4 oct. 2011

Les Harkis, Sarkozy, De Gaulle et les élites de la République confédérale de Françafrique

Décryptage d'un mensonge dantesque...





Les Harkis, Sarkozy,

De Gaulle et les élites

de la République confédérale

de Françafrique




par


Alexandre Gerbi






Vendredi 23 septembre, sur le plateau de la nouvelle émission de Paris Première intitulée Zemmour & Naulleau, un journaliste de Mediapart, Fabrice Arfi, déclarait que l’affaire Karachi était potentiellement
« le plus grand scandale de la Ve République ». François Bayrou, président du MODEM, lui répondit sans rire que le plus grand scandale de la Ve République, c’était peut-être, selon lui, l’affaire Tapie.

Il convient de répondre à ces deux amnésiques que les affaires Karachi et Tapie ne sont que pipi de chat (et je pèse mes mots, sans mépriser les victimes) comparé au scandale fondateur de la Ve République, dont le grand responsable fut Charles de Gaulle.

La preuve : bien que les faits remontent à bientôt d’un demi-siècle, la Ve République refuse toujours de reconnaître sa responsabilité dans l’holocauste des Harkis et des Algériens francophiles en 1962…

Responsabilité inavouable, parce que cet holocauste fut la phase finale de la plus grande imposture de l’Histoire de France et, par conséquent, du plus grand scandale, d’ailleurs fondateur, du régime actuel : le largage de l’Afrique par Charles de Gaulle, en vue de conjurer le métissage (« bougnoulisation » selon de Gaulle) de la France et de lever toute entrave au néocolonialisme, sur fond d’apartheid organisé à l’échelle intercontinentale…

Le samedi 24 septembre 2011, Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, accompagnés d’une trentaine de marcheurs, ont achevé leur Longue Marche à travers la France. Un périple qui les a conduits, en un mois, de la préfecture de Montpellier aux portes de Paris.

Ce samedi soir-là, partis de Bourg-la-Reine en début de soirée, les marcheurs sont entrés dans Paris, comme promis, avec les flambeaux de la mémoire à la main.

Après avoir traversé les rues de la capitale en scandant « Sarkozy, menteur, De Gaulle, assassin » ou encore « Harkis, Français par le sang versé », le cortège est arrivé aux Invalides, dans la nuit.

Le lendemain, Nicolas Sarkozy présidait pour la première fois depuis son élection la cérémonie annuelle d’hommage aux Harkis. Sans juger bon d’y prononcer le moindre discours, dans une sorte d’ultime injure aux Harkis. Au même moment, les Marcheurs étaient interpellés sur la rive droite par les CRS, tandis qu’ils fonçaient vers l’Arc de Triomphe dans l’espoir de bloquer les Champs-Elysées, faute d’avoir obtenu le droit de venir assister à la cérémonie…

Pourquoi Nicolas Sarkozy continue-t-il de se parjurer et de mentir sur l’Histoire des Harkis ?

Elements de réponse…



Mea culpa : il y a un an, je croyais que de Gaulle n’en avait plus que quelque mois à passer pour le saint homme qu’il ne fut point, hélas, mais alors point du tout. Or je me suis trompé. En ce mois de septembre 2011, bien que dangereusement rongée de l’intérieur, la statue du Commandeur est toujours debout. Et Sarkozy toujours dans son costume de grand prêtre de la Ve République blanciste en ses trésors de tartufferie, sous l’icône du grand homme déifié.

Entièrement soumis au tabou des tabous, l’actuel chef de l’Etat continue donc de pipeauter, pour ne pas écorner l'image du fondateur du régime, qui mériterait pourtant bien plus que quelques égratignures.

Car en réalité, Charles de Gaulle aurait dû être condamné pour haute trahison et crime contre l’humanité. Cette idée a longtemps été soutenue par les adversaires les plus acharnés du Général, en particulier l’OAS (Organisation Armée Secrète), ce qui permit de la cataloguer absurde ou scandaleuse. Pourtant, le crime de haute trahison de Charles de Gaulle est une évidence qui s’impose à l’esprit, si on prend la peine d’examiner les faits. Mais encore faut-il se livrer à cet exercice, d’où l’utilité de l’amnésie bien utile à certains, que nous évoquions en ouverture…

Certes, il est permis de se doucher avec du rire, puisque tout ceci est, finalement, très amusant. Autant d’hypocrisie, autant de soumission, autant de mensonges, énormes, gigantesques et colossaux aux effets forcément cataclysmiques, voilà qui est bel et bien drôlatique… Le pays d’Ubu, qui n’est pas la Pologne, mérite plus que jamais ce grotesque et tubulaire saint patron…

*
* *

On ne le répètera jamais assez : aujourd’hui notoirement connu pour être un raciste de la pire espèce (hors micros, l’homme ne s’en cachait d’ailleurs pas), méprisant les « Bougnoules » à peu près autant que les « Nègres », se défiant comme du choléra des musulmans, le Charles de Gaulle qui sévit à partir de 1958 était aussi un genre de fasciste à caractère machiavélique, jouant sans restriction du mensonge et de la duplicité…

« Le Général a toujours été un ardent républicain et un démocrate scrupuleux ! » s’insurgeront quelques derniers gaullolâtres particulièrement aveugles ou eux-mêmes antidémocrates et antirépublicains. Las ! Qu’il me soit, pour ma part, permis d’en douter, et même davantage…

Scandale que de le dire. Il ne s’agit pourtant là que d’une consternante vérité.

