendre davantage sur cette citation, ni bien sûr à la critiquer, en cette année de cinquantenaire des indépendances africaines, Algérie en ligne de mire (2012)… Les sacrosaints « codes » furent dûment respectés. On passa immédiatement à autre chose. La remarque de FOG et le ricochet « zemmourien » firent plouf. Et pour cause, Max Gallo, par exemple, a déjà démontré par le passé son talent, en pareil cas, pour noyer le poisson (voir notre article Les flous de mémoire de Max Gallo sur France Inter).

De tels comportements ne sauraient étonner celui qui connaît la véritable histoire de la Ve République blanciste. Car celle-ci fut originellement bâtie sur des considérations totalement anti-républicaines, considérations raciales, civilisationnelles, religieuses et financières cachées sous de gigantesques mensonges (avec le monde entier faisant chorus, depuis cinquante ans, Etats-Unis et ONU en tête). Le travestissement de l’histoire de la décolonisation est la spécialité de notre cher régime, puisqu’il en est né, dans la duplicité (relire les discours d’Alger et de Mostaganem de Charles de Gaulle en 1958).

Cela est si vrai que le 26 février dernier, à Libreville, en parfait continuateur du Système, bafouant ses promesses de « rupture », Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa, au moment de refonder les relations franco-gabonaises ou franco-africaines, balança sans vergogne d’énormes mensonges historiques aux enjeux immenses, à la figure d’un parterre gabonais bien embarrassé, tant était grand le scandale de voir ainsi violée la réalité historique, sous le patronage dès lors nécessairement usurpé des morts : certains de leurs noms avaient été prononcés, invoqués, et le respect qui leur est dû exalté par Nicolas Sarkozy lui-même, ce jour-là…

A se demander si Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa ne joue pas avec le feu…

L’âme africaine, dans sa profonde grandeur, sait comprendre l’humaine faiblesse, faire la part des choses et par conséquent pardonner. Elle l’a souvent démontré tout au long de sa douloureuse histoire, en particulier à l’égard de la France, et de cela l’Afrique peut s’enorgueillir.

Pour cela, il n’est peut-être pas trop tard pour bien faire, malgré tout. C’est-à-dire qu’il est encore temps pour Nicolas Sarkozy d’en finir et d’avouer les choses, le largage, le travestissement et le masque, le déni d’égalité, le mépris racial, la défiance civilisationnelle, le vaste crime contre l’humanité (je pèse mes mots) que fut la prétendue « décolonisation ». Crime contre l’Afrique, contre la France, contre la République et contre la démocratie. Pour enfin désigner le grand coupable, l’ennemi commun : la classe politique métropolitaine de l’époque, en particulier Charles de Gaulle, prétendument décolonisateur, en réalité destructeur de l’unité franco-africaine, et euro-africaine, et donc ennemi du panafricanisme, de la Nation, et grand faiseur de désastres.

Mais après tout, puisque tant de nos contemporains ont l’air de s’en tamponner le coquillard ou de ne rien comprendre, et surtout de fort, fort bien s’en porter…



Alexandre Gerbi




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6 mars 2010

Sarkozy à Libreville : Pire que le discours de Dakar ?





Sarkozy à Libreville :

Pire que le discours de Dakar ?





par


Alexandre Gerbi
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A priori, difficile de faire pire que le discours de Dakar de 2007, qui par ses grossières approches déchaîna un tollé à travers toute l’Afrique. Or voici que le comble de la falsification historique vient d’être accompli tout récemment par Nicolas Sarkozy, face à des centaines de personnes, à Libreville, au Gabon. Encore par ignorance ? En tout cas, cette fois-ci, les énormités sarkozyennes n’ont eu le don de révolter personne…

Le 24 février 2010, à Libreville donc, Nicolas Sarkozy, apparemment très à l’aise, à tu et à toi avec son homologue gabonais, Ali Bongo, avait pourtant bien commencé, puisque pour la première fois un grand tabou était levé par une bouche officielle : « Au seuil de l’Indépendance, certains de vos grands aînés ont souhaité la départementalisation ».

Episode longtemps très secret, ignoré voire nié, et pour cela absent de presque tous les livres jusqu’à ce jour, le Gabon a en effet demandé la départementalisation en 1958. Mais le gouvernement métropolitain d’alors s’y opposa vertement. Ce que l’historien Sarkozy commente en ces termes : « Heureusement, il en fut autrement, parce que vous aviez compris que si l’amitié est précieuse, la liberté, elle, est vitale. Et c’est ce choix qui fut celui de nos amis gabonais ».

On a le droit de divaguer et même celui de dire n’importe quoi. Pourtant, si l’on parle d’Histoire, les Gabonais ne firent, à l’époque, aucun choix. Car le général de Gaulle, ce que Nicolas Sarkozy se garde bien de rappeler, refusa la départementalisation (en violation de l’article 76 de la Constitution, octobre 1958), puis il donna des ordres (janvier 1960) pour pousser l’auteur du projet en personne, Léon Mba, à réclamer l’indépendance (août 1960). De l’aveu même du Général, les services français eurent toutes les peines du monde à le convaincre…

Ayant imposé le principe de l’indépendance à Léon Mba et à son gouvernement, de Gaulle eut encore à museler les populations gabonaises largement favorables à l’unité franco-africaine égalitaire et fraternelle. En particulier, justement, du côté de Libreville, à l’époque vieille ville franco-gabonaise largement métisse. Pour déposséder les Gabonais du droit à l’autodétermination, de Gaulle fit donc voter à Paris la Loi 60-525 (mai-juin 1960, au prix d’une quadruple violation de la Constitution, qui fit d’ailleurs pas mal de vagues).

Tout cela, Nicolas Sarkozy le sait très bien, ou devrait le savoir. Dans ces conditions, comment peut-il invoquer la « liberté » et le « choix » des Gabonais, sinon en espérant flatter un auditoire théoriquement complice et, surtout, tenu au silence depuis un demi-siècle ? Au reste, probablement gênée par l’ampleur de l’imposture, la salle a très timidement applaudi…

Omar Bongo, dont Nicolas Sarkozy se flatte d’être allé honorer la tombe à Franceville, avait ordonné la publication, dans les années 1980, d’un gros ouvrage consacré à l’Histoire de son pays : le Mémorial du Gabon. L’« Affaire gabonaise », la départementalisation refusée y était sèchement relatée. L’ouvrage rappelait le soutien populaire dont bénéficiait le projet de départementalisation porté par Léon Mba. C’est peu dire qu’en entendant Nicolas Sarkozy gloser sur la « liberté » et le « choix » des Gabonais en 1960, Omar Bongo et Léon Mba ont dû se retourner dans leur tombe, en même temps que tous les anciens qui jadis se rêvaient Français, ou Franco-Africains... Mais après tout, au diable le respect des ancêtres, pourtant « sacré » en Afrique selon Nicolas Sarkozy…

Vous avez dit « cynisme », encore et toujours ?

D’évidence, cet outrage à la mémoire des morts place sous de bien funestes auspices le projet soi-disant « gagnant-gagnant » que Sarkozy entend substituer, avec l’aide de son « ami » Ali Bongo, à la dite « Françafrique ». Les « indépendances » assorties de la « coopération », rappelons-le, étaient également censées être, au beau temps de papa de Gaulle, une opération « gagnant-gagnant ». On sait ce que cela a donné, et le rôle que tint le mensonge – majuscule – dans cette sinistre et criminelle affaire…

Aucune fraternité réelle entre la France et ses anciens territoires et populations d’Afrique ne pourra être sainement reconstruite sur d’autres bases que l’honnêteté face au passé et à l’Histoire. Il est bien triste que même la gauche et l’extrême-gauche, en France, soient incapables de le rappeler à Nicolas Sarkozy. Tout simplement parce qu’elles sont l’une et l’autre, comme lui, intimement liées au système de la Ve République blanciste agonisante.

Face à pareil scandale et à la paralysie du système, les grands médias ne peuvent-ils donc rien faire, rien dire ? Et les Africains ne devraient-ils pas réclamer à cor et à cri la vérité, par fidélité aux ancêtres et au Grand Esprit Nkoué Mbali ?

Puissent ces quelques réflexions ne pas tomber dans l’oreille de sourds…


Alexandre Gerbi




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5 mars 2010

Discours de Libreville : L’outrage aux ancêtres de Nicolas Sarkozy

Cinquante ans après, au Gabon...



Discours de Libreville :

L’outrage aux ancêtres

de Nicolas Sarkozy





par


Alexandre Gerbi
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Il y a quelques mois, nous riions ensemble des belles leçons d’histoire de Nadine Morano, qui prétendait tirer argument de l’indépendance du Sénégal pour convaincre un passant africain, alpagué sur un marché, qu’il n’était pas chez lui en France. Nous pointions que la secrétaire d’Etat à la famille se livrait là à une falsification dans le droit fil de l’histoire officielle de la Ve République blanciste, qui prétend que les citoyens de l’Outre-Mer français exigèrent l’indépendance. Nous rappelions que les Africains, il y a cinquante ans, réclamaient bien davantage l’égalité et la fraternité, qui leur furent définitivement refusées.

En se débarrassant des populations africaines au lieu de bâtir la grande République franco-africaine égalitaire et fraternelle, le gouvernement français entendait esquiver la « bougnoulisation » et l’islamisation de la France, et relancer le (néo)colonialisme. Evidemment, cela ne fut jamais assumé par les pouvoirs publics, et n’est par conséquent presque jamais dit. A tel point que rien ne permet d’affirmer que Nadine Morano ne pèche pas simplement par ignorance…

Or voici que le comble de la falsification historique vient d’être accompli tout récemment par Nicolas Sarkozy, face à des centaines de personnes, à Libreville, au Gabon. Encore par ignorance ? Cette fois, difficile de le croire…

Le 24 février 2010, Nicolas Sarkozy, apparemment très à l’aise, à tu et à toi avec son homologue gabonais, avait pourtant bien commencé, puisque pour la première fois un grand tabou était levé par une bouche officielle : « Au seuil de l’Indépendance, certains de vos grands aînés ont souhaité la départementalisation ».

Episode longtemps très secret, ignoré et même nié, et pour cela absent de presque tous les livres jusqu’à ce jour, le Gabon a en effet demandé la départementalisation en 1958. Mais le gouvernement métropolitain d’alors s’y opposa vertement. Ce que l’historien Sarkozy commente en ces termes : « Heureusement, il en fut autrement, parce que vous aviez compris que si l’amitié est précieuse, la liberté, elle, est vitale. Et c’est ce choix qui fut celui de nos amis gabonais ».

On a le droit de divaguer et même celui de dire n’importe quoi. Pourtant, si l’on parle d’Histoire, les Gabonais ne firent, à l’époque, aucun choix. Car le général de Gaulle, comme le rappelle implicitement et sans le nommer Nicolas Sarkozy, refusa la départementalisation (en violation de l’article 76 de la Constitution, octobre 1958), puis il donna des ordres (janvier 1960) pour pousser l’auteur du projet en personne, Léon Mba, à réclamer l’indépendance (août 1960). De l’aveu même du Général, les services français eurent toutes les peines du monde à le convaincre…

Ayant imposé le principe de l’indépendance à Léon Mba et à son gouvernement, de Gaulle eut encore à museler les populations gabonaises largement favorables à l’unité franco-africaine égalitaire et fraternelle. En particulier, justement, du côté de Libreville, à l’époque vieille ville franco-gabonaise largement métisse. Pour déposséder les Gabonais du droit à l’autodétermination, de Gaulle fit donc voter à Paris la Loi 60-525 (mai-juin 1960, au prix d’une quadruple violation de la Constitution, qui fit d’ailleurs pas mal de vagues).

Tout cela, Nicolas Sarkozy le sait très bien, ou devrait le savoir. Dans ces conditions, comment peut-il invoquer la « liberté » et le « choix » des Gabonais, sinon en espérant flatter un auditoire théoriquement complice et, surtout, tenu au silence depuis un demi-siècle ? Au reste, probablement gênée par l’ampleur de l’imposture, la salle a très timidement applaudi…

Omar Bongo, dont Nicolas Sarkozy se flatte d’être allé honorer la tombe à Franceville, avait ordonné la publication, dans les années 1980, d’un gros ouvrage consacré à l’Histoire de son pays : le Mémorial du Gabon. L’« Affaire gabonaise », la départementalisation refusée y était sèchement relatée. L’ouvrage rappelait le soutien populaire dont bénéficiait le projet de départementalisation porté par Léon Mba. C’est peu dire qu’en entendant Nicolas Sarkozy gloser sur la « liberté » et le « choix » des Gabonais en 1960, Omar Bongo et Léon Mba ont dû se retourner dans leur tombe, en même temps que tous les anciens qui jadis se rêvaient Français, ou Franco-Africains... Mais après tout, au diable le respect des ancêtres, pourtant « sacré » en Afrique selon Nicolas Sarkozy.

