6 mars 2010

Sarkozy à Libreville : Pire que le discours de Dakar ?





Sarkozy à Libreville :

Pire que le discours de Dakar ?





par


Alexandre Gerbi
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A priori, difficile de faire pire que le discours de Dakar de 2007, qui par ses grossières approches déchaîna un tollé à travers toute l’Afrique. Or voici que le comble de la falsification historique vient d’être accompli tout récemment par Nicolas Sarkozy, face à des centaines de personnes, à Libreville, au Gabon. Encore par ignorance ? En tout cas, cette fois-ci, les énormités sarkozyennes n’ont eu le don de révolter personne…

Le 24 février 2010, à Libreville donc, Nicolas Sarkozy, apparemment très à l’aise, à tu et à toi avec son homologue gabonais, Ali Bongo, avait pourtant bien commencé, puisque pour la première fois un grand tabou était levé par une bouche officielle : « Au seuil de l’Indépendance, certains de vos grands aînés ont souhaité la départementalisation ».

Episode longtemps très secret, ignoré voire nié, et pour cela absent de presque tous les livres jusqu’à ce jour, le Gabon a en effet demandé la départementalisation en 1958. Mais le gouvernement métropolitain d’alors s’y opposa vertement. Ce que l’historien Sarkozy commente en ces termes : « Heureusement, il en fut autrement, parce que vous aviez compris que si l’amitié est précieuse, la liberté, elle, est vitale. Et c’est ce choix qui fut celui de nos amis gabonais ».

On a le droit de divaguer et même celui de dire n’importe quoi. Pourtant, si l’on parle d’Histoire, les Gabonais ne firent, à l’époque, aucun choix. Car le général de Gaulle, ce que Nicolas Sarkozy se garde bien de rappeler, refusa la départementalisation (en violation de l’article 76 de la Constitution, octobre 1958), puis il donna des ordres (janvier 1960) pour pousser l’auteur du projet en personne, Léon Mba, à réclamer l’indépendance (août 1960). De l’aveu même du Général, les services français eurent toutes les peines du monde à le convaincre…

Ayant imposé le principe de l’indépendance à Léon Mba et à son gouvernement, de Gaulle eut encore à museler les populations gabonaises largement favorables à l’unité franco-africaine égalitaire et fraternelle. En particulier, justement, du côté de Libreville, à l’époque vieille ville franco-gabonaise largement métisse. Pour déposséder les Gabonais du droit à l’autodétermination, de Gaulle fit donc voter à Paris la Loi 60-525 (mai-juin 1960, au prix d’une quadruple violation de la Constitution, qui fit d’ailleurs pas mal de vagues).

Tout cela, Nicolas Sarkozy le sait très bien, ou devrait le savoir. Dans ces conditions, comment peut-il invoquer la « liberté » et le « choix » des Gabonais, sinon en espérant flatter un auditoire théoriquement complice et, surtout, tenu au silence depuis un demi-siècle ? Au reste, probablement gênée par l’ampleur de l’imposture, la salle a très timidement applaudi…

Omar Bongo, dont Nicolas Sarkozy se flatte d’être allé honorer la tombe à Franceville, avait ordonné la publication, dans les années 1980, d’un gros ouvrage consacré à l’Histoire de son pays : le Mémorial du Gabon. L’« Affaire gabonaise », la départementalisation refusée y était sèchement relatée. L’ouvrage rappelait le soutien populaire dont bénéficiait le projet de départementalisation porté par Léon Mba. C’est peu dire qu’en entendant Nicolas Sarkozy gloser sur la « liberté » et le « choix » des Gabonais en 1960, Omar Bongo et Léon Mba ont dû se retourner dans leur tombe, en même temps que tous les anciens qui jadis se rêvaient Français, ou Franco-Africains... Mais après tout, au diable le respect des ancêtres, pourtant « sacré » en Afrique selon Nicolas Sarkozy…

Vous avez dit « cynisme », encore et toujours ?