Pour l’illustrer, je m’en tiendrai à quelques grandes lignes :

Charles de Gaulle a totalement subordonné le parlement à un Exécutif réduit, souvent, à sa seule personne, en particulier touchant à la gestion (désastreuse) de l’Affaire algérienne ; il a piétiné la Constitution à de très nombreuses reprises, sur des points fondamentaux et avec des conséquences gravissimes (voir, par exemple, l'Affaire gabonaise et la Loi 60-525, ou encore les discours d’Alger et de Mostaganem confrontés aux confidences à Peyrefitte) ; de Gaulle a ainsi, selon des voies antidémocratiques et ultraviolentes, démantelé la République en mettant au ban de la France les populations ultramarines (Afrique subsaharienne et Algérie), tout en conservant le bénéfice de l’exploitation de leurs terres, par le truchement du néocolonialisme. Tout cela pour, à la fois, préserver l’Hexagone de la « bougnoulisation » et du prétendu « boulet » économique et social subsaharien et maghrébin.

Ce vaste « largage », à la double essence racialiste et néocolonialiste travestie en mirifique « indépendance », fut accompli, répétons-le, au mépris des Institutions, des Lois, des principes républicains et de la démocratie, mais aussi de l’Histoire de France, voire de l’Histoire du monde, comme je l’ai expliqué dans Histoire occultée de la décolonisation, Imposture, refoulements et névroses (Ed. L’Harmattan, 2006).

En outre, pour mieux, à la fois, ensevelir ses mensonges et rendre ses décisions irréversibles, Charles de Gaulle n’a pas hésité à provoquer la mort de centaines de milliers de personnes. Ce fut le génocide des Algériens francophiles, en particulier des Harkis – interdits de rapatriement et livrés en tout connaissance de cause au supplice et à la mort – et les Pieds-Noirs – eux-mêmes menacés, parfois frappés de massacre, et condamnés ainsi à l’exode. Pareils violences et tragédies s’inscrivant, répétons-le, sur fond de démocratie bafouée, de principes transgressés, de manipulations, de duplicité…

Or au lieu d’être destitué et traduit en justice pour haute trahison et crime contre l’humanité, l’auteur du coup d’Etat militaire de mai-juin 1958 parvint à ses fins. Sur ce socle fondamentalement vicié car monstrueux et mensonger, il fonda un régime, le nôtre, la Ve République blanciste, qui tient debout (pour combien de temps encore ?) depuis un demi-siècle.

L’Histoire étant écrite par ses vainqueurs, celle qui nous est racontée depuis lors est donc dictée par Charles de Gaulle, ses alliés, ses successeurs et ses héritiers. Avec d’autant plus de force que le reste du monde fait caisse de résonance, rançon internationale de la trahison, évidemment…

Rien d’étonnant donc à ce que l’histoire qui nous est racontée par le Système, ses médias, ses écoles, ses universités, ses intellectuels, sa classe politique, soit fondamentalement mensongère.

Or rien de sain ne peut se construire sur le mensonge et la trahison. On aurait donc tort de s’étonner que le régime de la Ve République blanciste, moralement corrompu dès son origine, marqué du sceau de l’infamie, du crime et de la transgression, a fini par détruire le pays, après avoir dévasté ses anciens territoires d’Afrique noire et anéanti l’Algérie.

Régime criminel, régime abject, régime pourri dès l’origine, car fondé sur la destruction d’un rêve républicain, égalitaire, antiraciste, laïc et social (cf. les Discours d’Alger et de Mostaganem de Charles de Gaulle, 4 et 6 juin 1958). Ce projet républicain qu’il prétendit d’abord bâtir pour justifier son coup d’Etat, de Gaulle, une fois élu, s’employa à le détruire au profit d’un apartheid organisé à l’échelle intercontinentale. Les territoires d’Afrique demeurèrent en effet, pour l’essentiel, dans la main de l’Etat français, lui-même centralisé à l’Elysée. Réseaux Foccart et barbouzes à l’appui. Et là encore, violence, au besoin ultraviolence à la clef…

Car Charles de Gaulle était de l’ancienne école, celle des généraux de 14. Il faisait peu de cas de la vie humaine, y compris quand les morts se chiffraient par dizaines ou par centaines de milliers. Les Harkis et les Algériens francophiles en savent quelque chose. L’Algérie martyre, aussi. Sans rien dire de l’Afrique subsaharienne.

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Logiquement, cet ensemble franco-africain qui, par-delà des indépendances de façade, s’est maintenu sans le dire, se dota progressivement, ou plutôt développa des élites et une bourgeoisie communes, partageant le même catéchisme mensonger fabriqué par Charles de Gaulle, ses serviteurs et ses alliés.