Vous avez dit « cynisme », encore et toujours ?

D’évidence, cet outrage à la mémoire des morts place sous de bien funestes auspices le projet soi-disant « gagnant-gagnant » que Sarkozy entend substituer, avec l’aide de son « ami » Bongo, à la dite "Françafrique". Les « indépendances » assorties de la « coopération », rappelons-le, étaient également censées être, au beau temps de papa de Gaulle, une opération « gagnant-gagnant ». On sait ce que cela a donné, et le rôle que tint le mensonge – majuscule – dans cette sinistre et criminelle affaire…

Aucune fraternité réelle entre la France et ses anciens territoires et populations d’Afrique ne pourra être sainement reconstruite sur d’autres bases que l’honnêteté face au passé et à l’Histoire. Il est bien triste que même la gauche et l’extrême-gauche, en France, soient incapables de le rappeler à Nicolas Sarkozy. Tout simplement parce qu’elles sont l’une et l’autre, comme lui, intimement liées au système de la Ve République blanciste agonisante.

Face à pareil scandale et à la paralysie du système, les grands médias ne peuvent-ils donc rien faire, rien dire ? Et les Africains ne devraient-ils pas réclamer à cor et à cri la vérité, par fidélité aux ancêtres et au Grand Esprit Nkoué Mbali ?

Puissent ces quelques réflexions ne pas tomber dans l’oreille de sourds…



Alexandre Gerbi




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22 sept. 2009

De Hortefeux aux Harkis : Entrechats du blancisme et autre monde

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De Hortefeux aux Harkis :


Entrechats du blancisme

et autre monde



par


Alexandre Gerbi
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La grasse vanne sur les « Arabes » de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, a provoqué une tempête médiatique et politique particulièrement spectaculaire.

Au même moment, Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, assiègent l’Assemblée nationale, à Paris. Leur voiture est leur chambre, leur salle à manger est un banc public, et leur maison est le trottoir. Chaque jour depuis bientôt cinq mois, ils déploient d’immenses banderoles au vitriol sur la place Edouard Herriot, sous le nez des députés. En juristes implacables, documents à l’appui, ils accusent Nicolas Sarkozy, président de la République, de parjure et de duplicité.

Or pour l’heure, l’action des trois assiégeurs fait l’objet d’un écho médiatique et politique quasiment nul…

Deux poids, deux mesures ? Myopie historique ? Incohérence ?

Pas si sûr…

De Gaulle en miniature

D’un côté, la blague foireuse de Brice Hortefeux, qui, cynique ou ironique selon les arrière-pensées qu’on lui prête, n’est que la reproduction, en miniature, de cette réflexion par laquelle Charles de Gaulle justifia l’indépendance qu’il imposa aux populations africaines il y a bientôt cinquante ans :

« C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France.»

D’un autre côté, l’action menée par les Harkis au Palais Bourbon, qui fait l’objet d’un black-out médiatique presque intégral, alors que la tragédie des Harkis et des Algériens francophiles (entre 45.000 à 150.000 morts au lendemain de l’indépendance algérienne, puis aliénation des rescapés dans des camps en France, mépris, injure, calomnie) fut la conséquence d’un système de pensée dont la blague de Brice Hortefeux semble un avatar dérisoire…

Sous certains rapports, on le devine, ces événements, tout comme le traitement qui en est fait, relèvent en réalité du même système, et s’y inscrivent. Or pour notre société, ce système se trouve être un tabou absolu. Car si ses secrets étaient révélés au grand public, ils pourraient bien discréditer, pour le dire vite, deux générations d’hommes politiques, deux générations d’historiens, et deux générations d’intellectuels français. Difficile d’imaginer plus puissant séisme. Cela ressemblerait peut-être à une révolution…

Préservation de la France blanche, gréco-latine et chrétienne

L’Histoire de la Ve République blanciste, aujourd’hui encore presque totalement occultée, constitue ce secret explosif.

Il y a un demi-siècle, foulant aux pieds les principes les plus fondamentaux de la France, le gouvernement dirigé par le général de Gaulle débarrassa la République de ses territoires et populations d’Afrique. Pour préserver, selon un trait emprunté à Barrès, une « certaine idée de la France » et des Français :

« Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne », martelait en coulisse l’ermite de Colombey.

Bénéficiant de la complicité, active ou passive, et pour toutes sortes de raisons, d’abord de l’Armée dupée, puis, jusqu’au bout, de la plus grande partie de la classe politique et d’une fraction importante de l’intelligentsia françaises, de droite comme de gauche, d’extrême-droite comme d’extrême-gauche, le Général obtint la sécession des anciennes colonies africaines de la France, qu’il présenta habilement comme le triomphe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Alors même que les populations d’Afrique, y compris en Algérie, aspiraient bien davantage à l’égalité, garante de liberté et de fraternité.

Mais de leur avis, le Général et ses alliés n’avaient cure...

Apartheid à l’échelle intercontinentale

Présentée comme une merveille visionnaire et humaniste, la prétendue décolonisation gaullienne, réalisée au mépris des populations d’outre-mer, fut conçue comme un tremplin du néocolonialisme. A telle enseigne que la plupart des nouveaux Etats continuèrent d’être dirigés depuis Paris, via les « réseaux Foccart » et autres hommes de main. De ce point de vue, l’opération permit la mise en place d’un véritable apartheid organisé à l’échelle intercontinentale, dont notre époque, plus que jamais, porte les atroces stigmates.

« Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »

Dans son entreprise de démolition de l’ensemble franco-africain, le Général savait qu’il devrait vaincre plusieurs forces. Notamment celles des Africains, mais aussi des Algériens. Par mélange de bon sens, de pragmatisme et d’amour parfois passionnel pour ce qu’ils appelaient la « vraie France », la plupart des ultramarins considéraient que l’instauration de l’égalité politique pleine et entière entre tous les habitants de la métropole et de l’outre-mer serait le meilleur moyen d’abolir le colonialisme et d’assurer l’unité de la République. Le plus souvent, l’indépendance n’était vue que comme un ultime recours, un déchirement à éviter autant que possible. Machiavel avança donc masqué.

Pour revenir au pouvoir, de Gaulle prétendit accomplir un programme égalitaire révolutionnaire (cf. Discours d’Alger et de Mostaganem, 4 et 6 juin 1958) qu’avait défini et porté l’avant-garde de l’école anthropologique française. En particulier Claude Lévi-Strauss, en 1955 dans Tristes Tropiques, l'année même où Soustelle, son collègue et ami, fut nommé gouverneur général en Algérie par Pierre Mendès France, et lança l'intégration. L’intégration c’est-à-dire, au contraire de l’assimilation, la fusion dans le respect et la compréhension réciproque des cultures, pour l’échange et dans l'égalité. Au gré d’un certain esprit du temps, c’était un peu la pensée des Africains de l’après-guerre qui s’apprêtait à triompher : Soustelle connaissait Senghor depuis vingt ans, et ne cachait pas que son projet s’était ébauché, notamment, en parlant avec lui… Feignant, avec brio, d’appartenir à cette galaxie nouvelle et d’en vouloir accomplir les plus grands espoirs, le Général s’attira immédiatement une phénoménale popularité auprès des masses musulmanes algériennes, ainsi que dans le reste de l’Afrique…

Or l’homme comptait faire exactement le contraire de ce qu’il annonçait.

« Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par deux puis par cinq, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, quatre cents, six cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l’Élysée ? »

Ou un Nègre…

Devenu maître du pays pour sept ans (janvier 1959), de Gaulle tomba rapidement le masque.

Largages et retour du refoulé

Sans tarder, le Général-Président bouta les Africains hors de la République, en refusant la départementalisation au Gabon (Affaire gabonaise, 1958) puis en dépossédant les populations d’Afrique subsaharienne du droit à l’autodétermination (Loi 60-525, mai-juin 1960). Ayant de la sorte réduit l’Algérie à une incongruité politique, déjouant les ralliements (Affaire Si Salah, 1960), il pactisa avec les indépendantistes du FLN, fussent-ils sanguinaires et fanatiques, et les accepta comme interlocuteurs exclusifs. Enfin, il leur livra non seulement le pays et ses populations, mais aussi les partisans arabo-berbères de la France, ainsi voués à la terreur et, pour beaucoup, au supplice et à la mort. Sous les applaudissements du reste du monde, et les larmes de crocodile de Washington acclamant aussi.

Depuis les années Giscard et, plus encore, les années Mitterrand et Chirac, la société française a été le théâtre d’un lent retour du refoulé. Le blancisme fondateur du régime est progressivement devenu une obsession du système, bien sûr jamais formulée, et cristallisée dans la dénonciation fébrile, obsessionnelle jusqu’à l’hystérie, jusqu’au narcissisme, jusqu’à l’ostentation, jusqu’au business, du racisme. Avec le peuple français (et non pas, bien sûr, ses élites intellectuelles et politiques, blanches comme neige…) dans le rôle de bouc émissaire perpétuellement accusé et sommé d’expier. Ce peuple français qui, pourtant, en 1958, avait approuvé à 80% l’application du rêve de Claude Lévi-Strauss, la politique d’Intégration des populations arabo-berbère d’Algérie…

Au demeurant, en dépit de la sainte horreur que lui inspire le racisme, le système politique, intellectuel et médiatique français, jusqu’à aujourd’hui, continue de sacrifier sans nuance à la doctrine de la Ve République blanciste, ce mythe qui affirme qu’Africains et Algériens rêvaient collectivement, et à tout prix, de se séparer de la France. Propagande qui permit à l’époque – et permet toujours aujourd’hui – de justifier l’abandon.

Ainsi peut s’expliquer le « deux poids deux mesures » dont nous parlions plus haut…

Un député à l’accent rocailleux

Comment, dira-t-on, la société médiatico-politique qui se déchaîne contre Brice Hortefeux, peut-elle continuer de servir sagement, dans le même temps, l’histoire officielle de la Ve République blanciste ?

Comment hurler en toute occasion contre le racisme, et perpétuer simultanément une légende qui sert à occulter que le démantèlement de l’ensemble franco-africain répondit à des motivations odieuses, affreuses, et emprunta des voies totalement contraires aux principes les plus fondamentaux de la République ?

En attendant, comme en symbole, Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï continuent de vivre sur le trottoir de la Ve République blanciste, à côté de l’Assemblée nationale, dans l’indifférence générale des médias et des politiques…

Jusqu’à ce qu’un mercredi de septembre 2009, un député venu de la France profonde, réputé pour son goût pour l’héroïsme, son accent rocailleux et sa voix de stentor, vienne déclarer aux trois assiégeurs que tout ceci est décidément scandaleux et ignoble, et promette de secouer un de ces mercredis l’hémicycle endormi. Et tienne parole davantage que l’hôte de l’Elysée …

Alors peut-être le blancisme structurel connaîtra son premier grand ébranlement. Et l’altermondialisme l’un de ses plus fastes et orgueilleux départs…




Alexandre Gerbi




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4 sept. 2009

Troubles au Gabon : La vérité peut-elle encore attendre ?

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Troubles au Gabon :


La vérité peut-elle

encore attendre ?


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par
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Alexandre Gerbi
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Les événements inquiétants qui adviennent ces jours-ci au Gabon – avec en point d’orgue, pour le moment, l’incendie du consulat de France à Port-Gentil – méritent de rappeler quelques secrets de la Ve République blanciste…

De la sorte, on comprendra mieux, et en profondeur, ce qui se joue actuellement du côté de Libreville…

Largage gaullien de Nègres

En 1960, le général de Gaulle largua les anciennes colonies de l’Afrique dite française, au motif que les Français sont des Blancs et les Africains des « Nègres » ou des « Bougnoules ». Selon ses propres mots. Les uns et les autres étant évidemment, selon lui, incompatibles.

De fait, l’octroi de l’égalité politique aurait conduit au métissage de la France, et entravé, par-dessus le marché, l’exploitation colonialiste. L’égalité politique ayant ceci de détestable qu’elle implique l’égalité sociale…

A l’époque, bien entendu, l’habile Général prétendit satisfaire le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Et tout le monde fit semblant d’y croire. Soviétiques et Américains en tête, relayés en France par les communistes et les libéraux, Sartre et Aron comme figures de proue.

