9 mars 2010

Les manipulations pro-gaullistes du Dada "FOG" et de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa

Dans le cadre du cinquantenaire
des indépendances africaines…





Les manipulations pro-gaullistes

du Dada Franz-Olivier Giesbert

et de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa



par


Alexandre Gerbi
.

à Claude Garrier


Dans les petites sphères politiques et médiatiques françaises, on sait depuis longtemps qu’il est interdit de critiquer le général de Gaulle. On sait également qu’il est permis, en revanche, d’en faire l’apologie la plus débridée. Car en ce domaine particulier, l’éloge, même hors limites, n’expose à aucun sarcasme. Dire que le Général était « un génie » au sens fort et plein du terme (politique, historique, littéraire…), affirmer qu’il est « le plus grand homme de l’Histoire de France », lui tresser des couronnes de laurier pendant des heures avec un petit sourire béat aux lèvres, tout cela est parfaitement possible, et même conseillé. L’exercice ouvre les portes et allume autant de spotlights que la critique du même Général menace celui qui la profère d’anathème et de bannissement. Dans le petit monde médiatique, chacun sait tout cela, et se comporte en fonction…

Ils sont par conséquent rarissimes ceux qui se permettent de flinguer le grand homme. De mémoire de téléspectateur, depuis vingt ans sur le petit écran, personne ne s’est risqué à mettre en cause Charles de Gaulle. Hormis Georges-Marc Benamou, lors de la sortie de son livre Un mensonge français, en 2003, et Pierre Bénichou, dans une furtive mais puissante salve lancée dans l’émission 93, Faubourg Saint Honoré, en 2006. Mais à part cela, rien, ou presque.

Illustration de l’extrême actualité du phénomène, vendredi 5 mars 2010, dans Vous aurez le dernier mot !, l’émission de Franz-Olivier Giesbert (alias « FOG »), sur France 2.

Sous prétexte d’organiser un débat autour du Général, « FOG » invite autour de la table… trois gaullistes invétérés (Max Gallo, Eric Zemmour et Paul-Marie Coûteaux) et un quatrième larron (Benoît Duteurtre) qui s’abstint de contredire en quoi que ce soit les trois autres, et alla jusqu’à placer la pensée du « plus illustre des Français », en dépit de son caractère « archaïque», à la « pointe de l’altermondialisme »... Autour d’un thème lui-même nettement orienté dans le sens habituel (« De la grandeur gaullienne au défaitisme actuel »), on vit pendant une demi-heure les trois principaux intervenants se disputer le titre de plus grand « gaullologue » (selon l’expression de Giesbert) sous le regard complice du quatrième.

Franz-Olivier Giesbert est bien sûr en droit de transformer une émission culturelle du service public en machine à glorifier de Gaulle, en éliminant du plateau toute voix discordante, et en orientant les débats dans le sens hagiographique le plus caricatural. Il est en droit de mettre en scène, dans une logique presque dadaïste, le pro-gaulliste Eric Zemmour multipliant les assauts pro-gaullistes en direction du pro-gaulliste Max Gallo sous l’œil vigilant du pro-gaulliste Paul-Marie Coûteaux et du néo-pro-gaulliste Benoît Duteurtre. En termes de déontologie journalistique ou médiatique, rien de plus digne et respectable… En revanche, ce qui semble plus douteux, c’est d’intituler « débat » ce qui ne confronte que des avis essentiellement convergents, autour d’un sujet lui-même dénué de toute neutralité.

Des confins de sa mise en scène, dadaïste disions-nous, Dada FOG a tout de même signé son œuvre, à la presque fin du « débat », en balançant dans la figure d’un Zemmour arrêté dans l’extase :

« Ce passéisme, et puis ce culte aussi du général de Gaulle, est-ce que ce n’est pas lié aussi à un certain refus de la mondialisation, de la France pluriethnique ? D’ailleurs il y a des phrases du général de Gaulle (…) qui sont frappantes sur les Français musulmans et les Français chrétiens… Il les compare, il dit que c’est l’huile et le vinaigre, vous mélangez ça dans la bouteille, vous reposez la bouteille, et l’huile et le vinaigre seront à nouveau séparés »

Eric Zemmour : « Il dit pas les Français musulmans et les Français chrétiens, il dit les Arabes et les Français. Et il dit c’est comme l’huile et le vinaigre, vous les mélangez ensemble, ça finit par se séparer après ».

A la minute 1h06 :

http://programmes.france2.fr/vous-aurez-le-dernier-mot/index.php?page=article&numsite=4199&id_article=12407&id_rubrique=4202

La nuance, subtile, n’est certes pas à l’avantage de de Gaulle… Au demeurant, ni Eric Zemmour ni ses comparses ne se sont aventurés à s’étendre davantage sur cette citation, ni bien sûr à la critiquer, en cette année de cinquantenaire des indépendances africaines, Algérie en ligne de mire (2012)… Les sacrosaints « codes » furent dûment respectés. On passa immédiatement à autre chose. La remarque de FOG et le ricochet « zemmourien » firent plouf. Et pour cause, Max Gallo, par exemple, a déjà démontré par le passé son talent, en pareil cas, pour noyer le poisson (voir notre article Les flous de mémoire de Max Gallo sur France Inter).

De tels comportements ne sauraient étonner celui qui connaît la véritable histoire de la Ve République blanciste. Car celle-ci fut originellement bâtie sur des considérations totalement anti-républicaines, considérations raciales, civilisationnelles, religieuses et financières cachées sous de gigantesques mensonges (avec le monde entier faisant chorus, depuis cinquante ans, Etats-Unis et ONU en tête). Le travestissement de l’histoire de la décolonisation est la spécialité de notre cher régime, puisqu’il en est né, dans la duplicité (relire les discours d’Alger et de Mostaganem de Charles de Gaulle en 1958).

Cela est si vrai que le 26 février dernier, à Libreville, en parfait continuateur du Système, bafouant ses promesses de « rupture », Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa, au moment de refonder les relations franco-gabonaises ou franco-africaines, balança sans vergogne d’énormes mensonges historiques aux enjeux immenses, à la figure d’un parterre gabonais bien embarrassé, tant était grand le scandale de voir ainsi violée la réalité historique, sous le patronage dès lors nécessairement usurpé des morts : certains de leurs noms avaient été prononcés, invoqués, et le respect qui leur est dû exalté par Nicolas Sarkozy lui-même, ce jour-là…

A se demander si Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa ne joue pas avec le feu…

L’âme africaine, dans sa profonde grandeur, sait comprendre l’humaine faiblesse, faire la part des choses et par conséquent pardonner. Elle l’a souvent démontré tout au long de sa douloureuse histoire, en particulier à l’égard de la France, et de cela l’Afrique peut s’enorgueillir.