Au-delà des indépendances fictives, ce vaste pays qui ne disait pas son nom, ce qu’on pourrait appeler « la République confédérale de Françafrique » ou « la Ve République blanciste » ou encore « la Ve République gaullienne blanciste », nanti de ses dominions africains, avait son gouvernement basé à Paris, précisément à l’Elysée, et ses gouverneurs africains officiellement indépendants mais en réalité vassalisés de gré ou de force. En métropole, les élections demeuraient à peu près démocratiques (sans exclusive de manipulations, via les médias ou le mode de scrutin, par exemple), tandis qu’en Afrique, l’Elysée décidait tout simplement, en dernier ressort, à la place des populations.

Ce vaste pays avait son tissu industriel, il avait sa monnaie pour ainsi dire unique (le franc CFA, portant justement le nom de la monnaie de l’Hexagone auquel il était attaché), ses capitaines d’industrie et ses amis.

Tant qu’à faire, tout ce beau monde mettait sa progéniture dans les mêmes écoles, d’abord la « mission », l’école française, puis le collège, puis le lycée français. Exclusivement entre progéniture de bourgeois africains totalement francisés, et progéniture de Français « expatriés » et le plus souvent bourgeois. Etudes supérieures dans l’Hexagone, ou en Amérique. Ainsi se développa cette bourgeoisie franco-africaine mais aussi franco-maghrébine, élite politique et économique flanquée de ses intellectuels officiels bien d’accord les uns avec les autres sur le bienfondé du divorce franco-africain. Une élite qui partage à la couleur locale près les mêmes codes, les mêmes goûts, les mêmes valeurs. Et surtout le même catéchisme historique et politique.

Adeptes du faites comme je dis et pas comme je fais, elles s’entendent comme larrons en foire, vivent le même french (or american) way of life, barbotent ensemble dans de grandes piscines de champagne et d’argent, dégustent de délicieux et capiteux cocktails, roulent dans de puissantes voitures allemandes, habitent de superbes demeures, considèrent avec le plus grand mépris le petit peuple (qu’il soit noir ou blanc), font affaire dans un français de langue maternel, ont d’ailleurs souvent la nationalité française ou, au besoin, la double nationalité…

Mais cette bourgeoisie commune à tous les Etats de ce que nous avons appelés la République confédérale de Françafrique, cette bourgeoisie franco-africaine ou françafricaine parfaitement unie jusque dans ses mœurs et ses intérêts, cette bourgeoisie françafricaine explique doctement au peuple qu’il doit être séparé, qu’il est très bien qu’il soit séparé, qu’il a toujours voulu être séparé, qu’il s’est battu pour être séparé. Même si tout cela est faux. Les Hexagonaux d’un côté, les Africains de l’autre, ces derniers de préférence balkanisés… Ainsi tout est mis en œuvre par ces bourgeoises parfaitement occidentalisées et/ou américanisées pour que leurs peuples soient les moins unis possible… Pour quelle mystérieuse raison ?

Quoi qu’il en soit, la bourgeoisie, les élites franco-africaines, qu’elles soient hexagonales, maghrébines ou subsahariennes, exaltent à qui mieux-mieux l’indépendance et les luttes de libération – alors qu’elles sont bien placées pour savoir que l’indépendance en Françafrique est une vue de l’esprit qui, si elle vaut pour le peuple qui le sent bien passer, n’est qu’une aimable fiction pour la bourgeoisie franco-africaine ou françafricaine unifiée…

Ainsi va la bourgeoisie franco-africaine ou françafricaine, de collusions symbiotiques en hypocrisie commune, de petites affaires en opulence, de travestissement de l’Histoire en destruction de leur peuple et de leur pays…

Et il faut bien reconnaître que le résultat est là : à force d’abnégation, à force de propagande et de rhétorique, les élites de la République confédérale françafricaine sont parvenues à séparer en divers morceaux le peuple françafricain. Divisé pour être mieux assujetti, exploité, neutralisé, celui-ci est dupe du baratin, tandis que meurent en silence les derniers vieux qui murmuraient que de Gaulle les avait entourloupés alors que l’unité, la fraternité franco-africaine égalitaire était la panacée.

Dans le monde numérique et amnésique, un nouveau monde surgit, débarrassé des chimères fraternelles et républicaines franco-africaines, au profit d’une mondialisation ultralibérale et ultracapitaliste, doublée d’une montée des obscurantismes politiques et religieux tous azimuts (la laïcité et les Lumières sont aussi les grandes victimes du largage gaullien et de ses étranges alliances, en particulier en Algérie…), où le social n’a qu’une très secondaire importance...

La victoire totale. Après un demi-siècle d’un système qui a eu pour effet de basculer l’Afrique dans d’effarantes régressions et chaos économiques, sociaux et politiques, et de reléguer la France au rang de puissance de deuxième et bientôt de troisième catégorie accablée de maux divers, entre effondrement économique, politique, social, moral et culturel, la porte de sortie préconisée par les élites françafricaines est toujours la même, le remède ne change pas : il faut que les différents morceaux déjà tronçonnés et rongés par leurs soins depuis cinquante ans achèvent leur séparation.