Quant aux Africains, ils durent la boucler. Les élites, parce qu’elles restaient soumises à la toute-puissance de Paris – ceux qui prétendirent s’en affranchir le payèrent de leur pouvoir ou de leur vie. Du reste, on fit en sorte qu’elles y trouvent leur compte…

Le peuple, lui, fut simplement méprisé : au dernier moment, la Loi 60-525 (mai-juin 1960), au prix d’une quadruple violation de la Constitution, le priva du droit à l’autodétermination.

Ainsi le largage put avoir lieu dès le mois suivant, sans que les masses africaines puissent y opposer leurs suffrages…

1958 : la départementalisation refusée

Dans ce vaste scandale, le Gabon présentait un cas extrême.

En 1958, cherchant à tirer partie des événements (relire le discours de Mostaganem de Charles de Gaulle le 6 juin 1958) s’appuyant sur l’article 76 de la Constitution, le Conseil de gouvernement du Gabon, dont le président était Léon Mba, demanda que le territoire devienne un département français. Transgressant la Constitution, de Gaulle refusa vertement. Ainsi, deux ans plus tard, le Gabon prit « paisiblement le chemin de l’indépendance », selon l’expression du Général.

Dès cette époque, pourtant, l'avenir pétrolier du Gabon s'annonçait grassouillet. Mais sachant que l’indépendance – fictive – n’entraverait nullement l’exploitation du pétrole gabonais (entre autres ressources) et que, par ailleurs, la départementalisation risquait de montrer le mauvais exemple aux autres territoires africains qui auraient pu, dès lors, s’engouffrer dans la brèche et réclamer le même statut, l’Etat français imposa donc la sécession à Libreville...

Le règne de l’agent Bongo

Par la suite, le pétrole gabonais tint ses promesses. En 1967, succédant à Léon Mba, l’agent secret français Albert-Bernard Bongo devint donc président de la République.

Ainsi s’ouvrit un règne de 41 ans durant lequel Bongo, devenu Omar pour simplifier les choses à l’OPEP – organisation à laquelle le Gabon avait adhéré –, servit à la perfection les intérêts de l’Etat français. Notamment au plan pétrolier, conformément à sa mission initiale. En coulisse, le Gabon reçut le surnom de « colonie Elf ».

Dans le même temps, Bongo maqua le pays en arrosant une clientèle pléthorique à sa dévotion. Il neutralisa l’opposition politique selon la même méthode. En contrepartie, le peuple fut de plus en plus laissé pour compte, comme les infrastructures. A Paris, nul ne songea à lui en faire grief, puisque Omar arrosait aussi à l’extérieur, en particulier les partis politiques français…

Le cas Verschave

Au milieu des années 1990, en France, surgit un chevalier blanc : François-Xavier Verschave, qui disséqua dans plusieurs ouvrages retentissants les réseaux africains de l’Etat français (Foccart-Pasqua-Mitterrand), dont le Gabon était l’un des suprêmes sanctuaires.

Dans ses livres, étrangement, l’érudit Verschave ne mentionna jamais le versant politiquement incorrect de l’Histoire du Gabon. Jamais le chevalier blanc ne rappela que le Gabon avait souhaité devenir département français en 1958, et s’était vu envoyer paître…

C’est que, sous ses apparences d’iconoclaste et de boutefeu, M. Verschave sacrifiait à une doxa qui, d’une façon ou d’une autre, glorifiait en France et dans le reste du monde le divorce franco-africain…

Toujours est-il que ses travaux, remarquablement documentés et pertinents dans leur critique du néocolonialisme, firent florès, et frappèrent bien des esprits en Afrique subsaharienne, y compris au Gabon.

Le pays coupé en deux

Tout cela permet de comprendre deux choses de l’actuelle situation gabonaise.

D’une part, que le Gabon est aujourd’hui coupé en deux, entre partisans de Bongo et ennemis de Bongo. Hier Omar, aujourd’hui Ali, son fils, proclamé président le 3 septembre 2009.

D’autre part, que les Gabonais, objets comme les Français d’un lavage de cerveau orchestré tant par la Ve République gaullienne que par la gauche stalino-trotsko-verschavienne, sont voués à s’opposer à la France dans tous les cas de figure.

Si l’Etat français soutient Bongo, les Gabonais anti-Bongo dénonceront violemment la France néocolonialiste. En revanche, si l’Etat français soutient les ennemis de Bongo, les Gabonais pro-Bongo hurleront contre la France… néocolonialiste ! C’est tellement commode…

Gabon, France, Europe

Dans ce superbe piège, Sarkozy et le pauvre Kouchner, tous deux prisonniers des mensonges fondateurs de la Ve République blanciste, sont condamnés à affecter une subtile neutralité, c’est-à-dire à caresser tout le monde dans le sens du poil. En espérant que ça n’explose pas.

Et si ça explose, que faire ?, dira-t-on.

Que la France se taise enfin !, triompheront certains…

Et si tout simplement, dès maintenant, sans attendre le pire, Paris commençait par dire la vérité sur l’Histoire franco-africaine ? Et qu’à partir de là, adossée à l’Europe, la France, libérée des turpitudes gaullo-sartriennes, se décide à parler cartes sur table et, surtout, les yeux dans les yeux, avec le Gabon et ses populations meurtries.

Quitte à en tirer toutes les fraternelles conséquences…



Alexandre Gerbi




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16 oct. 2008

L’affaire gabonaise (1958)


Alors que la Marseillaise a été une nouvelle fois
conspuée au Stade de France…




Aux origines du mal

ou

L’affaire gabonaise (1958)
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Il y a tout juste 50 ans, le général de Gaulle violait la Constitution pour débarrasser la France de ses populations d’Afrique. Ça se fête… en sifflant ?
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par
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Alexandre Gerbi




Lors du référendum du 24 septembre 1958, les populations gabonaises approuvèrent par 92% l’adhésion du Gabon à la Communauté française. Forts de ce résultat, le Conseil de gouvernement du Gabon et son président, Léon Mba, mandatèrent le gouverneur Louis Sanmarco à Paris, afin de négocier la départementalisation du Gabon.

Reçu par le ministre de l’Outre-mer, Bernard Cornut-Gentille, Louis Sanmarco essuya un refus tonitruant :

« Sanmarco, vous êtes tombé sur la tête !... N’avons-nous pas assez des Antilles ???? Allez, l’indépendance comme tout le monde ! [1] »

Contrairement à ce que pourrait laisser à penser la réaction du ministre, la demande de départementalisation formulée par Louis Sanmarco au nom du Conseil de Gouvernement du Gabon n’était pas une lubie sortie tout armée du fantasque esprit africain.

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En effet, l’article 76 de la Constitution disposait que : « Les territoires d'outre-mer peuvent garder leur statut au sein de la République. S'ils en manifestent la volonté par délibération de leur assemblée territoriale (...), ils deviennent soit départements d'outre-mer de la République, soit, groupés ou non entre eux, Etats membres de la Communauté. »

Autrement dit, aux termes de la Constitution, chaque territoire d’outre-mer pouvait soit demeurer un territoire d’outre-mer, soit devenir un Etat lié à la République française au sein de la Communauté, soit enfin devenir un département.

La demande de départementalisation du Gabon s’inscrivait donc strictement dans le cadre constitutionnel. Par conséquent, en la rejetant, le gouvernement métropolitain violait la Constitution.

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Le général de Gaulle expliqua à Alain Peyrefitte : « Nous ne pouvons pas tenir à bout de bras cette population prolifique comme des lapins (…). C’est une bonne affaire de les émanciper. Nos comptoirs, nos escales, nos petits territoires d’outre-mer, ça va, ce sont des poussières. Le reste est trop lourd[2] ». « (…) Et puis (il baisse la voix), vous savez, c'était pour nous une chance à saisir : nous débarrasser de ce fardeau, beaucoup trop lourd maintenant pour nos épaules, à mesure que les peuples ont de plus en plus soif d'égalité. Nous avons échappé au pire ! (...) Au Gabon, Léon Mba voulait opter pour le statut de département français. En pleine Afrique équatoriale ! Ils nous seraient restés attachés comme des pierres au cou d'un nageur ! Nous avons eu toutes les peines du monde à les dissuader de choisir ce statut. Heureusement que la plupart de nos Africains ont bien voulu prendre paisiblement le chemin de l'autonomie, puis de l'indépendance[3] ».

Sachant que les 450.000 habitants du Gabon, tout nègres qu’ils fussent, représentaient à peine 1% de la population métropolitaine, on peut s’étonner que le gouvernement français ait refusé la départementalisation par crainte du métissage et des dépenses qu’une telle opération aurait impliquées.

Mais c’est qu’en réalité, sous l’affaire gabonaise perçait la vaste question africaine…

De Gaulle, expert dans l’art politique, savait qu’en répondant favorablement à la demande gabonaise en application de l’article 76, il aurait créé un fâcheux précédent. Paris n’aurait plus été en position de refuser la même départementalisation aux nombreux territoires d’Afrique qui auraient trouvé avantages (économiques, sociaux et politiques) à la réclamer eux aussi. Une telle réaction en chaîne aurait anéanti le projet du président de Gaulle… Un véritable cauchemar, dans lequel Léon Mba aurait joué, à la fois, le rôle d’éclaireur et de détonateur, tandis que le Général aurait chaussé, à son corps défendant, les guêtres palmées du dindon de la farce…

Selon Louis Sanmarco, lors de son entrevue au sujet de la demande gabonaise de départementalisation, le ministre parla d’«indépendance» alors qu’on était seulement en octobre 1958, date à laquelle l’indépendance des territoires d’Afrique noire n’était pas à l’ordre du jour, officiellement, du point de vue gouvernemental. Au contraire, la Communauté française était censée permettre de maintenir, dans un cadre semi-fédéral, l’unité franco-africaine. S’agit-il donc d’un lapsus ?

Sans doute. Car à l’aune des événements ultérieurs – en particulier l’effarante et très méconnue Loi 60-525, qui, marquée par de multiples violations de la Constitution, permit en mai-juin 1960 de priver in extremis les populations africaines de référendum sur la question pourtant cruciale de l’indépendance, afin de les empêcher d’entraver, par leurs voix, le démantèlement de l’ensemble franco-africain[4] –, il est possible de suspecter que la désintégration de la Communauté était programmée depuis octobre 1958, soit dès sa création[5]… En fait, le largage des populations d’Afrique subsaharienne décidé par le Général découlait de la « certaine idée » que, de son aveu-même, il s’était « toujours » fait de la France : « un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne[6]»… Bien que d’une exceptionnelle gravité, ces états de fait ne semblent pas avoir dérangé grand monde dans les milieux politiques et intellectuels français de l’époque. Faut-il croire que, lorsque le consensus est suffisant, on peut passer outre la Constitution et bafouer les principes les plus fondamentaux de la République, sans que personne ne s’en émeuve, ou presque ? Amer constat, auquel s’en ajoute un autre…

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Cinquante ans plus tard, de tels agissements ne portent nulle ombre sur le général de Gaulle. Année après année, ce dernier continue d’être présenté, par la droite comme par la gauche, avec la complicité du monde intellectuel et des médias, comme une espèce de saint républicain. Faut-il que le président Sarkozy lui-même soit bien mal conseillé, pour qu’il ait tressé, sans la moindre réserve, sans la plus petite nuance, de formidables couronnes de lauriers au fondateur de la Ve République blanciste, lors de l’inauguration du Mémorial de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises, le 11 octobre 2008 ? Comme un fait exprès, quatre jours plus tard, la Marseillaise était sifflée et huée au Stade de France… Coup d’Etat militaire de mai 1958, trahison de la mission qu’il s’était solennellement assignée et au nom de laquelle il avait renversé la IVe République puis obtenu le mandat du peuple, violations multiples et caractérisées de la Constitution, affaire gabonaise, Loi 60-525, défiance confinant au mépris pour les populations d’outre-mer… On finit par se demander ce qu’il faudrait mettre au jour et démontrer pour que le Général cesse d’être une idole glorifiée jusqu’au ridicule, et absoute de tous ses manquements, pour ne pas dire plus.

Devant un tel aveuglement de nos contemporains et de nos élites, on peut s’en remettre à la psychanalyse, et rêver que les nouvelles générations « tuent le père » plus facilement que leurs aînés.

