28 févr. 2012

Claude Lévi-Strauss : La tragédie de la Ve République (rediff.)

Quand Lévi-Strauss avait tout faux...



Claude Lévi-Strauss :


La tragédie de la Ve République




par


Alexandre Gerbi
.



Claude Lévi-Strauss est mort, vieux d’un siècle. Un siècle qui vit, en France, en Afrique et dans le monde, l’anéantissement de ses rêves. Le génie, l’ancêtre Lévi-Strauss est mort à Paris, brisé et désespéré.

Evidemment, comme il y a six mois pour son centième anniversaire, nul astre de notre temps n’a eu d’envolées assez lyriques pour couvrir d’éloges l’immense écrivain et père du structuralisme, qui sut naguère déciller les yeux d’un Occident vermoulu, narcissique jusqu’à l’autodestruction. Europe abîmée de n’avoir trop longtemps voulu comprendre que l’Antiquité grecque et latine n’était point l’alpha et l’oméga de toute civilisation humaine, et que hiérarchiser les mondes était aussi sot que de hiérarchiser les hommes.

Anniversaires à géométrie variable

Amusant empressement que cette fébrilité dont glapit derrière l’auguste cercueil tout ce que la Ve République compte de zélateurs, quand on sait que celui dont on glorifie l’acuité et la clairvoyance fut l’un des grands vaincus du régime et de son idéologie fondamentale… Un régime qui, par un curieux hasard, fêta l’an dernier, lui aussi, son anniversaire : le cinquantième... Or cet anniversaire fit l’objet, contrairement à celui du grand Claude, d’une très prudente discrétion…

Cette géométrie variable appliquée aux anniversaires possède une explication en forme de clef, quelque peu complexe et subtile comme un texte de Lévi-Strauss…

Ces ondulations – l’anniversaire qu’on fête à grand bruit, puis celui sur lequel on glisse sur la pointe des pieds – se cristallisent dans un fracassant quoique sourd face-à-face : celui, il y a un demi-siècle, de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, alors jeune cinquantenaire, et de la Ve République, qui venait de sortir de l’œuf…

Le cimetière des idées sales

Le destin de Claude Lévi-Strauss, nul ne se le rappelle aujourd’hui, croisa intimement et puissamment, en ses origines, celui de la Ve République. Il s’en fallut de peu que notre cher régime fût sa prodigieuse créature… Mais au lieu de ce rêve, nous eûmes le cauchemar gaullien, dans lequel l’Afrique s’épuise depuis un demi-siècle, et où la France, après s’être brutalement racornie puis longtemps goinfrée, désormais s’étiole…

Claude Lévi-Strauss fut le tenant, le chantre, voire l’inspirateur d’un courant de pensée politique extraordinaire et visionnaire, qui présida à la naissance de la Ve République. Mais qui, finalement et paradoxalement, fut broyé, réduit en poussière et dispersé aux quatre vents par cette même Ve République. La broyeuse a tellement bien marché que dans l’actuelle France d’en-haut politique et médiatique, personne ne conserve, semble-t-il, le moindre souvenir de ces entremêlements, de ces bras de fer, de ces contradictions, de ces affrontements pourtant majuscules…

Au reste, il n’est guère besoin de plonger dans les arcanes de la pensée et des écrits de Lévi-Strauss pour trouver trace de cette pensée politique qui, parce qu’elle fut frappée du sceau de l’infamie par ses vainqueurs, repose aujourd’hui au cimetière des idées sales.

« Un autre destin est possible »

La IVe République, confrontée aux injonctions maghrébines et noires africaines, fut traversée de velléités révolutionnaires. Et si, pour en finir avec la crise née de l’obsolescence de l’injustice colonialiste et de la juste révolte des peuples d’outre-mer, il suffisait finalement de tenir les promesses de la IIIe République et de la Constitution, en accordant aux populations ultramarines ce qu’elles réclamaient : l’égalité politique réelle ?

Durant l’hiver 1954-1955, tandis que le Maroc ni la Tunisie n’étaient encore indépendants, et comme la guerre d’Algérie s’ébauchait, Claude Lévi-Strauss écrivit dans son chef-d’œuvre, Tristes Tropiques :

« Si, pourtant, une France de quarante-huit millions d’habitants s’ouvrait largement sur la base de l’égalité des droits, pour admettre vingt-cinq millions de citoyens musulmans, même en grande proportion illettrés, elle n’entreprendrait pas une démarche plus audacieuse que celle à quoi l’Amérique dut de ne pas rester une petite province du monde anglo-saxon. Quand les citoyens de la Nouvelle-Angleterre décidèrent il y a un siècle d’autoriser l’immigration provenant des régions les plus arriérées de l’Europe et des couches sociales les plus déshéritées, et de se laisser submerger par cette vague, ils firent et gagnèrent un pari dont l’enjeu était aussi grave que celui que nous nous refusons de risquer. Le pourrions-nous jamais ? En s’ajoutant, deux forces régressives voient-elles leur direction s’inverser ? Nous sauverions-nous nous-mêmes, ou plutôt ne consacrerions-nous pas notre perte si, renforçant notre erreur de celle qui lui est symétrique, nous nous résignions à étriquer le patrimoine de l’Ancien Monde à ces dix ou quinze siècles d’appauvrissement spirituel dont sa moitié occidentale a été le théâtre et l’agent ? Ici, à Taxila, dans ces monastères bouddhistes que l’influence grecque a fait bourgeonner de statues, je suis confronté à cette chance fugitive qu’eut notre Ancien Monde de rester un ; la scission n’est pas encore accomplie. Un autre destin est possible (...) »

Fraternité longtemps espérée

C’est aujourd’hui une vérité interdite, que rappellent volontiers les vieux Africains : l’indépendance, pour la plupart des habitants d’Afrique noire comme du Maghreb, n’était qu’une issue seconde, découlant de l’impossibilité d’obtenir l’égalité de la France. Obtenir l’égalité, pour la plupart d’entre eux, tout particulièrement au sud du Sahara, mais aussi au nord du grand désert, être enfin reconnus comme des égaux, c’était déposer les armes, pour enfin s’aventurer sur la voie d’une fraternité longtemps espérée. Construire pour de bon l’avenir dans le vaste espace républicain, dont la France aimée et admirée savait les secrets, les vertus et les forces. La paix, la concorde tenaient à cela. Claude Lévi-Strauss, excellent connaisseur de l’Afrique, le savait.

Les figures héroïques, de nos jours trahies et déguisées, de Léopold Sédar Senghor, Félix Houphouët-Boigny, Léon Mba, Barthélémy Boganda et même Ahmed Sékou Touré, en portent l’éternel témoignage.

La classe politique métropolitaine, souvent ignorante des réalités humaines africaines, enfermée dans des schémas hors d’âge, se tâtait. Seule l’Algérie, par son intime inclusion dans la métropole, semblait pouvoir bénéficier, peut-être, d’une exception.

En janvier 1955, répondant aux premiers feux de la guerre d’Algérie dont ils décelaient les causes, les désespoirs profonds, Pierre Mendès France et François Mitterrand chargèrent Jacques Soustelle, ethnologue de réputation internationale, ancien de la France Libre et grand gaulliste de gauche, d’appliquer en Algérie les conclusions de Claude Lévi-Strauss, dont il se trouvait être l’ami. On appela cela l’Intégration. Soustelle parvint à populariser cette idée révolutionnaire, tant bien que mal, auprès des masses pieds-noires pourtant rétives.

Mais les vieilles barbes de la IVe République, décidément, ne pouvaient voir neuf millions d’Arabo-Berbères musulmans devenir des Français à part entière, et voter, et envoyer des députés au Palais-Bourbon. Qui empêcherait, de là, les Nègres de demander la pareille ?

La IVe République décida donc de reculer, y compris en Algérie. En réponse, l’Armée se souleva en mai 1958, poussée dans cette voie par l’ermite de Colombey, et ses relais algérois, notamment Jacques Soustelle…

Un officier de filiation nationaliste et conservatrice, voire monarchiste

Ainsi le général de Gaulle renversa la IVe République au nom de l’Intégration. Au gré d’un scénario sidérant, « un officier de filiation nationaliste et conservatrice, voire monarchiste » (Viansson-Ponté) endossait le programme de Claude Lévi-Strauss… En apparence. Car il n’en pensait pas un mot :

« C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! (…) Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants. (…) Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain, seront vingt millions et après-demain quarante ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! » « Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l’Elysée ? »

Ou un Nègre…

La suite coule de source. De Gaulle, admirateur de Maurras et de Barrès, se travestit en héraut de la pensée lévi-straussienne. Ainsi revenu au pouvoir, par mille stratagèmes, au prix de multiples violations de la Constitution, de cyniques mensonges, de trahisons et d’innombrables crimes, il fit le contraire de ce qu’il avait annoncé, le contraire de ce pour quoi l’Armée l’avait aidé à renverser le précédent régime, le contraire de ce pour quoi les Français l’avaient élu président de la République. Le contraire de ce qu’avait rêvé Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques.

Au nom, ahurissante audace, de la victoire de la modernité politique sur l’obscurantisme et le fascisme ! Une inversion des rôles qui permit, depuis, que jamais ce choix ne soit interrogé ni remis en question, et que soient exaltées la figure, les décisions, et défendues les méthodes du Général, désormais présenté comme un visionnaire et sanctifié…

Ainsi la scission fut-elle finalement accomplie. Les chefs blancs ne voulurent point que la métropole fût submergée par la grande vague de l’outre-mer. Ils se résolurent à étriquer le patrimoine de l’Ancien Monde. Un autre destin était pourtant possible...

Nous savons celui qui nous fut donné en échange.

Il nous appartient, par delà les larmes, les regrets et les vies détruites, de construire notre avenir à cette aune difficile. Sans amnésie, ni soumission. Avec foi et idéal. En toute égalité et fraternité. Pour l’Afrique comme pour la France. Et pour, aussi, le reste du monde.

Adieu et au revoir, Monsieur Lévi-Strauss.


Alexandre Gerbi




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10 déc. 2011

Chute de la IVe République : Ni "archaïque", ni "débilitante", juste blanciste

Tandis que la présidentielle approche...





Chute de la IVe République :

Ni « archaïque », ni « débilitante »,

juste blanciste

ou

Explication

d’un contresens historique

d'Eric Zemmour et consorts





par


Alexandre Gerbi



Eric Zemmour, ce grand serviteur du Système déguisé en libre penseur du politiquement incorrect, déclarait récemment dans l’une de ses chroniques sur RTL : « [Sous la IVe République], un personnel politique d’une qualité exceptionnelle, de Mendès France à Edgar Faure, sans oublier François Mitterrand, était handicapé par un système institutionnel archaïque et débilitant (…) ».

