28 sept. 2010

Manifestation des Harkis : Pourquoi la gauche brillait par son absence

Après la manifestation
du 15 septembre
2010





Manifestation des Harkis :

Pourquoi la gauche

brillait par son absence




par


Alexandre Gerbi





Naguère, les républicains, la gauche en particulier, ont eu tendance à abandonner au Front National de JM Le Pen les symboles que sont le drapeau tricolore et la Marseillaise. Au passage, c’était laisser à l’extrême-droite des emblèmes que celle-ci longtemps rejeta, car elle les identifiait à une Révolution française et à une République (« la gueuse ») dont elle détestait tout, à commencer par les principes, Liberté, Egalité, Fraternité et Laïcité.

Se rappeler que toutes les révolutions du XXe siècle (russe, espagnole, ou encore chinoise) se sont faites au chant de la Marseillaise et dans le souvenir de la Révolution française. Jusqu’à Tian'anmen, à Pékin, en 1989.

A gauche en France, seuls les trotskystes, les staliniens attardés ou les naïfs ignorent encore que la Marseillaise est l’hymne universel du peuple soulevé contre les abus de ses chefs, autrement dit l’étendard de la gauche triomphante…

Le procès de Charles de Gaulle

Les partis de gauche entendent-ils à présent abandonner au FN, et à la droite, la cause Harkie ?

Et pourtant, la dénonciation de la tragédie des Harkis devrait, à plusieurs titres, être le cheval de bataille de la gauche.

En effet, cette cause renvoie à l’immense crime dont furent victimes les Harkis et les Algériens francophiles. Au lendemain de l’indépendance algérienne, entre juillet et octobre 1962 : de 60.000 à 200.000 morts, voire davantage, dans des conditions atroces.

D’autre part, cette cause fédère positivement, chose rare, plus de 80% des Français ; et en démocratie, la voix du peuple, a fortiori quand elle a si évidemment raison, est sacrée.

Enfin, la tragédie des Harkis engage non seulement la France et l’Algérie, mais aussi la moitié du continent africain. En effet, cette page terrible de notre Histoire, l’holocauste Harki et des Algériens francophiles, est la porte d’entrée historiographique d’une vaste machination : la « décolonisation », incommensurable scandale travesti en épopée de la Liberté. L’opération fut conduite, dans sa phase finale, par Charles de Gaulle. Elle permit enfin la mise en place du néocolonialisme qui, en asservissant et détruisant l’Afrique, acheva de trahir et défigurer la France.

Toutes ces pièces sont à verser au procès majuscule auquel Charles de Gaulle ne pourra plus longtemps échapper.

« La France est morte… »

Il est bien triste de constater que les partis politiques de gauche (PS, PCF, Verts) n’apportent qu’un soutien dérisoire, voire nul, à Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, qui assiègent depuis 18 mois l’Assemblée nationale, et somment Nicolas Sarkozy de tenir sa promesse de campagne.

Le 15 septembre, Zohra et Hamid avaient appelé à une grande manifestation de soutien. Alors que la gauche brillait par son absence sur la place Edouard Herriot, un vieux harki buriné par les ans soufflait, désespéré : « La France est morte… »

Place Edouard Herriot, au micro des Harkis, deux figures du FN, Bruno Gollnisch et Roger Holeindre, s’érigèrent en tribuns du peuple, accusant de Gaulle aussi bien que la Ve République de crimes et de trahison. Ils suscitèrent, évidemment, de forts applaudissements. Les députés du MODEM (Jean Lassalle), de l’UMP (Christian Kert) et de la Gauche Moderne (Jacques Domergue) s’étant contentés, eux, de passer plus furtivement dans la matinée.

Les méandres de la gauche

Au nom de quels absurdes méandres la gauche française peut-elle justifier sa totale absence ce jour-là ? Comment expliquer qu’elle laisse ainsi au parti de JM Le Pen et aux émissaires de Sarkozy et de Bayrou le monopole de la défense des Harkis ? Aucun député socialiste, aucun député communiste ou vert n’avait-il donc cinq minutes à consacrer aux Harkis du Palais Bourbon, ce mercredi-là ?

Mais c’est qu’en réalité, la gauche est gênée à de nombreux titres par la tragédie des Harkis.