On peut aussi emprunter le sourire du sage, en se disant que décidément, cette espèce humaine est bien malléable, puisqu’elle reste fidèle à l’absurde contre toute évidence et y compris à son propre détriment. Il y aurait tant à dire sur l’histoire fictive (prétendues aspiration des populations africaines à l’indépendance, révoltes nationalistes généralisées, détestation collective de la France, et réciproquement, oblitération de l’aspiration des populations d’outre-mer à l’unité franco-africaine, du sentiment d’appartenance à la République française – ou franco-africaine –, de l’amour fou des Africains pour la France, refoulement de la culpabilité des élites métropolitaines en rupture avec les élites africaines, mais aussi avec les populations ultramarines et métropolitaines, disposées quant à elles à l’égalité politique, etc.) que la Ve République, mobilisant école, université et médias, a répandue pour masquer l’histoire réelle et justifier le divorce franco-africain ; histoire fictive, histoire de haine, dont est pétrie, notamment, la jeunesse des banlieues françaises, en grande partie d’origine africaine et nord-africaine, histoire fictive, histoire de haine qu’elle prend pour vraie et qu’elle endosse avec passion, et qui la conduit à détester la France et à conspuer son hymne… Sans que personne n’y comprenne grand-chose, tant la mécanique du refoulement de l’histoire réelle et du triomphe de l’histoire fictive a brouillé les pistes…

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Parmi les gaullistes indéfectibles, combien seraient prêts à approuver tout ce dont le de Gaulle « décolonisateur » s’est rendu coupable ? Pour s’en tenir à deux exemples, quel actuel admirateur déclaré du Général serait capable d’adhérer aux choix et agissements de son idole dans l’affaire gabonaise ou au sujet de la Loi 60-525 ?

Or il ne s’agit pas là de points de détail, mais d’épisodes historiques de toute première importance. Car si le Gabon avait obtenu la départementalisation, si les peuples d’Afrique avaient effectivement pu disposer d’eux-mêmes et de leur avenir, c’est le destin de toute une partie du continent noir, et de la France, qui en eût été changé. Et en termes de démocratie, de justice et de sécurité sociale, ce sont des millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui auraient échappé aux affres du néocolonialisme, du sous-développement et de la tyrannie.

Sous nos yeux, les Antilles donnent l’exemple de territoires ultramarins restés dans la République. Certes, tout n’est pas rose aux Antilles. Sans doute le fait que la France ait répudié l’Afrique, ait refusé sa vocation africaine et son métissage en particulier avec le monde noir, ne contribue-t-il pas à mettre les Antillais très à l’aise dans une France blanciste qui leur tourne le dos. Au demeurant, est-il besoin d’aligner les chiffres pour démontrer qu’il fait souvent meilleur vivre dans ces territoires demeurés ancrés dans la République que dans ces Etats africains devenus souverains contre leur gré et qui furent livrés, également contre leur gré, à la dictature et au néocolonialisme – tous scandales que la départementalisation eût interdits.

Aux partisans et autres laudateurs du Général « décolonisateur », libéraux, blancistes, staliniens, trotskistes ou encore simples naïfs, il restait jusqu’à présent la conviction bien huilée selon laquelle les peuples voulaient cette indépendance qui, enrobée dans du papier d’argent, leur fit tant de mal. Démonstration est faite, concernant le Gabon en particulier, que ceci n’est qu’un mythe fabriqué par tous ceux qui, pour des raisons diverses, voulurent séparer ou débarrasser la France de ses territoires et peuples d’outre-mer.

Jusqu’à quand les hommes de bonne volonté, les hommes honnêtes continueront-ils à mentir, à se tromper ou à faire l’autruche ?

Sont-ils donc incapables, tous ces intellectuels et tous ces hommes politiques français, de dire :

« Toute proportion gardée, il y a eu deux de Gaulle, comme il y a eu deux Pétain. Il y a eu le glorieux de Gaulle chef de la France libre comme il y a eu le Pétain héros de Verdun. Et puis il y a eu l’autre de Gaulle, le de Gaulle obscur, celui de la décolonisation, auteur d’une criminelle imposture contraire aux principes les plus fondamentaux de la République, comme il y a eu le Pétain de Vichy, auteur d’une criminelle imposture contraire aux principes les plus fondamentaux de la République ».

L’urgence est pourtant là, qui commanderait de restituer l’histoire dans sa complexité inavouée, quand l’Afrique n’en finit pas de s’abîmer ou de mourir, et que la désagrégation de la France, jusque dans les plus intimes profondeurs de son cœur, se donne en spectacle sous les regards du monde. Dans le gigantesque stade qui porte son nom.
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Alexandre Gerbi

Article publié sur le site Rue 89,
le 22 octobre 2008


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Notes :

[1] Louis Sanmarco, Le colonisateur colonisé, Ed. Pierre-Marcel Favre-ABC, 1983, pp. 210-211.
[2] Charles de Gaulle, cité par Alain Peyrefitte, in C’était de Gaulle, Ed. Fayard, 1994, p. 59.
[3] In C'était de Gaulle, t. 2, pp. 457-458.
[4] En faisant voter la très méconnue Loi 60-525 selon des voies anticonstitutionnelles en mai-juin 1960, le général de Gaulle viola à plusieurs titres la Constitution. Fait notable : au sujet de cette loi, le Conseil d’Etat émit un avis défavorable (26 avril 1960), tandis que le président Vincent Auriol, ancien président de la République et, à ce titre, membre de droit du Conseil Constitutionnel, démissionna de cette institution en plein vote de la loi (25 mai 1960). Cette manipulation législative visait à priver les populations africaines de la France d’un référendum sur la question de l’indépendance. Une disposition d’autant plus étonnante que Paris mettait sans cesse en avant le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »… Mais c’est qu’en réalité, le président français entendait démanteler l’ensemble franco-africain. Or les voix des populations africaines risquaient, au moins dans certains territoires, d’empêcher le Général d’accomplir son projet : débarrasser la France de ses populations d’Afrique noire. Cet épisode de la Loi 60-525, qui permit de mettre en place un « apartheid à la française », organisé à l’échelle intercontinentale, à savoir la séparation organique des populations africaines et européennes de la France. Voir L’effarante Loi 60-525, article publié sur le blog Fusionnisme le 30 juin 2007.
[5] Il n’est pas inintéressant de rapprocher l’étrange sortie du ministre de l’Outre-mer Bernard Cornut-Gentille, face à Louis Sanmarco, de cet autre élément : un an et demi plus tard, en janvier 1960, le président de Gaulle annonça subrepticement à son homologue américain Eisenhower que tous les Etats d’Afrique seraient bientôt indépendants. « (…) en janvier 1960, le président Eisenhower dit que de Gaulle lui a déclaré qu’il y aurait bientôt trente Etats indépendants en Afrique, et, quatre mois plus tard, le ministre français des Affaires étrangères, Maurice Couve de Murville, reconnaît franchement, devant Foster Dulles, que la Communauté était déjà dépassée au moment même où elle a été lancée et que la France est en train de la transformer sans songer aux demandes d’indépendance des pays africains. » Irwin M. Wall, Les Etats-Unis et la décolonisation de l’Afrique. Le mythe de l’Eurafrique, in L’Europe unie et l’Afrique, Ed. Bruylant/Bruxelles, 2005, p. 144. Là encore, avec une surprenante assurance, le pouvoir français anticipait sur les événements. Quand on sait que la Loi 60-525, votée selon des voies anticonstitutionnelles quatre mois plus tard, permit de priver les populations africaines de référendum sur l’indépendance, on comprend pourquoi le président français pouvait être si sûr de lui… Reste que, dans ces conditions, avoir informé avec six mois d’avance le président américain de l’éclatement de la Communauté française ne peut que laisser quelque peu songeur… Rappelons que, dans les faits, le gouvernement français non seulement ne s’opposa pas aux indépendances africaines, mais encore qu’il mit tout en œuvre pour qu’elles surviennent sans encombre…
[6] Cf. Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Ed. Fayard, 1994, p. 52.


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1 juil. 2008

L'effarante loi 60-525 (1960)

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L'effarante loi 60-525
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ou
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Comment le général de Gaulle
viola la Constitution pour débarrasser
la France de ses populations
d’Afrique noire

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par

Alexandre Gerbi

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La Ve République blanciste, dirigée par le général de Gaulle, a « débarrassé » la France de ses populations d’Afrique subsaharienne.

Pour ce faire, elle accula à l’indépendance les leaders noirs africains. Dans mon petit ouvrage Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine (Editions L’Harmattan, 2006), j’ai montré comment il s’y prit.

Mais avant d’accomplir la séparation des composantes européennes et africaines de la « France », la Ve République présenta d’abord un visage diamétralement opposé. Celui de la fraternité, vite trahie.

Cette première Ve République, que nous appellerons pour plus de commodité la « République de 58 », avait une caractéristique extraordinaire : elle prétendait accepter d’octroyer l’égalité politique aux Arabo-berbères d’Algérie, déclarés citoyens français à part entière. C’est ainsi qu’à la suite des élections législatives de novembre 1958, fait extraordinaire dans l’Histoire de France, quarante-six députés musulmans algériens prirent place au Palais Bourbon…


* * *

Comment en était-on arrivé là ?

Au début de l’année 1958, après trois ans et demi de guerre en Algérie, la IVe République ne parvenait toujours pas à se résoudre à accorder la citoyenneté française aux populations arabo-berbères d’Algérie. Alors même que l’inégalité politique constituait le fondement de la révolte, ô combien légitime, des Arabo-Berbères.

Consciente que ce refus conduisait à une guerre perpétuelle, la IVe République se résigna peu à peu à envisager l’indépendance de l’Algérie. Le gouvernement déclara, par la voix de Pierre Pflimlin, nouveau président du Conseil, vouloir entamer des pourparlers avec le FLN, organisation radicalement indépendantiste.

Les Pieds-Noirs et les Arabo-Berbères français ou francophiles, ainsi que l’Armée, comprirent alors que le gouvernement français envisageait l’abandon de l’Algérie. Sous l’action d’un puissant lobbying politique orchestré à Paris et à Alger par les réseaux gaullistes, la révolte commencée le 13 mai, jour du vote d’investiture du gouvernement Pflimlin, tourna au putsch militaire en mai 1958.

Fustigeant le « Système » parisien et le « régime des partis », dénonçant les manœuvres et les velléités d’abandon de l’Algérie par la IVe République, le général de Gaulle se posa en champion de l’Intégration, c’est-à-dire de l’octroi de la citoyenneté française pleine et entière aux populations arabo-berbères d’Algérie. Sur ce programme révolutionnaire, il bénéficia de l’appui de l’Armée et du petit peuple d’Algérie, Pieds-Noirs et Arabo-Berbères confondus dans des scènes de fraternisation spectaculaires dans toute l’Algérie, dans les grandes villes[1] mais aussi au fin fond du bled[2], pour renverser la IVe République.

