11 août 2010

Festival d’incohérences et de contradictions sur le plateau de C dans l’air



Festival d’incohérences

et de contradictions


sur le plateau de C dans l’air



par


Alexandre Gerbi

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A l’occasion du défilé des troupes africaines sur les Champs-Elysées, le 14 juillet 2010, l’émission C dans l'air (sur France 5) proposa un numéro consacré aux « indépendances » africaines, intitulé France-Afrique : 50 ans plus tard.

A partir de la minute 34 (accessible à cette adresse : http://skydexter.free.fr/page.php?472), on assista à cet échange éminemment instructif entre le journaliste camerounais Louis-Magloire Keumayou et l’historien français Eric Deroo :

Louis Magloire Keumayou : La France ne peut pas dire qu’elle a octroyé les indépendances (…) Mais il y a eu une autre chose. Parce que, aujourd’hui, il y a un amalgame qui se fait sur le terme d’« indépendances » africaines. Moi je crois qu’il faut resituer les choses dans leur contexte et dans la vérité de l’Histoire. La première chose, c’est que les gens ne demandaient pas l’indépendance à cette époque-là. Ce qu’ils voulaient, c’était l’égalité de droit et l’égalité démocratique à l’intérieur de l’Empire colonial. C’est-à-dire qu’on reconnaisse à tous les citoyens qui étaient considérés comme des indigènes le droit d’être des citoyens au même titre que les Français qui étaient sur leurs territoires. Ça c’était le besoin primordial. (…) C’est après que le besoin d’indépendance est venu. Et là, c’est ce que je voudrais rectifier en disant : il y a eu un référendum qui a été organisé dans la plupart des pays (en 1958). Si vous reprenez les chiffres de ces référendums, je ne pense pas que sur les 14 pays, tout le monde ait voté OUI pour l’indépendance. Or à partir d’août (1960), (…) on a distribué comme des cadeaux ces indépendances-là. A ce moment-là, ça a été des distributions de prix. Mais avant, il était question simplement d’assurer une égalité de droit entre les tirailleurs et les militaires, entre les citoyens et les indigènes…

Eric Deroo : (…) La loi-cadre Defferre en 1956 est très clairement faite pour aller vers l'autonomie et, à terme, vers l'indépendance de l'Afrique. C'est faux de dire que la France octroie l'indépendance à contre-coeur (...). A telle enseigne qu'on crée (la même année, en 1956) l'EFORTOM (...), une école destinée à former des cadres militaires qui vont prendre les charges les plus importantes dans les futures armées nationales (...). D'ailleurs 14 officiers sortant de cette école seront chefs d'Etat dans leurs pays. Ca prouve bien qu’il y a un processus qui se met en place. La France a compris, après l’Indochine, et avec ce qui se passe en Algérie (que l’indépendance est inéluctable) (…).

Eric Deroo parvient donc à faire le grand écart, en admettant simultanément que l’Afrique a été délibérément larguée selon un processus conduit depuis la IVe République et achevé par Charles de Gaulle, tout en faisant droit à la thèse classique selon laquelle ce largage répondait… à la volonté des Africains et au « vent de l’Histoire » ! Ce qui est démenti par ce qu’avance Louis Magloire Keumayou qui rappelle à juste titre – sans d’ailleurs qu’Eric Deroo le contredise le moins du monde sur ce point – qu’au-delà des mouvements indépendantistes qui existaient, la majorité des Africains aspiraient non pas à l’indépendance, mais à l’égalité dans l’unité franco-africaine… Notons que Louis Magloire Keumayou se contredit lui-même, en affirmant que les indépendances n’ont pas été octroyées, en même temps qu’il dit qu’elles ont été imposées (« cadeau », « distribution de prix ») !

Pareilles contradictions, chez Deroo comme chez Keumayou, peuvent étonner un esprit cartésien. En réalité, elles s’expliquent par le fait qu’il est interdit de dire ce que l’un et l’autre sont en train de dire : ils le disent donc (l’indépendance fut imposée par l’Etat français), tout en faisant droit à la doxa (les Africains la souhaitaient). Quitte à tenir, dès lors, des propos parfaitement incohérents, parfois dans la même phrase… Mais l’essentiel est de ne froisser personne…

Cette incohérence flagrante, l’animateur, Thierry Guerrier, cherchera, en vain, de la lever, par cette question à Eric Deroo :

Thierry Guerrier : Monsieur Deroo, attendez… Ce que dit Monsieur Keumayou, si j’ai bien compris, c’est que certes, il y a ce processus (d’indépendance), mais qu’il est, je dirais, asséné d’en-haut, en quelque sorte, de Paris… Et que ce n’est pas forcément ce que souhaitent les peuples à l’époque, qui après tout, certains, seraient prêts à rester dans la Communauté, mais qui veulent simplement l’égalité des droits…

La réponse lapidaire et quelque peu bredouillante d’Eric Deroo, manifestement embarrassé, ne manque pas de sel :

Eric Deroo : Il y avait deux choses dans ce que disait Keumayou, effectivement. Il y a le fait que certains peuples qui, après tout, n’ont pas la mesure, du tout, de ce qui va leur arriver, d’ailleurs. Mais, en revanche, ce que je voulais un peu reprendre, c’est que, si, la France sait qu’on va aller vers l’indépendance des Etats africains, puisqu’elle met en place les structures pour ça…

A chacun d’apprécier la clarté du propos…

Relevons enfin, pour la bonne bouche, la remarque du journaliste de Libération, Jean-Dominique Merchet, qui, évoquant ce que nous avons appelé ailleurs l’« Affaire gabonaise », édulcore la vérité historique sous prétexte de la révéler :

Jean-Dominique Merchet : Une anecdote amusante, quand même… Il a été, à l’époque des indépendances, débattu au Gabon l’hypothèse que le Gabon devienne un département d’outre-mer, comme la Réunion, la Guadeloupe ou la Martinique. La question a été débattue, c’est-à-dire qu’on était dans des processus extrêmement différents de ce qui s’est passé en Algérie, au Maroc ou en Tunisie. (…) Imaginez que ce petit émirat pétrolier du Gabon soit devenu un département d’outre-mer français… La question s’est posée en ces termes… Je parle sous le contrôle de mon voisin…

Que cette anecdote soit amusante, c’est une question de point de vue… Au demeurant, Louis Magloire Keumayou et Eric Deroo se sont abstenus d’exercer leur « contrôle ». Il y avait pourtant matière à corriger les approximations de Jean-Dominique Merchet, puisque la demande de départementalisation ne se limita pas à faire l’objet d’un « débat » au Gabon. En effet, loin de rester une « hypothèse », la demande de départementalisation, décidée par le Conseil de gouvernement du Gabon en octobre 1958, fut bel et bien présentée par le gouverneur Louis Sanmarco, dépêché à cette fin à Paris, auprès du ministre de l’Outre-mer, Bernard Cornut-Gentille. Celui-ci, sur ordre du général de Gaulle, rejeta violemment la demande…