D’une part parce que la gauche porte une lourde responsabilité dans cette abominable affaire, comme elle en porte une immense dans le largage de l’Algérie. En effet, à l’époque, aux ordres de l’URSS ou travaillée comme le Général par les démons racialistes et civilisationnels (au moins autant que financiers…), la gauche fit alliance avec de Gaulle pour procéder au « dégagement » de la quasi-totalité des territoires et des populations africaines de la France. C’est qu’au plus haut niveau du PCF et de la SFIO (Parti socialiste de l’époque), tout comme à droite, accepter des millions de Noirs et d’Arabo-Berbères comme Français à part entière n’allait pas de soi. Et beaucoup de politiciens français, en particulier parmi les grands leaders du moment, entendaient bien que l’Assemblée nationale ne se peuplât point de centaines de députés africains. Car alors, non seulement la France aurait accompli sa métamorphose métisse, mais de surcroît le colonialisme aurait été par là même rendu impossible…

Pour parvenir à accomplir ce divorce qui ne convenait ni aux Africains, ni aux Métropolitains, attachés les uns et les autres à l’unité franco-africaine, de Gaulle n’hésita pas à mentir aux foules, et à invoquer d’abord l’unité dans l’égalité et la fraternité, puis par la suite à se prévaloir en permanence le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », tout en… bâillonnant le peuple pour mieux briser l’unité franco-africaine !

Cohérence gaullienne

Car dans les faits, le programme promis fut entièrement mis à terre (1959-1962), et pour ce faire la Constitution fut foulée au pied et copieusement trafiquée par le Général. En Afrique noire, les populations furent tout simplement privées de référendum sur la question pourtant cruciale de l’indépendance (Loi 60-525, mai-juin 1960) ; mieux encore, en Algérie, le référendum fut organisé… par le FLN indépendantiste et ultraviolent (l’Etat gaullien, devenu son allié, finit par le fournir en armes…), dans un climat de terreur et de massacre, avec pour résultat édifiant 99,72% de OUI pour l’indépendance… Dans les deux cas, en Algérie comme en Afrique subsaharienne, on put vérifier que la volonté des peuples n’était qu’un prétexte pour de Gaulle, puisque le peuple n’avait, dans les faits, plus son mot à dire sur la question. Ce qui n’empêchait nullement l’ONU de frétiller de joie et même de prêter son aimable concours...

C’est dans ce contexte que les Harkis furent logiquement interdits de rapatriement : de Gaulle se « dégageait » d’Algérie et d’Afrique pour éviter la « bougnoulisation » de la France, il refusait donc de « bougnouliser » la France en y accueillant des centaines de milliers de Harkis et d’Algériens francophiles. Car avec leurs familles, ceux-ci représentaient plusieurs millions de personnes…

Ainsi la République française (ou franco-africaine…) fut démantelée, abandonnant les 9/10 de son territoire et la moitié de sa population, au nom de critères raciaux, culturels et religieux (« Vous voyez un président arabe à l’Elysée ? » ironisait de Gaulle…), mais aussi au gré d’âpres calculs financiers. Du même coup, la France (ou plutôt la République franco-africaine…) renonça à être une puissance aux dimensions planétaires, pour éclater en une myriade d’Etats de taille variable (moyens, petits ou minuscules) voués à une inéluctable relégation, voire au désastre...

Tour de force et conséquences

Le tour de force de Charles de Gaulle fut d’utiliser son prestige d’Homme du 18 juin pour faire passer pareille catastrophe pour une grande victoire devant l’Histoire et le couronnement de la grandeur française. Ainsi l’étroitesse d’esprit et rejet de l’idéal républicain devinrent le comble de la hauteur de vue et de la vision historique. De même, par une autre prouesse rhétorique, le musèlement des peuples devint l’expression suprême de leur volonté. Au point qu’aujourd’hui, une grande partie de la jeunesse, en France comme en Afrique, est intimement persuadée que la « liberté » fut arrachée par les Africains et les Algériens à une France contrainte de la leur rendre. En toute logique, une partie de cette jeunesse manipulée entend à présent achever la bête…

Car l’ennui est que de telles manipulations, entre bourrage de crânes, mensonges délétères et lavage de cerveaux conjugués, si elles permettent toujours aujourd’hui de masquer le pourtant énorme pot-aux-roses, sont à l’origine d’une crise d’identité et d’un malaise extrêmement grave et profond. De dynamique brisées en forces régressives caressées dans le sens du poil, cinquante ans d’autodestruction semblent atteindre leur point de rupture : la France paraît en passe d’imploser, ou de se déchirer. Tout cela se déroule tandis que l’Afrique endure depuis cinq décennies un long calvaire dont elle ressort très abîmée et souffrante.