Pour cela, il n’est peut-être pas trop tard pour bien faire, malgré tout. C’est-à-dire qu’il est encore temps pour Nicolas Sarkozy d’en finir et d’avouer les choses, le largage, le travestissement et le masque, le déni d’égalité, le mépris racial, la défiance civilisationnelle, le vaste crime contre l’humanité (je pèse mes mots) que fut la prétendue « décolonisation ». Crime contre l’Afrique, contre la France, contre la République et contre la démocratie. Pour enfin désigner le grand coupable, l’ennemi commun : la classe politique métropolitaine de l’époque, en particulier Charles de Gaulle, prétendument décolonisateur, en réalité destructeur de l’unité franco-africaine, et euro-africaine, et donc ennemi du panafricanisme, de la Nation, et grand faiseur de désastres.

Mais après tout, puisque tant de nos contemporains ont l’air de s’en tamponner le coquillard ou de ne rien comprendre, et surtout de fort, fort bien s’en porter…



Alexandre Gerbi




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5 mars 2010

Discours de Libreville : L’outrage aux ancêtres de Nicolas Sarkozy

Cinquante ans après, au Gabon...



Discours de Libreville :

L’outrage aux ancêtres

de Nicolas Sarkozy





par


Alexandre Gerbi
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Il y a quelques mois, nous riions ensemble des belles leçons d’histoire de Nadine Morano, qui prétendait tirer argument de l’indépendance du Sénégal pour convaincre un passant africain, alpagué sur un marché, qu’il n’était pas chez lui en France. Nous pointions que la secrétaire d’Etat à la famille se livrait là à une falsification dans le droit fil de l’histoire officielle de la Ve République blanciste, qui prétend que les citoyens de l’Outre-Mer français exigèrent l’indépendance. Nous rappelions que les Africains, il y a cinquante ans, réclamaient bien davantage l’égalité et la fraternité, qui leur furent définitivement refusées.

En se débarrassant des populations africaines au lieu de bâtir la grande République franco-africaine égalitaire et fraternelle, le gouvernement français entendait esquiver la « bougnoulisation » et l’islamisation de la France, et relancer le (néo)colonialisme. Evidemment, cela ne fut jamais assumé par les pouvoirs publics, et n’est par conséquent presque jamais dit. A tel point que rien ne permet d’affirmer que Nadine Morano ne pèche pas simplement par ignorance…

Or voici que le comble de la falsification historique vient d’être accompli tout récemment par Nicolas Sarkozy, face à des centaines de personnes, à Libreville, au Gabon. Encore par ignorance ? Cette fois, difficile de le croire…

Le 24 février 2010, Nicolas Sarkozy, apparemment très à l’aise, à tu et à toi avec son homologue gabonais, avait pourtant bien commencé, puisque pour la première fois un grand tabou était levé par une bouche officielle : « Au seuil de l’Indépendance, certains de vos grands aînés ont souhaité la départementalisation ».

Episode longtemps très secret, ignoré et même nié, et pour cela absent de presque tous les livres jusqu’à ce jour, le Gabon a en effet demandé la départementalisation en 1958. Mais le gouvernement métropolitain d’alors s’y opposa vertement. Ce que l’historien Sarkozy commente en ces termes : « Heureusement, il en fut autrement, parce que vous aviez compris que si l’amitié est précieuse, la liberté, elle, est vitale. Et c’est ce choix qui fut celui de nos amis gabonais ».

On a le droit de divaguer et même celui de dire n’importe quoi. Pourtant, si l’on parle d’Histoire, les Gabonais ne firent, à l’époque, aucun choix. Car le général de Gaulle, comme le rappelle implicitement et sans le nommer Nicolas Sarkozy, refusa la départementalisation (en violation de l’article 76 de la Constitution, octobre 1958), puis il donna des ordres (janvier 1960) pour pousser l’auteur du projet en personne, Léon Mba, à réclamer l’indépendance (août 1960). De l’aveu même du Général, les services français eurent toutes les peines du monde à le convaincre…

Ayant imposé le principe de l’indépendance à Léon Mba et à son gouvernement, de Gaulle eut encore à museler les populations gabonaises largement favorables à l’unité franco-africaine égalitaire et fraternelle. En particulier, justement, du côté de Libreville, à l’époque vieille ville franco-gabonaise largement métisse. Pour déposséder les Gabonais du droit à l’autodétermination, de Gaulle fit donc voter à Paris la Loi 60-525 (mai-juin 1960, au prix d’une quadruple violation de la Constitution, qui fit d’ailleurs pas mal de vagues).

Tout cela, Nicolas Sarkozy le sait très bien, ou devrait le savoir. Dans ces conditions, comment peut-il invoquer la « liberté » et le « choix » des Gabonais, sinon en espérant flatter un auditoire théoriquement complice et, surtout, tenu au silence depuis un demi-siècle ? Au reste, probablement gênée par l’ampleur de l’imposture, la salle a très timidement applaudi…

Omar Bongo, dont Nicolas Sarkozy se flatte d’être allé honorer la tombe à Franceville, avait ordonné la publication, dans les années 1980, d’un gros ouvrage consacré à l’Histoire de son pays : le Mémorial du Gabon. L’« Affaire gabonaise », la départementalisation refusée y était sèchement relatée. L’ouvrage rappelait le soutien populaire dont bénéficiait le projet de départementalisation porté par Léon Mba. C’est peu dire qu’en entendant Nicolas Sarkozy gloser sur la « liberté » et le « choix » des Gabonais en 1960, Omar Bongo et Léon Mba ont dû se retourner dans leur tombe, en même temps que tous les anciens qui jadis se rêvaient Français, ou Franco-Africains... Mais après tout, au diable le respect des ancêtres, pourtant « sacré » en Afrique selon Nicolas Sarkozy.

Vous avez dit « cynisme », encore et toujours ?

D’évidence, cet outrage à la mémoire des morts place sous de bien funestes auspices le projet soi-disant « gagnant-gagnant » que Sarkozy entend substituer, avec l’aide de son « ami » Bongo, à la dite "Françafrique". Les « indépendances » assorties de la « coopération », rappelons-le, étaient également censées être, au beau temps de papa de Gaulle, une opération « gagnant-gagnant ». On sait ce que cela a donné, et le rôle que tint le mensonge – majuscule – dans cette sinistre et criminelle affaire…

Aucune fraternité réelle entre la France et ses anciens territoires et populations d’Afrique ne pourra être sainement reconstruite sur d’autres bases que l’honnêteté face au passé et à l’Histoire. Il est bien triste que même la gauche et l’extrême-gauche, en France, soient incapables de le rappeler à Nicolas Sarkozy. Tout simplement parce qu’elles sont l’une et l’autre, comme lui, intimement liées au système de la Ve République blanciste agonisante.