Dans son ouvrage Le Colonisateur colonisé, Louis Sanmarco explique :

« Le Conseil de gouvernement du Gabon choisit la départementalisation, et Léon (Mba) me chargea de négocier la chose avec Paris. (…) Je pensais bien être reçu comme un triomphateur qui ajoutait une perle de plus à la couronne. Je fus reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Le ministre, Bernard Cornut-Gentille, fut même désagréable : « Sanmarco, vous êtes tombé sur la tête !... N’avons-nous pas assez des Antilles ? Allez, l’indépendance comme tout le monde ! »

Or, en refusant cette départementalisation, le gouvernement français ne se bornait pas à rejeter une lubie gabonaise. En effet, la demande de départementalisation présentée par le Gabon s’inscrivait dans le cadre de l’article 76 de la Constitution, qui prévoyait cette possibilité. En la refusant, le gouvernement français violait donc la Constitution…

Bien entendu, cet épisode de la « décolonisation » franco-africaine fut tenu secret pendant près de trente ans, puisqu’il n’a été révélé par Louis Sanmarco que vingt ans plus tard. Longtemps contesté par les historiens (car on voit bien que l’Affaire gabonaise ne cadrait guère avec la doxa officielle d’une Afrique collectivement avide d’indépendance et d’une France contrainte de la lui « octroyer »), l’épisode fut finalement confirmé par Alain Peyrefitte, dans C’était de Gaulle (Fayard, 1994) :

Général de Gaulle : « Au Gabon, Léon M'Ba voulait opter pour le statut de département français. En pleine Afrique équatoriale ! Ils nous seraient restés attachés comme des pierres au cou d'un nageur ! Nous avons eu toutes les peines du monde à les dissuader de choisir ce statut. Heureusement que la plupart de nos Africains ont bien voulu prendre paisiblement le chemin de l'autonomie, puis de l'indépendance. »

Les incohérences, les contradictions, les approximations, les réponses bredouillantes qui émaillèrent ce numéro de C dans l’air du 14 juillet 2010 sont à l’image de l’immense gêne et de l’ampleur des tabous qui entourent le Cinquantenaire des Indépendances africaines. Et de ses colossaux mensonges…

Bonnes vacances, et bonne bronzette à tous !

Alexandre Gerbi




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22 sept. 2009

De Hortefeux aux Harkis : Entrechats du blancisme et autre monde

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De Hortefeux aux Harkis :


Entrechats du blancisme

et autre monde



par


Alexandre Gerbi
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La grasse vanne sur les « Arabes » de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, a provoqué une tempête médiatique et politique particulièrement spectaculaire.

Au même moment, Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, assiègent l’Assemblée nationale, à Paris. Leur voiture est leur chambre, leur salle à manger est un banc public, et leur maison est le trottoir. Chaque jour depuis bientôt cinq mois, ils déploient d’immenses banderoles au vitriol sur la place Edouard Herriot, sous le nez des députés. En juristes implacables, documents à l’appui, ils accusent Nicolas Sarkozy, président de la République, de parjure et de duplicité.

Or pour l’heure, l’action des trois assiégeurs fait l’objet d’un écho médiatique et politique quasiment nul…

Deux poids, deux mesures ? Myopie historique ? Incohérence ?

Pas si sûr…

De Gaulle en miniature

D’un côté, la blague foireuse de Brice Hortefeux, qui, cynique ou ironique selon les arrière-pensées qu’on lui prête, n’est que la reproduction, en miniature, de cette réflexion par laquelle Charles de Gaulle justifia l’indépendance qu’il imposa aux populations africaines il y a bientôt cinquante ans :

« C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France.»

D’un autre côté, l’action menée par les Harkis au Palais Bourbon, qui fait l’objet d’un black-out médiatique presque intégral, alors que la tragédie des Harkis et des Algériens francophiles (entre 45.000 à 150.000 morts au lendemain de l’indépendance algérienne, puis aliénation des rescapés dans des camps en France, mépris, injure, calomnie) fut la conséquence d’un système de pensée dont la blague de Brice Hortefeux semble un avatar dérisoire…

Sous certains rapports, on le devine, ces événements, tout comme le traitement qui en est fait, relèvent en réalité du même système, et s’y inscrivent. Or pour notre société, ce système se trouve être un tabou absolu. Car si ses secrets étaient révélés au grand public, ils pourraient bien discréditer, pour le dire vite, deux générations d’hommes politiques, deux générations d’historiens, et deux générations d’intellectuels français. Difficile d’imaginer plus puissant séisme. Cela ressemblerait peut-être à une révolution…

Préservation de la France blanche, gréco-latine et chrétienne

L’Histoire de la Ve République blanciste, aujourd’hui encore presque totalement occultée, constitue ce secret explosif.

Il y a un demi-siècle, foulant aux pieds les principes les plus fondamentaux de la France, le gouvernement dirigé par le général de Gaulle débarrassa la République de ses territoires et populations d’Afrique. Pour préserver, selon un trait emprunté à Barrès, une « certaine idée de la France » et des Français :

« Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne », martelait en coulisse l’ermite de Colombey.

Bénéficiant de la complicité, active ou passive, et pour toutes sortes de raisons, d’abord de l’Armée dupée, puis, jusqu’au bout, de la plus grande partie de la classe politique et d’une fraction importante de l’intelligentsia françaises, de droite comme de gauche, d’extrême-droite comme d’extrême-gauche, le Général obtint la sécession des anciennes colonies africaines de la France, qu’il présenta habilement comme le triomphe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Alors même que les populations d’Afrique, y compris en Algérie, aspiraient bien davantage à l’égalité, garante de liberté et de fraternité.

Mais de leur avis, le Général et ses alliés n’avaient cure...

Apartheid à l’échelle intercontinentale

Présentée comme une merveille visionnaire et humaniste, la prétendue décolonisation gaullienne, réalisée au mépris des populations d’outre-mer, fut conçue comme un tremplin du néocolonialisme. A telle enseigne que la plupart des nouveaux Etats continuèrent d’être dirigés depuis Paris, via les « réseaux Foccart » et autres hommes de main. De ce point de vue, l’opération permit la mise en place d’un véritable apartheid organisé à l’échelle intercontinentale, dont notre époque, plus que jamais, porte les atroces stigmates.

« Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »

Dans son entreprise de démolition de l’ensemble franco-africain, le Général savait qu’il devrait vaincre plusieurs forces. Notamment celles des Africains, mais aussi des Algériens. Par mélange de bon sens, de pragmatisme et d’amour parfois passionnel pour ce qu’ils appelaient la « vraie France », la plupart des ultramarins considéraient que l’instauration de l’égalité politique pleine et entière entre tous les habitants de la métropole et de l’outre-mer serait le meilleur moyen d’abolir le colonialisme et d’assurer l’unité de la République. Le plus souvent, l’indépendance n’était vue que comme un ultime recours, un déchirement à éviter autant que possible. Machiavel avança donc masqué.

Pour revenir au pouvoir, de Gaulle prétendit accomplir un programme égalitaire révolutionnaire (cf. Discours d’Alger et de Mostaganem, 4 et 6 juin 1958) qu’avait défini et porté l’avant-garde de l’école anthropologique française. En particulier Claude Lévi-Strauss, en 1955 dans Tristes Tropiques, l'année même où Soustelle, son collègue et ami, fut nommé gouverneur général en Algérie par Pierre Mendès France, et lança l'intégration. L’intégration c’est-à-dire, au contraire de l’assimilation, la fusion dans le respect et la compréhension réciproque des cultures, pour l’échange et dans l'égalité. Au gré d’un certain esprit du temps, c’était un peu la pensée des Africains de l’après-guerre qui s’apprêtait à triompher : Soustelle connaissait Senghor depuis vingt ans, et ne cachait pas que son projet s’était ébauché, notamment, en parlant avec lui… Feignant, avec brio, d’appartenir à cette galaxie nouvelle et d’en vouloir accomplir les plus grands espoirs, le Général s’attira immédiatement une phénoménale popularité auprès des masses musulmanes algériennes, ainsi que dans le reste de l’Afrique…

Or l’homme comptait faire exactement le contraire de ce qu’il annonçait.

« Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par deux puis par cinq, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, quatre cents, six cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l’Élysée ? »

Ou un Nègre…

Devenu maître du pays pour sept ans (janvier 1959), de Gaulle tomba rapidement le masque.

Largages et retour du refoulé

Sans tarder, le Général-Président bouta les Africains hors de la République, en refusant la départementalisation au Gabon (Affaire gabonaise, 1958) puis en dépossédant les populations d’Afrique subsaharienne du droit à l’autodétermination (Loi 60-525, mai-juin 1960). Ayant de la sorte réduit l’Algérie à une incongruité politique, déjouant les ralliements (Affaire Si Salah, 1960), il pactisa avec les indépendantistes du FLN, fussent-ils sanguinaires et fanatiques, et les accepta comme interlocuteurs exclusifs. Enfin, il leur livra non seulement le pays et ses populations, mais aussi les partisans arabo-berbères de la France, ainsi voués à la terreur et, pour beaucoup, au supplice et à la mort. Sous les applaudissements du reste du monde, et les larmes de crocodile de Washington acclamant aussi.

Depuis les années Giscard et, plus encore, les années Mitterrand et Chirac, la société française a été le théâtre d’un lent retour du refoulé. Le blancisme fondateur du régime est progressivement devenu une obsession du système, bien sûr jamais formulée, et cristallisée dans la dénonciation fébrile, obsessionnelle jusqu’à l’hystérie, jusqu’au narcissisme, jusqu’à l’ostentation, jusqu’au business, du racisme. Avec le peuple français (et non pas, bien sûr, ses élites intellectuelles et politiques, blanches comme neige…) dans le rôle de bouc émissaire perpétuellement accusé et sommé d’expier. Ce peuple français qui, pourtant, en 1958, avait approuvé à 80% l’application du rêve de Claude Lévi-Strauss, la politique d’Intégration des populations arabo-berbère d’Algérie…

Au demeurant, en dépit de la sainte horreur que lui inspire le racisme, le système politique, intellectuel et médiatique français, jusqu’à aujourd’hui, continue de sacrifier sans nuance à la doctrine de la Ve République blanciste, ce mythe qui affirme qu’Africains et Algériens rêvaient collectivement, et à tout prix, de se séparer de la France. Propagande qui permit à l’époque – et permet toujours aujourd’hui – de justifier l’abandon.

Ainsi peut s’expliquer le « deux poids deux mesures » dont nous parlions plus haut…

Un député à l’accent rocailleux

Comment, dira-t-on, la société médiatico-politique qui se déchaîne contre Brice Hortefeux, peut-elle continuer de servir sagement, dans le même temps, l’histoire officielle de la Ve République blanciste ?

Comment hurler en toute occasion contre le racisme, et perpétuer simultanément une légende qui sert à occulter que le démantèlement de l’ensemble franco-africain répondit à des motivations odieuses, affreuses, et emprunta des voies totalement contraires aux principes les plus fondamentaux de la République ?

En attendant, comme en symbole, Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï continuent de vivre sur le trottoir de la Ve République blanciste, à côté de l’Assemblée nationale, dans l’indifférence générale des médias et des politiques…

Jusqu’à ce qu’un mercredi de septembre 2009, un député venu de la France profonde, réputé pour son goût pour l’héroïsme, son accent rocailleux et sa voix de stentor, vienne déclarer aux trois assiégeurs que tout ceci est décidément scandaleux et ignoble, et promette de secouer un de ces mercredis l’hémicycle endormi. Et tienne parole davantage que l’hôte de l’Elysée …

Alors peut-être le blancisme structurel connaîtra son premier grand ébranlement. Et l’altermondialisme l’un de ses plus fastes et orgueilleux départs…




Alexandre Gerbi




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26 mars 2009

Le jardin des délices et le poids des élites

Mayotte/Afrique/France/Europe
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Le jardin des délices
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et le poids des élites
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par
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Alexandre Gerbi
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Voilà Nicolas Sarkozy qui s’en repart traîner ses tongs en Afrique… Discours prévu à Brazzaville, ancienne capitale de la France libre et lieu de la conférence éponyme (1944), avec espérons-le plus d’inspiration qu’en 2007 à Dakar… Pendant ce temps-là, où en sont les élites noires et blanches ? Nous les avons retrouvées qui dînaient aux chandelles en compagnie de la très affaiblie fraternité franco-africaine, autour d’un excellent Pétrus 1958…


Le 29 mars, malgré les condamnations solennelles de l’Union Africaine, Mayotte choisira peut-être de devenir un département français. Dès maintenant, beaucoup de Mahorais se pâment, pavoisent et triomphent. La mine parfois goguenarde…