D’évidence, cet outrage à la mémoire des morts place sous de bien funestes auspices le projet soi-disant « gagnant-gagnant » que Sarkozy entend substituer, avec l’aide de son « ami » Ali Bongo, à la dite « Françafrique ». Les « indépendances » assorties de la « coopération », rappelons-le, étaient également censées être, au beau temps de papa de Gaulle, une opération « gagnant-gagnant ». On sait ce que cela a donné, et le rôle que tint le mensonge – majuscule – dans cette sinistre et criminelle affaire…

Aucune fraternité réelle entre la France et ses anciens territoires et populations d’Afrique ne pourra être sainement reconstruite sur d’autres bases que l’honnêteté face au passé et à l’Histoire. Il est bien triste que même la gauche et l’extrême-gauche, en France, soient incapables de le rappeler à Nicolas Sarkozy. Tout simplement parce qu’elles sont l’une et l’autre, comme lui, intimement liées au système de la Ve République blanciste agonisante.

Face à pareil scandale et à la paralysie du système, les grands médias ne peuvent-ils donc rien faire, rien dire ? Et les Africains ne devraient-ils pas réclamer à cor et à cri la vérité, par fidélité aux ancêtres et au Grand Esprit Nkoué Mbali ?

Puissent ces quelques réflexions ne pas tomber dans l’oreille de sourds…


Alexandre Gerbi




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17 nov. 2009

Les Harkis du Palais Bourbon accusent le député Jean-Michel Fourgous (UMP) d'injure raciste





Les Harkis du Palais Bourbon

accusent

le député Jean-Michel Fourgous (UMP)

d'injure raciste




par


Alexandre Gerbi
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A force, ça finit par faire bizarre, très bizarre...

Voilà bientôt 200 jours que Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, vivent sur le trottoir de l’Assemblée nationale. Chaque matin depuis le 5 mai, place Edouard Herriot, ils déploient d’immenses banderoles accusatrices sous le nez des députés. Afin que Nicolas Sarkozy reconnaisse, comme il s’y était engagé pendant la campagne présidentielle, les éminentes responsabilités de l’Etat français dans la tragédie de leurs pères. Depuis le massacre des Harkis et des Algériens francophiles (entre 45.000 et 150.000 morts, voire davantage) jusqu’à la calomnie, en passant par les camps.

Seuls les médias pourraient sans doute acculer le pouvoir à sortir de son autisme, tant est grande en France la sympathie qu’inspire la cause harkie.

Or depuis plus six mois, la couverture médiatique de l’événement est quasi nulle.

Pourquoi ?

« Les médias bafouent la Charte du journaliste »

Hamid Gouraï a son idée sur la question :

« Les médias français s’autocensurent eux-mêmes. Ils calquent leur attitude sur celle des hommes politiques. Quitte à bafouer la Charte du journaliste, qui proclame le droit à l’information. C’est un signe de l’extrême dépérissement des principes démocratiques et républicains dans la France d’en haut contemporaine. Si un homme politique important parle de nous, alors on verra 150.000 journalistes de tout bord s’intéresser soudainement à nous… »

En attendant, la presse française, à l’instar de la classe politique, de droite comme de gauche, ferme bien sagement ses petits yeux et ses petites bouches.

Et pour cause : le martyre des Harkis fut la conclusion logique et implacable du largage anti-« bougnoulisation » de l’Afrique, dont l’Algérie fut l’atroce point d’orgue. Un gigantesque scandale que la très affaiblie Ve République blanciste et sa superstructure politico-médiatique, sacrifiant à une stratégie délétère vieille de cinquante ans, tentent de continuer de dissimuler au peuple français. Mentir encore et toujours au peuple, le pays dût-il s’en disloquer. Mais l’essentiel n’est-il pas, pour toute sorte d’intérêts croisés, de préserver l’image de marque d’un système aux abois ?