Face à pareil scandale et à la paralysie du système, les grands médias ne peuvent-ils donc rien faire, rien dire ? Et les Africains ne devraient-ils pas réclamer à cor et à cri la vérité, par fidélité aux ancêtres et au Grand Esprit Nkoué Mbali ?

Puissent ces quelques réflexions ne pas tomber dans l’oreille de sourds…



Alexandre Gerbi




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22 sept. 2009

De Hortefeux aux Harkis : Entrechats du blancisme et autre monde

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De Hortefeux aux Harkis :


Entrechats du blancisme

et autre monde



par


Alexandre Gerbi
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La grasse vanne sur les « Arabes » de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, a provoqué une tempête médiatique et politique particulièrement spectaculaire.

Au même moment, Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, assiègent l’Assemblée nationale, à Paris. Leur voiture est leur chambre, leur salle à manger est un banc public, et leur maison est le trottoir. Chaque jour depuis bientôt cinq mois, ils déploient d’immenses banderoles au vitriol sur la place Edouard Herriot, sous le nez des députés. En juristes implacables, documents à l’appui, ils accusent Nicolas Sarkozy, président de la République, de parjure et de duplicité.

Or pour l’heure, l’action des trois assiégeurs fait l’objet d’un écho médiatique et politique quasiment nul…

Deux poids, deux mesures ? Myopie historique ? Incohérence ?

Pas si sûr…

De Gaulle en miniature

D’un côté, la blague foireuse de Brice Hortefeux, qui, cynique ou ironique selon les arrière-pensées qu’on lui prête, n’est que la reproduction, en miniature, de cette réflexion par laquelle Charles de Gaulle justifia l’indépendance qu’il imposa aux populations africaines il y a bientôt cinquante ans :

« C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France.»

D’un autre côté, l’action menée par les Harkis au Palais Bourbon, qui fait l’objet d’un black-out médiatique presque intégral, alors que la tragédie des Harkis et des Algériens francophiles (entre 45.000 à 150.000 morts au lendemain de l’indépendance algérienne, puis aliénation des rescapés dans des camps en France, mépris, injure, calomnie) fut la conséquence d’un système de pensée dont la blague de Brice Hortefeux semble un avatar dérisoire…

Sous certains rapports, on le devine, ces événements, tout comme le traitement qui en est fait, relèvent en réalité du même système, et s’y inscrivent. Or pour notre société, ce système se trouve être un tabou absolu. Car si ses secrets étaient révélés au grand public, ils pourraient bien discréditer, pour le dire vite, deux générations d’hommes politiques, deux générations d’historiens, et deux générations d’intellectuels français. Difficile d’imaginer plus puissant séisme. Cela ressemblerait peut-être à une révolution…

Préservation de la France blanche, gréco-latine et chrétienne

L’Histoire de la Ve République blanciste, aujourd’hui encore presque totalement occultée, constitue ce secret explosif.

Il y a un demi-siècle, foulant aux pieds les principes les plus fondamentaux de la France, le gouvernement dirigé par le général de Gaulle débarrassa la République de ses territoires et populations d’Afrique. Pour préserver, selon un trait emprunté à Barrès, une « certaine idée de la France » et des Français :

« Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne », martelait en coulisse l’ermite de Colombey.

Bénéficiant de la complicité, active ou passive, et pour toutes sortes de raisons, d’abord de l’Armée dupée, puis, jusqu’au bout, de la plus grande partie de la classe politique et d’une fraction importante de l’intelligentsia françaises, de droite comme de gauche, d’extrême-droite comme d’extrême-gauche, le Général obtint la sécession des anciennes colonies africaines de la France, qu’il présenta habilement comme le triomphe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Alors même que les populations d’Afrique, y compris en Algérie, aspiraient bien davantage à l’égalité, garante de liberté et de fraternité.

Mais de leur avis, le Général et ses alliés n’avaient cure...

Apartheid à l’échelle intercontinentale

Présentée comme une merveille visionnaire et humaniste, la prétendue décolonisation gaullienne, réalisée au mépris des populations d’outre-mer, fut conçue comme un tremplin du néocolonialisme. A telle enseigne que la plupart des nouveaux Etats continuèrent d’être dirigés depuis Paris, via les « réseaux Foccart » et autres hommes de main. De ce point de vue, l’opération permit la mise en place d’un véritable apartheid organisé à l’échelle intercontinentale, dont notre époque, plus que jamais, porte les atroces stigmates.

« Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »

Dans son entreprise de démolition de l’ensemble franco-africain, le Général savait qu’il devrait vaincre plusieurs forces. Notamment celles des Africains, mais aussi des Algériens. Par mélange de bon sens, de pragmatisme et d’amour parfois passionnel pour ce qu’ils appelaient la « vraie France », la plupart des ultramarins considéraient que l’instauration de l’égalité politique pleine et entière entre tous les habitants de la métropole et de l’outre-mer serait le meilleur moyen d’abolir le colonialisme et d’assurer l’unité de la République. Le plus souvent, l’indépendance n’était vue que comme un ultime recours, un déchirement à éviter autant que possible. Machiavel avança donc masqué.

Pour revenir au pouvoir, de Gaulle prétendit accomplir un programme égalitaire révolutionnaire (cf. Discours d’Alger et de Mostaganem, 4 et 6 juin 1958) qu’avait défini et porté l’avant-garde de l’école anthropologique française. En particulier Claude Lévi-Strauss, en 1955 dans Tristes Tropiques, l'année même où Soustelle, son collègue et ami, fut nommé gouverneur général en Algérie par Pierre Mendès France, et lança l'intégration. L’intégration c’est-à-dire, au contraire de l’assimilation, la fusion dans le respect et la compréhension réciproque des cultures, pour l’échange et dans l'égalité. Au gré d’un certain esprit du temps, c’était un peu la pensée des Africains de l’après-guerre qui s’apprêtait à triompher : Soustelle connaissait Senghor depuis vingt ans, et ne cachait pas que son projet s’était ébauché, notamment, en parlant avec lui… Feignant, avec brio, d’appartenir à cette galaxie nouvelle et d’en vouloir accomplir les plus grands espoirs, le Général s’attira immédiatement une phénoménale popularité auprès des masses musulmanes algériennes, ainsi que dans le reste de l’Afrique…

Or l’homme comptait faire exactement le contraire de ce qu’il annonçait.

« Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par deux puis par cinq, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, quatre cents, six cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l’Élysée ? »

Ou un Nègre…

Devenu maître du pays pour sept ans (janvier 1959), de Gaulle tomba rapidement le masque.