Il reste 18 mois à Sarkozy

Il faudra bien un jour que le Système, c’est-à-dire l’Etat français et ses prolongements médiatiques, intellectuels et éducationnels (collèges, lycées, universités) avouent que depuis cinquante ans, ils mentent au peuple et le manipulent. Il faudra bien, aussi, qu’ils avouent que l’ensemble franco-africain fut démantelé au mépris de la démocratie et des principes les plus sacrés de la République. Autant qu’au mépris du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Si la Gauche laisse au Front National (ou à l’UMP, car n’oublions pas qu’il reste encore 18 mois à Nicolas Sarkozy pour honorer sa promesse…) le monopole de la cause Harkie, et accessoirement le réquisitoire contre le De Gaulle monstrueux de la période 1959-1962, il ne faudra pas qu’elle s’étonne, la Gauche, comme par un châtiment de l’Histoire, d’être à nouveau battue en 2012.

A moins que la Gauche ne rejoigne pour leur prochaine manifestation Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï qui, depuis le début de leur action, ont toujours clamé qu’ils accueilleraient chaleureusement et fraternellement tous les soutiens, d’où qu’ils viennent. Pour l’amour de la République et de la France. Mais aussi, dans leurs cœurs et dans leurs âmes, en mémoire de leurs pères, et au nom de l’Afrique et du peuple trahi.


Alexandre Gerbi





Libellés : , , , , , , , ,

17 nov. 2009

Les Harkis du Palais Bourbon accusent le député Jean-Michel Fourgous (UMP) d'injure raciste





Les Harkis du Palais Bourbon

accusent

le député Jean-Michel Fourgous (UMP)

d'injure raciste




par


Alexandre Gerbi
.



A force, ça finit par faire bizarre, très bizarre...

Voilà bientôt 200 jours que Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, vivent sur le trottoir de l’Assemblée nationale. Chaque matin depuis le 5 mai, place Edouard Herriot, ils déploient d’immenses banderoles accusatrices sous le nez des députés. Afin que Nicolas Sarkozy reconnaisse, comme il s’y était engagé pendant la campagne présidentielle, les éminentes responsabilités de l’Etat français dans la tragédie de leurs pères. Depuis le massacre des Harkis et des Algériens francophiles (entre 45.000 et 150.000 morts, voire davantage) jusqu’à la calomnie, en passant par les camps.

Seuls les médias pourraient sans doute acculer le pouvoir à sortir de son autisme, tant est grande en France la sympathie qu’inspire la cause harkie.

Or depuis plus six mois, la couverture médiatique de l’événement est quasi nulle.

Pourquoi ?

« Les médias bafouent la Charte du journaliste »

Hamid Gouraï a son idée sur la question :

« Les médias français s’autocensurent eux-mêmes. Ils calquent leur attitude sur celle des hommes politiques. Quitte à bafouer la Charte du journaliste, qui proclame le droit à l’information. C’est un signe de l’extrême dépérissement des principes démocratiques et républicains dans la France d’en haut contemporaine. Si un homme politique important parle de nous, alors on verra 150.000 journalistes de tout bord s’intéresser soudainement à nous… »

En attendant, la presse française, à l’instar de la classe politique, de droite comme de gauche, ferme bien sagement ses petits yeux et ses petites bouches.

Et pour cause : le martyre des Harkis fut la conclusion logique et implacable du largage anti-« bougnoulisation » de l’Afrique, dont l’Algérie fut l’atroce point d’orgue. Un gigantesque scandale que la très affaiblie Ve République blanciste et sa superstructure politico-médiatique, sacrifiant à une stratégie délétère vieille de cinquante ans, tentent de continuer de dissimuler au peuple français. Mentir encore et toujours au peuple, le pays dût-il s’en disloquer. Mais l’essentiel n’est-il pas, pour toute sorte d’intérêts croisés, de préserver l’image de marque d’un système aux abois ?

« Sales Harkis, retournez chez vous en Algérie ! »


Zohra Benguerrah constate :

« Depuis six mois, alors que nous ne demandons qu’à dialoguer, seuls deux députés sont venus nous voir, en septembre. Ils nous ont dit qu’ils poseraient une question à notre sujet au gouvernement dans l’hémicycle, et nous attendons toujours… En revanche, aucun député de l’UMP n’est venu nous voir. Bien au contraire, le député-maire UMP d’Elancourt, M. Jean-Michel Fourgous, est venu à deux reprises nous injurier et nous menacer. »

Abdallah Krouk explique :