De telles effusions peuvent étonner l’âme racornie d’un Français hexagonal, quelle que soit la couleur de sa peau. Mais c’est que les Mahorais connaissent bien l’histoire du « blancisme », cette famille de la pensée politique française qui fait la grimace lorsqu’il s’agit d’octroyer l’égalité politique et sociale aux Ultramarins. Une famille de pensée qui, bien que très minoritaire dans la population française, préside aux destinée de la France depuis des décennies... Pour les Mahorais, la victoire entraîne donc la jubilation et la joie, car la consécration de la lutte remportée contre l’Histoire et le monde se double d’une reconnaissance naguère presque impossible…

Les Quatre Vieilles (Antilles, Guyane, Réunion) eurent les plus grandes difficultés à obtenir la départementalisation en 1946. Le Gabon se la vit refuser en 1958. Les territoires d’Afrique noire furent acculés, en bloc, à l’indépendance en 1960. Quant à Mayotte, minuscule rescapée de la grande lessive, elle réclame la départementalisation, en vain, depuis des décennies… En ces terres de surcroît musulmanes, l’obtenir ressemblerait un peu à un miracle ou à un tournant historique…


Amnésie et bourrage de crâne

Le blancisme intrinsèque de la Ve République (ayant pour principe une définition de Charles de Gaulle, qui définit confidentiellement la France comme « avant tout de race blanche, de culture grecque et latine, et de religion chrétienne ») n’a pas empêché le régime français d’entretenir pendant longtemps les meilleures relations avec l’Afrique. Car par delà la Ve République blanciste, beaucoup de Nègres des années 1960-2000 continuaient (et continuent…) d’aimer la France héritière de 1789, son peuple au naturel égalitaire et fraternel, la bonne « colonisation » française des années 1950, malgré tous ses défauts encore, mais aussi avec ses éclatants débuts de symbioses franco-africaines, à l’heure où l’Amérique écrasait ses Noirs. Parmi les vieux Africains qui ont vécu l’époque, beaucoup regrettent volontiers les tournants égalitaires refusés par l’histoire, les promesses non tenues, les occasions manquées…

Une fois les pseudo-indépendances imposées à l’Afrique, il fallut détruire toutes les prémices de symbioses franco-africaines, ces sensibilités devenues gênantes. On déclencha une formidable propagande en forme de lavage de cerveau… Chez les élites françaises et africaines, cibles privilégiées du travail d’amnésie sous le haut patronage du blancisme, du PCF, de l’Union Soviétique et des Etats-Unis, la fraternité franco-africaine, qui reposait sur un héritage ancien, sublime autant qu’imparfait, fut progressivement refoulée, oblitérée ou détruite…

Le rouleau compresseur idéologique et la broyeuse historique firent le reste, déployant leurs désastres, pendant trois générations, à travers tout le Continent – propagande nationaliste, bourrage de crâne narcissique, collusions avec le néocolonialisme, corruption, détournements gigantesques, dictature, coups d’Etat, guerres civiles, destructions de toutes sortes, misère, famine, maladie, innombrables martyres…

Aujourd’hui que la grande mue de l’univers est à sa pointe, un fossé profond s’est creusé entre la France et l’Afrique.

Non pas entre les peuples, qui continuent de s’aimer et de se respecter, parce qu’ils ont la mémoire tenace et l’humanité chevillée au corps ; or ceux-ci sont les plus nombreux, sinon les plus puissants…

Mais un fossé entre les élites françaises et africaines, et entre ces dernières et la France… Or ces élites, bien que minoritaires, tiennent le haut du pavés et les leviers de commande…


Fossés, petits-fours et champagne

Depuis des lustres, voilà le schéma. Les élites noires et blanches s’entendent très convenablement, se serrent la main, et vivent plutôt bien dans les jardins qu’elles se sont ménagés dans les ruines matérielles ou morales de leurs populations… De là, entre petits-fours et champagne, ces élites africaines et européennes sont toutes forcément d’accord sur un point : la séparation entre la France et l’Afrique, il y a cinquante ans, fut une excellente chose. Le petit peuple en doute ? On s’emploie à l’en convaincre…

Aujourd’hui, chez les Africains, singulièrement chez les plus francisés ou occidentalisés d’entre eux, il n’est pas rare de rencontrer une farouche hostilité à l’égard de la France, très voisine de celle qu’on rencontre chez une certaine extrême-gauche française, sans que ces analogies, d’ailleurs, soient tout à fait fortuites…

Dans les sphères intellectuelles africaines, on n’avoue souvent plus son amour pour la France, ou alors du bout des lèvres ou par subtiles périphrases. Dans certains milieux, la francophilie a des parfums de trahison, tandis que le nationalisme le plus étroit a pignon sur rue et vaut brevet de vertu. La défiance à l’égard de la France se porte en bandoulière. La posture dispense de regarder l’histoire en face : le déni de francité qui souvent fonda les indépendances africaines, la revendication égalitaire contrariée… Dignité sauve, on mythifie la lutte, acidulée aux arômes de fierté et liberté… Cela permet de cacher les petits-fours et le champagne qu’on a bien dans l’estomac, et même de caviarder les yeux de ceux qui pourraient avoir l’idée de s’en plaindre…

Amusantes destinées de la rhétorique : voici que l’idéologie de la séparation, qui servit à justifier le processus d’indépendance et à démolir les espoirs africains, est devenue la meilleure carte de visite de la fierté africaine… Par un incroyable transfert, le catéchisme blanciste, instrument du divorce franco-africain contre la volonté des Africains, trouve dans les élites africaines contemporaines ses meilleurs promoteurs qui, par un suprême paradoxe, entendent y puiser leur légitimité…

A leur décharge, pas plus que les élites européennes, les élites africaines n’ont été épargnées par la puissante propagande de la guerre froide et de ses suites. Et elles aussi en ont souvent été, et en sont encore, les dupes…

Au spectacle de combinaisons aussi retorses, faut-il désespérer ?

Non… Car malgré l’énorme passif accumulé, malgré les désillusions en cascades, malgré la propagande tous azimuts, nombre d’Africains aspirent aujourd’hui à bâtir l’avenir avec la France et l’Europe qui l’accompagne. Sans d’ailleurs que ce rapprochement soit exclusif de la grande idée de l’unité africaine ou panafricaine. N’en déplaise aux partisans du divorce, Blancs ou Noirs, en l’an 2009, nombre d’Africains (mais aussi de Français et d’Européens…) accueilleraient avec bonheur une ample et nouvelle politique franco-africaine enfin fraternelle, au service du bien-être économique et moral des populations des deux continents.
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Quant aux élites politiques françaises, même si elles continuent pour le moment d’esquiver un lourd et pénible mea culpa sur le blancisme du régime fondé en 1958, elles se déclarent décidées à se montrer dignes d’une tâche qui engage notre civilisation, puisqu’il s’agit de réparer les dégâts de décennies, de siècles d’histoire absurde ou rapace…
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Reste, pour ce faire, à répondre à l’appel du petit peuple d’Afrique qui, comme le petit peuple de Mayotte, attend la France avec gourmandise, comme l’Afrique il y a 60 ans. En trouvant cette fois les bonnes modalités, par un dialogue ouvert et d’égal à égal avec les Etats intéressés par une politique franco-africaine novatrice, conjuguée sur les trois axes fondamentaux que sont la santé, l’éducation de qualité pour tous, et la justice sociale…
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Laboratoire de fraternité
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L’Union Africaine condamne violemment le référendum du 29 mars à Mayotte, « organisé sur une terre étrangère ». L’UA réclame, comme l’ONU bien avant elle, le « retour » de Mayotte dans l’Union des Comores…