Largages et retour du refoulé

Sans tarder, le Général-Président bouta les Africains hors de la République, en refusant la départementalisation au Gabon (Affaire gabonaise, 1958) puis en dépossédant les populations d’Afrique subsaharienne du droit à l’autodétermination (Loi 60-525, mai-juin 1960). Ayant de la sorte réduit l’Algérie à une incongruité politique, déjouant les ralliements (Affaire Si Salah, 1960), il pactisa avec les indépendantistes du FLN, fussent-ils sanguinaires et fanatiques, et les accepta comme interlocuteurs exclusifs. Enfin, il leur livra non seulement le pays et ses populations, mais aussi les partisans arabo-berbères de la France, ainsi voués à la terreur et, pour beaucoup, au supplice et à la mort. Sous les applaudissements du reste du monde, et les larmes de crocodile de Washington acclamant aussi.

Depuis les années Giscard et, plus encore, les années Mitterrand et Chirac, la société française a été le théâtre d’un lent retour du refoulé. Le blancisme fondateur du régime est progressivement devenu une obsession du système, bien sûr jamais formulée, et cristallisée dans la dénonciation fébrile, obsessionnelle jusqu’à l’hystérie, jusqu’au narcissisme, jusqu’à l’ostentation, jusqu’au business, du racisme. Avec le peuple français (et non pas, bien sûr, ses élites intellectuelles et politiques, blanches comme neige…) dans le rôle de bouc émissaire perpétuellement accusé et sommé d’expier. Ce peuple français qui, pourtant, en 1958, avait approuvé à 80% l’application du rêve de Claude Lévi-Strauss, la politique d’Intégration des populations arabo-berbère d’Algérie…

Au demeurant, en dépit de la sainte horreur que lui inspire le racisme, le système politique, intellectuel et médiatique français, jusqu’à aujourd’hui, continue de sacrifier sans nuance à la doctrine de la Ve République blanciste, ce mythe qui affirme qu’Africains et Algériens rêvaient collectivement, et à tout prix, de se séparer de la France. Propagande qui permit à l’époque – et permet toujours aujourd’hui – de justifier l’abandon.

Ainsi peut s’expliquer le « deux poids deux mesures » dont nous parlions plus haut…

Un député à l’accent rocailleux

Comment, dira-t-on, la société médiatico-politique qui se déchaîne contre Brice Hortefeux, peut-elle continuer de servir sagement, dans le même temps, l’histoire officielle de la Ve République blanciste ?

Comment hurler en toute occasion contre le racisme, et perpétuer simultanément une légende qui sert à occulter que le démantèlement de l’ensemble franco-africain répondit à des motivations odieuses, affreuses, et emprunta des voies totalement contraires aux principes les plus fondamentaux de la République ?

En attendant, comme en symbole, Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï continuent de vivre sur le trottoir de la Ve République blanciste, à côté de l’Assemblée nationale, dans l’indifférence générale des médias et des politiques…

Jusqu’à ce qu’un mercredi de septembre 2009, un député venu de la France profonde, réputé pour son goût pour l’héroïsme, son accent rocailleux et sa voix de stentor, vienne déclarer aux trois assiégeurs que tout ceci est décidément scandaleux et ignoble, et promette de secouer un de ces mercredis l’hémicycle endormi. Et tienne parole davantage que l’hôte de l’Elysée …

Alors peut-être le blancisme structurel connaîtra son premier grand ébranlement. Et l’altermondialisme l’un de ses plus fastes et orgueilleux départs…




Alexandre Gerbi




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25 juin 2009

Trois « Harkis » assiègent le Palais Bourbon, Sarkozy… et l’Histoire

En ce moment à Paris...
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Trois « Harkis » assiègent

le Palais Bourbon, Sarkozy…

et l’Histoire

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.
par
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Alexandre Gerbi
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5 mai 2009, 6 heures du matin. Une fille et deux fils de Harkis s’enchaînent à des lampadaires devant l’Assemblée Nationale. Détachés à l’aube par la police, Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï « assiègent » depuis lors le Palais Bourbon, place Edouard Herriot, à deux pas de l’Assemblée Nationale. Ils dorment dans leur voiture et leur camionnette, et vivent sur le trottoir. Ils affirment qu’ils iront « jusqu’au bout ».

Leur objectif ? Il est simple : que l’Etat français reconnaisse enfin officiellement, et solennellement, ses éminentes responsabilités dans la tragédie des Harkis. Non par un simple décret ou de belles paroles, mais par une loi.

« Nous ne voulons pas de croquettes », lancent-ils. « Nous ne sommes pas ici pour demander l’aumône. Ce qu’on veut, c’est la reconnaissance du martyre des Harkis et de leurs enfants. Les massacres, les camps, l’aliénation, le mépris. On se situe sur le terrain du symbole avec un grand S. »

Sur un panneau, ils ont collé la circulaire Joxe qui, en 1962, interdisait aux officiers de ramener les Harkis en France. Désarmés, les supplétifs de l’armée française furent, pour beaucoup, massacrés par le FLN et ses partisans. Heureusement, certains officiers choisirent de désobéir aux directives ministérielles.

« Dans l’Algérie des premières heures de l’indépendance, massacrer les Harkis permettait, en éliminant les partisans de la France, de réduire tout le monde au silence par la terreur. Mais cela permettait aussi de se faire bien voir. Surtout quand, quelques années plus tôt, on avait été un peu trop « Algérie française ». Avec le sang des Harkis, on se refaisait facilement, au dernier moment, une vertu indépendantiste… » explique Abdallah Krouk, avec un accent et un sourire débarqués de sa Haute-Garonne natale.

D’un historien à l’autre, les estimations varient. Selon les uns, 45.000 harkis furent massacrés au lendemain de l’indépendance algérienne. Selon les autres, de 60.000 à 90.000. D’autres encore parlent de 150.000 victimes, englobant dans ce chiffre effroyable aussi bien les Harkis que les Algériens francophiles et les membres de leurs familles, alors désignés comme traîtres par les nouveaux maîtres du pays.

« On en a marre d’être assimilés à des collabos par les jeunes des banlieues » martèle Abdallah Krouk. « Nos pères combattaient le FLN qui massacrait les Algériens à tour de bras. Il n’y a qu’à voir ce que l’Algérie est devenue depuis, ça saute aux yeux. Les Harkis combattaient pour la France, parce qu’ils voulaient, comme la majorité des Algériens, que l’Algérie reste un département de la République, comme la Réunion ou la Martinique. Dans l’égalité et la fraternité avec les Français. Si de Gaulle l’avait voulu, aujourd’hui l’Algérie serait autrement développée. Et tous les Algériens ne voudraient pas émigrer vers la France, puisqu’ils seraient à l’aise chez eux… et Français ! »

Zohra Benguerrah a les yeux cernés. Pas facile de bien dormir dans une voiture, surtout quand ça dure depuis un mois et demi. « Moi je m’en fous, je peux souffrir, ce n’est rien. Si vous saviez tout ce qu’on a déjà souffert depuis cinquante ans. Maintenant, il faut que l’Etat reconnaisse, c’est tout. Nous ne lâcherons pas. »

Chaque jour qu’Allah fait, les trois « assiégeurs » déploient leurs banderoles sur la place Edouard Herriot.