Selon une figure à l’extraordinaire audace, la formule magique qui a permis depuis des décennies de démolir et de ravager l’ensemble républicain franco-africain, continue d’être présentée aujourd’hui comme la clef de la situation dramatique qu’elle a pourtant provoqué…

« Comment tirer l’Afrique du sous-développement ? Par l’Indépendance ! En particulier à l’égard de la France ! »

Indépendance, mot toujours élégant (et, du reste, fictif) pour enrober la séparation, elle-même moyen de toutes les aubaines…

Amusant retournement des choses, sous les allures d’une continuité, et vice-versa…

Dans ce courant, évidemment, ceux qui prônent pour aujourd’hui et pour demain l’unité franco-africaine comme réponse aux ravages provoqués par la séparation qui fut imposée, répétons-le, de façon antidémocratique, antirépublicaine et anticonstitutionnelle, entre 1958 et 1962, se font traiter de… néocolonialistes ! Par ceux-là même qui se réclament de l’idéologie de la séparation qui, imposée par Charles de Gaulle au mépris de la démocratie et des principes républicains, y compris au mépris des Africains, a fait des ravages au nord comme au sud de la Méditerranée, et commande la plupart de nos maux…

En attendant, sûr de leur fait, Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah, après avoir assiégé près de deux ans l’Assemblée nationale et le pouvoir sarkozyen, après avoir accompli leur Longue Marche des Harkis à travers la France et avoir été déclaré indésirables aux Invalides, répètent : « Nous irons jusqu’au bout ».


Alexandre Gerbi







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15 sept. 2011

La Longue Marche des Harkis sous l'invraisemblable silence de la Gauche

les chiens aboient...





La Longue Marche des Harkis

sous l'invraisemblable silence

de la Gauche



par


Alexandre Gerbi






Comme annoncé au mois de juillet dans les colonnes d’AgoraVox et sur le blog Fusionnisme, la Longue Marche des Harkis a commencé. Depuis le 22 août 2011, la caravane conduite par Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï a quitté son point de départ, la préfecture de Montpellier, avec pour objectif, après 34 étapes à travers le pays, d’entrer dans Paris dans la nuit du 24 au 25 septembre prochains, flambeaux de la mémoire à la main. Pour faire plier Nicolas Sarkozy.


Après avoir assiégé l’Assemblée nationale et le gouvernement sarkozyen pendant près de deux ans et dans des conditions parfois extrêmement difficiles, Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, ont décidé de passer la vitesse supérieure.

« Comme Sarkozy s’obstine à nous ignorer, explique Zohra, nous ripostons en l’accusant plus que jamais de parjure. Nous voulons maintenant coaliser les Harkis et les Pieds-Noirs, ainsi que tous les Français qui ont la mémoire tenace, pour forcer Nicolas Sarkozy à respecter enfin sa parole de 2007. »

De fait, Nicolas Sarkozy, sixième président de la Ve République blanciste, a commis un mensonge d’Etat.

Flash back. Avril 2007. L’ineffable Sarko, alors en grand besoin de voix pour battre son adversaire socialiste Ségolène Royal, ne reculant devant aucun cynisme et pratiquant sans vergogne le mensonge, n’hésite pas à faire vibrer la corde sensible :

« Les Harkis ont cru en la parole de la France, je serai celui qui tiendrai cette parole ». « Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des Harkis et d'autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance. Afin que l'oubli ne les assassine pas une nouvelle fois. »

Difficile de ne pas relever que pareils accents, hypocrites et électoralement intéressés, font étrangement penser à son illustre devancier, Charles de Gaulle…

D’ailleurs, depuis, le leader de l’UMP, qui a été élu, s’est bien gardé de tenir sa promesse. Hamid Gouraï, en fin juriste, corrige et souligne : « Ce n’est pas une promesse : c’est un engagement. »

On le sait, profonde est la confusion, immenses sont les contradictions qui frappent la classe politique française, dès qu’il s’agit de la « décolonisation », qu’il s’agisse en particulier de celle de l’Algérie ou de l’Afrique subsaharienne…

Résultat, à l’heure qu’il est, alors que la Longue Marche des Harkis devrait bénéficier du soutien de tous les partis politiques français, elle n’a reçu que celui… du Front National !

Pourtant, depuis les origines de leur combat, Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah proclament qu’ils appellent tous les soutiens, d’où qu’ils viennent, dans une union sacrée de tous les Français contre le Système de la Ve République. Leur démarche, expliquent-ils, est apolitique, en ce sens qu’elle n’est ni de droite, ni de gauche, mais qu’elle se fonde simplement sur le droit, en particulier les Droits de l’Homme, l’Histoire, ainsi que sur les principes fondateurs de la République, Liberté, Egalité, Fraternité. Et, bien sûr, la mémoire de leurs pères et l’amour de la France, conformément à une certaine idée de la conscience citoyenne.

Zohra le rappelle : « La France, mais aussi l’Afrique, en particulier l’Algérie, ont été bafouées, trahies, exploitées et défigurées par Charles de Gaulle et ses successeurs, notamment Nicolas Sarkozy. »

C’est ainsi que fidèles à une haute conception de l’humanisme, de la dignité humaine et de la France, pendant leur long et parfois très difficile séjour sur la place Edouard Herriot, sous les fenêtres aveugles du Palais Bourbon, Zohra et Hamid ont accompagné, soutenu et aidé à leur modeste échelle les sans-papiers africains, ouvriers arnaqués, c’est un comble, pendant l’aménagement des nouveaux bâtiments de l’Assemblée nationale… Des déshérités du Système impitoyable de la Ve République blanciste, qui cherchaient, épaulés par la suite notamment par la CGT, à sortir, eux aussi, du mépris d’Etat.