« Le 27 octobre au matin, M. Fourgous est arrivé et a hurlé, sur le trottoir d’en face : « Sales Harkis, retournez chez vous en Algérie avec vos banderoles, vous êtes la honte de la France ! Vous avez un problème psychologique, vous nous faites chier ! Je vais vous casser la figure ! » Mais nous ne sommes pas tombés dans le piège. Au gendarme qui s’approchait pour le calmer, M. Fourgous a brandi sa carte de député. Et le gendarme n’a plus bougé. »

Hamid Gouraï commente :

« Nous avons déposé plainte contre M. Fourgous auprès du procureur de la République du tribunal de grande instance de Paris. Ce comportement raciste est indigne et intolérable de la part d’un député de la République, sa place n’est plus à l’Assemblée nationale. Nous avons également écrit au président de la République afin que des mesures soient prises à l’encontre de M. Fourgous ».

« De Gaulle était un traître à la République »


Hamid poursuit :

« N’en déplaise à M. Fourgous et à ses amis, nous sommes Français, même si nous sommes traités en sous-Français depuis des décennies. Comme le rappellent nos banderoles qui exaspèrent M. Fourgous, le général de Gaulle a fait délibérément massacrer les Harkis sous prétexte que les Harkis et les Algériens auraient « bougnoulisé » la France et transformé son village en « Colombey-les-Deux-Mosquées ». C’est aussi pour cela que de Gaulle a livré l’Algérie au FLN, pour qu’il fasse le ménage et impose un lavage de cerveau aux Algériens qui majoritairement préféraient rester Français ».

Zohra ajoute :

« De Gaulle était un raciste et un traître à la République. Il a trahi la France et les Français, Algériens et Noirs africains y compris. »

Abdallah prévient :

« Les députés peuvent nous mépriser, nous injurier, nous menacer. Nous avons l’Histoire avec nous. En mémoire de nos pères qui sont restés fidèles jusqu’à la mort au drapeau tricolore, nous n’abandonnerons jamais le combat. C’est l’honneur de la France que nous défendons, en même temps que celui de nos pères. Nous resterons ici, des années s’il le faut, jusqu’à ce que M. Sarkozy tiennent ses engagements. Nous sommes galvanisés. Le froid, la pluie, les conditions de vie que nous subissons ici ne sont rien comparés aux souffrances de nos pères. Notre combat est la preuve suprême que nous sommes Français, même si cette dignité nous a été refusée, comme le prouvent le mépris et les injures que nous avons subies, entre autres, de M. Fourgous ».

L’identité nationale commence par les Harkis


Zohra, emmitouflée pour déjouer le froid, conclut :

« Les députés passent sans nous voir, la presse nous ignore, l’Elysée se tait. Dans leur luxe, quand ils mangent le dimanche avec leurs enfants, est-ce qu’ils pensent à nous qui mangeons dans la voiture en novembre ? Ont-ils conscience du mal qu’ils nous ont fait ? Car le mépris que nous vivons ici depuis six mois est le même mépris qui a provoqué la tragédie de nos pères… »

Hamid complète :

« Et après ça, ils nous parlent d’identité nationale ! Définir l’identité nationale, cela implique d’abord de cesser de traiter les Harkis comme des non-Français. »

Voilà qui s’appelle enfoncer une porte ouverte verrouillée à triple tour…



Alexandre Gerbi




Libellés : , , , , , , ,

22 sept. 2009

De Hortefeux aux Harkis : Entrechats du blancisme et autre monde

.


De Hortefeux aux Harkis :


Entrechats du blancisme

et autre monde



par


Alexandre Gerbi
.



La grasse vanne sur les « Arabes » de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, a provoqué une tempête médiatique et politique particulièrement spectaculaire.

Au même moment, Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, assiègent l’Assemblée nationale, à Paris. Leur voiture est leur chambre, leur salle à manger est un banc public, et leur maison est le trottoir. Chaque jour depuis bientôt cinq mois, ils déploient d’immenses banderoles au vitriol sur la place Edouard Herriot, sous le nez des députés. En juristes implacables, documents à l’appui, ils accusent Nicolas Sarkozy, président de la République, de parjure et de duplicité.

Or pour l’heure, l’action des trois assiégeurs fait l’objet d’un écho médiatique et politique quasiment nul…

Deux poids, deux mesures ? Myopie historique ? Incohérence ?

Pas si sûr…

De Gaulle en miniature

D’un côté, la blague foireuse de Brice Hortefeux, qui, cynique ou ironique selon les arrière-pensées qu’on lui prête, n’est que la reproduction, en miniature, de cette réflexion par laquelle Charles de Gaulle justifia l’indépendance qu’il imposa aux populations africaines il y a bientôt cinquante ans :

« C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France.»