Ainsi, alors que la départementalisation de Mayotte devrait être le laboratoire d’une nouvelle fraternité franco-africaine, elle menace d’être un outil de discorde entre la France et l’Afrique…

Pour la France, la seule manière crédible de prouver à une Union Africaine de bonne foi et légitimement méfiante à son égard, qu’elle avance non pas en nouvelle impérialiste mais en sœur, c’est d’appliquer pleinement l’égalité sociale à Mayotte. La France doit se montrer digne de la mission que les Mahorais décideront peut-être de confier à la République le 29 mars prochain. Accompagnée de l’Europe et surtout de son premier allié l’Allemagne, elle aussi concernée au premier chef par les grands desseins historiques et fraternels, après un XXe siècle atroce et lamentable, la France est à la croisée des chemins.

Le XXIe siècle de fraternité qu’il faut construire avec l’Afrique comme le souhaitent beaucoup d’Africains, en particulier les plus pauvres d’entre eux, exigera des Français et des Européens une grandeur d’âme jamais vue. Les uns devront regarder en face leur histoire d’amour brisée avec l’Afrique en 1960. Les autres devront cesser d’agir en alliés du blancisme français en s’opposant au mariage franco-mahorais. Car ce mariage, les Mahorais le souhaitent souvent ardemment, comme le souhaitaient la plupart des populations africaines il y a cinquante ans.

Quand on réalise que l’actuelle revendication mahoraise se situe dans le droit fil d’une histoire qui fut jadis bloquée puis ensevelie au gré de considérations antirépublicaines et selon des voies antidémocratiques (affaire gabonaise, loi 60-525, etc.), au mépris des population africaines mais aussi métropolitaines, et avec la complicité de tout ce que le monde comptait, à l’époque, de forces rétrogrades travesties en forces progressistes, on comprend qu’aujourd’hui certains Mahorais espiègles fassent la nique et traitent de « jaloux » les Africains qui leur contestent la départementalisation…

Au lieu de s’obnubiler sur les Mahorais et de maudire certains des plus grands rêves de leurs pères, ces élites africaines devraient, elles aussi, regarder leur histoire en face. Celle d’une Afrique à la fois fière de ses racines mais aussi fascinée et attirée par l’Europe. Une Afrique à la fois sûre de son génie propre, mais aussi éprise du génie spécifique de la France… Ces élites devraient admettre que c’est à force d’avoir été méprisée par un certain Occident, que l’Afrique a fini par ne plus voir tout ce que l’Europe admire chez elle, estime et désire infiniment, et de longue date, en toute fraternité et humanité.

Dans le Jardin des Délices (1504) de Jérôme Bosch, non seulement les Blancs et les Noirs marchent côte à côte, parlent, s’amusent, mais encore ils vivent ensemble la maternité…

En écoutant un peu plus la voix des ancêtres, certaines élites africaines se défranciseraient peut-être un peu, se franciseraient en tout cas autrement, de toute façon s’africaniseraient davantage…

Alors la départementalisation de Mayotte cesserait de leur apparaître comme un scandale ulcérant, comme un nouveau masque de l’impérialisme français ou occidental. Tout au contraire, ils la verraient s’inscrire démocratiquement dans un mouvement infiniment plus vaste et d’une tout autre nature, détail à ne pas manquer dans une tectonique intercontinentale, politique et spirituelle, placée sous le signe de la fraternité et du dépassement historique, de la mutation, du retour aux sources.

Puissions-nous, ici, savoir rester à hauteur d’homme. La France et l’Afrique sont bien davantage faites l’une pour l’autre que ne le disent certaines élites françaises ou africaines, ou plutôt franco-africaines, comme larrons en foire, sous-produits dérisoires d’une idéologie retorse qui bâillonne depuis trop longtemps le petit peuple et ses voix profondes, trahit l’Afrique et la France, et s’enivre dans ses tours d’ivoire…

Le plus grand nombre ayant enfin la parole, comme l’exige la démocratie, avec l’enthousiasme des Mahorais qui, en bons vieux Africains, voient la France bien plus grande que ne la voient les Français, que puisse naître à Mayotte un département franco-africain tout de luxe, de calme et de volupté, comme un tableau de Jérôme Bosch, comme une transe extatique et heureuse, comme une apparition du Grand Esprit N’koué M’bali dans un rêve clair et poussiéreux de Brazza enfant, présage d’un immense ensemble franco, pardon, euro-africain… ou afro-européen… Enraciné dans la nuit des temps et plongé dans le plus grand avenir…


Alexandre Gerbi




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20 mars 2009

Départementalisation de Mayotte

Départementalisation de Mayotte
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Prisonniers
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d'une histoire ancienne
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Alexandre Gerbi
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Le 29 mars prochain, par référendum, Mayotte se verra proposer de devenir un département français.

Le rapport (UMP-PS) de la Commission des Lois explique :

« L’attachement indéfectible de la population de Mayotte à la France, la constance et la force de son aspiration à se rapprocher du droit commun de la République créent des devoirs pour notre pays : prendre en compte cette volonté constitue une exigence démocratique. »


Entre exigence démocratique et… sociale ?

A l’approche du cinquantenaire des indépendances africaines (1960-2010), en accomplissant symboliquement la mutation refusée il y a un demi-siècle, l’Etat français espère-t-il démontrer à la face du monde sa rupture avec la Ve République blanciste ?

A examiner le projet de plus près, loin d’accueillir fraternellement dans la communauté nationale 185.000 Mahorais majoritairement noirs et musulmans, il semble plutôt que le gouvernement s’apprête à faire de Mayotte le théâtre d’une énième aventure ambiguë. Dans la plus pure tradition du régime…

Un seul exemple.

Dans le 101e département français, nos « concitoyens mahorais » seront gratifiés d’un RMI qui ne sera pas le même qu’en métropole. Il lui sera même quatre fois inférieur.

« (…) ce bouleversement déstabiliserait l’économie mahoraise », explique la Commission des Lois.