« Sales Harkis, retournez chez vous en Algérie ! »


Zohra Benguerrah constate :

« Depuis six mois, alors que nous ne demandons qu’à dialoguer, seuls deux députés sont venus nous voir, en septembre. Ils nous ont dit qu’ils poseraient une question à notre sujet au gouvernement dans l’hémicycle, et nous attendons toujours… En revanche, aucun député de l’UMP n’est venu nous voir. Bien au contraire, le député-maire UMP d’Elancourt, M. Jean-Michel Fourgous, est venu à deux reprises nous injurier et nous menacer. »

Abdallah Krouk explique :

« Le 27 octobre au matin, M. Fourgous est arrivé et a hurlé, sur le trottoir d’en face : « Sales Harkis, retournez chez vous en Algérie avec vos banderoles, vous êtes la honte de la France ! Vous avez un problème psychologique, vous nous faites chier ! Je vais vous casser la figure ! » Mais nous ne sommes pas tombés dans le piège. Au gendarme qui s’approchait pour le calmer, M. Fourgous a brandi sa carte de député. Et le gendarme n’a plus bougé. »

Hamid Gouraï commente :

« Nous avons déposé plainte contre M. Fourgous auprès du procureur de la République du tribunal de grande instance de Paris. Ce comportement raciste est indigne et intolérable de la part d’un député de la République, sa place n’est plus à l’Assemblée nationale. Nous avons également écrit au président de la République afin que des mesures soient prises à l’encontre de M. Fourgous ».

« De Gaulle était un traître à la République »


Hamid poursuit :

« N’en déplaise à M. Fourgous et à ses amis, nous sommes Français, même si nous sommes traités en sous-Français depuis des décennies. Comme le rappellent nos banderoles qui exaspèrent M. Fourgous, le général de Gaulle a fait délibérément massacrer les Harkis sous prétexte que les Harkis et les Algériens auraient « bougnoulisé » la France et transformé son village en « Colombey-les-Deux-Mosquées ». C’est aussi pour cela que de Gaulle a livré l’Algérie au FLN, pour qu’il fasse le ménage et impose un lavage de cerveau aux Algériens qui majoritairement préféraient rester Français ».

Zohra ajoute :

« De Gaulle était un raciste et un traître à la République. Il a trahi la France et les Français, Algériens et Noirs africains y compris. »

Abdallah prévient :

« Les députés peuvent nous mépriser, nous injurier, nous menacer. Nous avons l’Histoire avec nous. En mémoire de nos pères qui sont restés fidèles jusqu’à la mort au drapeau tricolore, nous n’abandonnerons jamais le combat. C’est l’honneur de la France que nous défendons, en même temps que celui de nos pères. Nous resterons ici, des années s’il le faut, jusqu’à ce que M. Sarkozy tiennent ses engagements. Nous sommes galvanisés. Le froid, la pluie, les conditions de vie que nous subissons ici ne sont rien comparés aux souffrances de nos pères. Notre combat est la preuve suprême que nous sommes Français, même si cette dignité nous a été refusée, comme le prouvent le mépris et les injures que nous avons subies, entre autres, de M. Fourgous ».

L’identité nationale commence par les Harkis


Zohra, emmitouflée pour déjouer le froid, conclut :

« Les députés passent sans nous voir, la presse nous ignore, l’Elysée se tait. Dans leur luxe, quand ils mangent le dimanche avec leurs enfants, est-ce qu’ils pensent à nous qui mangeons dans la voiture en novembre ? Ont-ils conscience du mal qu’ils nous ont fait ? Car le mépris que nous vivons ici depuis six mois est le même mépris qui a provoqué la tragédie de nos pères… »

Hamid complète :

« Et après ça, ils nous parlent d’identité nationale ! Définir l’identité nationale, cela implique d’abord de cesser de traiter les Harkis comme des non-Français. »

Voilà qui s’appelle enfoncer une porte ouverte verrouillée à triple tour…



Alexandre Gerbi




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30 oct. 2009

Identité Nationale : Les « flous de mémoire » du gaulliste Max Gallo





Identité Nationale :


Les « flous de mémoire »

du gaulliste Max Gallo



par


Alexandre Gerbi
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Depuis des années, Max Gallo fait un peu partout l’apologie du général de Gaulle. Télé, radio, presse écrite : l’ex-homme de gauche est devenu, au fil des années, l’un des hagiographes officiels du fondateur de la Ve République.