D’un autre côté, l’action menée par les Harkis au Palais Bourbon, qui fait l’objet d’un black-out médiatique presque intégral, alors que la tragédie des Harkis et des Algériens francophiles (entre 45.000 à 150.000 morts au lendemain de l’indépendance algérienne, puis aliénation des rescapés dans des camps en France, mépris, injure, calomnie) fut la conséquence d’un système de pensée dont la blague de Brice Hortefeux semble un avatar dérisoire…

Sous certains rapports, on le devine, ces événements, tout comme le traitement qui en est fait, relèvent en réalité du même système, et s’y inscrivent. Or pour notre société, ce système se trouve être un tabou absolu. Car si ses secrets étaient révélés au grand public, ils pourraient bien discréditer, pour le dire vite, deux générations d’hommes politiques, deux générations d’historiens, et deux générations d’intellectuels français. Difficile d’imaginer plus puissant séisme. Cela ressemblerait peut-être à une révolution…

Préservation de la France blanche, gréco-latine et chrétienne

L’Histoire de la Ve République blanciste, aujourd’hui encore presque totalement occultée, constitue ce secret explosif.

Il y a un demi-siècle, foulant aux pieds les principes les plus fondamentaux de la France, le gouvernement dirigé par le général de Gaulle débarrassa la République de ses territoires et populations d’Afrique. Pour préserver, selon un trait emprunté à Barrès, une « certaine idée de la France » et des Français :

« Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne », martelait en coulisse l’ermite de Colombey.

Bénéficiant de la complicité, active ou passive, et pour toutes sortes de raisons, d’abord de l’Armée dupée, puis, jusqu’au bout, de la plus grande partie de la classe politique et d’une fraction importante de l’intelligentsia françaises, de droite comme de gauche, d’extrême-droite comme d’extrême-gauche, le Général obtint la sécession des anciennes colonies africaines de la France, qu’il présenta habilement comme le triomphe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Alors même que les populations d’Afrique, y compris en Algérie, aspiraient bien davantage à l’égalité, garante de liberté et de fraternité.

Mais de leur avis, le Général et ses alliés n’avaient cure...

Apartheid à l’échelle intercontinentale

Présentée comme une merveille visionnaire et humaniste, la prétendue décolonisation gaullienne, réalisée au mépris des populations d’outre-mer, fut conçue comme un tremplin du néocolonialisme. A telle enseigne que la plupart des nouveaux Etats continuèrent d’être dirigés depuis Paris, via les « réseaux Foccart » et autres hommes de main. De ce point de vue, l’opération permit la mise en place d’un véritable apartheid organisé à l’échelle intercontinentale, dont notre époque, plus que jamais, porte les atroces stigmates.

« Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »

Dans son entreprise de démolition de l’ensemble franco-africain, le Général savait qu’il devrait vaincre plusieurs forces. Notamment celles des Africains, mais aussi des Algériens. Par mélange de bon sens, de pragmatisme et d’amour parfois passionnel pour ce qu’ils appelaient la « vraie France », la plupart des ultramarins considéraient que l’instauration de l’égalité politique pleine et entière entre tous les habitants de la métropole et de l’outre-mer serait le meilleur moyen d’abolir le colonialisme et d’assurer l’unité de la République. Le plus souvent, l’indépendance n’était vue que comme un ultime recours, un déchirement à éviter autant que possible. Machiavel avança donc masqué.

Pour revenir au pouvoir, de Gaulle prétendit accomplir un programme égalitaire révolutionnaire (cf. Discours d’Alger et de Mostaganem, 4 et 6 juin 1958) qu’avait défini et porté l’avant-garde de l’école anthropologique française. En particulier Claude Lévi-Strauss, en 1955 dans Tristes Tropiques, l'année même où Soustelle, son collègue et ami, fut nommé gouverneur général en Algérie par Pierre Mendès France, et lança l'intégration. L’intégration c’est-à-dire, au contraire de l’assimilation, la fusion dans le respect et la compréhension réciproque des cultures, pour l’échange et dans l'égalité. Au gré d’un certain esprit du temps, c’était un peu la pensée des Africains de l’après-guerre qui s’apprêtait à triompher : Soustelle connaissait Senghor depuis vingt ans, et ne cachait pas que son projet s’était ébauché, notamment, en parlant avec lui… Feignant, avec brio, d’appartenir à cette galaxie nouvelle et d’en vouloir accomplir les plus grands espoirs, le Général s’attira immédiatement une phénoménale popularité auprès des masses musulmanes algériennes, ainsi que dans le reste de l’Afrique…

Or l’homme comptait faire exactement le contraire de ce qu’il annonçait.

« Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par deux puis par cinq, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, quatre cents, six cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l’Élysée ? »

Ou un Nègre…

Devenu maître du pays pour sept ans (janvier 1959), de Gaulle tomba rapidement le masque.

Largages et retour du refoulé

Sans tarder, le Général-Président bouta les Africains hors de la République, en refusant la départementalisation au Gabon (Affaire gabonaise, 1958) puis en dépossédant les populations d’Afrique subsaharienne du droit à l’autodétermination (Loi 60-525, mai-juin 1960). Ayant de la sorte réduit l’Algérie à une incongruité politique, déjouant les ralliements (Affaire Si Salah, 1960), il pactisa avec les indépendantistes du FLN, fussent-ils sanguinaires et fanatiques, et les accepta comme interlocuteurs exclusifs. Enfin, il leur livra non seulement le pays et ses populations, mais aussi les partisans arabo-berbères de la France, ainsi voués à la terreur et, pour beaucoup, au supplice et à la mort. Sous les applaudissements du reste du monde, et les larmes de crocodile de Washington acclamant aussi.

Depuis les années Giscard et, plus encore, les années Mitterrand et Chirac, la société française a été le théâtre d’un lent retour du refoulé. Le blancisme fondateur du régime est progressivement devenu une obsession du système, bien sûr jamais formulée, et cristallisée dans la dénonciation fébrile, obsessionnelle jusqu’à l’hystérie, jusqu’au narcissisme, jusqu’à l’ostentation, jusqu’au business, du racisme. Avec le peuple français (et non pas, bien sûr, ses élites intellectuelles et politiques, blanches comme neige…) dans le rôle de bouc émissaire perpétuellement accusé et sommé d’expier. Ce peuple français qui, pourtant, en 1958, avait approuvé à 80% l’application du rêve de Claude Lévi-Strauss, la politique d’Intégration des populations arabo-berbère d’Algérie…

Au demeurant, en dépit de la sainte horreur que lui inspire le racisme, le système politique, intellectuel et médiatique français, jusqu’à aujourd’hui, continue de sacrifier sans nuance à la doctrine de la Ve République blanciste, ce mythe qui affirme qu’Africains et Algériens rêvaient collectivement, et à tout prix, de se séparer de la France. Propagande qui permit à l’époque – et permet toujours aujourd’hui – de justifier l’abandon.

Ainsi peut s’expliquer le « deux poids deux mesures » dont nous parlions plus haut…

Un député à l’accent rocailleux

Comment, dira-t-on, la société médiatico-politique qui se déchaîne contre Brice Hortefeux, peut-elle continuer de servir sagement, dans le même temps, l’histoire officielle de la Ve République blanciste ?

Comment hurler en toute occasion contre le racisme, et perpétuer simultanément une légende qui sert à occulter que le démantèlement de l’ensemble franco-africain répondit à des motivations odieuses, affreuses, et emprunta des voies totalement contraires aux principes les plus fondamentaux de la République ?

En attendant, comme en symbole, Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï continuent de vivre sur le trottoir de la Ve République blanciste, à côté de l’Assemblée nationale, dans l’indifférence générale des médias et des politiques…

Jusqu’à ce qu’un mercredi de septembre 2009, un député venu de la France profonde, réputé pour son goût pour l’héroïsme, son accent rocailleux et sa voix de stentor, vienne déclarer aux trois assiégeurs que tout ceci est décidément scandaleux et ignoble, et promette de secouer un de ces mercredis l’hémicycle endormi. Et tienne parole davantage que l’hôte de l’Elysée …

Alors peut-être le blancisme structurel connaîtra son premier grand ébranlement. Et l’altermondialisme l’un de ses plus fastes et orgueilleux départs…




Alexandre Gerbi




Libellés : , , , , , , , , , , , , , , , , ,

25 juin 2009

Trois « Harkis » assiègent le Palais Bourbon, Sarkozy… et l’Histoire

En ce moment à Paris...
.


Trois « Harkis » assiègent

le Palais Bourbon, Sarkozy…

et l’Histoire

.
.
.
par
.
Alexandre Gerbi
.