En son temps, le Ministère de l’Economie Fabius-Parly invoqua semblable souci de l’équilibre des économies locales pour justifier son refus d’appliquer un arrêt du Conseil d’Etat recommandant la « décristallisation » des pensions des anciens combattants africains (ou plutôt franco-africains…).

Force est de constater que le sous-développement (ou le niveau de vie) de la Corrèze n’a jamais induit des tels ajustements…


L’égalité ? Oui… mais

L’Etat français prétend appliquer à Mayotte l’égalité républicaine. Mais fidèle à la tradition typiquement colonialiste du « deux poids deux mesures », il commence par en exclure les montants du RMI et du SMIC, en arguant d’un sous-développement local dans lequel, pourtant, sa responsabilité est patente.

« Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde », écrivait Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme.

Comment les députés français peuvent-ils craindre que Mayotte ne sache, dans l’avenir, offrir du travail à sa jeunesse, et lui infliger dans le même temps un sous-régime salarial et social qui pourrait durer jusqu’à « 25 ans » ? Quelle est cette rupture qui emprunte au système qu’elle prétend abattre certaines de ses recettes les plus rances ?

L’Union Africaine a condamné par avance ce référendum organisé sur une terre « occupée par une puissance étrangère », et le colonel Kadhafi accuse la France de « néocolonialisme ». Les députés de la Commission s’en sont offusqués. Pourtant, en traitant comme à son habitude les ultramarins en Français de seconde zone, Paris justifie ces grondements et ces attaques.

Car la départementalisation de Mayotte nous confronte à des problématiques coloniales ou néocoloniales, et s’inscrit dans un contexte historique, politique et géographique complexe.

Or celui-ci est largement caché, voire falsifié, par la Commission des Lois et le gouvernement français, mais aussi par la « gauche de la gauche » française, et certaines des plus hautes instances internationales…


La Révolution anjouanaise

Eté 1997. A l’issue de grèves de longue durée, de soulèvements populaires, de fête nationale non chômée et de 14-juillet fêté, Anjouan et Mohéli font sécession de la République des Comores, et proclament leur rattachement à la France.

A l’époque, l’Union Européenne, l’OUA et Paris condamnent la sécession, et Grande Comore finit par organiser un débarquement militaire pour faire rentrer les « rattachistes » dans le rang. En vain. L’unité de la République des Comores, devenue Union fédérale, ne s’en est jamais vraiment remise.

De là, on comprend qu’aujourd’hui Grande Comore exige plus que jamais la rétrocession de Mayotte, et que celle-ci ne veuille pas en entendre parler.

On comprend aussi que, contrairement à la « volonté » des Mahorais, pas plus en 2009 qu’en 1997 (ou en 1981…) celle des Anjouanais et autres Mohéliens n’inspire à la Commission des Lois et au gouvernement français une quelconque « exigence démocratique »…


Les errements d’une certaine gauche

Dans l’Humanité, le 12 mars 2009, on lisait :

« Jean-Paul Le Coq (PCF) a rappelé, au nom des députés communistes et du Parti de gauche, que « la séparation arbitraire de Mayotte viole l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores et suscite légitimement les condamnations internationales, notamment des États-Unis » ».

A suivre le PCF et le Parti de Gauche, faudrait-il que la France impose l’indépendance à Mayotte, et somme ses populations d’intégrer l’Union des Comores, avec la bénédiction de Washington, selon les méthodes appliquées à l’Afrique française en 1960 ?

Cette gauche stalino-trotsko-sartrienne française, prisonnière d’une histoire absurde ou criminelle qui l’a conduite, il y a cinquante ans, à trahir les rêves égalitaires des Africains au profit de l’impérialisme soviétique et de ses cauchemars (mais aussi, dans les faits, des néocolonialismes français, états-uniens, et autres), se dresse maintenant contre l’unité franco-mahoraise.

Que ne suit-elle dignement l’idéal d’un Senghor, d’un Lévi-Strauss ou même d’un Césaire, tels que la République blanciste, PCF compris, les élimina ou les écrasa, les dégoûta et les aliéna, parce qu’elle refusait de bâtir avec l’Outre-mer un projet fraternel… Il faut relire la lettre de démission d’Aimé Césaire à Maurice Thorez en 1956.


Les monstres de faïence

Si le gouvernement français, dans un respect strict et mutuel avec ses interlocuteurs comoriens et dans un dialogue permanent avec l’Union Africaine, songeait à ouvrir honnêtement et fraternellement les très épineux dossiers d’Anjouan et de Mohéli, il romprait radicalement avec une tradition abjecte.

Or, par un paradoxe qui n’est qu’apparent, s’il s’avisait d’accomplir enfin les rêves de Senghor, de Lévi-Strauss et de Césaire – et même peut-être ceux de Rosa Luxembourg – le gouvernement français trouverait sur sa route une extrême-gauche galvanisée.

Non d’ailleurs sans quelques bonnes raisons, tout de même, puisque le régime, à l’image de son projet de départementalisation de Mayotte ou d’autonomie des Antilles, traîne de vieilles démangeaisons inégalitaires et colonialistes…

Ce face-à-face, absurde et monstrueux, où chacun des adversaires trahit, dans les deux cas et chacun à sa façon, tout à la fois les Nègres, la France, le peuple, la République et ses principes, est le paradigme de tout un système. Espérons-le, agonisant.




Alexandre Gerbi




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16 oct. 2008

L’affaire gabonaise (1958)


Alors que la Marseillaise a été une nouvelle fois
conspuée au Stade de France…




Aux origines du mal

ou

L’affaire gabonaise (1958)
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Il y a tout juste 50 ans, le général de Gaulle violait la Constitution pour débarrasser la France de ses populations d’Afrique. Ça se fête… en sifflant ?
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par
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Alexandre Gerbi




Lors du référendum du 24 septembre 1958, les populations gabonaises approuvèrent par 92% l’adhésion du Gabon à la Communauté française. Forts de ce résultat, le Conseil de gouvernement du Gabon et son président, Léon Mba, mandatèrent le gouverneur Louis Sanmarco à Paris, afin de négocier la départementalisation du Gabon.

Reçu par le ministre de l’Outre-mer, Bernard Cornut-Gentille, Louis Sanmarco essuya un refus tonitruant :

« Sanmarco, vous êtes tombé sur la tête !... N’avons-nous pas assez des Antilles ???? Allez, l’indépendance comme tout le monde ! [1] »

Contrairement à ce que pourrait laisser à penser la réaction du ministre, la demande de départementalisation formulée par Louis Sanmarco au nom du Conseil de Gouvernement du Gabon n’était pas une lubie sortie tout armée du fantasque esprit africain.