Ce soir, Zohra et Hamid bivouaquent du côté Saint-Pierre-le-Moûtier (Nièvre). Dans leur tente Quechua plantée devant la mairie, sous l’œil de la gendarmerie, ils ont déposé plainte contre le préfet, qui prétend n’avoir jamais reçu leur demande de manifester. En attendant, banderoles et drapeaux tricolores déployés, ils affirment, comme ils le répètent depuis bientôt trois ans d’action ininterrompue, qu’ils iront « jusqu’au bout ».

Il est temps que, fidèle aux encouragements que Marie-George Buffet (PCF), à l’instigation d’André Génissieux (Secrétaire régional du MRAP Languedoc-Roussillon), avait courageusement prodigués dans une lettre aux assiégeurs du Palais Bourbon, il est temps que la Gauche, le Parti Communiste Français, le Parti Socialiste ainsi que les Verts et, pourquoi pas, les partis de l’extrême-gauche trotskiste, apportent leur soutien aux Harkis dans leur lutte contre Nicolas Sarkozy, pour la reconnaissance des mensonges et des crimes de la Ve République blanciste.

La Gauche va-t-elle, une fois de plus, laisser au Front National le monopole de ce qui est bien plus qu’un symbole – comme jadis, on croit rêver, le monopole du drapeau tricolore et de la Marseillaise, pourtant emblèmes de la Révolution française et du peuple soulevé contre la tyrannie ? Alors même que l’élection présidentielle approche, et que les voix seront, comme toujours, âprement comptées. Car selon toutes les études d’opinion, une très large majorité soutient la cause des Harkis…

Reconnaissance de la responsabilité, non pas de la France, mais du gouvernement français, à commencer par son chef, Charles de Gaulle, dans l’holocauste de 60.000 à 200.000 Harkis et Algériens francophiles, ainsi que dans l’exode tragique d’un million de Pieds-Noirs, sur fond de martyre de toute l’Algérie : tel est le combat héroïque de Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah.

Qu’il me soit permis d’ajouter, pour ma part : il doit être solennellement reconnu que l’Etat de la Ve République blanciste dirigé par Charles de Gaulle a largué les populations d’Afrique, y compris subsaharienne, en vue de préserver l’Hexagone de la « bougnoulisation » ; mais aussi, en refusant la citoyenneté française (ou franco-africaine) aux Africains et en les dépossédant, au mépris de leur volonté (Loi 60-525), de la démocratie et du cadre protecteur de la République, il a pu mettre en place les conditions du néocolonialisme et l’organiser sans entraves. Les Harkis furent immolés sur l’autel de ce dessein dément et monstrueux. Car ils étaient l’incarnation du rêve de l’unité franco-algérienne et franco-africaine, qu’il fallait, à tout prix, liquider.

En cette rentrée 2011-2012, campagne présidentielle en ligne de mire, tandis qu’à travers Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, les Harkis marchent sur Paris et que la France est plus que jamais sous pression, puisse la Gauche oser défier ce Système tout-puissant qui, jusqu’à présent, tient Nicolas Sarkozy tétanisé.


Alexandre Gerbi







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28 sept. 2010

Manifestation des Harkis : Pourquoi la gauche brillait par son absence

Après la manifestation
du 15 septembre
2010





Manifestation des Harkis :

Pourquoi la gauche

brillait par son absence




par


Alexandre Gerbi





Naguère, les républicains, la gauche en particulier, ont eu tendance à abandonner au Front National de JM Le Pen les symboles que sont le drapeau tricolore et la Marseillaise. Au passage, c’était laisser à l’extrême-droite des emblèmes que celle-ci longtemps rejeta, car elle les identifiait à une Révolution française et à une République (« la gueuse ») dont elle détestait tout, à commencer par les principes, Liberté, Egalité, Fraternité et Laïcité.

Se rappeler que toutes les révolutions du XXe siècle (russe, espagnole, ou encore chinoise) se sont faites au chant de la Marseillaise et dans le souvenir de la Révolution française. Jusqu’à Tian'anmen, à Pékin, en 1989.

A gauche en France, seuls les trotskystes, les staliniens attardés ou les naïfs ignorent encore que la Marseillaise est l’hymne universel du peuple soulevé contre les abus de ses chefs, autrement dit l’étendard de la gauche triomphante…

Le procès de Charles de Gaulle

Les partis de gauche entendent-ils à présent abandonner au FN, et à la droite, la cause Harkie ?

Et pourtant, la dénonciation de la tragédie des Harkis devrait, à plusieurs titres, être le cheval de bataille de la gauche.

En effet, cette cause renvoie à l’immense crime dont furent victimes les Harkis et les Algériens francophiles. Au lendemain de l’indépendance algérienne, entre juillet et octobre 1962 : de 60.000 à 200.000 morts, voire davantage, dans des conditions atroces.

D’autre part, cette cause fédère positivement, chose rare, plus de 80% des Français ; et en démocratie, la voix du peuple, a fortiori quand elle a si évidemment raison, est sacrée.