5 mai 2009, 6 heures du matin. Une fille et deux fils de Harkis s’enchaînent à des lampadaires devant l’Assemblée Nationale. Détachés à l’aube par la police, Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï « assiègent » depuis lors le Palais Bourbon, place Edouard Herriot, à deux pas de l’Assemblée Nationale. Ils dorment dans leur voiture et leur camionnette, et vivent sur le trottoir. Ils affirment qu’ils iront « jusqu’au bout ».

Leur objectif ? Il est simple : que l’Etat français reconnaisse enfin officiellement, et solennellement, ses éminentes responsabilités dans la tragédie des Harkis. Non par un simple décret ou de belles paroles, mais par une loi.

« Nous ne voulons pas de croquettes », lancent-ils. « Nous ne sommes pas ici pour demander l’aumône. Ce qu’on veut, c’est la reconnaissance du martyre des Harkis et de leurs enfants. Les massacres, les camps, l’aliénation, le mépris. On se situe sur le terrain du symbole avec un grand S. »

Sur un panneau, ils ont collé la circulaire Joxe qui, en 1962, interdisait aux officiers de ramener les Harkis en France. Désarmés, les supplétifs de l’armée française furent, pour beaucoup, massacrés par le FLN et ses partisans. Heureusement, certains officiers choisirent de désobéir aux directives ministérielles.

« Dans l’Algérie des premières heures de l’indépendance, massacrer les Harkis permettait, en éliminant les partisans de la France, de réduire tout le monde au silence par la terreur. Mais cela permettait aussi de se faire bien voir. Surtout quand, quelques années plus tôt, on avait été un peu trop « Algérie française ». Avec le sang des Harkis, on se refaisait facilement, au dernier moment, une vertu indépendantiste… » explique Abdallah Krouk, avec un accent et un sourire débarqués de sa Haute-Garonne natale.

D’un historien à l’autre, les estimations varient. Selon les uns, 45.000 harkis furent massacrés au lendemain de l’indépendance algérienne. Selon les autres, de 60.000 à 90.000. D’autres encore parlent de 150.000 victimes, englobant dans ce chiffre effroyable aussi bien les Harkis que les Algériens francophiles et les membres de leurs familles, alors désignés comme traîtres par les nouveaux maîtres du pays.

« On en a marre d’être assimilés à des collabos par les jeunes des banlieues » martèle Abdallah Krouk. « Nos pères combattaient le FLN qui massacrait les Algériens à tour de bras. Il n’y a qu’à voir ce que l’Algérie est devenue depuis, ça saute aux yeux. Les Harkis combattaient pour la France, parce qu’ils voulaient, comme la majorité des Algériens, que l’Algérie reste un département de la République, comme la Réunion ou la Martinique. Dans l’égalité et la fraternité avec les Français. Si de Gaulle l’avait voulu, aujourd’hui l’Algérie serait autrement développée. Et tous les Algériens ne voudraient pas émigrer vers la France, puisqu’ils seraient à l’aise chez eux… et Français ! »

Zohra Benguerrah a les yeux cernés. Pas facile de bien dormir dans une voiture, surtout quand ça dure depuis un mois et demi. « Moi je m’en fous, je peux souffrir, ce n’est rien. Si vous saviez tout ce qu’on a déjà souffert depuis cinquante ans. Maintenant, il faut que l’Etat reconnaisse, c’est tout. Nous ne lâcherons pas. »

Chaque jour qu’Allah fait, les trois « assiégeurs » déploient leurs banderoles sur la place Edouard Herriot.

« Les députés nous ignorent. En particulier ceux de gauche. Regardez celui-là ! Il regarde droit devant lui ! Il presse le pas ! »

Effectivement, à vingt mètres, un ancien et célèbre ministre socialiste accélère, attaché-case à la main, semblant ne rien vouloir savoir de ce qui se passe là…

Les députés ne sont pas les seuls à appliquer la politique de l’autruche. Aucun média contacté n’a jugé bon de s’intéresser au cas de nos trois « assiégeurs ». Pour cause de politiquement incorrect ?

L’une des banderoles prend en effet pour cible « les juges Francs-Maçons » et affirme : « La France est raciste ».

« On n’a plus rien à perdre. On veut provoquer un électrochoc, les forcer à sortir de leur tanière. Si la France n’est pas raciste, si les Francs-Maçons sont des humanistes, alors pourquoi tous ceux-là ne font-ils rien pour nous, depuis tout ce temps ? A l’époque, pourquoi ne sont-ils pas venus nous sortir des camps ? Où étaient les droits de l’homme ? »

Zohra, Abdallah et Hamid n’ont pas la chance d’avoir fait l’ENA ou un Bac+12. Relégués dans leur désespoir, par mélange de rage et d’avidité d’attirer l’attention, ils sont forcément enclins à quelques regrettables amalgames. Mais qui osera leur jeter la pierre outre mesure ?