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En effet, l’article 76 de la Constitution disposait que : « Les territoires d'outre-mer peuvent garder leur statut au sein de la République. S'ils en manifestent la volonté par délibération de leur assemblée territoriale (...), ils deviennent soit départements d'outre-mer de la République, soit, groupés ou non entre eux, Etats membres de la Communauté. »

Autrement dit, aux termes de la Constitution, chaque territoire d’outre-mer pouvait soit demeurer un territoire d’outre-mer, soit devenir un Etat lié à la République française au sein de la Communauté, soit enfin devenir un département.

La demande de départementalisation du Gabon s’inscrivait donc strictement dans le cadre constitutionnel. Par conséquent, en la rejetant, le gouvernement métropolitain violait la Constitution.

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Le général de Gaulle expliqua à Alain Peyrefitte : « Nous ne pouvons pas tenir à bout de bras cette population prolifique comme des lapins (…). C’est une bonne affaire de les émanciper. Nos comptoirs, nos escales, nos petits territoires d’outre-mer, ça va, ce sont des poussières. Le reste est trop lourd[2] ». « (…) Et puis (il baisse la voix), vous savez, c'était pour nous une chance à saisir : nous débarrasser de ce fardeau, beaucoup trop lourd maintenant pour nos épaules, à mesure que les peuples ont de plus en plus soif d'égalité. Nous avons échappé au pire ! (...) Au Gabon, Léon Mba voulait opter pour le statut de département français. En pleine Afrique équatoriale ! Ils nous seraient restés attachés comme des pierres au cou d'un nageur ! Nous avons eu toutes les peines du monde à les dissuader de choisir ce statut. Heureusement que la plupart de nos Africains ont bien voulu prendre paisiblement le chemin de l'autonomie, puis de l'indépendance[3] ».

Sachant que les 450.000 habitants du Gabon, tout nègres qu’ils fussent, représentaient à peine 1% de la population métropolitaine, on peut s’étonner que le gouvernement français ait refusé la départementalisation par crainte du métissage et des dépenses qu’une telle opération aurait impliquées.

Mais c’est qu’en réalité, sous l’affaire gabonaise perçait la vaste question africaine…

De Gaulle, expert dans l’art politique, savait qu’en répondant favorablement à la demande gabonaise en application de l’article 76, il aurait créé un fâcheux précédent. Paris n’aurait plus été en position de refuser la même départementalisation aux nombreux territoires d’Afrique qui auraient trouvé avantages (économiques, sociaux et politiques) à la réclamer eux aussi. Une telle réaction en chaîne aurait anéanti le projet du président de Gaulle… Un véritable cauchemar, dans lequel Léon Mba aurait joué, à la fois, le rôle d’éclaireur et de détonateur, tandis que le Général aurait chaussé, à son corps défendant, les guêtres palmées du dindon de la farce…

Selon Louis Sanmarco, lors de son entrevue au sujet de la demande gabonaise de départementalisation, le ministre parla d’«indépendance» alors qu’on était seulement en octobre 1958, date à laquelle l’indépendance des territoires d’Afrique noire n’était pas à l’ordre du jour, officiellement, du point de vue gouvernemental. Au contraire, la Communauté française était censée permettre de maintenir, dans un cadre semi-fédéral, l’unité franco-africaine. S’agit-il donc d’un lapsus ?

Sans doute. Car à l’aune des événements ultérieurs – en particulier l’effarante et très méconnue Loi 60-525, qui, marquée par de multiples violations de la Constitution, permit en mai-juin 1960 de priver in extremis les populations africaines de référendum sur la question pourtant cruciale de l’indépendance, afin de les empêcher d’entraver, par leurs voix, le démantèlement de l’ensemble franco-africain[4] –, il est possible de suspecter que la désintégration de la Communauté était programmée depuis octobre 1958, soit dès sa création[5]… En fait, le largage des populations d’Afrique subsaharienne décidé par le Général découlait de la « certaine idée » que, de son aveu-même, il s’était « toujours » fait de la France : « un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne[6]»… Bien que d’une exceptionnelle gravité, ces états de fait ne semblent pas avoir dérangé grand monde dans les milieux politiques et intellectuels français de l’époque. Faut-il croire que, lorsque le consensus est suffisant, on peut passer outre la Constitution et bafouer les principes les plus fondamentaux de la République, sans que personne ne s’en émeuve, ou presque ? Amer constat, auquel s’en ajoute un autre…

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Cinquante ans plus tard, de tels agissements ne portent nulle ombre sur le général de Gaulle. Année après année, ce dernier continue d’être présenté, par la droite comme par la gauche, avec la complicité du monde intellectuel et des médias, comme une espèce de saint républicain. Faut-il que le président Sarkozy lui-même soit bien mal conseillé, pour qu’il ait tressé, sans la moindre réserve, sans la plus petite nuance, de formidables couronnes de lauriers au fondateur de la Ve République blanciste, lors de l’inauguration du Mémorial de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises, le 11 octobre 2008 ? Comme un fait exprès, quatre jours plus tard, la Marseillaise était sifflée et huée au Stade de France… Coup d’Etat militaire de mai 1958, trahison de la mission qu’il s’était solennellement assignée et au nom de laquelle il avait renversé la IVe République puis obtenu le mandat du peuple, violations multiples et caractérisées de la Constitution, affaire gabonaise, Loi 60-525, défiance confinant au mépris pour les populations d’outre-mer… On finit par se demander ce qu’il faudrait mettre au jour et démontrer pour que le Général cesse d’être une idole glorifiée jusqu’au ridicule, et absoute de tous ses manquements, pour ne pas dire plus.

Devant un tel aveuglement de nos contemporains et de nos élites, on peut s’en remettre à la psychanalyse, et rêver que les nouvelles générations « tuent le père » plus facilement que leurs aînés.

On peut aussi emprunter le sourire du sage, en se disant que décidément, cette espèce humaine est bien malléable, puisqu’elle reste fidèle à l’absurde contre toute évidence et y compris à son propre détriment. Il y aurait tant à dire sur l’histoire fictive (prétendues aspiration des populations africaines à l’indépendance, révoltes nationalistes généralisées, détestation collective de la France, et réciproquement, oblitération de l’aspiration des populations d’outre-mer à l’unité franco-africaine, du sentiment d’appartenance à la République française – ou franco-africaine –, de l’amour fou des Africains pour la France, refoulement de la culpabilité des élites métropolitaines en rupture avec les élites africaines, mais aussi avec les populations ultramarines et métropolitaines, disposées quant à elles à l’égalité politique, etc.) que la Ve République, mobilisant école, université et médias, a répandue pour masquer l’histoire réelle et justifier le divorce franco-africain ; histoire fictive, histoire de haine, dont est pétrie, notamment, la jeunesse des banlieues françaises, en grande partie d’origine africaine et nord-africaine, histoire fictive, histoire de haine qu’elle prend pour vraie et qu’elle endosse avec passion, et qui la conduit à détester la France et à conspuer son hymne… Sans que personne n’y comprenne grand-chose, tant la mécanique du refoulement de l’histoire réelle et du triomphe de l’histoire fictive a brouillé les pistes…

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Parmi les gaullistes indéfectibles, combien seraient prêts à approuver tout ce dont le de Gaulle « décolonisateur » s’est rendu coupable ? Pour s’en tenir à deux exemples, quel actuel admirateur déclaré du Général serait capable d’adhérer aux choix et agissements de son idole dans l’affaire gabonaise ou au sujet de la Loi 60-525 ?