« Les députés nous ignorent. En particulier ceux de gauche. Regardez celui-là ! Il regarde droit devant lui ! Il presse le pas ! »

Effectivement, à vingt mètres, un ancien et célèbre ministre socialiste accélère, attaché-case à la main, semblant ne rien vouloir savoir de ce qui se passe là…

Les députés ne sont pas les seuls à appliquer la politique de l’autruche. Aucun média contacté n’a jugé bon de s’intéresser au cas de nos trois « assiégeurs ». Pour cause de politiquement incorrect ?

L’une des banderoles prend en effet pour cible « les juges Francs-Maçons » et affirme : « La France est raciste ».

« On n’a plus rien à perdre. On veut provoquer un électrochoc, les forcer à sortir de leur tanière. Si la France n’est pas raciste, si les Francs-Maçons sont des humanistes, alors pourquoi tous ceux-là ne font-ils rien pour nous, depuis tout ce temps ? A l’époque, pourquoi ne sont-ils pas venus nous sortir des camps ? Où étaient les droits de l’homme ? »

Zohra, Abdallah et Hamid n’ont pas la chance d’avoir fait l’ENA ou un Bac+12. Relégués dans leur désespoir, par mélange de rage et d’avidité d’attirer l’attention, ils sont forcément enclins à quelques regrettables amalgames. Mais qui osera leur jeter la pierre outre mesure ?

Hamid Gouraï explique : « Pendant des années, les hommes politiques nous ont dit en coulisse : soyez patients, attendez que les vieux gaullistes historiques meurent. Alors, tout se débloquera... Maintenant, Messmer est mort depuis deux ans. Et rien n’a changé. On attend toujours. Alors on est là, et on ne bougera pas tant que Sarkozy ne tiendra pas ses promesses… »

Effectivement, pendant sa campagne présidentielle, le candidat de l’UMP avait promis qu’il réglerait une fois pour toutes le scandale des Harkis : « Les Harkis ont cru en la parole de la France, je serai celui qui tiendrai cette parole ». « Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des Harkis et d'autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance. Afin que l'oubli ne les assassine pas une nouvelle fois. »

Devenu chef de l’Etat, aurait-il donc changé d’avis ?

Il faut bien reconnaître qu’à l’approche du cinquantième anniversaire des indépendances de l’Afrique noire dite française (1960-2010) et de l’Algérie (1962-2012), le sujet est pour le moins « casse-gueule ». Car derrière la tragédie des Harkis, ce sont tous les mensonges de la décolonisation franco-africaine qui se tiennent en embuscade. S’il s’avisait d’ouvrir sérieusement, et en profondeur, le terrible dossier Harkis, l’Elysée sait bien que c’est une véritable boîte de Pandore historique et politique qu’il ouvrirait du même coup.

Zohra Benguerrah répète calmement : « La plupart des Algériens ne voulaient pas de l’indépendance, et surtout pas avec le FLN, cette minorité criminelle qui les terrorisait depuis des années ». Hamid Gouraï enfonce le clou : « A l’époque, la majorité des Algériens préféraient continuer de vivre en harmonie avec la France et les Français, dans un esprit fraternel. »

Abdallah Krouk s’emporte : « Mais De Gaulle l’a bien dit, il avait peur que son village s’appelle Colombey-les-Deux-Mosquées. Alors il a préféré se débarrasser de l’Algérie. Et de nous ! »

Un vénérable vieillard, membre du HCR (Haut Conseil des Rapatriés, créé en 2002 par Jean-Pierre Raffarin), venu les soutenir, va jusqu’à affirmer : « Evidemment que la majorité des Algériens ne voulaient pas de l’indépendance. Aujourd’hui encore, 75% d’entre eux préféreraient être Français. Organisez un référendum, vous verrez ! »

Et en Afrique subsaharienne ?

Si Nicolas Sarkozy reconnaissait sans fard les responsabilités éminentes de l’Etat français, mais aussi de Charles de Gaulle dans la tragédie des Harkis… S’il avouait qu’il y a cinquante ans, la Ve République blanciste fit le choix de larguer non seulement l’Algérie mais aussi l’Afrique entière par crainte du métissage, en plus de sordides calculs financiers… S’il proclamait, osant reprendre le mot du Général, que la « bougnoulisation » du peuple français et son corollaire, un président noir ou arabo-berbère à l’Elysée, furent la cause fondamentale des indépendances africaines…

A coup sûr de tels aveux feraient plutôt mauvais genre dans la France d’aujourd’hui, et probablement l’effet d’une bombe dans le reste du monde…

Comment réagiraient Abdelaziz Bouteflika, les Africains et la communauté internationale, notamment le président Obama ? En France, que diraient les intellectuels et la presse, souvent complices de l’imposture ? Quant à la gauche et l’extrême-gauche, se priveraient-elles d’une si belle occasion d’accuser Sarkozy d’être un infâme nostalgique de l’Empire et de l’Algérie Française ? Enfin, les gaullistes « orthodoxes » le lui pardonneraient-ils ?

Face aux dangers vertigineux et aux cruelles incertitudes d’une telle configuration, les slogans en forme d’« électrochocs » des trois assiégeurs du Palais Bourbon paraissent bien dérisoires… Et de fait, l’Elysée se claquemure dans le silence depuis un mois et demi.

Il est vrai que pour s’engouffrer dans pareil étau idéologique, il faudrait, du moins en apparence, être suicidaire ou un peu tombé sur la tête.

Si seulement Sarkozy pouvait vraiment devenir fou…


Alexandre Gerbi




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6 juin 2008

Manifeste du Club Novation Franco-Africaine

Manifeste publié sur le site Afrique Liberté
le 3 juin 2008
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Paris, Bordeaux, Düsseldorf
octobre 2007-juin 2008



Manifeste
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du Club Novation Franco-Africaine



constellation d’individus et de facettes libres

Tristan Tzara



Intention générale


Le Club Novation Franco-Africaine, est ouvert à toutes les femmes et à tous les hommes de bonne volonté qui souscrivent aux principes énoncés dans le Manifeste du Club Novation Franco-Africaine.

Le Club Novation Franco-Africaine, en mettant en lumière l’histoire occultée franco-africaine, en dissipant les mensonges, veut mettre en place les conditions d’une nouvelle fraternité, afin qu’une politique franco-africaine novatrice devienne enfin possible.


Principes généraux


Depuis près de cinquante ans, l’histoire franco-africaine est lue à travers un prisme déformant.