A la minute 2’35 :

http://www.rtl.fr/emission/z-comme-zemmour/ecouter/eric-zemmour-la-tentation-de-la-primaire-a-droite-7723123980

Sans polémiquer sur le fait de savoir si les hommes politiques en question étaient ou non « d’une qualité exceptionnelle » (y compris d’ailleurs, au-delà des effets de manche, dans l’esprit d’Eric Zemmour…), cette affirmation au sujet du « système institutionnel archaïque et débilitant [de la IVe République] » appelle un rapide commentaire. Non tant pour répondre à Eric Zemmour, avatar parmi tant d’autres d’une époque mensongère et/ou aveugle, que pour en finir, une fois pour toutes, avec l’un des grands écrans de fumée dont se pare le régime qui, depuis cinquante ans, démolit la République et la France, et accessoirement l’Afrique, sous couvert de les sauver…

Césarisme bonapartiste contre parlementarisme pluraliste

D’abord, remarquons que l’accusation selon laquelle la IVe République était un régime bloqué à cause de ses institutions est une des grandes tartes à la crème que la Ve République et ses serviteurs nous jettent au visage depuis un demi-siècle.

Remarquons ensuite qu’on retrouve ici le vieux et classique procès qu’intente le césarisme (ou le bonapartisme…) au régime parlementaire, accusé de se perdre en stériles bavardages, quand le pouvoir ramassé dans les mains d’un seul permettrait, nous dit-on, une direction beaucoup plus déterminée et efficace des affaires politiques. Rien d’étonnant à ce que, comme tant d’autres, Eric Zemmour, qui ne cache pas ses sympathies « réactionnaires », dénigre le parlementarisme et fasse, implicitement, l’apologie du régime présidentiel…

Il est vrai qu’en instaurant en France, avec la Ve République, un régime césarien (renforcé dans ce caractère par l’élection du président au suffrage universel), De Gaulle ne faisait que réaliser un vieux rêve de l’extrême droite française, dont Déroulède se fit le chantre à la fin du XIXe siècle. Opération somme toute fort cohérente de la part du Général, que Pierre Viansson-Ponté définissait comme « un officier de filiation nationaliste et conservatrice, voire monarchiste »…

Ce régime « archaïque et débilitant » qui redressa spectaculairement la France

Ce décor planté, force est de constater que la IVe République hérita d’une situation particulièrement difficile : le pays sortait d’une guerre qui l’avait en partie dévasté et saigné à blanc pour la deuxième fois en trente ans. Car si la Seconde Guerre mondiale fut moins meurtrière que la première, elle fit tout de même près de 600.000 morts.

Or malgré cela, de 1946 à 1958, sous la IVe République « archaïque et débilitant[e] », la France a connu un redressement économique spectaculaire et un développement remarquable dans pratiquement tous les domaines. C’est là une évidence, dont aucun historien ne disconvient sérieusement aujourd’hui.

En réalité, contrairement à ce qu’affirme Eric Zemmour comme tant d’autres dans le sillage de la propagande de la Ve République gaullienne, bien davantage que ses Institutions, c’est la vaste question de l’Outre-Mer qui mina la IVe République et la mit profondément en crise. Plus précisément, ce qui provoqua la dislocation de la IVe République, c’est le dilemme politico-idéologique (et républicain, et démocratique…) que posait la question ultramarine. C’est d’ailleurs sur la question ultramarine par excellence que la IVe République chuta en 1958 : l’affaire d’Algérie.

Le dilemme politico-idéologique ultramarin comme vraie cause de la chute de la IVe République

Soulignons que la IVe République ne s’est pas effondrée, mais qu’elle fut activement renversée, en 1958, par le général de Gaulle appuyé par l’Armée. Pareil état de fait relativise l’idée d’un régime tellement vermoulu qu’il se serait écroulé tout seul…

En réalité, loin de s’effondrer, la IVe République fut renversée au prix d’un putsch militaire doublé d’un coup de force politique. La Grande Muette, entrée en sédition en Algérie, alla jusqu’à prendre la Corse et menaça même, sans bien sûr ouvrir la bouche, de sauter sur Paris. Encore fallut-il à Charles de Gaulle, dans ce contexte, forcer la main à Pierre Pflimlin et, pour ainsi dire, s’autoproclamer à sa place président du Conseil, comme j’ai eu l’occasion de l’expliquer dans La République inversée, Affaire algérienne (1958-1962) et démantèlement franco-africain (Ed. L’Harmattan, 2010, avec Raphaël Tribeca).

Ce putsch militaire était en relation directe avec l’Affaire algérienne, c’est-à-dire avec la plus épineuse des questions ultramarines. La plus épineuse, non seulement pour des raisons statutaires (les territoires algériens étaient des départements, théoriquement parties intégrantes de la métropole) mais aussi humaines (étaient présents, en Algérie, un million de Pieds-Noirs et plusieurs millions de musulmans français radicalement hostiles à l’indépendance).

Pour ces spécificités, l’Affaire algérienne confrontait le Système politique parisien, de façon incontournable autant que radicale, au dilemme colonial, dont il était sorti avec les plus grandes difficultés (et pour son plus grand affaiblissement) en Indochine, en Tunisie et au Maroc. C’est ce dilemme colonial (ou postcolonial…) qui a causé la plupart des vraies difficultés de la IVe République. Et non ses Institutions, quoi qu’en disent la doxa et ses chantres, notamment Eric Zemmour…

Au contraire, les Institutions de la IVe République firent preuve d’une étonnante solidité, puisqu’elles permirent au régime, comme on va le voir, d’aller, pendant des années, contre la volonté du peuple. C’est-à-dire contre la démocratie et contre la Constitution, c’est-à-dire contre la République elle-même…

Quel était ce dilemme ultramarin ?

Comme l’ont expliqué de nombreux articles publiés sur le blog Fusionnisme, Rue89, Afrik.com, Camer.be, Bakchich, IciCemac, AgoraVox, Mediapart, etc. après la Seconde Guerre mondiale, l’Etat français était confronté à une alternative simple : ou bien octroyer l’égalité politique aux populations d’outre-mer, ou bien leur accorder l’indépendance.

Or ces deux options étaient interdites.

En effet, la première option, l’octroi de l’égalité politique, aurait conduit des centaines de députés d’outre-mer sur les bancs du Parlement, au gouvernement, et même à la tête de l’Etat. La France aurait été métamorphosée et engagée dans une voie inscrite dans le droit fil de sa chaotique mais brillante histoire, celle de la patrie des Droits de l’Homme par delà les races et les religions. Ainsi, en étendant la citoyenneté à tous, la France ou plutôt l’Union Française – devenue la puissante République Franco-Africaine ou plutôt Franco-Ultramarine – serait entrée en voie de métissage, géant géographique et politique indiquant au reste du monde le chemin des Lumières et de la justice sociale. Avec, en creux, l’abolition du colonialisme, par le libre exercice de la démocratie dans le cadre républicain, pour des futurs flamboyants aux cultures mêlées autour du grand projet humaniste de l’Universel.

Ces perspectives extraordinaires, défendues et portées par des hommes tels que Léopold Sédar Senghor, Robert Delavignette, Alioune Diop, Claude Lévi-Strauss, Félix Houphouët-Boigny, Jacques Soustelle, Barthélémy Boganda et tant d’autres, ces perspectives furent rejetées par le Système politique et idéologique secret de la IVe République déjà blanciste, autant qu’elles étaient prônées par la quasi-totalité des leaders ultramarins, tandis que le peuple, outre-mer aussi bien qu’en métropole, était prêt à y adhérer, comme je l’ai montré dans Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, Imposture, refoulements et névroses (Ed. L’Harmattan, 2006).

J’appelle blancisme ce courant idéologique et politique fondateur du régime actuel, qui affirme, selon le mot de Charles de Gaulle, que la France est avant tout une nation de « race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » et qu’elle se perdrait dans le métissage…

Or refusant d’accorder cette égalité politique, mais refusant également l’indépendance, ou plutôt ne pouvant l’accorder à cause des puissantes oppositions conjuguées du peuple, des élites africaines, de la Constitution et de l’Armée, le Système de la IVe République se mit alors en quête de la quadrature du cercle.

La quadrature du cercle

Concernant le bloc subsaharien, avec la loi-cadre Defferre (1956), l’autonomie fut la formule magique que retint le régime pour accomplir ce tour de force politique. En réalité, la solution, bâtarde et surtout scandaleuse, montra rapidement ses limites. Puisqu’elle refusait l’égalité, elle continua d’apporter de l’eau au moulin des indépendantistes. Ceux-ci fustigèrent la logique inégalitaire persistante de la France et les évidents mépris d’essence colonialiste qui présidaient à l’opération…

La révolte, légitime, des séparatistes, perpétuellement ravivée par ce refus de l’égalité, ainsi que la violence qui en résulta, servirent de prétexte au Système pour parvenir finalement à la conclusion qui, du moins en apparence, s’imposait : l’indépendance.

Il est remarquable qu’au plus fort des guerres idéologiquement alimentées par son refus d’octroyer l’égalité politique, jamais le Système de la IVe République n’envisagea l’application réelle d’une égalité pourtant proclamée par sa Constitution. Ni en Algérie, ni à Madagascar, ni en Indochine, ni en Tunisie, ni au Maroc, ni au Cameroun. Mieux encore, jamais le peuple ne fut consulté sur cette question, pas plus, du reste, que sur celle de l’indépendance (hormis le petit comptoir de l’Inde, Chandernagor, en 1949, dans des conditions d’ailleurs suspectes), ni outre-mer, ni en métropole…

Ainsi, c’est sans aucune consultation populaire que l’Indochine (Vietnam, Cambodge et Laos) devint indépendante (1954), précédant de peu le Maroc et la Tunisie (1956). Quant à l’Afrique noire, particulièrement peu séduite par l’idée de sécession, le Système lui accorda, comme on l'a vu, l’autonomie dans la foulée.

Le déchirant cas algérien

En 1958, la question de l’égalité se posait depuis bien des décennies en Algérie, de façon insurrectionnelle, terroriste et armée depuis 1954. Là encore, la IVe République ne put se résoudre à accorder la citoyenneté pleine et entière aux populations indigènes, ni à interroger le peuple à ce sujet. Là encore, l’autonomie et son corollaire, l’indépendance, finirent par être envisagés.

L’Armée, qui s’était essentiellement tue sur tous les autres chapitres, cette fois se cabra. Non de son propre chef. Le général de Gaulle, par ses réseaux, la poussa dans cette voie, sa force de persuasion renforcée par l’opinion publique. Car celle-ci en était arrivée à considérer avec le plus grand mépris cette classe politicienne de la IVe République qui, morceau par morceau, démantelait l’unité franco-ultramarine, sur fond de guerres ininterrompues, d’imbroglio permanent au Palais-Bourbon en instabilité ministérielle, de désastres militaires en Canossa diplomatiques.

Par l’abandon successif, dans des conditions souvent douteuses et parfois dramatiques, de l’Indochine, de la Tunisie, du Maroc et même des Comptoirs des Indes (qui ne sera entériné définitivement qu’en 1962, tant il fut difficile de vaincre les réticences locales, en particulier à Pondichéry) autant que par sa cacophonie et sa politique de Gribouille sur ces sujets, le régime s’était rendu détestable aux yeux de l’opinion. Ces relents nauséabonds ont fait à la IVe une réputation lamentable qu’exploite Eric Zemmour comme tant d’autres, pour appuyer la thèse d’un régime rongé par « un système institutionnel archaïque et débilitant ».