Enfin, la tragédie des Harkis engage non seulement la France et l’Algérie, mais aussi la moitié du continent africain. En effet, cette page terrible de notre Histoire, l’holocauste Harki et des Algériens francophiles, est la porte d’entrée historiographique d’une vaste machination : la « décolonisation », incommensurable scandale travesti en épopée de la Liberté. L’opération fut conduite, dans sa phase finale, par Charles de Gaulle. Elle permit enfin la mise en place du néocolonialisme qui, en asservissant et détruisant l’Afrique, acheva de trahir et défigurer la France.

Toutes ces pièces sont à verser au procès majuscule auquel Charles de Gaulle ne pourra plus longtemps échapper.

« La France est morte… »

Il est bien triste de constater que les partis politiques de gauche (PS, PCF, Verts) n’apportent qu’un soutien dérisoire, voire nul, à Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, qui assiègent depuis 18 mois l’Assemblée nationale, et somment Nicolas Sarkozy de tenir sa promesse de campagne.

Le 15 septembre, Zohra et Hamid avaient appelé à une grande manifestation de soutien. Alors que la gauche brillait par son absence sur la place Edouard Herriot, un vieux harki buriné par les ans soufflait, désespéré : « La France est morte… »

Place Edouard Herriot, au micro des Harkis, deux figures du FN, Bruno Gollnisch et Roger Holeindre, s’érigèrent en tribuns du peuple, accusant de Gaulle aussi bien que la Ve République de crimes et de trahison. Ils suscitèrent, évidemment, de forts applaudissements. Les députés du MODEM (Jean Lassalle), de l’UMP (Christian Kert) et de la Gauche Moderne (Jacques Domergue) s’étant contentés, eux, de passer plus furtivement dans la matinée.

Les méandres de la gauche

Au nom de quels absurdes méandres la gauche française peut-elle justifier sa totale absence ce jour-là ? Comment expliquer qu’elle laisse ainsi au parti de JM Le Pen et aux émissaires de Sarkozy et de Bayrou le monopole de la défense des Harkis ? Aucun député socialiste, aucun député communiste ou vert n’avait-il donc cinq minutes à consacrer aux Harkis du Palais Bourbon, ce mercredi-là ?

Mais c’est qu’en réalité, la gauche est gênée à de nombreux titres par la tragédie des Harkis.

D’une part parce que la gauche porte une lourde responsabilité dans cette abominable affaire, comme elle en porte une immense dans le largage de l’Algérie. En effet, à l’époque, aux ordres de l’URSS ou travaillée comme le Général par les démons racialistes et civilisationnels (au moins autant que financiers…), la gauche fit alliance avec de Gaulle pour procéder au « dégagement » de la quasi-totalité des territoires et des populations africaines de la France. C’est qu’au plus haut niveau du PCF et de la SFIO (Parti socialiste de l’époque), tout comme à droite, accepter des millions de Noirs et d’Arabo-Berbères comme Français à part entière n’allait pas de soi. Et beaucoup de politiciens français, en particulier parmi les grands leaders du moment, entendaient bien que l’Assemblée nationale ne se peuplât point de centaines de députés africains. Car alors, non seulement la France aurait accompli sa métamorphose métisse, mais de surcroît le colonialisme aurait été par là même rendu impossible…

Pour parvenir à accomplir ce divorce qui ne convenait ni aux Africains, ni aux Métropolitains, attachés les uns et les autres à l’unité franco-africaine, de Gaulle n’hésita pas à mentir aux foules, et à invoquer d’abord l’unité dans l’égalité et la fraternité, puis par la suite à se prévaloir en permanence le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », tout en… bâillonnant le peuple pour mieux briser l’unité franco-africaine !

Cohérence gaullienne

Car dans les faits, le programme promis fut entièrement mis à terre (1959-1962), et pour ce faire la Constitution fut foulée au pied et copieusement trafiquée par le Général. En Afrique noire, les populations furent tout simplement privées de référendum sur la question pourtant cruciale de l’indépendance (Loi 60-525, mai-juin 1960) ; mieux encore, en Algérie, le référendum fut organisé… par le FLN indépendantiste et ultraviolent (l’Etat gaullien, devenu son allié, finit par le fournir en armes…), dans un climat de terreur et de massacre, avec pour résultat édifiant 99,72% de OUI pour l’indépendance… Dans les deux cas, en Algérie comme en Afrique subsaharienne, on put vérifier que la volonté des peuples n’était qu’un prétexte pour de Gaulle, puisque le peuple n’avait, dans les faits, plus son mot à dire sur la question. Ce qui n’empêchait nullement l’ONU de frétiller de joie et même de prêter son aimable concours...

C’est dans ce contexte que les Harkis furent logiquement interdits de rapatriement : de Gaulle se « dégageait » d’Algérie et d’Afrique pour éviter la « bougnoulisation » de la France, il refusait donc de « bougnouliser » la France en y accueillant des centaines de milliers de Harkis et d’Algériens francophiles. Car avec leurs familles, ceux-ci représentaient plusieurs millions de personnes…

Ainsi la République française (ou franco-africaine…) fut démantelée, abandonnant les 9/10 de son territoire et la moitié de sa population, au nom de critères raciaux, culturels et religieux (« Vous voyez un président arabe à l’Elysée ? » ironisait de Gaulle…), mais aussi au gré d’âpres calculs financiers. Du même coup, la France (ou plutôt la République franco-africaine…) renonça à être une puissance aux dimensions planétaires, pour éclater en une myriade d’Etats de taille variable (moyens, petits ou minuscules) voués à une inéluctable relégation, voire au désastre...