Hamid Gouraï explique : « Pendant des années, les hommes politiques nous ont dit en coulisse : soyez patients, attendez que les vieux gaullistes historiques meurent. Alors, tout se débloquera... Maintenant, Messmer est mort depuis deux ans. Et rien n’a changé. On attend toujours. Alors on est là, et on ne bougera pas tant que Sarkozy ne tiendra pas ses promesses… »

Effectivement, pendant sa campagne présidentielle, le candidat de l’UMP avait promis qu’il réglerait une fois pour toutes le scandale des Harkis : « Les Harkis ont cru en la parole de la France, je serai celui qui tiendrai cette parole ». « Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des Harkis et d'autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance. Afin que l'oubli ne les assassine pas une nouvelle fois. »

Devenu chef de l’Etat, aurait-il donc changé d’avis ?

Il faut bien reconnaître qu’à l’approche du cinquantième anniversaire des indépendances de l’Afrique noire dite française (1960-2010) et de l’Algérie (1962-2012), le sujet est pour le moins « casse-gueule ». Car derrière la tragédie des Harkis, ce sont tous les mensonges de la décolonisation franco-africaine qui se tiennent en embuscade. S’il s’avisait d’ouvrir sérieusement, et en profondeur, le terrible dossier Harkis, l’Elysée sait bien que c’est une véritable boîte de Pandore historique et politique qu’il ouvrirait du même coup.

Zohra Benguerrah répète calmement : « La plupart des Algériens ne voulaient pas de l’indépendance, et surtout pas avec le FLN, cette minorité criminelle qui les terrorisait depuis des années ». Hamid Gouraï enfonce le clou : « A l’époque, la majorité des Algériens préféraient continuer de vivre en harmonie avec la France et les Français, dans un esprit fraternel. »

Abdallah Krouk s’emporte : « Mais De Gaulle l’a bien dit, il avait peur que son village s’appelle Colombey-les-Deux-Mosquées. Alors il a préféré se débarrasser de l’Algérie. Et de nous ! »

Un vénérable vieillard, membre du HCR (Haut Conseil des Rapatriés, créé en 2002 par Jean-Pierre Raffarin), venu les soutenir, va jusqu’à affirmer : « Evidemment que la majorité des Algériens ne voulaient pas de l’indépendance. Aujourd’hui encore, 75% d’entre eux préféreraient être Français. Organisez un référendum, vous verrez ! »

Et en Afrique subsaharienne ?

Si Nicolas Sarkozy reconnaissait sans fard les responsabilités éminentes de l’Etat français, mais aussi de Charles de Gaulle dans la tragédie des Harkis… S’il avouait qu’il y a cinquante ans, la Ve République blanciste fit le choix de larguer non seulement l’Algérie mais aussi l’Afrique entière par crainte du métissage, en plus de sordides calculs financiers… S’il proclamait, osant reprendre le mot du Général, que la « bougnoulisation » du peuple français et son corollaire, un président noir ou arabo-berbère à l’Elysée, furent la cause fondamentale des indépendances africaines…

A coup sûr de tels aveux feraient plutôt mauvais genre dans la France d’aujourd’hui, et probablement l’effet d’une bombe dans le reste du monde…

Comment réagiraient Abdelaziz Bouteflika, les Africains et la communauté internationale, notamment le président Obama ? En France, que diraient les intellectuels et la presse, souvent complices de l’imposture ? Quant à la gauche et l’extrême-gauche, se priveraient-elles d’une si belle occasion d’accuser Sarkozy d’être un infâme nostalgique de l’Empire et de l’Algérie Française ? Enfin, les gaullistes « orthodoxes » le lui pardonneraient-ils ?

Face aux dangers vertigineux et aux cruelles incertitudes d’une telle configuration, les slogans en forme d’« électrochocs » des trois assiégeurs du Palais Bourbon paraissent bien dérisoires… Et de fait, l’Elysée se claquemure dans le silence depuis un mois et demi.

Il est vrai que pour s’engouffrer dans pareil étau idéologique, il faudrait, du moins en apparence, être suicidaire ou un peu tombé sur la tête.

Si seulement Sarkozy pouvait vraiment devenir fou…


Alexandre Gerbi




Libellés : , , , , , , , , , , , ,