Alors que bien davantage que ses Institutions, c’est la crise idéologique ou plutôt l’impasse dans laquelle l’a conduite son idéologie antirépublicaine et antidémocratique qui a miné le régime de la IVe République, en le conduisant à abandonner des pans entiers, et gigantesques, du territoire et de ses populations. A savoir l’idéologie blanciste, qui refusa l’égalité à l’Outre-Mer par crainte du métissage de la France, mais aussi de la prise du pouvoir politique par les Ultramarins. Idéologie d’une certaine élite métropolitaine, qui refusa toujours de donner la parole au peuple à ce sujet, outre-mer aussi bien qu’en métropole. Là gît toute la tragédie de la IVe République, puis de la Ve…

On touche ici au côté génial et effrayant du scénario.

Charles de Gaulle, chef du complot qui renversa la IVe République, justifia officiellement l’opération par le danger suprême que l’idéologie anti-égalitaire du régime, qu’il appelait le « Système », faisait courir à la France. Or Charles de Gaulle adhérait corps et âme à cette idéologie qu’il prétendait contrer. C’est ainsi qu’une fois élu sur le programme de l’égalité politique, une fois installé au pouvoir, il rompit progressivement avec ceux qui l’y avaient porté, pour s’allier avec ceux qu’il avait renversés ! C’est-à-dire avec le Système qu'il avait prétendu abattre et abolir, pour appliquer finalement, une à une, ses plus ultimes conclusions. Vertigineux retournement…

Ainsi, au prix d’une sidérante volte-face, de Gaulle se débarrassa de l’Afrique et de l'Algérie, utilisant l'une pour extirper l'autre, à grands coups de violations de la Constitution et de la démocratie, de mensonges, de police politique et de crimes contre l’humanité. En particulier au détriment des Harkis et des Algériens francophiles, des Pieds-Noirs, mais aussi, à terme, des populations d’Afrique subsaharienne effroyablement paupérisées. Sur cette transgression, l’ermite de Colombey revenu aux affaires érigea sa puissance, qui lui permit d’ensevelir les institutions précédentes et de les remplacer par les siennes…

C’est ce crime d’une ampleur inimaginable, entre (haute) trahison des principes républicains les plus fondamentaux et dislocation de l’unité nationale, que les Institutions de la IVe République, par trop démocratiques et républicaines (on a vu qu’elles l’étaient néanmoins dans d’âpres limites…), n’auraient sans doute pas eu la force, ni surtout les moyens de commettre dans l’affaire algérienne, compte tenu du rapport de force évoqué plus haut (populations pro-françaises d’Algérie, Armée).

La Ve République gaullienne, en revanche, secrètement habitée de la même idéologie délétère, sut se doter d’institutions capables d’assumer ce choix radicalement contraire à la volonté du peuple et des leaders ultramarins, parce qu’elle s’en remit à un seul homme concentrant tous les pouvoirs, et n’hésitant pas à mentir en permanence à tous ou presque, tout en usant sans scrupules de la violence d’Etat la plus extrême (ratonnades d’octobre en 1961, siège de Bab-el-Oued, massacre de la rue d’Isly, massacres d’Oran en 1962, et la tragédie des Harkis). Faut-il l’en féliciter ?

De Gaulle dixit

C’est en tout cas ce que fait Eric Zemmour, qui d’ailleurs ne s’en cache pas, la fin justifiant les moyens... Ecoutons encore le grand homme :

« Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l’Elysée ? » « Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain, seront vingt millions et après-demain quarante ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! » (Charles de Gaulle cité par Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Ed. Fayard, 1994)

« Vous croyez que je ne le sais pas, que la décolonisation est désastreuse pour l'Afrique ? (...) Qu'ils vont connaître à nouveau les guerres tribales, la sorcellerie, l'anthropophagie ? (...) Que quinze ou vingt ans de tutelle de plus nous auraient permis de moderniser leur agriculture, de les doter d'infrastructures, d'éradiquer complètement la lèpre, la maladie du sommeil, etc. C'est vrai que cette indépendance était prématurée. (...) Mais que voulez-vous que j'y fasse ? (...) Et puis (il baisse la voix), vous savez, c'était pour nous une chance à saisir : nous débarrasser de ce fardeau, beaucoup trop lourd maintenant pour nos épaules, à mesure que les peuples ont de plus en plus soif d'égalité. Nous avons échappé au pire ! (...) Au Gabon, Léon M'Ba voulait opter pour le statut de département français. En pleine Afrique équatoriale ! Ils nous seraient restés attachés comme des pierres au cou d'un nageur ! Nous avons eu toutes les peines du monde à les dissuader de choisir ce statut. Heureusement que la plupart de nos Africains ont bien voulu prendre paisiblement le chemin de l'autonomie, puis de l'indépendance. » (Charles de Gaulle cité par Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Ed. Fayard, 1994)

« Vous savez, cela suffit comme cela avec vos Nègres, vous me gagnez à la main : alors, on ne voit plus qu’eux. Il y a des Nègres à l’Elysée tous les jours, vous me les faites recevoir, vous me les faites inviter à déjeuner. Je suis entouré de Nègres ici (…) Cela fait très mauvais effet à l’extérieur. On ne voit que des Nègres tous les jours à l’Elysée. Et puis je vous assure que c’est sans intérêt. » (Charles de Gaulle cité par Jacques Foccart, Tous les soirs avec De Gaulle. Journal de l’Elysée, 1965-1967, Ed. Fayard 1997)

De Gaulle dixit, bis repetita placent


Alexandre Gerbi





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15 sept. 2011

La Longue Marche des Harkis sous l'invraisemblable silence de la Gauche

les chiens aboient...





La Longue Marche des Harkis

sous l'invraisemblable silence

de la Gauche



par


Alexandre Gerbi






Comme annoncé au mois de juillet dans les colonnes d’AgoraVox et sur le blog Fusionnisme, la Longue Marche des Harkis a commencé. Depuis le 22 août 2011, la caravane conduite par Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï a quitté son point de départ, la préfecture de Montpellier, avec pour objectif, après 34 étapes à travers le pays, d’entrer dans Paris dans la nuit du 24 au 25 septembre prochains, flambeaux de la mémoire à la main. Pour faire plier Nicolas Sarkozy.


Après avoir assiégé l’Assemblée nationale et le gouvernement sarkozyen pendant près de deux ans et dans des conditions parfois extrêmement difficiles, Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, ont décidé de passer la vitesse supérieure.

« Comme Sarkozy s’obstine à nous ignorer, explique Zohra, nous ripostons en l’accusant plus que jamais de parjure. Nous voulons maintenant coaliser les Harkis et les Pieds-Noirs, ainsi que tous les Français qui ont la mémoire tenace, pour forcer Nicolas Sarkozy à respecter enfin sa parole de 2007. »

De fait, Nicolas Sarkozy, sixième président de la Ve République blanciste, a commis un mensonge d’Etat.

Flash back. Avril 2007. L’ineffable Sarko, alors en grand besoin de voix pour battre son adversaire socialiste Ségolène Royal, ne reculant devant aucun cynisme et pratiquant sans vergogne le mensonge, n’hésite pas à faire vibrer la corde sensible :

« Les Harkis ont cru en la parole de la France, je serai celui qui tiendrai cette parole ». « Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des Harkis et d'autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance. Afin que l'oubli ne les assassine pas une nouvelle fois. »

Difficile de ne pas relever que pareils accents, hypocrites et électoralement intéressés, font étrangement penser à son illustre devancier, Charles de Gaulle…

D’ailleurs, depuis, le leader de l’UMP, qui a été élu, s’est bien gardé de tenir sa promesse. Hamid Gouraï, en fin juriste, corrige et souligne : « Ce n’est pas une promesse : c’est un engagement. »

On le sait, profonde est la confusion, immenses sont les contradictions qui frappent la classe politique française, dès qu’il s’agit de la « décolonisation », qu’il s’agisse en particulier de celle de l’Algérie ou de l’Afrique subsaharienne…

Résultat, à l’heure qu’il est, alors que la Longue Marche des Harkis devrait bénéficier du soutien de tous les partis politiques français, elle n’a reçu que celui… du Front National !

Pourtant, depuis les origines de leur combat, Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah proclament qu’ils appellent tous les soutiens, d’où qu’ils viennent, dans une union sacrée de tous les Français contre le Système de la Ve République. Leur démarche, expliquent-ils, est apolitique, en ce sens qu’elle n’est ni de droite, ni de gauche, mais qu’elle se fonde simplement sur le droit, en particulier les Droits de l’Homme, l’Histoire, ainsi que sur les principes fondateurs de la République, Liberté, Egalité, Fraternité. Et, bien sûr, la mémoire de leurs pères et l’amour de la France, conformément à une certaine idée de la conscience citoyenne.

Zohra le rappelle : « La France, mais aussi l’Afrique, en particulier l’Algérie, ont été bafouées, trahies, exploitées et défigurées par Charles de Gaulle et ses successeurs, notamment Nicolas Sarkozy. »

C’est ainsi que fidèles à une haute conception de l’humanisme, de la dignité humaine et de la France, pendant leur long et parfois très difficile séjour sur la place Edouard Herriot, sous les fenêtres aveugles du Palais Bourbon, Zohra et Hamid ont accompagné, soutenu et aidé à leur modeste échelle les sans-papiers africains, ouvriers arnaqués, c’est un comble, pendant l’aménagement des nouveaux bâtiments de l’Assemblée nationale… Des déshérités du Système impitoyable de la Ve République blanciste, qui cherchaient, épaulés par la suite notamment par la CGT, à sortir, eux aussi, du mépris d’Etat.

Ce soir, Zohra et Hamid bivouaquent du côté Saint-Pierre-le-Moûtier (Nièvre). Dans leur tente Quechua plantée devant la mairie, sous l’œil de la gendarmerie, ils ont déposé plainte contre le préfet, qui prétend n’avoir jamais reçu leur demande de manifester. En attendant, banderoles et drapeaux tricolores déployés, ils affirment, comme ils le répètent depuis bientôt trois ans d’action ininterrompue, qu’ils iront « jusqu’au bout ».

Il est temps que, fidèle aux encouragements que Marie-George Buffet (PCF), à l’instigation d’André Génissieux (Secrétaire régional du MRAP Languedoc-Roussillon), avait courageusement prodigués dans une lettre aux assiégeurs du Palais Bourbon, il est temps que la Gauche, le Parti Communiste Français, le Parti Socialiste ainsi que les Verts et, pourquoi pas, les partis de l’extrême-gauche trotskiste, apportent leur soutien aux Harkis dans leur lutte contre Nicolas Sarkozy, pour la reconnaissance des mensonges et des crimes de la Ve République blanciste.

La Gauche va-t-elle, une fois de plus, laisser au Front National le monopole de ce qui est bien plus qu’un symbole – comme jadis, on croit rêver, le monopole du drapeau tricolore et de la Marseillaise, pourtant emblèmes de la Révolution française et du peuple soulevé contre la tyrannie ? Alors même que l’élection présidentielle approche, et que les voix seront, comme toujours, âprement comptées. Car selon toutes les études d’opinion, une très large majorité soutient la cause des Harkis…

Reconnaissance de la responsabilité, non pas de la France, mais du gouvernement français, à commencer par son chef, Charles de Gaulle, dans l’holocauste de 60.000 à 200.000 Harkis et Algériens francophiles, ainsi que dans l’exode tragique d’un million de Pieds-Noirs, sur fond de martyre de toute l’Algérie : tel est le combat héroïque de Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah.