Revenu au pouvoir, le général de Gaulle se présenta donc comme le chantre déterminé de l’Algérie française de l’Intégration. Lors de ses tournées en Algérie, le général de Gaulle déclara se porter personnellement garant de ce chamboulement institutionnel…

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* * *
Le 4 juin 1958, à Alger, avec à sa gauche Jacques Soustelle, ancien Gouverneur général d’Algérie qui, nommé sous le ministère de Pierre Mendès France, en janvier 1955, se fit l’inlassable promoteur de l’Intégration, le général de Gaulle lança à la foule où se mêlaient Pieds-Noirs et Arabo-Berbères :
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« Je vous ai compris !
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Je sais ce qui s'est passé ici. Je vois ce que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c'est celle de la rénovation et de la fraternité.
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Je dis la rénovation à tous égards. Mais très justement vous avez voulu que celle-ci commence par le commencement, c'est-à-dire par nos institutions, et c'est pourquoi me voilà. Et je dis la fraternité parce que vous offrez ce spectacle magnifique d'hommes qui, d'un bout à l'autre, quelles que soient leurs communautés, communient dans la même ardeur et se tiennent par la main.
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Eh bien ! De tout cela, je prends acte au nom de la France et je déclare qu'à partir d'aujourd'hui, la France considère que, dans toute l'Algérie, il n'y a qu'une seule catégorie d'habitants : il n'y a que des Français à part entière, des Français à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.
(…) »
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Et la foule acclama, sous les yeux du monde sidéré.
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Le surlendemain, le 6 juin à Mostaganem, face à une foule cette fois à majorité arabo-berbère, le Général déclara :
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« La France entière, le monde entier, sont témoins de la preuve que Mostaganem apporte aujourd'hui que tous les Français d'Algérie sont les mêmes Français. Dix millions d'entre eux sont pareils, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.
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Il est parti de cette terre magnifique d'Algérie un mouvement exemplaire de rénovation et de fraternité. Il s'est élevé de cette terre éprouvée et meurtrie un souffle admirable qui, par-dessus la mer, est venu passer sur la France entière pour lui rappeler quelle était sa vocation ici et ailleurs.
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C'est grâce à cela que la France a renoncé à un système qui ne convenait ni à sa vocation, ni à son devoir, ni à sa grandeur. C'est à cause de cela, c'est d'abord à cause de vous qu'elle m'a mandaté pour renouveler ses institutions et pour l'entraîner, corps et âme, non plus vers les abîmes où elle courait mais vers les sommets du monde.
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Mais, à ce que vous avez fait pour elle, elle doit répondre en faisant ici ce qui est son devoir, c'est-à-dire considérer qu'elle n'a, d'un bout à l'autre de l'Algérie, dans toutes les catégories, dans toutes les communautés qui peuplent cette terre, qu'une seule espèce d'enfants.
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Il n'y a plus ici, je le proclame en son nom et je vous en donne ma parole, que des Français à part entière, des compatriotes, des concitoyens, des frères qui marchent désormais dans la vie en se tenant par la main. Une preuve va être fournie par l'Algérie tout entière que c'est cela qu'elle veut car, d'ici trois mois, tous les Français d'ici, les dix millions de Français d'ici, vont participer, au même titre, à l'expression de la volonté nationale par laquelle, à mon appel, la France fera connaître ce qu'elle veut pour renouveler ses institutions. Et puis ici, comme ailleurs, ses représentants seront librement élus et, avec ceux qui viendront ici, nous examinerons en concitoyens, en compatriotes, en frères, tout ce qu'il y a lieu de faire pour que l'avenir de l'Algérie soit, pour tous les enfants de France qui y vivent, ce qu'il doit être, c'est-à-dire prospère, heureux, pacifique et fraternel.
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A ceux, en particulier qui, par désespoir, ont cru devoir ouvrir le combat, je demande de revenir parmi les leurs, de prendre part librement, comme les autres, à l'expression de la volonté de tous ceux qui sont ici. Je leur garantis qu'ils peuvent le faire sans risque, honorablement.
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Mostaganem, merci ! Merci du fond de mon cœur, c'est-à-dire du cœur d'un homme qui sait qu'il porte une des plus lourdes responsabilités de l'Histoire. Merci, merci, d'avoir témoigné pour moi en même temps que pour la France ! Vive Mostaganem ! Vive l’Algérie ! Vive la République ! Vive la France ! Vive l’Algérie française !
»
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Par la bouche de son fondateur, le général de Gaulle, la République de 58 affirmait sa détermination à accomplir une révolution politique de nature à transfigurer la Nation.

Cette révolution, à laquelle, dans le sillage de la IIIe République, la IVe République s’était toujours refusée, le Général affirmait vouloir l’accomplir.

Or, en réalité, de Gaulle n’en pensait pas un mot : il comptait appliquer précisément le programme de la IVe République.

Le projet de l’abandon de l’Algérie, que les forces les plus réactionnaires du précédent régime n’avaient pu réaliser, il prétendait officiellement s’y opposer. En réalité, il comptait l’appliquer de la façon la plus radicale.

Mais bien entendu, le Général devait attendre pour jeter le masque, l’Armée à laquelle il devait son retour au pouvoir étant là, le général Salan en tête, qui veillait au grain[3]


* * *

Ignorant, comme presque tous les Français, que le Général ne pensait pas un mot de ce qu’il avait affirmé aussi bien à Alger qu’à Mostaganem, les Noirs africains, eux aussi concernés au premier chef par la question de l’Intégration, se mirent une fois de plus à espérer.

Les Africains avaient en effet tout lieu d’attendre, de la part du nouveau régime, une politique également novatrice à leur égard.

Allait-on enfin accorder aux Nègres l’égalité politique tant désirée, et construire la nouvelle France multiraciale et égalitaire ? A l’instar des Arabo-Berbères d’Algérie, les Noirs africains allaient-ils enfin bénéficier de l’égalité politique que, par la voix de la plupart de leurs leaders, y compris les plus radicaux, ils réclamaient en vain depuis 1945, et bien avant ?

A Mostaganem, de Gaulle n'avait-il pas dit : « Il est parti de cette terre magnifique d'Algérie un mouvement exemplaire de rénovation et de fraternité. Il s'est élevé de cette terre éprouvée et meurtrie un souffle admirable qui, par-dessus la mer, est venu passer sur la France entière pour lui rappeler quelle était sa vocation ici et ailleurs ».
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Donnant le change dans la foulée de Mostaganem, c’est en tout cas ce que le général de Gaulle laissa d’abord entendre[4]


* * *

Pendant l’été 1958, le général de Gaulle, qui se présentait comme le héraut de l’Intégration des Arabo-Berbères d’Algérie, annonça aux Noirs africains une « aube nouvelle ».

Le 28 septembre 1958, des référendums furent organisés dans chacun des Territoires de l’Afrique subsaharienne française. Ceux-ci manifestèrent massivement, à l’exception de la Guinée de Sékou Touré, leur volonté d’adhérer à la Communauté française[5]. Dans ce cadre, les « Territoires d’Outre-Mer », qui constituaient jusque-là, avec la France, l’Union française, furent tous érigés en « Etats ».

C’est alors que survint l’étonnante affaire gabonaise.


* * *

Après le référendum de septembre 1958 sur la Communauté, fort de résultats triomphaux (92% de « oui » au Gabon), Léon Mba, président du Conseil du Gouvernement gabonais, choisit d’opter pour la départementalisation. En accord avec le Conseil de Gouvernement du Gabon, il chargea Louis Sanmarco, gouverneur colonial très apprécié des Africains, d’en formuler la demande auprès des autorités métropolitaines.

Reçu à Paris par le ministre de l’Outre-mer, Bernard Cornut-Gentille, Louis Sanmarco se vit opposer une fin de non-recevoir. « Sanmarco, vous êtes tombé sur la tête ? N’avons-nous pas assez des Antilles ? Allez, indépendance comme tout le monde ! », lui asséna vertement le ministre[6]….

Ainsi le Gabon fut-il contraint de demeurer distinct de la France…

La logique qui présidait à un tel refus trouva, par la suite, une ample et étourdissante illustration dans la Loi 60-525, votée en mai-juin 1960.


* * *

En quoi consista la Loi 60-525 ?

Les Etats ayant adhéré à la Communauté par voie de référendum, la Constitution de la Ve République (titre XII, traitant de la Communauté franco-africaine) disposait fort logiquement que, si à l’avenir un Etat voulait accéder à l’indépendance, il le pouvait.

Mais – et c’est là un point essentiel – la Constitution stipulait que la question devrait être soumise, par voie de référendum[7], à la population de l’Etat concerné. Rien que de très démocratique dans tout cela…

Or, un an et demi après le vote de septembre 1958, à la veille des indépendances, une loi constitutionnelle fut votée en mai-juin 1960 : la Loi 60-525. Celle-ci permit aux Etats africains d’accéder à l’indépendance sans que leurs populations en fussent consultées.

Fait remarquable : au sujet de cette modification, le Conseil d’Etat émit un avis défavorable le 26 avril 1960. Mais le président de Gaulle[8] passa outre. En réaction, le 25 mai 1960, Vincent Auriol, ancien président de la IVe République, démissionna du Conseil Constitutionnel dont il était membre de droit, afin de « protester contre le pouvoir personnel » du président de la République [9]

C’est qu’en réalité, cette modification fut rendue possible par une violation de la Constitution elle-même, puisqu’elle fut apportée selon des voies anticonstitutionnelles.

On touche ici au cœur de la gigantesque imposture politique et de l’immense scandale antidémocratique et antirépublicain que fut la décolonisation franco-africaine…


* * *

L’article 86 de la Constitution (titre XII) disposait qu’un Etat de la Communauté pouvait accéder à l’indépendance, selon deux voies possibles :

- soit à la demande de la République française.

- soit à la demande de l’Assemblée législative de l’Etat intéressé, cette demande devant être validée par un référendum dans l’Etat concerné.

Le général de Gaulle et son gouvernement pouvaient difficilement demander l’indépendance d’Etats africains avec lesquels la France entretenait, dans la plupart des cas, les meilleurs rapports. Le Général et son gouvernement se seraient exposés aux plus vives critiques et aux plus inconfortables suspicions…

Le président de la République française étant en principe le garant de l’unité de la Communauté française, il n’était guère en position de pousser vers l’indépendance peuples et Etats associés… La première voie, celle de l’indépendance demandée par la République française, était donc bouchée.

Or le Général de Gaulle tenait à débarrasser la France de ses populations africaines. Selon lui, le peuple français était « avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ».

Il ajoutait : « Qu'on ne se raconte pas d'histoires ! (…) Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants[10]. (…) Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain, seront vingt millions et après-demain quarante ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées[11] ! »»

Et encore : « (il baisse la voix) vous savez, c'était pour nous une chance à saisir : nous débarrasser de ce fardeau, beaucoup trop lourd maintenant pour nos épaules, à mesure que les peuples ont de plus en plus soif d'égalité. Nous avons échappé au pire ! (...) Au Gabon, Léon M'Ba voulait opter pour le statut de département français. En pleine Afrique équatoriale ! Ils nous seraient restés attachés comme des pierres au cou d'un nageur ! Nous avons eu toutes les peines du monde à les dissuader de choisir ce statut. Heureusement que la plupart de nos Africains ont bien voulu prendre paisiblement le chemin de l'autonomie, puis de l'indépendance[12] ».

Restait donc, pour se débarrasser des Etats africains de la Communauté française, une seule et unique option : que cette demande d’indépendance fût formulée par les assemblées législatives des Etats concernés.

Si ce dernier cas de figure pouvait toujours se négocier, de préférence secrètement, entre le chef de l’Etat français et ses homologues africains (c’est d’ailleurs ce qui se passera pour la Fédération du Mali…), l’obligation de sanctionner l’accord par un référendum populaire, comme l’exigeait la Constitution, promettait de compliquer sérieusement l’affaire.

A l’instar du Gabon, beaucoup de pays africains, leurs leaders et leurs populations, souvent très attachés à la France, voyaient du plus mauvais œil l’indépendance. Ils y voyaient une aventure dangereuse, se sachant peu préparés à l’indépendance. De surcroît, le sentiment d’appartenance à la France était fort, forgé par près d’un siècle de présence française et de discours républicain, et éprouvé dans le feu meurtrier des deux guerres mondiales, mais aussi dans la fraternité des armes.

Les populations africaines risquaient donc, au moins dans plusieurs Etats de la Communauté, de refuser l’alléchante proposition de l’indépendance, par un mélange de pragmatisme et de patriotisme français (ou plutôt franco-africain…). Dans ce cas de figure, les pires développements étaient à craindre, en particulier la revendication de la départementalisation : l’affaire gabonaise, survenue à peine un an et demi plus tôt, était dans tous les esprits du gouvernement métropolitain…

En mai-juin 1960, décidé à se débarrasser du « boulet » africain, le gouvernement français conduit par Charles de Gaulle décida donc de modifier l’article 86, pour éviter de consulter les populations africaines, et rendre possible l’indépendance des territoires africains sans référendum. Les populations n’étant pas consultées, il suffirait alors de négocier directement l’indépendance avec les dirigeants.

Mais il y avait loin de la coupe aux lèvres.

Car alors se posait un gros problème…

* * *

Une constitution, si elle est bien faite, prévient ce genre de manipulation antidémocratique.

Bien faite, la Constitution disposait (article 85) que pour modifier la Constitution sur des points touchant au fonctionnement des institutions de la Communauté, l’on pouvait en passer simplement par un vote dans les deux chambres du Parlement.

Or, en l’occurrence, il ne s’agissait pas de toucher au fonctionnement des institutions, mais aux Institution elles-mêmes : nuance…

Dans ce dernier cas, le même article 85 précisait que, pour procéder à une modification touchant à la nature des institutions elles-mêmes (et non pas à leur fonctionnement), il fallait alors procéder selon les modalités définies par l’article 89.

Que disait l’article 89[13] ?

Tout simplement qu’il fallait, pour modifier la Constitution :

- soit faire voter les deux chambres du Parlement et faire valider leur décision… par un référendum !

Le problème du référendum se reposait donc, et c’est précisément le référendum que le Gouvernement voulait éviter… En effet, comment convier décemment le peuple français, vieux peuple républicain et démocrate, à voter une loi qui privait certains citoyens de la Communauté française – en l’occurrence, les Africains – d’un droit bien légitime à l’autodétermination, droit d’ailleurs sans cesse mis en avant par les indépendantistes, et par le gouvernement français lui-même ?