Tour de force et conséquences

Le tour de force de Charles de Gaulle fut d’utiliser son prestige d’Homme du 18 juin pour faire passer pareille catastrophe pour une grande victoire devant l’Histoire et le couronnement de la grandeur française. Ainsi l’étroitesse d’esprit et rejet de l’idéal républicain devinrent le comble de la hauteur de vue et de la vision historique. De même, par une autre prouesse rhétorique, le musèlement des peuples devint l’expression suprême de leur volonté. Au point qu’aujourd’hui, une grande partie de la jeunesse, en France comme en Afrique, est intimement persuadée que la « liberté » fut arrachée par les Africains et les Algériens à une France contrainte de la leur rendre. En toute logique, une partie de cette jeunesse manipulée entend à présent achever la bête…

Car l’ennui est que de telles manipulations, entre bourrage de crânes, mensonges délétères et lavage de cerveaux conjugués, si elles permettent toujours aujourd’hui de masquer le pourtant énorme pot-aux-roses, sont à l’origine d’une crise d’identité et d’un malaise extrêmement grave et profond. De dynamique brisées en forces régressives caressées dans le sens du poil, cinquante ans d’autodestruction semblent atteindre leur point de rupture : la France paraît en passe d’imploser, ou de se déchirer. Tout cela se déroule tandis que l’Afrique endure depuis cinq décennies un long calvaire dont elle ressort très abîmée et souffrante.

Il reste 18 mois à Sarkozy

Il faudra bien un jour que le Système, c’est-à-dire l’Etat français et ses prolongements médiatiques, intellectuels et éducationnels (collèges, lycées, universités) avouent que depuis cinquante ans, ils mentent au peuple et le manipulent. Il faudra bien, aussi, qu’ils avouent que l’ensemble franco-africain fut démantelé au mépris de la démocratie et des principes les plus sacrés de la République. Autant qu’au mépris du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Si la Gauche laisse au Front National (ou à l’UMP, car n’oublions pas qu’il reste encore 18 mois à Nicolas Sarkozy pour honorer sa promesse…) le monopole de la cause Harkie, et accessoirement le réquisitoire contre le De Gaulle monstrueux de la période 1959-1962, il ne faudra pas qu’elle s’étonne, la Gauche, comme par un châtiment de l’Histoire, d’être à nouveau battue en 2012.

A moins que la Gauche ne rejoigne pour leur prochaine manifestation Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï qui, depuis le début de leur action, ont toujours clamé qu’ils accueilleraient chaleureusement et fraternellement tous les soutiens, d’où qu’ils viennent. Pour l’amour de la République et de la France. Mais aussi, dans leurs cœurs et dans leurs âmes, en mémoire de leurs pères, et au nom de l’Afrique et du peuple trahi.


Alexandre Gerbi





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11 sept. 2010

Harkis Vs Sarkozy

en ce moment à Paris...





Harkis

Vs

Sarkozy




par


Alexandre Gerbi





Depuis 16 mois (oui, vous avez bien lu…), Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, assiègent l’Assemblée nationale, à Paris. Afin d’obliger Nicolas Sarkozy à tenir sa promesse de campagne, et reconnaisse les responsabilités de l’Etat français dans la tragédie de leurs pères. Ils appellent à une grande manifestation de soutien, ce mercredi 15 septembre, pendant la séance des questions au gouvernement.

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En cette année 2010, Cinquantenaire des « indépendances » africaines, il est de plus en plus difficile de contester qu’il y a cinquante ans, le mot magique « indépendance » permit de masquer le largage des populations africaines de la France, au nom du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », qui fut en réalité totalement bafoué. Voir en particulier l’Affaire gabonaise (1958), la Loi 60-525 (1960), et les conditions du référendum en Algérie (1962), avec pour résultat 99,72% de OUI pour l’indépendance…

De même, il devient très compliqué de nier que les populations africaines de la France furent mises au ban de la République par Charles de Gaulle, au gré d’étranges critères, raciaux, culturels et religieux. Afin d’éviter la « bougnoulisation » de la France (selon l’expression du Général, en coulisses…), mais aussi pour faire de substantielles économies (« cartiérisme », « complexe hollandais »), et accessoirement organiser le néocolonialisme qui détruit l’Afrique depuis un demi-siècle (voir La Tragédie du Général, de JR Tournoux, Plon, 1967 ; C’était de Gaulle, Alain Peyrefitte, Fayard, 1994 ; La Françafrique, de FX Verschave, Les Arènes, 1999).