Qu’il me soit permis d’ajouter, pour ma part : il doit être solennellement reconnu que l’Etat de la Ve République blanciste dirigé par Charles de Gaulle a largué les populations d’Afrique, y compris subsaharienne, en vue de préserver l’Hexagone de la « bougnoulisation » ; mais aussi, en refusant la citoyenneté française (ou franco-africaine) aux Africains et en les dépossédant, au mépris de leur volonté (Loi 60-525), de la démocratie et du cadre protecteur de la République, il a pu mettre en place les conditions du néocolonialisme et l’organiser sans entraves. Les Harkis furent immolés sur l’autel de ce dessein dément et monstrueux. Car ils étaient l’incarnation du rêve de l’unité franco-algérienne et franco-africaine, qu’il fallait, à tout prix, liquider.

En cette rentrée 2011-2012, campagne présidentielle en ligne de mire, tandis qu’à travers Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, les Harkis marchent sur Paris et que la France est plus que jamais sous pression, puisse la Gauche oser défier ce Système tout-puissant qui, jusqu’à présent, tient Nicolas Sarkozy tétanisé.


Alexandre Gerbi







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31 mars 2011

Nos compatriotes mahorais, l’ignorance des « identitaires » et l'infâme Ve République blanciste

Mayotte est devenue aujourd’hui
le 101e département français






Nos compatriotes mahorais,

l’ignorance des « identitaires »

et l'infâme Ve République blanciste




par


Alexandre Gerbi





Nos compatriotes mahorais sont régulièrement insultés sur les sites identitaires, notamment sur « François Desouche ». Manifestement, les animateurs de ce site comme la plupart de ses lecteurs ignorent que les habitants de Mayotte étaient déjà des Français bien avant la départementalisation proposée en 2009, sur leur demande, par Nicolas Sarkozy.

Les animateurs et les lecteurs de « François Desouche », tout comme leur héroïne Marine Le Pen dans un récent communiqué, hurlent à la création, avec Mayotte, d’un « nouveau Lampedusa ». Là encore, faut-il rappeler que l’immigration qui submerge Mayotte, en effet délirante en provenance des autres îles des Comores (le tiers de la population mahoraise, voire davantage, est « immigrée », en particulier d’Anjouan), résulte simplement de l’absurdité de la Ve République blanciste. Celle-ci a refusé de reconnaître le rattachement à la République française (ou, à tout le moins, l’organisation d’un référendum à ce sujet…) que revendiquent les populations d’Anjouan et de Mohéli, deux des trois îles comoriennes, depuis 1981. Le rattachement à la France a même été proclamé par ces deux îles, au prix d’une véritable révolution, en 1997. Mais il est vrai qu’on sait depuis longtemps déjà que sous le régime fondé par Charles de Gaulle, touchant aux populations et aux territoires africains, le principe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » ne peut fonctionner que dans un seul sens, c’est-à-dire celui de la sécession…

De fait, la révolution anjouanaise de 1997 ne bénéficia pas, de la part de la télévision française, de la même publicité que la récente « révolution » libyenne. Au contraire, la révolution anjouanaise fut occultée puis écrasée avec, notamment, la bénédiction de l’Etat français socialo-RPR (Jospin/Chirac), comme je l’ai montré dans Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine (Ed. L’Harmattan, 2006).

Si les Anjouanais et les Mohéliens avaient été écoutés à l’époque (et même depuis, car le mouvement rattachiste, bien antérieur à 1997, s’est poursuivi au-delà, malgré la répression), le problème de l’immigration à Mayotte serait évidemment réglé depuis longtemps, puisque les Anjouanais et les Mohéliens trouveraient chez eux ce qu’ils cherchent chez leurs voisins mahorais : à savoir la France doublée de la République démocratique et sociale…

Quant à la faible francophonie des Mahorais, qui permet encore une fois aux identitaires déchaînés sur « François Desouche » de contester la francité des Mahorais, elle relève évidemment, elle aussi, de l’écrasante responsabilité de la Ve République blanciste et de ses prédécesseurs, qui n’ont pas fait le nécessaire pour y remédier… A la source, une idéologie délétère qui a trouvé, pour la énième fois, une illustration dans le sort qui fut fait à la Révolution anjouanaise de 1997. Epilogue du largage de l’Afrique, du déni de francité, poussé dans ses ultimes conséquences, il y a cinquante ans, par le blanciste Charles de Gaulle, fondateur du régime.

Puisse la départementalisation de Mayotte, enfin survenue après des décennies de lutte, permettre de mettre un terme, entre autres aberrations, à celle qui veut que des Français, sous prétexte qu’ils sont Africains, ne possèdent pas collectivement, en même temps que leurs précieuses langues traditionnelles, la langue de la République. Et la citoyenneté française « à part entière ».

Ce qui n’est malheureusement pas le cas, sur ce dernier point, en dépit de la toute fraîche départementalisation : par exemple, le montant du RMI n’atteint à Mayotte que le ¼ de ce qu’il est dans l’Hexagone. Comme si le RMI de Lozère devait être révisé à la baisse au nom de la disparité du coût de la vie entre ce département et celui de Paris…

Mais il est vrai qu’en Polynésie, pourtant terre (en voie de largage ?) de la République, le RMI n’existe tout simplement pas…

Nous sommes bien, toujours, sous l'infâme Ve République blanciste…


Alexandre Gerbi







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23 août 2010

Charles de Gaulle : Discours d'Alger et de Mostaganem et confidences ultérieures

Vous avez dit
"déchéance de la nationalité" ?



Charles de Gaulle :

Discours d'Alger et de Mostaganem

4 et 6 juin 1958

et confidences ultérieures (1959)



par


Alexandre Gerbi

.


Tandis que le projet sarkozyen de déchéance de la nationalité n'en finit pas de défrayer la chronique et d'exciter les Tartuffes en France et dans le reste du monde, il est bon de revenir aux fondements de la Ve République blanciste, son idéologie secrète et délétère, ses innombrables et fondamentales trahisons de la République, de la démocratie, de l'Afrique et de la France.

C'est pourquoi nous croyons utile de proposer aux lecteurs les discours d'Alger et de Mostaganem, prononcés par Charles de Gaulle les 4 et 6 juin 1958.

Ces discours possèdent une double caractéristique : inspirés par l'avant-garde de l'école anthropologique française - en particulier par Claude Lévi-Strauss - mais aussi tributaires de la pensée politique nègre et ultramarine, ils brillent par leur hauteur de vue, et permirent au Général de justifier à la fois son retour par la force au pouvoir, le renversement de la IVe République, et d'obtenir les suffrages du peuple, en Métropole comme en Afrique ; ces discours furent intégralement trahis par le président de Gaulle, car celui-ci n'en croyait pas un mot.

En effet, dès l'année suivante, en 1959, de Gaulle avouera que l'égalité accordée aux Algériens et aux Africains lui semblait aussi absurde que stupide (voir ci-après, "ceux qui préconisent l'intégration sont des jean-foutre", "ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants")...

Pareils duplicité et machiavélisme anti-républicains et anti-démocratiques expliquent la plupart de nos désastres actuels, ainsi que ceux qui minent diversement l'Afrique et la France depuis des décennies. Tandis que le projet de déchéance de la nationalité française annoncé par le président de la République n'en est qu'un énième avatar.

Chacune et chacun puissent le comprendre.



Alexandre Gerbi




Discours d'Alger, 4 juin 1958


Je vous ai compris !

Je sais ce qui s'est passé ici. Je vois ce que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c'est celle de la rénovation et de la fraternité.

Je dis la rénovation à tous égards. Mais très justement vous avez voulu que celle-ci commence par le commencement, c'est à dire par nos institutions, et c'est pourquoi me voilà. Et je dis la fraternité parce que vous offrez ce spectacle magnifique d'hommes qui, d'un bout à l'autre, quelles que soient leurs communautés, communient dans la même ardeur et se tiennent par la main.

Eh bien ! de tout cela, je prends acte au nom de la France et je déclare, qu'à partir d'aujourd'hui, la France considère que, dans toute l'Algérie, il n'y a qu'une seule catégorie d'habitants : il n'y a que des Français à part entière, des Français à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Cela signifie qu'il faut ouvrir des voies qui, jusqu' à présent, étaient fermées devant beaucoup.

Cela signifie qu'il faut donner les moyens de vivre à ceux qui ne les avaient pas.

Cela signifie qu'il faut reconnaître la dignité de ceux à qui on la contestait.

Cela veut dire qu'il faut assurer une patrie à ceux qui pouvaient douter d'en avoir une.

L'armée, l'armée française, cohérente, ardente, disciplinée, sous les ordres de ses chefs, l'armée éprouvée en tant de circonstances et qui n'en a pas moins accompli ici une œuvre magnifique de compréhension et de pacification, l'armée française a été sur cette terre le ferment, le témoin, et elle est le garant, du mouvement qui s'y est développé.

Elle a su endiguer le torrent pour en capter l'énergie, Je lui rends hommage. Je lui exprime ma confiance. Je compte sur elle pour aujourd'hui et pour demain.

Français à part entière, dans un seul et même collège ! Nous allons le montrer, pas plus tard que dans trois mois, dans l'occasion solennelle où tous les Français, y compris les 10 millions de Français d'Algérie, auront à décider de leur propre destin.

Pour ces 10 millions de Français, leurs suffrages compteront autant que les suffrages de tous les autres. Ils auront à désigner, à élire, je le répète, en un seul collège leurs représentants pour les pouvoirs publics, comme le feront tous les autres Français.

Avec ces représentants élus, nous verrons comment faire le reste.

Ah ! Puissent-ils participer en masse à cette immense démonstration tous ceux de vos villes, de vos douars, de vos plaines, de vos djebels ! Puissent-ils même y participer ceux qui, par désespoir, ont cru devoir mener sur ce sol un combat dont je reconnais, moi, qu'il est courageux... car le courage ne manque pas sur la terre d'Algérie, qu'il est courageux mais qu'il n'en est pas moins cruel et fratricide !

Oui, moi, de Gaulle, à ceux-là, j'ouvre les portes de la réconciliation.

Jamais plus qu'ici et jamais plus que ce soir, je n'ai compris combien c'est beau, combien c'est grand, combien c'est généreux, la France !

Vive la République ! Vive la France !



Discours de Mostaganem, 6 juin 1958


La France entière, le monde entier, sont témoins de la preuve que Mostaganem apporte aujourd'hui que tous les Français d'Algérie sont les mêmes Français. Dix millions d'entre eux sont pareils, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Il est parti de cette terre magnifique d'Algérie un mouvement exemplaire de rénovation et de fraternité. Il s'est élevé de cette terre éprouvée et meurtrie un souffle admirable qui, par-dessus la mer, est venu passer sur la France entière pour lui rappeler quelle était sa vocation ici et ailleurs.