L’histoire officielle, érigée en véritable « idéologie de la Ve République », affirme que la France fut contrainte, malgré elle, de se retirer d’Afrique, sous la pression des peuples et de leurs leaders avides d’indépendance.

Or nous voyons les choses de façon sensiblement différente.

* * *

Après la Seconde Guerre mondiale, la majorité des leaders d’Afrique subsaharienne ne réclamaient pas l’indépendance, mais l’égalité politique.

Par ce biais, Lamine Guèye, Léopold Sédar Senghor, Félix Houphouët-Boigny, Léon M’Ba et bien d’autres leaders politiques africains entendaient consolider l’ensemble franco-africain et la République française, « une et indivisible ».

Leur donner satisfaction aurait provoqué une métamorphose du peuple français. Le Parlement s’en serait trouvé fortement marqué, tout comme le gouvernement.

Une telle révolution aurait mis un terme au colonialisme. Car si les territoires ou les États africains et la France s’étaient unis dans un cadre strictement démocratique, le colonialisme aurait certainement été, de ce fait, aboli. Par le jeu de la démocratie, l’exploitation des peuples d’outre-mer n’aurait pu perdurer. Les dirigeants français – européens ou africains –, dorénavant suspendus à la sanction des urnes des citoyens d’Afrique autant qu’à celle des métropolitains, auraient été contraints de traiter l’ensemble du peuple français, y compris au sud de la Méditerranée, avec dignité. Il eût fallu en effet procéder à la redistribution équitable de l’impôt, sous la forme de tous les services publics qui contribuent au développement efficace d’une nation : école gratuite, sécurité sociale, infrastructures, etc.

Au tournant des années 1950, refusant de satisfaire la revendication d’égalité des populations et des hommes politiques africains, refusant, surtout, les conséquences impliquées par ce choix, la majorité de la classe politique métropolitaine, de droite comme de gauche, se résolut à procéder à la « décolonisation ». Selon un plan mûrement réfléchi, que le général de Gaulle se chargea d’exécuter.

C’est ainsi que la Métropole choisit de se séparer de ses anciennes colonies, en démembrant la « plus grande France », afin d’esquiver, selon les termes de l’époque, la « bougnoulisation » – comprendre le métissage de la nation et du peuple français, du Parlement et du gouvernement français. Mais aussi pour rendre possible la perpétuation du système colonialiste, que la démocratie dans la République eût interdit.

Ce choix, le général de Gaulle et ses alliés métropolitains de droite comme de gauche, encouragés voire appuyés par des puissances étrangères (notamment les États-Unis et l’Union Soviétique), l’imposèrent à des leaders politiques et des populations africaines souvent réticentes voire radicalement hostiles à l’indépendance. Car à l’époque, l’histoire avait tissé des liens profonds et intenses entre beaucoup d’Africains et la France, des bancs de l’école aux champs de bataille, comme l’a rappelé au grand public le film Indigènes de Rachid Bouchareb.


* * *

Ayant réussi à séparer la France et l’Afrique, connaissant la force des sentiments francophiles et républicains en terre africaine, les dirigeants métropolitains, de droite comme de gauche, durent prévenir tout risque de retour à une dangereuse revendication d’unité franco-africaine dans la République et la démocratie.

C’est dans ce but que fut mise en place une idéologie complexe qui refoula tout un pan de l’histoire et de la sensibilité franco-africaine.

En Afrique comme en France, quoique diversement, tout fut mis en œuvre pour que les peuples oublient leur histoire commune et leur fraternité par delà les races, les cultures et les religions.

Les belles signares, le roi Makoko, Pierre Savorgnan de Brazza et le grand Esprit Nkoué Mbali, Faidherbe et Schœlcher, Blaise Diagne, Robert Delavignette, Gaston Monnerville, Lamine Guèye, les tirailleurs sénégalais, mais aussi Toussaint Louverture et le général Dumas… Autant de noms qui disparurent des mémoires, ou furent désormais présentés de façon partielle et partiale, au service de l’idéologie de la séparation.


* * *

La vision tronquée de l’histoire qui prédomine encore aujourd’hui entrave gravement et pollue les relations franco-africaines. Rien de sain ne peut se construire sur un mensonge, sur des non-dits, sur des sensibilités et des identités refoulées. Les crises identitaires, plus généralement les crises de système en France sont le pendant des crises politiques et sociales qui déchirent l’Afrique depuis des décennies.

C’est avec à l’esprit l’idée que les différents peuples qui composent aujourd’hui l’Afrique francophone, la France métropolitaine et de les DOM TOM, furent un jour un seul grand peuple en voie de fusion – fusion balbutiante selon les uns, commencements exemplaires selon les autres – que le Club Novation Franco-Africaine entend rappeler aux jeunes générations, en Afrique et en France, ce monde fraternel renié.

* * *

Le Club Novation Franco-Africaine ne se bornera pas à mettre au jour les vestiges d’un monde abîmé.

Il entend aussi, fort des leçons du passé appréhendées avec un nouveau regard, trouver dans un rapprochement fraternel et constructif entre la France et l’Afrique les clefs pour le monde de demain. Ces retrouvailles sont plus que jamais d’actualité, comme l’a démontré la campagne présidentielle 2007 en France, comme le démontrent les préoccupations sécuritaires de nos autorités, comme le réclament beaucoup d’intellectuels africains. Comme de plus en plus d’hommes l’espèrent et le croient, en Afrique aussi bien qu’en France.

Car nos pays et le monde endurent un malaise, fruit des non-dits et des travestissements d’un système mondial trop sûr de lui et trop sûr de nos silences. Convaincu que l’esprit de la France « éternelle » est celui de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité entre tous les hommes, de la démocratie dans la République laïque et sociale, que le monde meurt d’obscurantisme et d’égoïsme de nos jours encore, le Club Novation Franco-Africaine espère contribuer, à travers cent bouches et mille cœurs, à faire renaître une grande idée de la France, qui est nécessairement, aussi, africaine ; et, corrélativement, une grande idée de l’Afrique, qui est, nécessairement, aussi, française. Pour construire la nouvelle Afrique et la nouvelle France.


Moyens d’action

Ancré dans le réel, le Club Novation Franco-Africaine se voue aussi à l’action.

Le Club Novation Franco-Africaine s’emploiera à favoriser l’émergence et la diffusion de tout ouvrage ou de tout document audiovisuel susceptible de mettre à nue ce que nous avons appelé l’idéologie de la Ve République, afin de restituer, en particulier aux jeunes générations, l’histoire commune dans sa complexité et sa fraternité trop oubliées.