- soit réunir le Parlement en Congrès, avec majorité des deux tiers, au moment du vote, pour que la modification soit adoptée.

Réunir le parlement en Congrès pour modifier l’article 86 aurait semblé incongru, et aurait suscité bien des débats. La loi aurait été examinée avec la plus extrême attention, et personne n’aurait pu faire semblant de ne pas voir le pot-aux-roses…

Car il y avait, dans la loi, un pot-aux-roses : le Gouvernement français présentait cette loi, qui permettait notamment aux pays de se maintenir dans la Communauté une fois devenus indépendants, comme visant le renforcement de la Communauté, ainsi qu’on le verra bientôt. Or cette loi permettait également de priver les Africains de référendums sur la question de l’indépendance…

On devine qu’il aurait été bien difficile de réunir une majorité des deux tiers au Congrès sur une loi consistant, en les privant de référendum, à déposséder les populations africaines du droit à disposer d’elles-mêmes, c’est-à-dire de leur destin…

D’autant qu’un problème supplémentaire se posait.

En effet, le dernier alinéa de l’article 89 précise, d’ailleurs aujourd’hui encore :

« Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu'il est porté atteinte à l'intégrité du territoire ».

Puisque la modification, en rendant possible l’indépendance sans référendum, mettait en péril l’ « intégrité du territoire » dont les Etats de la Communauté faisaient partie, le caractère constitutionnel d’une telle révision aurait été, pour le moins, douteux…

Le gouvernement semblait donc condamné, faute de pouvoir modifier la Constitution, à devoir vaille que vaille consulter les populations africaines.

Or, on l’a vu, les populations de certains Etats risquaient de refuser l’indépendance, et peut-être même de demander la départementalisation tant redoutée par le gouvernement métropolitain. Avec tous les risques de contagion qu’un tel phénomène eût présentés...

Le gouvernement, dans son projet de séparer organiquement la Métropole de ses territoires africains et de leurs populations nègres, était donc, de facto, dans une impasse.

* * *


Faute de pouvoir modifier l’article 86 aux termes de la Constitution, le Gouvernement métropolitain décida donc de rendre la chose possible, tout simplement, en modifiant l’article 85.

L’article 85 permettait en effet, dans certains cas, une dérogation aux procédures classiques.

L’article 85 disposait en effet que :

« Par dérogation à la procédure prévue à l’article 89, les dispositions du présent titre qui concernent le fonctionnement des institutions communes sont révisées par des lois votées dans les mêmes termes par le Parlement de la République et par le Sénat de la Communauté. »

Une telle disposition permettait donc une modification sans passer par l’article 89.

C’était là une souplesse opportune, qui permettait des modifications sur des points secondaires, sans devoir mettre en branle la lourde machinerie de l’article 89 (on l’a vu, chambres du Parlement réunies en Congrès, puis référendum).

Mais cette procédure ne valait que dans un cas très particulier : concernant, et concernant seulement, une révision touchant au fonctionnement des institutions communes. Or, dans le cas poursuivi par le gouvernement – la suppression du référendum – cette disposition était caduque, puisqu’elle touchait à la Constitution elle-même, étant donné qu’il s’agissait de rendre possible toute modification du titre XII de la Constitution, et non pas simplement une modification touchant au fonctionnement de ses institutions.

En définitive, modifier l’article 85 impliquait également de passer par l’article 89, puisqu’il en allait, cette fois encore, et cette fois plus fondamentalement, de la Constitution elle-même…

Bien entendu, pas plus que pour l’article 86, et pour les mêmes raisons, le gouvernement n’entendait se jeter sous les feux de la rampe parlementaire et démocratique pour modifier l’article 85.

Une fois encore, le gouvernement était dans une impasse.


* * *

C’est alors que l’impensable se produisit. Contre toute raison et au mépris du respect des principes les plus élémentaires de la Constitution, le gouvernement décida que l’article 85 serait modifié en passant par voie strictement parlementaire. C’est-à-dire sans réunion du Parlement en Congrès ni référendum.

C’est ce procédé, à l’évidence anticonstitutionnel, qui suscita l’avis défavorable du Conseil d’Etat et provoqua la démission de Vincent Auriol du Conseil Constitutionnel, puisqu’il consistait à modifier la Constitution elle-même sans respecter les procédures exigées en pareil cas par la Constitution…

Evidemment, le gouvernement ne tint aucun compte des réserves du Conseil d’Etat, pourtant hautement pertinentes, et dont les enjeux étaient gravissimes…

Mais le scandale va plus loin…


* * *

Résumons-nous.

Modifier l’article 85 permettait désormais de modifier l’article 86 sans faire de référendum (contrairement à ce que prévoyait l’article 89, qui aurait donc dû être emprunté en l’absence de la modification de l’article 85), article 86 qu’il s’agissait lui-même de modifier afin, précisément… d’éviter de faire des référendums au sujet de l’indépendance des Etats !

Autrement dit, la modification de l’article 85 permettait d’éviter un référendum au sujet d’une modification permettant elle-même d’éviter de faire un référendum…

On le voit, une telle manipulation consistait, dans les faits, à passer deux fois « au-dessus » du peuple, en contournant par deux fois le principe référendaire…

En d’autres termes, le gouvernement bafoua doublement la démocratie et la voix du peuple.

Qu’on en juge :

« Loi constitutionnelle n° 60-525 du 4 juin 1960, tendant à compléter les dispositions du titre XII de la Constitution ».

« Article unique.

I.- Il est ajouté à l’article 85 de la Constitution un alinéa ainsi conçu :

« Les dispositions du présent titre peuvent être également révisées par accords conclus entre tous les États de la Communauté ; les dispositions nouvelles sont mises en vigueur dans les conditions requises par la constitution de chaque État. »

II.- Il est ajouté à l'article 86 de la Constitution des alinéas 3, 4 et 5 ainsi conçus : « Un État membre de la Communauté peut également, par voie d'accords, devenir indépendant sans cesser de ce fait d'appartenir à la Communauté. « Un État indépendant non membre de la Communauté peut, par voie d'accords, adhérer à la Communauté sans cesser d'être indépendant. « La situation de ces États au sein de la Communauté est déterminée par des accords conclus à cet effet, notamment les accords visés aux alinéas précédents ainsi que, le cas échéant, les accords prévus au deuxième alinéa de l'article 85.
» »

Comme on le voit, l’alinéa 3 de l’article 86 (second paragraphe surligné par nous en gras), quoique concis et discret, permettait à la Loi 60-525 de bouleverser en profondeur la Constitution, puisque l’article ainsi modifié rendait désormais possible l’indépendance des Etats de la Communauté sans que leurs peuples en fussent consultés par voie de référendum.

Quant à l’alinéa ajouté à l’article 85 (premier paragraphe surligné par nous en gras), il rendait tout simplement possible l’ajout des alinéas 3, 4 et 5 à l’article 86.

C’est pour cette raison, on l’a vu, que le Conseil d’Etat émit un avis défavorable[14], dont le gouvernement ne tint pas compte, provoquant la démission de Vincent Auriol du Conseil Constitutionnel.


* * *

Observons que le bouleversement de la Constitution était surtout provoqué par la première partie de l’alinéa 3.

En effet, l’alinéa 3 modifiant l’article 86 apportait en réalité deux nouveautés :

- d’une part, il permettait à un Etat de se maintenir dans la Communauté tout en devenant indépendant. C’est ce qui permit au gouvernement de faire valoir que la modification avait pour but de renforcer la Communauté contre tout risque d’éclatement, en assouplissant les conditions sous lesquelles un Etat pouvait en être membre.

- d’autre part, cet alinéa permettait, aussi, à un Etat de devenir indépendant sans procéder à un référendum, c’est-à-dire sans avoir l’accord des populations africaines directement concernées.


N’est-il pas tout-à-fait étonnant qu’une disposition de première importance, une disposition aussi capitale, ait été glissée pour ainsi dire subrepticement dans un alinéa traitant, dès lors, de deux questions très différentes à la fois ? N’est-il pas pour le moins bizarre qu’une disposition fondamentale ait ainsi été mise en place par un demi-alinéa ?

Mais comme on l’a dit, le but de l’opération était, justement, d’être subreptice, puisque tout cela, dans la manière aussi bien que sur le fond, violait les principes fondamentaux de la démocratie et de l’esprit de la Constitution, comme s’en étaient aperçus, avec sagacité, le Conseil d’Etat et Vincent Auriol pour le Conseil Constitutionnel…

Tout ceci, dira-t-on, est extrêmement grave.

Certes.

Mais le scandale va encore plus loin…


* * *


C’est ici que nous arrivons au « pot-aux-roses » que nous évoquions un peu plus haut.

Consciente des violentes critiques qu’un tel texte, qui spoliait les populations africaines (mais aussi, en dernière analyse, métropolitaines) de leur droit à disposer d’elles-mêmes, risquait de susciter, les autorités françaises choisirent de recourir à la vieille technique de l’écran de fumée.

Ainsi ce chambardement constitutionnel, qui dans les faits dépossédait les populations de leur pouvoir décisionnel et, partant, trahissait l’esprit démocratique, fut présenté comme un simple ajustement visant à… faciliter l’entrée de nouveaux territoires dans la Communauté !

Autrement dit, ce minuscule demi-alinéa qui permettrait, dès le mois suivant, de disloquer la Communauté en passant outre la consultation des peuples (ce qui se produisit…), était présenté comme une mesure devant faciliter le développement de la Communauté. Développement qui, évidemment, n’arriva jamais, et pour cause, comme on va le voir…

* * *

Concernant l’alinéa ajouté à l’article 85 qui suscitait les vives réserves du Conseil d’Etat, le gouvernement répondit que :

« S'en tenir à l'interprétation littérale de l'article 85 et n'ouvrir le champ d'application de la procédure qu'il définit qu'aux seules révisions des dispositions du titre XII qui concernent le fonctionnement des institutions communes serait aboutir à cette conséquence que les révisions moins importantes seraient faites en y associant les États membres par l'intermédiaire du Sénat et de la Communauté alors qu'au contraire les révisions plus importantes seraient faites d'une manière unilatérale par le Parlement de la République. (...) Procéder par la voie de l'article 89, ce serait choisir "une voie des plus contestables ».

En clair : le gouvernement prétendit, dans cette affaire, se soucier de démocratie et de « multilatéralité » métropolitaine et ultramarine (africaine), faisant mine d’ignorer que la Constitution donnait le dernier mot aux populations africaines et métropolitaines… contrairement à sa version modifiée, par ses soins, grâce à la loi 60-525 !

Au-delà des pirouettes et des contorsions rhétoriques et sémantiques, dans les faits, loin de renforcer la démocratie et de renforcer la Communauté (les deux arguments mis en avant par le Gouvernement métropolitain dans cette affaire), cette modification rendit possible le démantèlement de la Communauté, en empêchant les peuples d’Afrique d’entraver, par leurs suffrages, le processus.

Des millions de Français en puissance, les anciens « indigènes » devenus successivement « citoyens de l’Union française » puis « citoyens de la Communauté française », furent ainsi mis au ban de la République sans avoir été consultés sur la question… Le tout au prix d’une violation caractérisée des principes énoncés par la Constitution.

En d’autres termes, mieux que de bourrer les urnes, le gouvernement métropolitain décida simplement de mettre les urnes à la poubelle…

Il est vrai que bourrer les urnes pour obtenir le démantèlement de l’unité des territoires de la République eût fait plutôt mauvais genre…


* * *

On l’a vu, cette loi était d’autant plus nécessaire pour le gouvernement métropolitain que l’issue du scrutin était plus qu’incertaine dans certains territoires d’Afrique subsaharienne, pour ne pas dire la majorité, devenus des Etats depuis 1958. En particulier dans un Etat comme le Gabon, bien sûr, mais aussi dans un pays comme le Sénégal, dont les liens avec la France étaient à la fois très anciens et très étroits.

Pour mémoire, l’un des plus grands leaders historiques sénégalais, Lamine Guèye, futur président du Parlement sénégalais, répéta longtemps que le Sénégal ne pourrait « rien faire sans la République et sans la France[15] ».