C'est grâce à cela que la France a renoncé à un système qui ne convenait ni à sa vocation, ni à son devoir, ni à sa grandeur. C'est à cause de cela, c'est d'abord à cause de vous qu'elle m'a mandaté pour renouveler ses institutions et pour l'entraîner, corps et âme, non plus vers les abîmes où elle courait mais vers les sommets du monde.

Mais, à ce que vous avez fait pour elle, elle doit répondre en faisant ici ce qui est son devoir, c'est-à-dire considérer qu'elle n'a, d'un bout à l'autre de l'Algérie, dans toutes les catégories, dans toutes les communautés qui peuplent cette terre, qu'une seule espèce d'enfants.

Il n'y a plus ici, je le proclame en son nom et je vous en donne ma parole, que des Français à part entière, des compatriotes, des concitoyens, des frères qui marchent désormais dans la vie en se tenant par la main. Une preuve va être fournie par l'Algérie tout entière que c'est cela qu'elle veut car, d'ici trois mois, tous les Français d'ici, les dix millions de Français d'ici, vont participer, au même titre, à l'expression de la volonté nationale par laquelle, à mon appel, la France fera connaître ce qu'elle veut pour renouveler ses institutions. Et puis ici, comme ailleurs, ses représentants seront librement élus et, avec ceux qui viendront ici, nous examinerons en concitoyens, en compatriotes, en frères, tout ce qu'il y a lieu de faire pour que l'avenir de l'Algérie soit, pour tous les enfants de France qui y vivent, ce qu'il doit être, c'est-à-dire prospère, heureux, pacifique et fraternel.

A ceux, en particulier qui, par désespoir, ont cru devoir ouvrir le combat, je demande de revenir parmi les leurs, de prendre part librement, comme les autres, à l'expression de la volonté de tous ceux qui sont ici. Je leur garantis qu'ils peuvent le faire sans risque, honorablement.

Mostaganem, merci ! Merci du fond de mon cœur, c'est-à-dire du cœur d'un homme qui sait qu'il porte une des plus lourdes responsabilités de l'Histoire. Merci, merci, d'avoir témoigné pour moi en même temps que pour la France !

Vive Mostaganem !
Vive l'Algérie !
Vive la République !
Vive la France !

Le Général s'éloigne du micro. La foule scande : "Algérie française". Le Général revient au micro et dit : "Vive l'Algérie française".

Source : http://www.charles-de-gaulle.org/


Dès l'année suivante, en 1959, Charles de Gaulle, devenu président de la République, jettera le masque (du moins en coulisses, car il se gardera bien de tenir de pareils propos face aux micros...) en confiant à Alain Peyrefitte :

Le 5 mars 1959 :

Général de Gaulle : Et les députés du groupe UNR, comment pensent-ils qu'on va s'en sortir ?
Alain Peyrefitte : Ils sont massivement favorables à l'intégration et à l'Algérie française.
GdG : Vous aussi, vous êtes pour l'Algérie française ?
AP : Je serais pour... si c'était possible. Mais je ne crois pas du tout que ça le soit.
GdG : Qu'avez-vous dit à vos électeurs pendant votre campagne ? Qu'avez-vous mis dans votre profession de foi ?
AP : J'ai dit et écrit qui faudrait "trouver une solution généreuse", "établir une paix juste".
Le Général esquisse un léger sourire : Vous ne vous êtes pas beaucoup avancé.
AP : Je ne m'y suis pas senti autorisé.
GdG : Je ne vous le reproche pas. Malheureusement, la plupart de vos collègues se sont crus autorisés, eux, à militer pour l'Algérie française et l'intégration ; et maintenant, ils voudraient m'imposer de tenir les engagements qu'ils ont eu la légèreté de prendre. De toute façon, l'Algérie française, c'est une fichaise et ceux qui préconisent l'intégration sont des jean-foutre. (…)
AP : Pourquoi n’avez-vous jamais utilisé ce terme (l’intégration ) ?
GdG : Parce qu’on a voulu me l’imposer, et parce qu’on veut faire croire que c’est une panacée. Il ne faut pas se payer de mots ! C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! (…) Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants. (…) Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain, seront vingt millions et après-demain quarante ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »


Le 20 octobre 1959, enfonçant le clou :

Général de Gaulle : « Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l’Elysée ? »


Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 1, Ed. Fayard, 1994.

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6 mars 2010

Sarkozy à Libreville : Pire que le discours de Dakar ?





Sarkozy à Libreville :

Pire que le discours de Dakar ?





par


Alexandre Gerbi
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A priori, difficile de faire pire que le discours de Dakar de 2007, qui par ses grossières approches déchaîna un tollé à travers toute l’Afrique. Or voici que le comble de la falsification historique vient d’être accompli tout récemment par Nicolas Sarkozy, face à des centaines de personnes, à Libreville, au Gabon. Encore par ignorance ? En tout cas, cette fois-ci, les énormités sarkozyennes n’ont eu le don de révolter personne…

Le 24 février 2010, à Libreville donc, Nicolas Sarkozy, apparemment très à l’aise, à tu et à toi avec son homologue gabonais, Ali Bongo, avait pourtant bien commencé, puisque pour la première fois un grand tabou était levé par une bouche officielle : « Au seuil de l’Indépendance, certains de vos grands aînés ont souhaité la départementalisation ».

Episode longtemps très secret, ignoré voire nié, et pour cela absent de presque tous les livres jusqu’à ce jour, le Gabon a en effet demandé la départementalisation en 1958. Mais le gouvernement métropolitain d’alors s’y opposa vertement. Ce que l’historien Sarkozy commente en ces termes : « Heureusement, il en fut autrement, parce que vous aviez compris que si l’amitié est précieuse, la liberté, elle, est vitale. Et c’est ce choix qui fut celui de nos amis gabonais ».

On a le droit de divaguer et même celui de dire n’importe quoi. Pourtant, si l’on parle d’Histoire, les Gabonais ne firent, à l’époque, aucun choix. Car le général de Gaulle, ce que Nicolas Sarkozy se garde bien de rappeler, refusa la départementalisation (en violation de l’article 76 de la Constitution, octobre 1958), puis il donna des ordres (janvier 1960) pour pousser l’auteur du projet en personne, Léon Mba, à réclamer l’indépendance (août 1960). De l’aveu même du Général, les services français eurent toutes les peines du monde à le convaincre…

Ayant imposé le principe de l’indépendance à Léon Mba et à son gouvernement, de Gaulle eut encore à museler les populations gabonaises largement favorables à l’unité franco-africaine égalitaire et fraternelle. En particulier, justement, du côté de Libreville, à l’époque vieille ville franco-gabonaise largement métisse. Pour déposséder les Gabonais du droit à l’autodétermination, de Gaulle fit donc voter à Paris la Loi 60-525 (mai-juin 1960, au prix d’une quadruple violation de la Constitution, qui fit d’ailleurs pas mal de vagues).

Tout cela, Nicolas Sarkozy le sait très bien, ou devrait le savoir. Dans ces conditions, comment peut-il invoquer la « liberté » et le « choix » des Gabonais, sinon en espérant flatter un auditoire théoriquement complice et, surtout, tenu au silence depuis un demi-siècle ? Au reste, probablement gênée par l’ampleur de l’imposture, la salle a très timidement applaudi…

Omar Bongo, dont Nicolas Sarkozy se flatte d’être allé honorer la tombe à Franceville, avait ordonné la publication, dans les années 1980, d’un gros ouvrage consacré à l’Histoire de son pays : le Mémorial du Gabon. L’« Affaire gabonaise », la départementalisation refusée y était sèchement relatée. L’ouvrage rappelait le soutien populaire dont bénéficiait le projet de départementalisation porté par Léon Mba. C’est peu dire qu’en entendant Nicolas Sarkozy gloser sur la « liberté » et le « choix » des Gabonais en 1960, Omar Bongo et Léon Mba ont dû se retourner dans leur tombe, en même temps que tous les anciens qui jadis se rêvaient Français, ou Franco-Africains... Mais après tout, au diable le respect des ancêtres, pourtant « sacré » en Afrique selon Nicolas Sarkozy…

Vous avez dit « cynisme », encore et toujours ?

D’évidence, cet outrage à la mémoire des morts place sous de bien funestes auspices le projet soi-disant « gagnant-gagnant » que Sarkozy entend substituer, avec l’aide de son « ami » Ali Bongo, à la dite « Françafrique ». Les « indépendances » assorties de la « coopération », rappelons-le, étaient également censées être, au beau temps de papa de Gaulle, une opération « gagnant-gagnant ». On sait ce que cela a donné, et le rôle que tint le mensonge – majuscule – dans cette sinistre et criminelle affaire…

Aucune fraternité réelle entre la France et ses anciens territoires et populations d’Afrique ne pourra être sainement reconstruite sur d’autres bases que l’honnêteté face au passé et à l’Histoire. Il est bien triste que même la gauche et l’extrême-gauche, en France, soient incapables de le rappeler à Nicolas Sarkozy. Tout simplement parce qu’elles sont l’une et l’autre, comme lui, intimement liées au système de la Ve République blanciste agonisante.

Face à pareil scandale et à la paralysie du système, les grands médias ne peuvent-ils donc rien faire, rien dire ? Et les Africains ne devraient-ils pas réclamer à cor et à cri la vérité, par fidélité aux ancêtres et au Grand Esprit Nkoué Mbali ?

Puissent ces quelques réflexions ne pas tomber dans l’oreille de sourds…


Alexandre Gerbi




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30 oct. 2009

Identité Nationale : Les « flous de mémoire » du gaulliste Max Gallo





Identité Nationale :


Les « flous de mémoire »

du gaulliste Max Gallo



par


Alexandre Gerbi
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Depuis des années, Max Gallo fait un peu partout l’apologie du général de Gaulle. Télé, radio, presse écrite : l’ex-homme de gauche est devenu, au fil des années, l’un des hagiographes officiels du fondateur de la Ve République.

Or camper systématiquement Charles de Gaulle en saint républicain, cela pose quelque problème. Du moins pour qui s’est donné la peine de se pencher un peu, et surtout sans œillères, sur le cas de Gaulle.

Mais il semble que Max Gallo ne se soit pas donné cette peine. A moins qu’il préfère oublier ce qui ne cadre pas avec le mythe d’un Général exemplaire incarnant la République et la France…

Quand France Inter balance sur de Gaulle

Mardi 27 octobre 2009, dans le « 7-10 », journal du matin de France Inter, Max Gallo était invité à donner son avis au sujet du débat sur l’identité nationale que lance l’Etat sarkozyen.