Le Club Novation Franco-Africaine mettra tout en œuvre afin qu’à l’avenir, les axes historiographiques fondamentaux exposés dans le Manifeste du Club Novation Franco-Africaine soient, le plus rapidement possible, pris en compte dans l’élaboration des programmes scolaires.

Le Club Novation Franco-Africaine s’attèlera à la préparation d’un Symposium franco-africain qui, dès la première année, visera à définir un programme au service d’une vision vertueuse et stratégique des relations franco-africaines. Ce programme sera soumis aux instances dirigeantes des pays concernés.

Le Club Novation Franco-Africaine diffusera systématiquement les résultats de ses travaux en direction des médias et des associations.

Le Club Novation Franco-Africaine ira aussi, notamment, à la rencontre des femmes et des hommes politiques français et africains, de droite comme de gauche, pour les questionner sur ce pan historique et politique qu’il met au jour : l’histoire occultée de la décolonisation franco-africaine et ses inavouables non-dits. Afin de les interroger, à cette aune, sur les propositions qui sont les leurs aujourd’hui, en matière de réflexion et d’action franco ou euro-africaines.


Objectifs

Que l’Afrique et la France renouent l’une avec l’autre, dans un rapport de fraternité, c’est-à-dire d’estime réciproque et de respect de l’autre dans son originalité et ses spécificités, sans être aveugles à leur profonde et commune identité, forgée par l’histoire et enracinée dans l’humain.

Fort de cette conviction, loin des rancœurs mais sans amnésie, conscient que tout crime, tout crime raciste en particulier, nous renvoie avant tout à nos faiblesses d’homme, le passé doit redevenir source de leçons pour mieux agir, non un prétexte pour commettre de nouveaux crimes.

Persuadé par-dessus tout, dans le sillage d’Alioune Diop, que l’homme de demain sera un homme moderne, un honnête homme debout face à tous les esclavages et à toutes les superstitions, ouvert à l’Autre et au monde, fier de ses racines sans y être empêtré, le Club Novation Franco-Africaine entend œuvrer pour qu’une nouvelle politique franco-africaine devienne réalité, dans la Liberté, l’Egalité, la Fraternité et la Laïcité. Fidèle au souvenir de la sublime Nuit du 4 août 1789, qui surgit sous les cieux de France, mais s’adressait dans la joie à tous les hommes de l’univers.


Fait à Paris, Bordeaux et Düsseldorf,
octobre 2007-juin 2008


Claude Garrier
Alexandre Gerbi
Magloire Kede Onana
Samuel Mbajum
Simon Mougnol
Raphaël Tribeca

Contact / Information : .cnfa1
(at)yahoo.fr

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20 mai 2008

La République fraternelle assassinée

Article publié sur le site Afrique Liberté
le 16 mai 2008
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La République fraternelle
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assassinée





Nous ne pouvons pas tenir à bout de bras
cette population prolifique comme des lapins (…).
Nos comptoirs, nos escales,
nos petits territoires d’outre-mer, ça va,
ce sont des poussières.
Le reste est trop lourd.


Charles de Gaulle





L'épopée engagée le 13 mai 1958 à Alger, avortée, se solda par la dislocation programmée et calculée de l’ensemble franco-africain. Vaste gâchis, dont la France sortit essentiellement réduite à l’Hexagone métropolitain et à une poignée de « poussières » ultramarines, tandis que les territoires d’Afrique et leurs populations subissaient une « rupture » ni voulue par eux, ni préparée, et dont le nom « magique » d’indépendance (selon l’expression de Raymond Aron) tenait lieu de programme improvisé.

Derrière le décor de théâtre, avec ses cotillons, ses serpentins, ses slogans à la fois séduisants, flatteurs et enivrants, que se passa-t-il vraiment ?

La partie de l’Empire la plus performante économiquement, la Métropole, délestée de ses territoires et de ses populations les moins compétitives, fut promise à quelques décennies de prospérité facile, spectaculaire et garantie ; dans le même temps, les territoires d’Afrique se virent, eux, sommés d’accéder à l’indépendance au pas de course, quels qu’en soient les risques.

Les stratèges parisiens, cherchant à rendre définitif et irréversible un divorce si péniblement obtenu (Léon Mba réclama en vain, par exemple, la départementalisation pour le Gabon), conseillèrent aux Africains d’oublier le plus vite possible leurs rêves d’unité franco-africaine, rêves qu’avaient longtemps portés, sans tourner le dos ni à leur race, ni à leur civilisation, des hommes tels que Léopold Sédar Senghor, Lamine Guèye, Félix Houphouët-Boigny, Léon Mba, Barthélémy Boganda, mais aussi Robert Delavignette, et tant d’autres partisans de la fraternité franco-africaine. Sous l’œil bienveillant des Soviétiques et des Américains (alors érigés en chefs d’orchestre idéologiques mondiaux), les chefs des Etats africains devenus « souverains » réécrivirent donc l’Histoire en accord avec la France et le reste du monde.

Certains, politiques ou intellectuels, noirs ou blancs, firent en sorte que les Africains se replient sur leurs racines Nègres, alors même que toute la période coloniale avait été l’époque d’un mélange et d’une acculturation (plus réciproque qu’on ne veut bien le dire…), qui avaient laissé des traces profondes dans bien des esprits. Mais c’est qu’il convenait désormais de faire table rase d’un siècle de rapprochements et d’échanges, d’effacer une identité franco-africaine parfois plus qu’ébauchée, pour laisser la place à une certaine pureté africaine, mais aussi française, que la colonisation et ses velléités assimilationnistes avaient dangereusement menacées.
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Ce refoulement de l’identité commune et cette exaltation des identités respectives, bien sûr, Paris les encouragea. Les centres culturels français en Afrique servirent de relais à cette idéologie nouvelle, qui n’hésitait pas à chanter les louanges de la race noire, si longtemps méprisée, quitte à sombrer dans de nouveaux simplismes et de nouvelles exaltations racialistes (avec, cette fois, la race noire dans le rôle de la merveilleuse vedette)…

Dans ce contexte placé sous le signe du lavage de cerveau et de nouvelles aberrations racistoïdes au nom de considérations et d’enjeux macro-politiques et, plus discrètement, macro-économiques, l’époque fut celle des succès faciles pour la Métropole (délestée d’une Afrique qu’elle n’avait plus besoin de développer, mais qu’elle maintenait inféodée afin de pouvoir s’y servir à volonté et à vil prix ; afin, aussi, de bénéficier de son appui indéfectible dans les instances internationales) et des prédations hors de tout contrôle démocratique – la plupart des chefs d’Etat africains s’érigèrent en dictateurs, avec la complicité de la France ou de toute puissance étrangère ayant les moyens de la remplacer (URSS, USA…).


Si la classe politique métropolitaine et le général de Gaulle, en 1958 et pendant la grosse décennie qui précéda (1945-1958), avaient écouté les leaders africains et les populations qui les soutenaient, que se serait-il passé ?