Et, symptôme de ces solides réserves à l'égard de l’Indépendance, les autorités sénégalaises furent contraintes de transférer la capitale de Saint-Louis à Dakar, les autorités dakaroises ayant annoncé qu’elles refuseraient catégoriquement de cesser d’être une ville française si le Sénégal devait, d’aventure, accéder à l'indépendance, Dakar étant selon elles, indiscutablement, ville française[16]

Quoi qu’il en soit, chacun peut s’interroger sur la raison pour laquelle il fut jugé plus sage de ne pas consulter les peuples d’Afrique, et dans ce but de triturer, contre l’avis du Conseil d’Etat et quitte à provoquer la démission de Vincent Auriol du Conseil Constitutionnel, le titre XII de la Constitution, par le biais de l’effarante Loi 60-525, bien que le droit des peuples à « disposer d’eux-mêmes » fût régulièrement mis en avant, à longueur de conférences de presse, par les plus hautes autorités de l’Etat…


* * *

Dans ce genre d’affaire, il faut un épilogue.

Evidemment, il y en eut un, aussi croustillant que l’affaire de la Loi 60-525 elle-même.

Le gouvernement métropolitain, on l’a vu, avait fait passer la Loi 60-525, prétendant ainsi renforcer la Communauté. Désormais, un pays pouvait donc être indépendant et faire néanmoins partie de la Communauté.

Aussi plusieurs pays africains devenus indépendants purent continuer de faire partie de la Communauté : le Sénégal, Madagascar, Congo-Brazzaville, Tchad, Centrafrique, et bien sûr Gabon.

Mais la Communauté disparut tout de même...

Pourquoi ? Simplement parce que le président de la République française, Charles de Gaulle, ne jugea plus utile de réunir le Conseil de la Communauté, ni de rien faire pour donner à la Communauté la moindre substance[17].

Grâce à (ou à cause de...) la Loi 60-525, la Communauté continua d’exister virtuellement, mais sans aucune réalité, puisque la présidence française n’y accordait, manifestement, aucun intérêt.

Ainsi la Communauté française devint fantôme. Et le titre XII de la Constitution, devenu par conséquent caduc, fut finalement abrogé… en 1995[18] !

Cet épilogue a au moins un mérite : il démontre, si cela était nécessaire, que les arguments présentés par les autorités françaises pour justifier la Loi 60-525 ("renforcer la Communauté contre tout risque d'éclatement") étaient mensongers, puisque celles-ci ne songeaient qu’à dissoudre ladite Communauté…


* * *


La Loi 60-525 consista en une violation de l’esprit et de la lettre de la Constitution. Non seulement elle priva les populations franco-africaines de leur souveraineté (violant donc l’article 3 de la Constitution), mais en plus elle rendit la chose possible en modifiant la Constitution selon des voies anticonstitutionnelles.

Touchant à l’indépendance des territoires français d’Afrique subsaharienne, le gouvernement métropolitain s’est livré à une double violation des principes de la Constitution et de la République. D’une part, en trahissant les populations françaises, dont la composante africaine fut mise au ban de la République française (ou franco-africaine…), par la mise en place de ce que l'on pourrait appeler un véritable « apartheid à la française » organisé à l’échelle intercontinentale. D’autre part, en rendant possible, par ce stratagème, la perpétuation du système d’exploitation colonialiste, par la mise en place du néocolonialisme.

En outre, cette vaste manipulation de la Constitution par le gouvernement métropolitain relève de la haute trahison, puisque les principes les plus fondamentaux de la République furent transgressés, touchant à la souveraineté du peuple autant qu’à l’unité de l'ensemble franco-africain, qui fut ainsi détruite sans que les peuples puissent s’y opposer ni y souscrire.

Au-delà du cinglant discrédit que jettent de tels états de fait sur le gouvernement de l’époque et sur le chef de l’Etat, le général de Gaulle, faut-il pour autant en conclure que les indépendances des Etats d’Afrique sont, de ce fait, illégales et illégitimes ?

Subséquemment, les populations des anciens territoires français d’Afrique seraient-elles fondées à se retourner, cinquante ans plus tard, contre l’Etat français, et à revendiquer que soient organisés aujourd’hui les référendums dont elles ont été privées injustement à l’époque ?

En d’autres termes, faudrait-il envisager que, pour peu qu’elles en éprouvent le désir, ces populations puissent légitimement, en l’an 2008, revendiquer leur réintégration dans la République française (ou franco-africaine…), avec tous les avantages inhérents à un éventuel statut de département d’Outre-Mer ?

Passionnantes questions…
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Alexandre Gerbi
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Notes :

[1] Hélie de Saint Marc peut ainsi se rappeler : « L’orage tant redouté éclata le 13 mai 1958. Le général Massu entra brutalement dans mon bureau : « Saint Marc, ils ont pris le GG ! » Les pieds-noirs avaient assailli le bâtiment du Gouvernement général, dit le GG. J’eus à peine le temps de sauter dans sa Jeep jusqu’au Forum, la grande place qui bordait le palais officiel. Je le vois encore monter quatre à quatre, l’œil furieux, l’escalier du Gouvernement général, bousculant les activistes et les papiers volants…

Dès le lendemain, l’onde de cette journée chaotique parvint jusqu’en France. Salan et Massu prirent la tête des comités de salut public. Alger s’enivrait de son audace. Les rancoeurs et les frayeurs accumulées par les pieds-noirs depuis la Toussaint 1954 se libéraient d’un coup. Les rues étaient bondées. L’été algérien jetait ses premiers feux, avec sa lumière nue, sans rémission, ses odeurs violentes sur les étalages, son ciel marin, ses draps aux fenêtres. La foule défilait sans relâche sur le Forum. Des passants s’apostrophaient d’un trottoir l’autre. A la terrasse des cafés étudiants, de jeunes Européens chantaient à tue-tête la Marseillaise. Les voitures, fenêtres grandes ouvertes, klaxonnaient continuellement de manière assourdissante les sons rituels de l’Al-gé-rie fran-çaise.

Comme lors de toute période de rupture, le passé semblait aboli. Je comprenais ce qu’avaient pu éprouver les révolutionnaires de 1789 ou de 1830. Le Forum était un bocal où grenouillaient toutes les ambitions, mais aussi le réceptacle de tous les espoirs et de tous les idéaux. Des inconnus bombaient le torse. Des activistes paradaient. Des gradés prenaient des allures de conspirateurs. Versatile, la foule acclamait chaque jour le nom du général de Gaulle après l’avoir si longtemps conspué. Ce n’était pas encore la révolution, mais déjà une insurrection.


Les fraternisations du Forum

Au cours de ma vie, peu de jours ont eu autant d’importance que le 16 mai 1958. Par Massu, je savais qu’un Comité de salut public, composé uniquement de musulmans, avait été constitué dans la Casbah, là où un an plus tôt un militaire ne pouvait se risquer seul. Une grande manifestation, à laquelle l’armée prêtait ses camions, était organisée. L’impulsion venait d’en haut. Mais quelle allait être la réaction des musulmans ? J’aurais donné cher pour le savoir. J’étais allé chercher un jeune musulman que je connaissais. Fils de harki, militant de l’intégration, excellent joueur de football, il avait dix-sept ans. Le teint mat, les yeux très noirs et brillants, j’appréciais sa vigueur et sa droiture. Installé à l’arrière de ma Jeep, il tenait la hampe d’un drapeau tricolore qu’il agitait généreusement. Je guettais les regards. Les passants européens nous dévisageaient d’un air étonné. Quelques-uns étaient méfiants. D’autres souriaient, un peu inquiets. Au Gouvernement général, Massu, la mâchoire tendue, accueillait une à une les délégations venues lui apporter leur soutien. A mon arrivée, il me prit à part : « Saint Marc, la foule musulmane a quitté la Casbah. Elle monte vers le forum. Allez voir comment cela se passe. »

Je partis avec ma jeep et mon ami qui agitait toujours son drapeau. La ville était un vacarme. Le chauffeur s’arrêta à la hauteur de la grande poste. C’est là que je les ai vus. Ils étaient une multitude. Vingt mille, peut-être plus. Ils avançaient derrière des drapeaux français et des pancartes. Six mois auparavant, à quelques rues de là, il y avait eu des ratonnades et, un an plus tôt, des attentats FLN. Les hommes de la Casbah étaient les voisins, parfois les complices, de ce terrorisme clandestin que nous avions éradiqué « par tous les moyens ». Les Européens se tenaient par petits groupes sur les trottoirs. Il y eut un silence angoissant, oppressant. La foule ne s’est peut-être pas tue, mais le silence, du moins, s’est fait en moi. J’entendais battre mes tempes. Un jeune Européen en chemise blanche descendit du trottoir et s’avança vers le premier rang de la manifestation. Il embrassa un musulman du même âge, à peine trente ans, et le serra dans ses bras. La clameur s’éleva jusqu’aux voûtes d’Alger.

Les musulmans continuèrent leur lente montée vers le Forum. Je les devançai à toute allure, pour ne pas manquer leur arrivée. Du balcon du Gouvernement général, on entendit la voix d’un homme qui, par l’effet de la sonorisation un peu sourde de l’époque, fit résonner toute la place, avec un écho terrible dans ce chaudron de soleil : « Mes amis / mes amis, nos frères musulmans arrivent / nos frères musulmans arrivent. Faites-leur de la place / faites-leur de la place. » Les derniers mots furent couverts par les acclamations. En rangs serrés, les musulmans débouchèrent sur le rectangle colonial, éblouissant de blancheur, dans un délire de drapeaux. Sans un mot, je contemplais la houle humaine. Je découvrais que l’on pouvait pleurer de bonheur. Autour de moi, je reconnaissais les visages de quelques camarades dont les traits étaient dilatés par l’émotion. Nous étions le 16 mai 1958. Il était cinq heures de l’après-midi. Les martinets volaient haut dans le ciel d’Alger. Par instants, mes paupières se fermaient. Je pensais aux partisans thos, aux parachutistes indochinois du BEP, aux camarades tombés au Vietnam, aux égorgés et aux suppliciés des deux camps, à ceux qui, jour après jour, avaient bâti dans la solitude d’une SAS ou d’une école les fondations de cet instant de réconciliation. Ils n’avaient pas donné leur vie en vain.

Le soir, je me suis longuement promené avec ma femme dans les rues près du port. Manette attendait notre premier enfant. Le parfum de la ville avait changé. Les frères ennemis avaient découvert dans leur histoire commune – et parfois dans leur haine mutuelle – les racines de l’attachement. Des pieds-noirs et des musulmans conservaient un regard humide. Il existait une part d’irrationnel dans ce mouvement, comme une vague qui culmine avant de retomber. Les inégalités et la dépendance politique n’avaient pas été abolies en une journée. Cependant, une frontière invisible avait été franchie. Le journaliste Jean Daniel – pourtant peu suspect de sympathies envers l’Algérie française – n’a pas fait le parallèle entre le 16 mai 1958 et le 4 août 1789 par hasard. Cette journée de mai avait conduit des dizaines de milliers d’hommes et de femmes à accomplir un geste qui les dépassait et qui les engageait. L’enthousiasme dura plusieurs jours. Le FLN était hors circuit. Des foules immenses venaient dire leur volonté de bâtir un avenir commun sans qu’une seule grenade soit jetée ou sans qu’éclate le moindre coup de feu.

Au cours de ces jours d’allégresse, le général Salan, recevant l’archevêque d’Alger, Mgr Duval, évoqua les fraternisations du Forum. « Je ne crois pas aux miracles », répondit le prélat, qui était depuis longtemps favorable à une indépendance négociée avec le FLN. Certains observateurs pensaient, comme lui, qu’il ne s’agissait que d’un feu de paille ou d’un feu de joie. Nous étions persuadés du contraire. Pour en avoir fait l’expérience dans la Résistance ou au combat, nous savions qu’une simple phrase ou une poignée de main d’homme à homme pouvait décider de l’orientation d’une vie. Nous avions découvert la force et l’ivresse des révolutions. Un monde ancien avait jeté son écorce et sa gourme. Les Américains, durant la Seconde Guerre mondiale, avaient diffusé auprès de leurs soldats des brochures sur les raisons de mourir au combat. Si nous avions voulu faire de même, il aurait suffi de publier sans légendes les photos du 16 mai 1958 et quelques visages musulmans creusés par les larmes.

Depuis mon entrée dans le réseau Jade-Amicol, les foules avaient toujours défilé de l’autre côté de mes choix : grandes messes nazies, fascistes et communistes, usines à soldats du Vietminh en Chine, coulées de lave de la Casbah d’Alger. Nous n’étions plus marginaux ou solitaires. L’Histoire nous rejoignait. Je vivais donc ces journées avec une grande intensité, malgré le flegme que j’affichais en conformité avec mes fonctions et mon uniforme.
» in Les Champs de braises, d’Hélie de Saint Marc avec Laurent Beccaria, Ed. Perrin, 1995, pp. 230-234.