L’émission prit un tour atypique lorsque le journaliste-animateur, Alain Le Gouguec, posa cette étrange question à l’historien :

« Ce matin, en préparant cette émission, je suis tombé sur le blog de Gérard Gachet, qui est porte-parole du ministère de l’Intérieur, de Michèle Alliot-Marie. Il écrivait le 1er avril 2007, en pleine campagne présidentielle, une sorte d’éditorial qu’il intitulait « Flotte petit drapeau » (…), et il citait le général de Gaulle, des propos rapportés par Alain Peyrefitte. Le général de Gaulle définissait la France comme « un pays européen, essentiellement de race blanche, de culture gréco-romaine, et de religion judéo-chrétienne ». Ça laisse pantois, quand même, de voir qu’on puisse se référer à de telles citations, qu’il faut replacer dans un contexte historique, citation sortie de la bouche d’un homme qui est un homme, peut-être, d’un autre siècle… Max Gallo ? »

Le « flou de mémoire » de Max Gallo

Manifestement embarrassé, l’historien fit mine de ne pas connaître précisément cette citation :

« Ecoutez, j’ai écrit une biographie du général de Gaulle. Cette citation, je n… je n… En tout cas, elle ne me surprend pas, puisque de Gaulle a fait d’autres citations du genre, « La France est un pays chrétien, Clovis a été baptisé ». Il y avait donc en lui un enracinement dans une tradition française, dans une partie de l’histoire française… Simplement, ce que je retiens, moi, de de Gaulle, ça n’est pas cette citation, qui est réelle, qui est exacte, enfin j’imagine, je ne l’ai pas sous les yeux, mais en tout cas, on peut… Il a fait des discours, des citations semblables… Ce que je retiens de lui, c’est le CNR, c’est Jean Moulin, c’est le choix face à une France qui est celle de Pétain, l’affirmation d’une France républicaine dans laquelle de Gaulle dit : « Je n’ai autour de moi que des Juifs lucides, quelques aristocrates et d’autres déclassés » à Londres en 1940. »

A la minute 15’08 :

http://www.dailymotion.com/video/xaxwd3_lidentite-nationale_news

Bizarre « flou de mémoire » pour un spécialiste de Charles de Gaulle, d’autant que la citation en question est bien connue. Non seulement depuis 1994, avec la publication chez Fayard de C’était de Gaulle d’Alain Peyrefitte, mais aussi depuis, au moins, 1967, puisque le grand journaliste politique JR Tournoux, dans La Tragédie du Général, chez Plon, lui prêtait des propos identiques.

Pourquoi Max Gallo fit-il semblant de ne pas avoir en tête cette citation pourtant fameuse – sans vraiment, il est vrai, oser dire clairement qu’il ne la connaissait pas…

De Gaulle dans le texte

D’abord parce que cette citation est encore plus gênante qu’il n’y paraît.

En effet, la formule est ici tronquée, et même un peu déformée. La citation exacte et plus complète dit :

« C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allé les voir ? Vous les avez regardés, avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! » (C’était de Gaulle, tome 1, p. 52)

L’amnésie de Max Gallo présente une autre utilité. Feindre de ne pas en avoir de souvenir précis, permet d’évacuer la date où cette citation fut prononcée. Or Peyrefitte la fixe au jour près : le 5 mars 1959.

De là, dans sa réponse à Alain Le Gouguec, Max Gallo peut, sans complexe, renvoyer au de Gaulle de 1940, alors même que cette réflexion date de… dix-neuf ans plus tard !

Somme toute, c’est un peu comme si l’historien, interrogé sur une citation du maréchal vichyste, avait répondu : « Ce que je retiens, moi, de Pétain, c’est le héros de Verdun ».

Largage anti-bougnoulisation

Pourquoi tant de faux-fuyants ?

En réalité, cette citation prend place dans un florilège de réflexions par lesquelles le Général justifia, à l’époque, son entreprise de démantèlement de l’ensemble franco-africain. Le largage de l’Outre-mer visait notamment à empêcher la « bougnoulisation » de la France qu’aurait entraînée l’octroi de l’égalité politique. D’ailleurs, de Gaulle déplora devant Peyrefitte que « nos Africains » aspiraient bien davantage à l’égalité politique et sociale qu’à l’indépendance…

Cette citation résume l’un des grands axes de la pensée du Général. Elle témoigne de convictions qui, partagées par la majorité des politiciens métropolitains de l’époque, conduisirent à l’exclusion des populations d’Algérie et d’Afrique noire, au gré d’une (re)définition très spéciale de l’identité française, habilement dissimulée sous la rhétorique du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

La Ve République blanciste est l’héritière de cette sidérante machination, en même temps que sa cacochyme, quoique obèse, créature...

Coupables d’être Français arabo-berbères et musulmans

Max Gallo connaît ces méandres cruciaux. Pour autant, il préfère botter en touche, quitte à participer subtilement, ainsi, à une manipulation criminelle.

Manipulation criminelle, car pour mieux occulter le rêve de la fraternité franco-africaine broyée par de Gaulle entre 1958 et 1962, le régime et ses alliés ont abreuvé le bas peuple de mensonges. Ils firent et font toujours du FLN le glorieux vainqueur de la guerre de « libération » algérienne, et présentent les partisans de l’Algérie française de l’Intégration (c’est-à-dire, à l’époque, de l’égalité et de la diversité dans la République) comme des fascistes, et les Harkis comme des « collabos », traîtres au peuple algérien.

Recrue de ces simplismes délétères, en l’an 2009, dans les banlieues françaises, une grande partie de la jeunesse exècre les Harkis, maudit de plus en plus souvent la France et brandit, fort logiquement, le drapeau FLN, devenu celui de l’Algérie indépendante…

Clef de voûte du système : depuis des décennies, le Général-Président en gloire, érigé en idole infaillible, presque sacrée, lui qui bazarda les Nègres, lui qui offrit si lucidement l’Algérie au FLN et lui livra non moins lucidement les Harkis pour le supplice et pour la mort, parce qu’ils étaient coupables d’incarner l’unité franco-africaine qu’il convenait, définitivement, d’anéantir.

Parce que les Harkis étaient coupables, aussi, d’être ce qu’ils étaient : des Français arabo-berbères et musulmans... D’ailleurs, les rescapés, parvenus en France, furent enfermés dans des camps.

Un révolutionnaire aggiornamento

Max Gallo et ses pairs, intellectuels, hommes de médias ou politiques, continueront-ils encore longtemps de mentir et de contribuer, sans toujours s’en apercevoir, à la dislocation de notre cher et vieux pays ?

Puisse le débat sur l’Identité nationale, évidemment indispensable compte tenu de l’ampleur des blocages et des intérêts menacés, des compromissions stratifiées, être l’occasion d’un révolutionnaire aggiornamento, et non d’un énième crime contre la France, l’Afrique et leur mémoire commune, tellement falsifiée.

Et puissent Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï, qui assiègent le Palais Bourbon depuis six mois au nom de quarante-sept ans de martyre Harki, cesser d’être les damnés de la « terre » de la Ve République blanciste, pour devenir, comme leurs pères, des héros africains de la République française.

Pardon, de la grande Ve République égalitaire franco-africaine, qui fut assassinée il y a bientôt cinquante ans...


Alexandre Gerbi




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16 juin 2009

Ode au grand homme

Article publié sur le site
Afrique Liberté en mai 2008
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Ode

au grand homme

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Anne-Proserpine Diop
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Il y a un peu plus d’un an, à l'occasion du 50e anniversaire de la prise du pouvoir par le général de Gaulle en Mai-Juin 1958, Anne-Proserpine Diop publiait cette tribune décapante sur le site Afrique Liberté, aujourd'hui disparu. A l'approche du 50e anniversaire des indépendances d'Afrique subsaharienne (1960-2010), nous croyons utile de la republier. Attachez donc bien vos ceintures et... bonne lecture !




Merci à toi, Ô fondateur de la glorieuse Vème République et son seul grand président, merci d’avoir purifié la France, Ô grand alambic, toi sans qui nous aurions été horriblement précipités !

Certes, nous perdîmes dans l’affaire 95 % de notre territoire et la moitié de notre population, mais qu’importe ?

Certes, les « indigènes » devinrent souvent ensuite des pauvres parmi les pauvres et innombrables martyrs, les bourgeoisies-intelligentsias africaines et maghrébines pataugent dans le nationalisme, l’ethnicisme voire le racisme et l’antisémitisme, et cultivent à plaisir des sentiments anti-français dont elles tentent d’abreuver leurs peuples avec notre bénédiction, mais qu’importe ?

Certes, dans ce contexte de mensonge, de mépris et d’injures, les banlieusards de nos villes, « blacks » ou « beurs », sont complètement paumés et vomissent l’Etat français blanciste et retors, ainsi que la République, ses valeurs, la France et son peuple qu’ils confondent avec lui, mais qu’importe ?

Certes, tout cela réjouit nos concurrents qui n’en espéraient pas tant – la France non seulement dépossédée de la totalité de son Empire, mais encore confrontée aux conséquences catastrophiques du choix blanciste sur sa propre population ! – , mais qu’importe ?

L’essentiel c’est que nous te disions grand merci, Ô génie des Alpes en ce sens que tu planes très haut sur les sommets aristocratiques de la vision nationale et de la pensée.


Merci à toi, Ô esprit prodigieux et fulgurant, incarnation zélée du courage et du prestige, toi qui nous as légué l’Europe blanche et propre et riche plutôt que l’Afrique noire et grise, crasseuse et incapable !


Merci à toi, Ô Père Noël – que Dieu ne t’a-t-il fait éternel pour conduire les veaux à jamais ! – merci à toi, grâce à qui j’allume en l’an 2008 ma télé à 20 heures tous les jours pour admirer mon président blanc, mon Assemblée nationale blanche et mon Sénat blanc, mes maires blancs, mes partis politiques blancs, mes intellectuels blancs, mes écrivains et mes écrivaines blancs, ma France d’en-haut obèse et blanche, avec sa minimale écume métèque.

Merci à toi, Ô élixir de France, en ce sens que la France blanche éternelle s’incarna en toi comme Dieu en Jésus-Christ !

Merci à toi, Ô l’ami des peuples, d’avoir rendu nègres et ratons à la Liberté qui nous profite et les assassine !

Et merci à toi, Ô gardien de l’ordre harmonieux, merci encore d’avoir ranci dans la consommation opulente les sans-culottes françois de la sorte muselés !

Ô oui, infiniment merci à toi d’avoir guéri le peuple français de l’absurde lubie d’apporter au Monde entier Liberté, Egalité, Fraternité et Laïcité, ces marottes qui ne valent que pour lui, et encore, et merci aussi pour les Amerloques et pour Ben Laden : plus la France est réduite et modeste, plus le peuple français tourne le dos au monde, plus ceux-là sont prospères et puissants !


Enfin merci, merci mille fois à toi, Ô le bien nommé et le bien taillé, grand fils de Gaule, protège dans tes mains fermes et rugueuses les mânes de nos ancêtres blancs et blonds, toi qui deux fois sauvas la France en pourfendant le péril étranger ! A l’heure où mugissent les banlieusards basanés et enragés, désintégrés et intégristes, oranges mécaniques vivantes preuves de ta clairvoyance, il fallait s’en débarrasser, ces gens-là ne peuvent être la France, ces gens-là ne sauraient être la France, jamais deux sans trois, Ô premier d’entre les Gaulois, que le ciel nous tombe sur la tête, ressuscite et reviens encore une fois nous sauver !


Anne-Proserpine Diop




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20 mars 2009

Départementalisation de Mayotte

Départementalisation de Mayotte
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Prisonniers
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d'une histoire ancienne
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par
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Alexandre Gerbi
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Le 29 mars prochain, par référendum, Mayotte se verra proposer de devenir un département français.