La tragédie des Harkis

Dans ces conditions, il serait bon que l’Etat français reconnaisse ses responsabilités la tragédie qui frappa les Harkis et les Algériens francophiles. Ceux-ci furent interdits de rapatriement en 1962 par Charles de Gaulle. Désarmés, abandonnés, parfois livrés à leurs bourreaux, et finalement voués collectivement au massacre, selon un scénario dès longtemps annoncé. En parfaite connaissance de cause de la part des autorités françaises. Mais c’est qu’il fallait éviter à tout prix la « bougnoulisation » de la France, justement…

Selon les historiens, de juillet à octobre 1962, entre 45.000 et 200.000 Harkis et Algériens francophiles (voire davantage…) furent massacrés ou suppliciés, dans un immense déchaînement de terreur et de barbarie. Objectif : que plus jamais l’Algérie ne soit française, et que chacun en soit désormais bien d’accord… Il faut reconnaître que l’opération a parfaitement fonctionné, en particulier dans les banlieues françaises. Les Harkis y sont d’ailleurs souvent détestés…

Bravant les ordres et les menaces, au péril de leur carrière, certains officiers, conscients du désastre humain qui se préparait, aidèrent leurs hommes à gagner la métropole. Ces rescapés et leurs familles (à peine 15.000 personnes en octobre 1962, à la fin des trois grandes vagues de massacres ; par la suite, 70.000 rescapés reçurent l’autorisation de gagner enfin la France) furent aussitôt enfermés dans des camps dans le Midi, dans un extrême dénuement matériel et moral. Il est bon de réécouter le Bachaga Boualam, ancien vice-président de l’Assemblée nationale.

Gibier électoral

Aujourd’hui, l’inacceptable largage de l’Afrique comme le criminel abandon des Harkis, sont parfaitement connus des hommes politiques français.

A telle enseigne que pendant sa campagne présidentielle, en grand besoin de voix, Nicolas Sarkozy avait promis aux Harkis et à leurs descendants (aujourd’hui 500.000 personnes, donc pas mal d’électeurs potentiels…) :

« Si je suis élu président de la République, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre de harkis et d’autres milliers de musulmans français, et je le veux afin que l’oubli ne les assassine pas une nouvelle fois ».

Malheureusement, une fois installé à l’Elysée, Nicolas Sarkozy, sixième président de la Ve République blanciste, leader de l’UMP (ex-RPR gaulliste) a subitement perdu la mémoire. Plus de trois ans après son élection, il n’a toujours pas tenu parole…

Deux de Gaulle, deux Pétain

On peut comprendre le silence de Nicolas Sarkozy. Car au petit jeu du fil et de la pelote, la reconnaissance par l’Etat de ses éminentes responsabilités dans la tragédie des Harkis induirait presque nécessairement la mise en examen du Charles de Gaulle de la « décolonisation ». Or devant le tribunal de l’Histoire, il se pourrait bien que ce deuxième de Gaulle soit condamné aussi lourdement que le deuxième Pétain... Car à regarder les choses en face et dans leur pénible entièreté, il apparaît qu’il y eut deux De Gaulle, comme il y eut deux Pétain : d’abord un incontestable héros (France Libre pour de Gaulle, Verdun pour Pétain) puis un personnage terrifiant (le de Gaulle de la « décolonisation », le Pétain de la collaboration). A l’heure où le culte médiatico-politique voué à de Gaulle atteint des sommets, de telles réalités historiographiques incitent l’Elysée, évidemment, à préférer l’abstention…

En attendant, les Harkis de France ont vécu le parjure de Nicolas Sarkozy comme une énième marque de mépris.

C’est pourquoi, depuis 16 mois, Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, assiègent l’Assemblée nationale, dans le cadre d’une manifestation à durée illimitée. Afin d’obliger le président de la République à honorer sa promesse de campagne.

Seizième mois de siège

Au fil des mois, de loin en loin, les soutiens directs ou indirects se sont accumulés. André Genissieux pour le MRAP, Marie-George Buffet pour le PCF, Frédéric Mitterrand Ministre de la Culture, Jean-Marie Le Pen pour le FN, et quelque 70 députés de tous bords… Un attelage hétéroclite et clairsemé, le plus souvent extrêmement discret, qui n’a d’égal que celui des rares médias à avoir couvert l’événement : Rue89, Afrik.com, Camer.be, Radio Courtoisie, Présent, La Dépêche du Midi, et bien plus tard La Provence, France Culture, France Inter… Enfin, subrepticement, Libération et le Point.

Malheureusement, pour en arriver à ce fragile écho médiatique, il a fallu tenir mois après mois, au soleil comme dans l’hiver glacial, dans des conditions matérielles de plus en plus difficiles… Car à mesure que la mayonnaise médiatique et politique commençait de prendre, l’affrontement avec le système sarkozyen est allé crescendo. Jusqu’à la saisie de leur véhicule, qui leur servait de logement, et une mise en garde à vue, menottes aux poignets. Ils ont déposé plainte à chaque fois. En vain.

Pour les soutenir, Hamid et Zohra appellent à une grande manifestation de soutien, le mercredi 15 septembre, jour de débats à l’Assemblée nationale. Afin que Nicolas Sarkozy respecte ses engagements, et reconnaisse enfin les responsabilités de l’Etat français dans la tragédie des Harkis.

Avec à la clef, espérons-le, une véritable Révolution pour la France, qui en aurait tellement besoin…


Alexandre Gerbi


Manifestation de soutien aux Harkis du Palais Bourbon, 15 septembre 2010, de 10h à 19h, Place Edouard Herriot, Paris. Métro Assemblée Nationale.



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