Or camper systématiquement Charles de Gaulle en saint républicain, cela pose quelque problème. Du moins pour qui s’est donné la peine de se pencher un peu, et surtout sans œillères, sur le cas de Gaulle.

Mais il semble que Max Gallo ne se soit pas donné cette peine. A moins qu’il préfère oublier ce qui ne cadre pas avec le mythe d’un Général exemplaire incarnant la République et la France…

Quand France Inter balance sur de Gaulle

Mardi 27 octobre 2009, dans le « 7-10 », journal du matin de France Inter, Max Gallo était invité à donner son avis au sujet du débat sur l’identité nationale que lance l’Etat sarkozyen.

L’émission prit un tour atypique lorsque le journaliste-animateur, Alain Le Gouguec, posa cette étrange question à l’historien :

« Ce matin, en préparant cette émission, je suis tombé sur le blog de Gérard Gachet, qui est porte-parole du ministère de l’Intérieur, de Michèle Alliot-Marie. Il écrivait le 1er avril 2007, en pleine campagne présidentielle, une sorte d’éditorial qu’il intitulait « Flotte petit drapeau » (…), et il citait le général de Gaulle, des propos rapportés par Alain Peyrefitte. Le général de Gaulle définissait la France comme « un pays européen, essentiellement de race blanche, de culture gréco-romaine, et de religion judéo-chrétienne ». Ça laisse pantois, quand même, de voir qu’on puisse se référer à de telles citations, qu’il faut replacer dans un contexte historique, citation sortie de la bouche d’un homme qui est un homme, peut-être, d’un autre siècle… Max Gallo ? »

Le « flou de mémoire » de Max Gallo

Manifestement embarrassé, l’historien fit mine de ne pas connaître précisément cette citation :

« Ecoutez, j’ai écrit une biographie du général de Gaulle. Cette citation, je n… je n… En tout cas, elle ne me surprend pas, puisque de Gaulle a fait d’autres citations du genre, « La France est un pays chrétien, Clovis a été baptisé ». Il y avait donc en lui un enracinement dans une tradition française, dans une partie de l’histoire française… Simplement, ce que je retiens, moi, de de Gaulle, ça n’est pas cette citation, qui est réelle, qui est exacte, enfin j’imagine, je ne l’ai pas sous les yeux, mais en tout cas, on peut… Il a fait des discours, des citations semblables… Ce que je retiens de lui, c’est le CNR, c’est Jean Moulin, c’est le choix face à une France qui est celle de Pétain, l’affirmation d’une France républicaine dans laquelle de Gaulle dit : « Je n’ai autour de moi que des Juifs lucides, quelques aristocrates et d’autres déclassés » à Londres en 1940. »

A la minute 15’08 :

http://www.dailymotion.com/video/xaxwd3_lidentite-nationale_news

Bizarre « flou de mémoire » pour un spécialiste de Charles de Gaulle, d’autant que la citation en question est bien connue. Non seulement depuis 1994, avec la publication chez Fayard de C’était de Gaulle d’Alain Peyrefitte, mais aussi depuis, au moins, 1967, puisque le grand journaliste politique JR Tournoux, dans La Tragédie du Général, chez Plon, lui prêtait des propos identiques.

Pourquoi Max Gallo fit-il semblant de ne pas avoir en tête cette citation pourtant fameuse – sans vraiment, il est vrai, oser dire clairement qu’il ne la connaissait pas…

De Gaulle dans le texte

D’abord parce que cette citation est encore plus gênante qu’il n’y paraît.

En effet, la formule est ici tronquée, et même un peu déformée. La citation exacte et plus complète dit :

« C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allé les voir ? Vous les avez regardés, avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! » (C’était de Gaulle, tome 1, p. 52)

L’amnésie de Max Gallo présente une autre utilité. Feindre de ne pas en avoir de souvenir précis, permet d’évacuer la date où cette citation fut prononcée. Or Peyrefitte la fixe au jour près : le 5 mars 1959.