Le rapport (UMP-PS) de la Commission des Lois explique :

« L’attachement indéfectible de la population de Mayotte à la France, la constance et la force de son aspiration à se rapprocher du droit commun de la République créent des devoirs pour notre pays : prendre en compte cette volonté constitue une exigence démocratique. »


Entre exigence démocratique et… sociale ?

A l’approche du cinquantenaire des indépendances africaines (1960-2010), en accomplissant symboliquement la mutation refusée il y a un demi-siècle, l’Etat français espère-t-il démontrer à la face du monde sa rupture avec la Ve République blanciste ?

A examiner le projet de plus près, loin d’accueillir fraternellement dans la communauté nationale 185.000 Mahorais majoritairement noirs et musulmans, il semble plutôt que le gouvernement s’apprête à faire de Mayotte le théâtre d’une énième aventure ambiguë. Dans la plus pure tradition du régime…

Un seul exemple.

Dans le 101e département français, nos « concitoyens mahorais » seront gratifiés d’un RMI qui ne sera pas le même qu’en métropole. Il lui sera même quatre fois inférieur.

« (…) ce bouleversement déstabiliserait l’économie mahoraise », explique la Commission des Lois.

En son temps, le Ministère de l’Economie Fabius-Parly invoqua semblable souci de l’équilibre des économies locales pour justifier son refus d’appliquer un arrêt du Conseil d’Etat recommandant la « décristallisation » des pensions des anciens combattants africains (ou plutôt franco-africains…).

Force est de constater que le sous-développement (ou le niveau de vie) de la Corrèze n’a jamais induit des tels ajustements…


L’égalité ? Oui… mais

L’Etat français prétend appliquer à Mayotte l’égalité républicaine. Mais fidèle à la tradition typiquement colonialiste du « deux poids deux mesures », il commence par en exclure les montants du RMI et du SMIC, en arguant d’un sous-développement local dans lequel, pourtant, sa responsabilité est patente.

« Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde », écrivait Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme.

Comment les députés français peuvent-ils craindre que Mayotte ne sache, dans l’avenir, offrir du travail à sa jeunesse, et lui infliger dans le même temps un sous-régime salarial et social qui pourrait durer jusqu’à « 25 ans » ? Quelle est cette rupture qui emprunte au système qu’elle prétend abattre certaines de ses recettes les plus rances ?

L’Union Africaine a condamné par avance ce référendum organisé sur une terre « occupée par une puissance étrangère », et le colonel Kadhafi accuse la France de « néocolonialisme ». Les députés de la Commission s’en sont offusqués. Pourtant, en traitant comme à son habitude les ultramarins en Français de seconde zone, Paris justifie ces grondements et ces attaques.

Car la départementalisation de Mayotte nous confronte à des problématiques coloniales ou néocoloniales, et s’inscrit dans un contexte historique, politique et géographique complexe.

Or celui-ci est largement caché, voire falsifié, par la Commission des Lois et le gouvernement français, mais aussi par la « gauche de la gauche » française, et certaines des plus hautes instances internationales…


La Révolution anjouanaise

Eté 1997. A l’issue de grèves de longue durée, de soulèvements populaires, de fête nationale non chômée et de 14-juillet fêté, Anjouan et Mohéli font sécession de la République des Comores, et proclament leur rattachement à la France.

A l’époque, l’Union Européenne, l’OUA et Paris condamnent la sécession, et Grande Comore finit par organiser un débarquement militaire pour faire rentrer les « rattachistes » dans le rang. En vain. L’unité de la République des Comores, devenue Union fédérale, ne s’en est jamais vraiment remise.

De là, on comprend qu’aujourd’hui Grande Comore exige plus que jamais la rétrocession de Mayotte, et que celle-ci ne veuille pas en entendre parler.

On comprend aussi que, contrairement à la « volonté » des Mahorais, pas plus en 2009 qu’en 1997 (ou en 1981…) celle des Anjouanais et autres Mohéliens n’inspire à la Commission des Lois et au gouvernement français une quelconque « exigence démocratique »…


Les errements d’une certaine gauche

Dans l’Humanité, le 12 mars 2009, on lisait :

« Jean-Paul Le Coq (PCF) a rappelé, au nom des députés communistes et du Parti de gauche, que « la séparation arbitraire de Mayotte viole l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores et suscite légitimement les condamnations internationales, notamment des États-Unis » ».

A suivre le PCF et le Parti de Gauche, faudrait-il que la France impose l’indépendance à Mayotte, et somme ses populations d’intégrer l’Union des Comores, avec la bénédiction de Washington, selon les méthodes appliquées à l’Afrique française en 1960 ?

Cette gauche stalino-trotsko-sartrienne française, prisonnière d’une histoire absurde ou criminelle qui l’a conduite, il y a cinquante ans, à trahir les rêves égalitaires des Africains au profit de l’impérialisme soviétique et de ses cauchemars (mais aussi, dans les faits, des néocolonialismes français, états-uniens, et autres), se dresse maintenant contre l’unité franco-mahoraise.

Que ne suit-elle dignement l’idéal d’un Senghor, d’un Lévi-Strauss ou même d’un Césaire, tels que la République blanciste, PCF compris, les élimina ou les écrasa, les dégoûta et les aliéna, parce qu’elle refusait de bâtir avec l’Outre-mer un projet fraternel… Il faut relire la lettre de démission d’Aimé Césaire à Maurice Thorez en 1956.


Les monstres de faïence

Si le gouvernement français, dans un respect strict et mutuel avec ses interlocuteurs comoriens et dans un dialogue permanent avec l’Union Africaine, songeait à ouvrir honnêtement et fraternellement les très épineux dossiers d’Anjouan et de Mohéli, il romprait radicalement avec une tradition abjecte.

Or, par un paradoxe qui n’est qu’apparent, s’il s’avisait d’accomplir enfin les rêves de Senghor, de Lévi-Strauss et de Césaire – et même peut-être ceux de Rosa Luxembourg – le gouvernement français trouverait sur sa route une extrême-gauche galvanisée.

Non d’ailleurs sans quelques bonnes raisons, tout de même, puisque le régime, à l’image de son projet de départementalisation de Mayotte ou d’autonomie des Antilles, traîne de vieilles démangeaisons inégalitaires et colonialistes…

Ce face-à-face, absurde et monstrueux, où chacun des adversaires trahit, dans les deux cas et chacun à sa façon, tout à la fois les Nègres, la France, le peuple, la République et ses principes, est le paradigme de tout un système. Espérons-le, agonisant.




Alexandre Gerbi




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30 janv. 2009

La Ve République blanciste

Pour en finir avec 2008
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La Ve République blanciste
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Enjeux cruciaux d'un immense tabou
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et perspectives historico-politiques
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par
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Alexandre Gerbi
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Un rideau de flammes est tombé sur l’année 2008, et sur le black-out politique et médiatique qui marqua les cinquante ans de 1958. Un régime qui n’ose pas fêter son anniversaire, voilà qui est singulier... Faut-il croire qu’en pulvérisant le record des incendies de voitures le 31 décembre, quelqu’un ait voulu s’en charger à sa place, allumant 1147 bougies sur un sombre gâteau ?

Probablement honteux d’être si lâche, le régime a tout de même rendu un hommage subreptice et néanmoins vibrant à son fondateur. Le 11 octobre 2008, lors de l’inauguration du mémorial de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises, le président Sarkozy poussa même l’hagiographie jusqu’à ironiser, avec des airs patelins, sur le « fascisme » du Général : « (De Gaulle) fut même accusé de fascisme. Souvenez-vous de ces pancartes… honteuses… ‘le fascisme ne passera pas’… Mon Dieu… Ceux qui manifestaient à l’époque, s’ils n’avaient que ce risque à assumer, ben ils ont pas été souvent au front alors… ou ça devait être un front bien confortable… »

Qui eût songé à contredire l’Omniprésident ? Comme tous ceux qui souscrivent ou consentent à ses sarcasmes, sans doute M. Sarkozy n’a-t-il jamais entendu parler du semi coup d’Etat de mai 1958, par soulèvement militaire en Algérie puis prise de la Corse et menaces d’une intervention armée des « paras » sur la métropole, ni des ratonnades du 16 octobre 1961 à Paris, ni des tirs nourris sur la foule le 26 avril 1962 rue d’Isly à Alger, ni, dans la même ville, des Barbouzes torturant et assassinant dans la cave de la villa Andrea (tortures, énucléation des yeux, balles dans la tête), ni du massacre de dizaines de milliers de harkis et d’Algériens francophiles déclarés indésirables en France et livrés désarmés au FLN… Pour s’en tenir à quelques exemples de ce qui se passait « au front »… Mais le fascisme a pour caractéristique, en plus de bafouer les principes républicains, d’écraser la démocratie. M. Sarkozy a-t-il eu vent des multiples violations de la Constitution, aux degrés les plus graves, dont s’est rendu coupable le Général, notamment en octobre 1958 (affaire gabonaise) et mai-juin 1960 (Loi 60-525) ? Sans parler de la mise en place du néocolonialisme en Afrique noire via les réseaux Foccart, ses fins odieuses, ses méthodes criminelles ?

« Tout cela, objecteront certains, ne relève pas stricto sensu du fascisme ! » Peut-être… Mais au regard de tous ces faits, le président Sarkozy a-t-il été vraiment bien inspiré de remettre de la sorte le terme sur le tapis ?

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Tandis que s’ouvre l’année 2009, la Ve République blanciste, colmatée de mitterrandisme à la sauce SOS Racisme, craque de toute part. Dans l’étrange univers des « cités », le communautarisme à caractère ethnique et/ou religieux se conjugue avec la haine de l’Etat et de la France qui lui est associée, et gagne d’année en année un terrain plus vaste, particulièrement dans la jeunesse ; dans la France profonde, la neurasthénie le dispute au désespoir, à l’inquiétude, au sentiment de trahison, voire au désabusement... Le tout sur fond de crise d’identité collective.

Est-il si étonnant que notre pays soit ainsi déboussolé ?

Avec la Ve République blanciste, la France tourna le dos à l’Afrique, et rompit brutalement avec près de deux siècles de son histoire. Une histoire enracinée dans l’idéologie de la Révolution française, les promesses égalitaires de la IIe et de la IIIe Républiques, que prolongeaient les conclusions exposées par Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques (1955). Ce dernier point, particulièrement embarrassant, le petit monde politique et intellectuel français s’est empressé, évidemment, de l’oublier. Pour cause d’utopie ? Amnésie intégrale et bien pratique, en vérité…

Rappel des faits.