Comme le laissait entendre Emile-Derlin Zinsou lors d’une conférence en 1985, il est probable que la France et les territoires d’Afrique seraient aujourd’hui la République Franco-Africaine (à l’exception des Comores et de Djibouti, toutes les « poussières » dont parlait le Général sont restées fidèles à la République, malgré ses options blancistes…), infiniment plus riche et plus puissante. Les Africains, hommes dont le génie et la valeur n’échappent qu’aux imbéciles (nombreux…), auraient porté haut les couleurs de la République, de ses valeurs et de la laïcité, et se seraient enorgueillis, à l’instar d’un Boganda ou d’un Senghor, d’être les « Français » du XXIe siècle, c’est-à-dire les Franco-Africains héritiers de leurs aïeux tombés, fussent-ils analphabètes, au champ d’honneur à Verdun aussi bien qu’à Toulon ou en Italie, au cours des deux guerres mondiales.
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Face aux USA ségrégationnistes rudoyant Rosa Parks et assassinant Martin Luther King, face à l’Afrique du Sud organisant l’apartheid, face à l’URSS opprimant ses minorités ou écrasant les rébellions démocratiques dans les « républiques sœurs », la France multiraciale, multiculturelle, républicaine et égalitaire aurait été en position de servir au monde d’exemple par excellence, ayant accompli l’égalité raciale au gré d’une puissante cohérence et continuité historique, par delà les douloureux et lamentables errements du colonialisme, et malgré les entraves et autres savonnages de planches soviétiques, américains, ou autres.

En construisant la République métisse franco-africaine, en mêlant leurs sangs, les citoyens « français » de métropole et d’outre-mer auraient accompli l’une des plus grandes fécondations civilisationnelles de l’Histoire de l’humanité.
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La République franco-africaine, fusionnant les apports culturels africains et français dans la matrice républicaine, aurait tiré de son identité multiple une identité nouvelle, consistant en un dépassement des problématiques raciales ou des particularismes qui avaient ensanglanté le XXe siècle, chacune des identités, individuelles ou collectives, apportant sa part à l’ensemble commun dans l’espace démocratique et républicain. Nourries du double feu de la sagesse des griots et de la nuit du 4 août 1789, la France et l’Afrique éternelles, épousées et offertes l’une à l’autre, eussent conjugué leurs forces pour rayonner et aider, autant que possible, le reste de la planète à avancer debout contre tous les esclavages et toutes les superstitions.

Or, au lieu de cela, méprisant l’idéal républicain et les revendications des Africains, reniant les promesses d’égalité et de fraternité mille fois prononcées par les IIIe et IVe Républiques, et réitérées avec une force inouïe par la République de 58 (qui justifia, par ce programme, le coup d’Etat du 13 mai à Alger et le renversement de ce que le Général appelait le « système » de la IVe), n’hésitant pas à user jour après jour d’innombrables mensonges, manœuvres, subterfuges et trahisons, le gouvernement parisien organisa donc le divorce franco-africain, en poussant adroitement les Africains, souvent malgré eux, vers la porte de sortie de la République.


Avec un demi-siècle de recul, le bilan de cette phase historique est accablant. La France de 2008, vautrée dans un luxe qui tire ses dernières cartouches sur fond de paupérisation galopante et d’immigration incontrôlable, regarde en chien de faïence une Afrique qui n’en finit pas de subir les affres du sous-développement et les désastres du néocolonialisme, ses prédations et ses dénis de justice sociale et de démocratie.
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A la place d’un grand rêve fraternel, ceux qui renversèrent la IVe République imposèrent à l’ensemble franco-africain un apartheid à la française, une opulence facile pour les uns, une lente descente aux enfers pour les autres. Avec, au bout de la route, le naufrage pour les deux parties.

En guise d’épilogue provisoire de cette idéologie de la séparation (et, on l’a vu, du repli identitaire qui y présida, du côté métropolitain, et qu’elle exigea et entraîna, du côté africain), on assiste aujourd’hui à un formidable vertige communautariste, et au développement de l’extrémisme et de la haine. Car faut-il s’en étonner, dans ce lent pourrissement généré par un écheveau idéologique délétère enseveli sous une chape d’épaisse hypocrisie, de mensonges et de surprenantes collusions (capitalistes et communistes, progressistes et réactionnaires, nationalistes et internationalistes, etc.), les racismes et les ostracismes pointent à nouveau le bout de leur nez, nourris non seulement d’endoctrinements stratégiques, mais aussi de mélancolie et de mal-être, chez les Blancs comme chez les Noirs. Car beaucoup, dans leur for intérieur, n’ont jamais digéré cette séparation à contre-courant de l’histoire républicaine franco-africaine. Qu’on aille interroger le petit peuple d’Afrique pour s’en convaincre, mais aussi le petit peuple de métropole, pas si naïfs ni dupes (ni nationalistes, ni sottement étriqués) que nos chères « France d’en haut » et « Afrique d’en haut », ô combien méprisantes et imbues d’elles-mêmes, voudraient le croire…

En définitive, et logiquement, la fraternité refusée, bloquée et interdite à grand renfort de manipulations des masses accouche, cinquante ans plus tard, sur des rancœurs exacerbées et des délires nationalistes à connotations fascisantes, en particulier du côté de certaines « élites » qui, bien entendu, s’en défendent.

Car dans ce contexte catastrophique, ceux qui tirent bénéfice du système, ceux qui ont mis en place ses principaux ressorts et les cultivent sans cesse, ceux-là sont les plus mal placés pour le dénoncer, puisqu’ils en profitent copieusement. Pour cette raison, les souvenirs du 13 mai 1958 doivent demeurer, plus que jamais, sous le boisseau.

De là, faut-il vraiment s’étonner que nos chers confrères des médias de masse aient jugé bon d’évoquer le moins possible le souvenir délicat du 13 mai 1958, avec ses si grands et si dérangeants rêves de fraternité ? Souvenirs éminemment gênants, on l’a compris, pour à peu près tout le monde dans les hautes sphères, en notre début de XXIe siècle qui, finalement, n’en finit pas de devenir plus bête et de succomber aux appels de la bassesse, des plaisirs fugaces (quand tout s’effondre autour de soi, il faut bien s’étourdir…), de la confortable mémoire en toc, et de la détestation de l’autre. Et de subir les conséquences de choix éminemment contestables, et pour tout dire démentiels, qui furent faits il y a un demi-siècle… Mais qui, il faut le croire, présentent encore quelques mystérieux avantages…

Quant à la classe politique hexagonale, présidence de la République française en tête, elle s’est bien gardée de commémorer l’événement. Allez savoir pourquoi...


Alexandre Gerbi
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