De là, dans sa réponse à Alain Le Gouguec, Max Gallo peut, sans complexe, renvoyer au de Gaulle de 1940, alors même que cette réflexion date de… dix-neuf ans plus tard !

Somme toute, c’est un peu comme si l’historien, interrogé sur une citation du maréchal vichyste, avait répondu : « Ce que je retiens, moi, de Pétain, c’est le héros de Verdun ».

Largage anti-bougnoulisation

Pourquoi tant de faux-fuyants ?

En réalité, cette citation prend place dans un florilège de réflexions par lesquelles le Général justifia, à l’époque, son entreprise de démantèlement de l’ensemble franco-africain. Le largage de l’Outre-mer visait notamment à empêcher la « bougnoulisation » de la France qu’aurait entraînée l’octroi de l’égalité politique. D’ailleurs, de Gaulle déplora devant Peyrefitte que « nos Africains » aspiraient bien davantage à l’égalité politique et sociale qu’à l’indépendance…

Cette citation résume l’un des grands axes de la pensée du Général. Elle témoigne de convictions qui, partagées par la majorité des politiciens métropolitains de l’époque, conduisirent à l’exclusion des populations d’Algérie et d’Afrique noire, au gré d’une (re)définition très spéciale de l’identité française, habilement dissimulée sous la rhétorique du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

La Ve République blanciste est l’héritière de cette sidérante machination, en même temps que sa cacochyme, quoique obèse, créature...

Coupables d’être Français arabo-berbères et musulmans

Max Gallo connaît ces méandres cruciaux. Pour autant, il préfère botter en touche, quitte à participer subtilement, ainsi, à une manipulation criminelle.

Manipulation criminelle, car pour mieux occulter le rêve de la fraternité franco-africaine broyée par de Gaulle entre 1958 et 1962, le régime et ses alliés ont abreuvé le bas peuple de mensonges. Ils firent et font toujours du FLN le glorieux vainqueur de la guerre de « libération » algérienne, et présentent les partisans de l’Algérie française de l’Intégration (c’est-à-dire, à l’époque, de l’égalité et de la diversité dans la République) comme des fascistes, et les Harkis comme des « collabos », traîtres au peuple algérien.

Recrue de ces simplismes délétères, en l’an 2009, dans les banlieues françaises, une grande partie de la jeunesse exècre les Harkis, maudit de plus en plus souvent la France et brandit, fort logiquement, le drapeau FLN, devenu celui de l’Algérie indépendante…

Clef de voûte du système : depuis des décennies, le Général-Président en gloire, érigé en idole infaillible, presque sacrée, lui qui bazarda les Nègres, lui qui offrit si lucidement l’Algérie au FLN et lui livra non moins lucidement les Harkis pour le supplice et pour la mort, parce qu’ils étaient coupables d’incarner l’unité franco-africaine qu’il convenait, définitivement, d’anéantir.

Parce que les Harkis étaient coupables, aussi, d’être ce qu’ils étaient : des Français arabo-berbères et musulmans... D’ailleurs, les rescapés, parvenus en France, furent enfermés dans des camps.

Un révolutionnaire aggiornamento

Max Gallo et ses pairs, intellectuels, hommes de médias ou politiques, continueront-ils encore longtemps de mentir et de contribuer, sans toujours s’en apercevoir, à la dislocation de notre cher et vieux pays ?

Puisse le débat sur l’Identité nationale, évidemment indispensable compte tenu de l’ampleur des blocages et des intérêts menacés, des compromissions stratifiées, être l’occasion d’un révolutionnaire aggiornamento, et non d’un énième crime contre la France, l’Afrique et leur mémoire commune, tellement falsifiée.

Et puissent Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï, qui assiègent le Palais Bourbon depuis six mois au nom de quarante-sept ans de martyre Harki, cesser d’être les damnés de la « terre » de la Ve République blanciste, pour devenir, comme leurs pères, des héros africains de la République française.

Pardon, de la grande Ve République égalitaire franco-africaine, qui fut assassinée il y a bientôt cinquante ans...


Alexandre Gerbi




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