Entre 1958 et 1962, le général de Gaulle, obsédé par la préservation d’une France « de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne », profita du contexte international pour séparer organiquement la métropole de ses territoires africains. Ironie suprême, pour accomplir ce programme du largage de l’Afrique, de Gaulle prétendit d’abord accomplir la fusion de la France avec l’Algérie. Au gré d’un scénario époustouflant, l’homme du 18 juin, le plus illustre des Français endossait le projet de Claude Lévi-Strauss… Ce programme fut l’Intégration, c’est-à-dire l’octroi de la citoyenneté pleine et entière aux Arabo-Berbères d’Algérie, dont l’un des principaux lieutenants du Général révolutionnaire, Jacques Soustelle, ami de Lévi-Strauss, avait posé les premiers jalons en Algérie en tant que gouverneur général, nommé à ce poste par le ministère Mendès France en 1955. Un programme qui répondait à la volonté profonde (ou au consentement) de la plupart des populations algériennes mais aussi métropolitaines, qui l’approuvèrent en 1958, en apportant massivement leurs suffrages à de Gaulle. Ce que Métropolitains et Algériens ignoraient, c’est que l’« officier de filiation nationaliste et conservatrice, voire monarchiste » (Viansson-Ponté) avançait masqué, et se faisait précisément élire sur le programme qu’il comptait pourfendre.

Pour le gouvernement français, le largage de l’Afrique répondait à un calcul plus alléchant qu’on ne le dit.

Politiquement : ce choix bénéficiait de l’assentiment des Etats-Unis, de l’URSS, des libéraux (Aron) et des communistes (Sartre, PCF), des réactionnaires (l’« Algérie Française » induisant la « France algérienne »), du Vatican… Autant d’appuis, à l’extérieur comme à l’intérieur, quadrillant le terrain idéologique et disposant de puissants relais de propagande… Ceux d’extrême gauche, en particulier, avaient pour avantage de noyauter une gauche modérée d’autant plus complaisante à l’égard des thèses soi-disant « progressistes » que recyclait adroitement le Général, qu’elle aussi était blanciste sur les bords et aux entournures…

Economiquement : en réduisant la France à la métropole, de Gaulle ramena le pays à sa partie la plus riche et la plus performante, tout en conservant de très lucratives positions dans ses anciens territoires africains, où il continua de faire la pluie et le beau temps. L’apartheid inavoué, le système de « bantoustans » inféodés à l’ex-métropole, le rempart contre la « bougnoulisation » (selon le mot du Général…) que constitua la décolonisation franco-africaine, fut ainsi très habilement travesti en triomphe du « sens de l’Histoire » et du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Merveille des merveilles, le stratagème permit la perpétuation de l’exploitation colonialiste (tout en s’en séparant organiquement, la France se maintint en Afrique avec la bénédiction de Washington, dont c’était justement le plan en vogue dans l’Administration des années 1956-1958…), exploitation (néo)colonialiste que l’instauration de l’égalité politique eût, au contraire, interdite. Le peuple français, quelque peu désorienté par ce sidérant revirement, eut de la sorte les moyens de noyer son chagrin dans une société de consommation frénétique, et d’enfouir son deuil de puissance sous la poussière atomique (la bombe tombant à point nommé, cadeau de Washington…). Un tour de passe-passe ultralibéral et civilisationnel, quelques cataplasmes opportunément placés, un assortiment de cabrioles rhétoriques et, au besoin, quelques coups de violon, épaulés par l’extrême gauche à des fins géostratégiques internationales d’ailleurs démentielles. Tout bénéfice. A tous les coups l’on gagne. Chapeau l’artiste.


Sauf à long terme.


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Aujourd’hui, en Afrique, la défiance à l’égard de la France ne cesse de s’amplifier, alors que l’Hexagone menace, à terme, de se disloquer. Il est presque cocasse de prophétiser un avenir d’apartheid, comme le fait M. Yazid Sabeg, à une république fondée sur une sorte particulière d’apartheid organisé à échelle intercontinentale…

Les ressorts de la dislocation, Claude Lévi-Strauss les avait en partie analysés, de façon pénétrante, dans Tristes Tropiques. Pour les déjouer, le grand anthropologue prônait une courageuse réforme égalitaire. En mai-juin 1958, le Général endossa ce programme afin de pousser l’armée à la révolte, revenir aux affaires, obtenir les suffrages du peuple et justifier le renversement de la IVe République. Mais devenu maître du pays au nom de ce projet (qu’on ose relire les discours d’Alger et surtout de Mostaganem, en juin 1958 ; qu’on se rappelle aussi qu’alors, 46 députés arabo-berbères prirent place au Palais Bourbon), il fit volte-face et le dynamita de l’intérieur. Un demi-siècle plus tard, comme annoncé par Lévi-Strauss, la scission est accomplie, les barrières communautaires sont solidement dressées. Et les voitures brûlent.

La jeunesse française d’origine africaine, dont le cœur bat pour l’Afrique, ne peut aisément se sentir d’un pays qui a rejeté ses pères, tandis qu’on lui répète comme à plaisir que ce sont ses pères qui rejetèrent la France. Dans un réflexe bien compréhensible, elle vit dans le mythe de pays d’origine parvenus à se séparer de la France comme d’un ennemi étranger, et, selon un mécanisme sans doute encore plus complexe, elle tend à vivre dans l’adoration de ce qui fut, ici, méprisé. Non seulement méprisé, mais aussi nié contre ce qui avait été promis par la IIIe République (et par la Ve République naissante…), et espéré ou consenti par la plupart de ses enfants. De cette aspiration contrariée, la jeunesse garde parfois, malgré l’amnésie, un souvenir ténu, une certaine conscience…

En revanche, ce qu’elle ne sait souvent plus du tout, c’est que le peuple, en Afrique mais aussi en métropole ne souhaitait pas cette rupture. Elle l’ignore, car l’histoire officielle lui raconte le contraire. Félix Houphouët-Boigny, Barthélémy Boganda, Hamani Diori, Léon Mba, et même Léopold Sédar Senghor : ces hommes que leurs peuples suivaient, voulaient ardemment bâtir la grande République franco-africaine – que celle-ci fût fédérale, confédérale ou jacobine – bien davantage qu’ils ne rêvaient d’indépendance. A leurs yeux pragmatiques, le meilleur moyen d’abolir le colonialisme, c’était d’accomplir les promesses égalitaires de la République, et ce n’était surtout pas la séparation avec la France et le peuple français. Bien au contraire. Ils prônaient le renforcement de ces liens, par l’instauration de l’égalité politique pleine et entière. L’une des prouesses de la Ve République blanciste fut de faire totalement oublier cette réalité, en particulier à sa jeunesse, et notamment celle des « cités ».

Dernier mouvement du désastre. Deux décennies passèrent. En 1981, la décolonisation étant devenue un fait accompli, la gauche accéda au pouvoir. Mais au lieu de procéder à un quelconque aggiornamento, elle perpétua le mensonge comme elle l’avait d’ailleurs fait jusque-là.

Désormais aux manettes, ses intérêts se confondant avec ceux de l’Etat, comme pour se refaire une vertu, elle mit progressivement, par une suprême audace, le peuple français au banc des accusés, et instruisit contre lui mille procès en racisme… Au lieu de faire la lumière sur sa propre histoire, le régime coloré à gauche préféra exorciser ses démons blancistes en exorcisant le peuple français – ce peuple français qui, on l’a vu, avait approuvé massivement l’Intégration égalitaire de l’Algérie, voire de l’Afrique, et s’était vu finalement trahi par l’Etat.

L’inversion des rôles entre le régime et le peuple sur la question raciste, dont s’est essentiellement chargée la gauche puis la droite chiraquienne, fut si bien menée qu’en l’an de grâce 2009, chaque Français croit les autres Français racistes. Et logiquement, bien des Français d’origine africaine regardent désormais leurs compatriotes blancs comme des racistes rentrés. En guise d’épilogue, les Français, blancs, noirs ou violets à pois roses, finiront peut-être par admettre que le Général avait raison de gloser sur l’incompatibilité des races, des religions et des cultures… En attendant, l’écran de fumée continue de remplir son office à la perfection : la remise en cause de l’Etat de la Ve République blanciste est au point mort, et son grand fondateur fait figure, pour ainsi dire, de saint républicain.


*
* *


L’histoire de la Ve République blanciste est la chronique secrète d’une tragédie dont le peuple franco-africain fut la victime, sacrifié sur l’autel d’idéologies anachroniques.

En l’an 2009, nous déambulons, hagards et déguisés, dans ce champ de ruines.

Après le calvaire de l’Afrique, tandis que la France se délite, le métissage refusé il y a cinquante ans s’accomplit tout de même, par la grâce de l’immigration et malgré les manigances de Charles de Gaulle et de ses alliés. Or parce que l’africanisation de la France s’accomplit contre ce refus fondamental et primordial, au lieu d’être, comme il y a cinquante ans, une chance et le moment d’une transfiguration de la nation, elle menace d’être l’un des outils de sa dislocation.

A moins…
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A moins que le pays ne se souvienne de ce qu’il fut avant de Gaulle, de ce qu’il rêva et faillit être dans le sillage de l’incroyable année 1958. Et que cette prise de conscience renaisse en France comme en Afrique, ces deux faces de l’unité perdue…

Répondant aux aspirations les plus profondes du peuple, il est urgent que s’accomplisse la fraternelle réconciliation franco-africaine, dont les contours institutionnels restent à définir. Pour cela, les mondes politique et intellectuel doivent s’émanciper du catéchisme où ils sont douillettement claquemurés, et cesser ainsi de trahir le credo antiraciste, démocratique, républicain et laïc dont ils se prévalent avec ostentation. Voilà la vraie nouvelle frontière politique pour 2009 et ses suites – en particulier pour la gauche ! – vaste défi qui ne saurait être le fruit que de volontés et d’énergies multilatérales, c’est-à-dire africaines aussi bien que françaises et européennes, notamment allemandes.

Mais pour en arriver là, il faudrait d’abord que sautent des verrous idéologiques hérités de la guerre froide. Pour commencer, que l’histoire franco-africaine cesse d’être l’objet de refoulements et d’affabulations, pour qu’en France, l’Afrique (re)vienne naturellement et solennellement au centre du débat politique – la place qui lui revient de droit au regard des innombrables flétrissures que le continent noir a endurées, mais aussi des mille promesses qui lui furent faites. Qu’en Afrique, aussi, on se souvienne qu’un jour on défendit l’unité franco-africaine, meilleur moyen de préparer – le paradoxe n’est qu’apparent – l’unité africaine mais aussi l’unité européenne. Pour le bonheur du monde, un rêve pacifique, fraternel, social et laïc, multiculturel et multiracial, défendu par la plupart des Africains des années 1950, et consenti par le peuple français dans la fièvre de l’année 1958. Un rêve qui fut vaincu par la Ve République blanciste dévoyée, traître à ce qui lui permit pourtant d’éclore – le projet intégrationniste en Algérie, nous ne le dirons jamais assez, prôné à l’époque par Claude Lévi-Strauss, et dont elle se réclama d’abord.

2009 sera-t-il le moment de cette indispensable mutation ?

A en juger par ce que fut 2008, rien n’est moins sûr. C’est pour cela qu’il faut, plus que jamais, croire en l’homme, et travailler à rafraîchir les mémoires. A commencer par celle du président Sarkozy, malgré son lourd double héritage de président de la Ve République blanciste et de chef de la droite gaullienne. Celle aussi des chefs du Parti Socialiste et de la gauche française, tellement égarés.


Alexandre Gerbi

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