[2] Les scènes de fraternisation et de ralliement à l’Algérie française de l’Intégration ne se limitèrent pas aux grandes villes comme Alger, ainsi que le montre ce témoignage d’un officier de Légion au langage fleuri, publié en 1995, c’est-à-dire suffisamment tard pour que, en l’absence d’enjeu, ce récit soit peu suspect d’affabulation : « Pendant que nous jouions à la guerre, d’autres, ces mêmes jours, jouaient à la révolution. (…) De bavardages en discutailleries, de complots en Salut Public, de légalité bafouée en larmes de crocodiles, de finasseries en calculs sordides, nous apprîmes ainsi un beau jour que le numéro de la République avait changé. Le Grand Charles, qui n’était pas encore la Grande Zorah, à grands coups de menton conquérants gueulait comme tout le monde Vive l’Algérie française, et tous les gogos gobaient comme du bon pain les promesses et les affirmations : enfin un pur qui ne mentait pas. Pour moi et mes légionnaires, le seul résultat fut de quitter un beau matin notre cave, aux cuves toujours désespérément vides, pour nous retrouver en enfants perdus à 200 kilomètres plus au sud, bien loin du régiment de Grand-Papa. Oued Kébarit n’a rien de remarquable, sinon d’avoir une gare. C’est là qu’une bifurcation de la ligne de Tébessa part vers les mines de l’Ouenza. Tout le monde s’en serait foutu si, à cette époque d’intense fermentation patriotique, le village n’avait pas traîné une réputation sulfureuse : rien que des cheminots, une cellule du Parti, des grèves sauvages, un vrai nid de communards. Nous y fûmes accueillis à bras ouverts, comme seuls des pieds noirs simples savent le faire. Le maire, devenu en ces temps de ferveur patriotique, Président du Comité de Salut Public local, était un brave homme qui, s’il avait été rouge, avait beaucoup rosi. Quant à ses administrés, le plus grand nombre étaient des arabes, pardon des Français musulmans, chauffeurs, graisseurs, serre-frein, pousse-wagons, raccommodeurs de ballast, tous métiers demandant plus de muscles que d’instruction, mais permettant d’être syndiqué et de savoir causer de tout avec une assurance de fonctionnaire. Quant à nous, ce n’était pas la gloire : garde de ponts, patrouille après patrouille le long du barrage, jour après jour, nuit après nuit. Les fels paraissaient assommés par leurs saignées des mois précédents et, surtout, par l’invraisemblable enthousiasme pro-français qui avait saisi les masses autochtones depuis le 13 mai. Rien de glorieux donc à se mettre sous la dent, sinon un beau matin un pied abandonné dans un pataugas au milieu d’un champ de mines ; le propriétaire avait disparu et ne vint pas le réclamer. Le référendum approchait et tout le monde en attendait monts et merveilles. Petits meetings locaux, affiches, slogans, badigeonnage des murs. Je prêtais mes légionnaires, qui s’en foutaient comme de leur première rougeole, mais que cochonner des murs changeaient d’un train-train trop quotidien. Le clou fut le meeting féminin de Clairfontaine, chef-lieu local, proclamé à grands sons de trompe. Le maire avait fait une moue sceptique à son annonce et haussé les épaules quand je lui dis que l’on nous envoyait une rame de camions du Train. Il ne comptait que sur mesdames les épouses de ses cheminots, et encore… il fut époustouflé lorsque, dégorgées de toutes les mechtas des environs, une horde bariolée de fatmas, revêtues de leurs plus beaux atours, violemment parfumées, parées de bijoux bringuebalants et brandissant pancartes et banderoles à la gloire du Général, de Salan, du 13 mai et du Salut Public, monta à l’assaut des camions. Les véhicules militaires sont hauts et les jupes abondantes de ces dames les entravaient fort. Jamais mes légionnaires, hilares, n’ont pris à pleines mains autant de fessiers musulmans féminins, mais c’était pour la bonne cause : il fallait les hisser à bord. A Clairfontaine, ce fut du délire. En ce pays de machos triomphants, les femmes étaient appelées à faire de la politique et rien qu’entre elles. Ce qui fut dit, ce qui fut chanté, ce qui fut braillé n’avait aucune importance ; une chose, une seule chose comptait : elles devenaient des citoyens, comme leurs grands imbéciles de bonshommes. Quand enfin une oratrice, jeune et jolie, vêtue à l’européenne, s’empara du micro et leur hurla Dieu sait quoi, mais avec toutes ses tripes et de vrais accents de passionaria, cela tourna à l’hystérie. On aurait pu leur demander d’aller à mains nues tordre les couilles de ces petits cons de fels de l’autre côté de la frontière, pas une n’aurait manqué. Vint enfin le grand jour, le jour du référendum. La compagnie était en alerte, mais de fels, point. Par contre le maire, qui connaissait son code électoral sur le bout du doigt, me vira fermement du bureau de vote car je m’y étais présenté, le pistolet au côté. J’y revins sans arme et pus constater que tout s’y passait dans la plus stricte légalité républicaine : chaque électeur prenait bien sagement ses deux bulletins, le oui et le non, passait par l’isoloir et les ‘a voté’ se succédaient avec régularité. Seul incident de la journée, mais à l’extérieur : un grand escogriffe, certainement pas très malin, se vit entouré de trois ou quatre malabars, aussi français musulmans que lui, qui retournèrent les poches, en sortirent avec indignation un bulletin ‘oui’ non utilisé, et, après l’avoir copieusement engueulé, lui cassèrent deux ou trois côtes. Les résultats du vote d’Oued Kébarit furent triomphaux : la quasi-totalité des inscrits avait rempli son devoir civique et le oui était de l’ordre de 99%, score après tout normal dans un ancien fief des rouges : éducation politique oblige. Quant à la compagnie, son exil était terminé : nous rejoignions le régiment où de grandes choses se préparaient.» Alexandre Le Merre, Sept ans de Légion, Ed. L’Harmattan, 1995, pp. 84-86.

[3] « (…) Vous croyez que je pouvais faire du jour au lendemain ce que je voulais ? Il fallait faire évoluer peu à peu les esprits. Où en était l’armée ? Où en était mon gouvernement ? Où en était mon Premier ministre ? (…) », Charles de Gaulle, cité par Alain Peyrefitte in C’était de Gaulle, p. 58.

[4] Quelques années plus tard, le Général expliqua au général Koenig : « Evidemment, lorsque la monarchie ou l'empire réunissait à la France l'Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté, le Roussillon, la Savoie, le pays de Gex ou le Comté de Nice, on restait entre Blancs, entre Européens, entre chrétiens... Si vous allez dans un douar, vous rencontrerez tout juste un ancien sergent de tirailleurs, parlant mal le français. », in J. R. Tournoux, La Tragédie du Général, Ed. Plon-Paris-Match, 1967, pp. 307-308. Confirmant cette idée, au cours d’un entretien accordé à Pierre Laffont, député d'Oran, directeur du journal L'Echo d’Oran, le 25 novembre 1960 : « De Gaulle (très en colère). – Enfin, Laffont, ne me dites pas que des hommes comme vous aient pu croire à un moment quelconque que j'étais favorable à l'intégration. Je n'ai jamais prononcé ce mot. Pourquoi ? Parce que je n'y ai jamais cru. On a dit récemment que l'Algérie était la plus française des provinces de France. Plus française que Nice et la Savoie. C'est inepte. Nice et la Savoie sont peuplées de chrétiens, parlent le français, ne se sont pas, à cinq reprises, soulevées contre la France. De tels propos ne peuvent que nous ridiculiser. En réalité, il y a en Algérie une population dont tout nous sépare : l'origine ethnique, la religion, le mode de vie (...) ». Ibid., pp. 596-597. Notons que le Général omet de préciser que les soulèvements qu’il évoque eurent lieu dans une Algérie où l’inégalité politique était la règle, contrairement à Nice ou à la Savoie… Du reste, le Général n’était pas non plus convaincu de l’entière « francité » des Pieds-noirs, comme en témoigne par exemple cet échange avec J. R. Tournoux, au sujet du général Jouhaud : « C'est un imbécile. Et puis, ce n'est pas un Français. » Et comme Tournoux s'étonne : « Mon Général... », de Gaulle réplique : « Je veux dire : ce n'est pas un Français comme vous et moi. C'est un pied-noir », Ibid., pp. 405-406.

[5] Voir La Communauté française, in Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, Ed. L’Harmattan, 2006.

[6] Voir Le colonisateur colonisé de Louis Sanmarco, Ed. Pierre-Marcel Favre-ABC, 1983, p. 211. Voir également Entretiens sur les non-dits de la décolonisation, de Samuel Mbajum et Louis Sanmarco, Ed. de l’Officine, 2007, p. 64.

[7] L’article 86, traitant de cette question disait clairement : « Art. 86. - La transformation du statut d'un Etat membre de la Communauté peut être demandée, soit par la République, soit par une résolution de l'Assemblée législative de l'Etat intéressé, confirmée par un référendum local dont l'organisation et le contrôle sont assurés par les institutions de la Communauté. Les modalités de cette transformation sont déterminées par un accord approuvé par le Parlement de la République et l'assemblée législative intéressée. Dans les mêmes conditions, un Etat membre de la Communauté peut devenir indépendant. Il cesse de ce fait d'appartenir à la Communauté. ».

[8] Avec l’aide de son Premier ministre, Michel Debré.
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[9] Voir André Saura, Philibert Tsiranana, premier président de la République de Madagascar, Ed. L’Harmattan, 2006, p. 100.
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[10] « Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants ». Et Peyrefitte de commenter : « Il doit penser à Soustelle », Soustelle étant un spécialiste des civilisations précolombiennes. op. cit., p. 52. Mais de Gaulle pensait aussi, peut-être, à Claude Lévi-Strauss.

[11] Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Ed. Fayard, 1994, p. 52.

[12] In C'était de Gaulle, t. 2, pp. 457-458. Léon-M'Ba (1902-1967), premier président de la République gabonaise (1960-1967).

[13] « Article 89 : Le projet ou la proposition de révision doit être voté par les deux assemblées en des termes identiques. La révision est définitive après avoir été approuvée par référendum. Toutefois le projet de révision n'est pas présenté au référendum lorsque le Président de la République décide de le soumettre au Parlement convoque en Congrès ; dans ce cas, le projet de révision n'est approuvé que s'il réunit la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés. Le bureau du Congrès est celui de l'Assemblée nationale. Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu'il est porté atteinte à l'intégrité du territoire. »
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[14] « Quoique le Conseil d’Etat eût donné un avis défavorable, puisqu’il s’agissait non de la révision du fonctionnement des institutions communes mais de ces institutions elles-mêmes, le gouvernement déposa devant l’Assemblée un texte comportant trois alinéas additifs à l’article 86 (alinéas 3, 4, 5) et un alinéa 2 à l’article 85. » Henri Grimal, La Décolonisation de 1919 à nos jours, Ed. Complexe (Ed. Armand Colin, 1965), p. 308.

[15] Cité par Elikia M’Bokolo, in L’Afrique au XXème siècle, p. 147, Ed. du Seuil, 1985.

[16] Dakar faisait partie, avec Rufisque, Saint-Louis et Gorée, des « Quatre Communes » du Sénégal, dont les habitants étaient, de droit, citoyens français.

[17] Henri Grimal note : « En définitive faisaient partie de la Communauté, outre la France, le Sénégal, Madagascar et les quatre Etats d’Afrique équatoriale. Ses membres reconnaissaient comme président le président de la République (française) ; ils avaient souscrit à la notion de défense commune et au règlement des conflits par voie d’arbitrage et non devant la Cour internationale de Justice de l’ONU. En fait, cette communauté n’a jamais eu de vie réelle ; ses institutions n’ont pas fonctionné (le Sénat de la Communauté a cessé d’exister depuis le 16 mars 1961). Les représentants de la France dans les capitales ont reçu l’appellation d’ambassadeurs et les Etats ont été rattachés au ministère des Affaires étrangères. Seul a subsisté un ministère de la Coopération, compétent pour l’octroi et la répartition de l’aide économique et de l’assistance technique », in La décolonisation de 1919 à nos jours, Ed. Complexe (Ed. Armand Colin, 1965), p. 310.

[18] Le titre XII, De la Communauté, devenu entre-temps le titre XIII, fut abrogé par la Loi constitutionnelle n° 95-880 du 4 août 1995.

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