Or il ne s’agit pas là de points de détail, mais d’épisodes historiques de toute première importance. Car si le Gabon avait obtenu la départementalisation, si les peuples d’Afrique avaient effectivement pu disposer d’eux-mêmes et de leur avenir, c’est le destin de toute une partie du continent noir, et de la France, qui en eût été changé. Et en termes de démocratie, de justice et de sécurité sociale, ce sont des millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui auraient échappé aux affres du néocolonialisme, du sous-développement et de la tyrannie.

Sous nos yeux, les Antilles donnent l’exemple de territoires ultramarins restés dans la République. Certes, tout n’est pas rose aux Antilles. Sans doute le fait que la France ait répudié l’Afrique, ait refusé sa vocation africaine et son métissage en particulier avec le monde noir, ne contribue-t-il pas à mettre les Antillais très à l’aise dans une France blanciste qui leur tourne le dos. Au demeurant, est-il besoin d’aligner les chiffres pour démontrer qu’il fait souvent meilleur vivre dans ces territoires demeurés ancrés dans la République que dans ces Etats africains devenus souverains contre leur gré et qui furent livrés, également contre leur gré, à la dictature et au néocolonialisme – tous scandales que la départementalisation eût interdits.

Aux partisans et autres laudateurs du Général « décolonisateur », libéraux, blancistes, staliniens, trotskistes ou encore simples naïfs, il restait jusqu’à présent la conviction bien huilée selon laquelle les peuples voulaient cette indépendance qui, enrobée dans du papier d’argent, leur fit tant de mal. Démonstration est faite, concernant le Gabon en particulier, que ceci n’est qu’un mythe fabriqué par tous ceux qui, pour des raisons diverses, voulurent séparer ou débarrasser la France de ses territoires et peuples d’outre-mer.

Jusqu’à quand les hommes de bonne volonté, les hommes honnêtes continueront-ils à mentir, à se tromper ou à faire l’autruche ?

Sont-ils donc incapables, tous ces intellectuels et tous ces hommes politiques français, de dire :

« Toute proportion gardée, il y a eu deux de Gaulle, comme il y a eu deux Pétain. Il y a eu le glorieux de Gaulle chef de la France libre comme il y a eu le Pétain héros de Verdun. Et puis il y a eu l’autre de Gaulle, le de Gaulle obscur, celui de la décolonisation, auteur d’une criminelle imposture contraire aux principes les plus fondamentaux de la République, comme il y a eu le Pétain de Vichy, auteur d’une criminelle imposture contraire aux principes les plus fondamentaux de la République ».

L’urgence est pourtant là, qui commanderait de restituer l’histoire dans sa complexité inavouée, quand l’Afrique n’en finit pas de s’abîmer ou de mourir, et que la désagrégation de la France, jusque dans les plus intimes profondeurs de son cœur, se donne en spectacle sous les regards du monde. Dans le gigantesque stade qui porte son nom.
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Alexandre Gerbi

Article publié sur le site Rue 89,
le 22 octobre 2008


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Notes :

[1] Louis Sanmarco, Le colonisateur colonisé, Ed. Pierre-Marcel Favre-ABC, 1983, pp. 210-211.
[2] Charles de Gaulle, cité par Alain Peyrefitte, in C’était de Gaulle, Ed. Fayard, 1994, p. 59.
[3] In C'était de Gaulle, t. 2, pp. 457-458.
[4] En faisant voter la très méconnue Loi 60-525 selon des voies anticonstitutionnelles en mai-juin 1960, le général de Gaulle viola à plusieurs titres la Constitution. Fait notable : au sujet de cette loi, le Conseil d’Etat émit un avis défavorable (26 avril 1960), tandis que le président Vincent Auriol, ancien président de la République et, à ce titre, membre de droit du Conseil Constitutionnel, démissionna de cette institution en plein vote de la loi (25 mai 1960). Cette manipulation législative visait à priver les populations africaines de la France d’un référendum sur la question de l’indépendance. Une disposition d’autant plus étonnante que Paris mettait sans cesse en avant le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »… Mais c’est qu’en réalité, le président français entendait démanteler l’ensemble franco-africain. Or les voix des populations africaines risquaient, au moins dans certains territoires, d’empêcher le Général d’accomplir son projet : débarrasser la France de ses populations d’Afrique noire. Cet épisode de la Loi 60-525, qui permit de mettre en place un « apartheid à la française », organisé à l’échelle intercontinentale, à savoir la séparation organique des populations africaines et européennes de la France. Voir L’effarante Loi 60-525, article publié sur le blog Fusionnisme le 30 juin 2007.
[5] Il n’est pas inintéressant de rapprocher l’étrange sortie du ministre de l’Outre-mer Bernard Cornut-Gentille, face à Louis Sanmarco, de cet autre élément : un an et demi plus tard, en janvier 1960, le président de Gaulle annonça subrepticement à son homologue américain Eisenhower que tous les Etats d’Afrique seraient bientôt indépendants. « (…) en janvier 1960, le président Eisenhower dit que de Gaulle lui a déclaré qu’il y aurait bientôt trente Etats indépendants en Afrique, et, quatre mois plus tard, le ministre français des Affaires étrangères, Maurice Couve de Murville, reconnaît franchement, devant Foster Dulles, que la Communauté était déjà dépassée au moment même où elle a été lancée et que la France est en train de la transformer sans songer aux demandes d’indépendance des pays africains. » Irwin M. Wall, Les Etats-Unis et la décolonisation de l’Afrique. Le mythe de l’Eurafrique, in L’Europe unie et l’Afrique, Ed. Bruylant/Bruxelles, 2005, p. 144. Là encore, avec une surprenante assurance, le pouvoir français anticipait sur les événements. Quand on sait que la Loi 60-525, votée selon des voies anticonstitutionnelles quatre mois plus tard, permit de priver les populations africaines de référendum sur l’indépendance, on comprend pourquoi le président français pouvait être si sûr de lui… Reste que, dans ces conditions, avoir informé avec six mois d’avance le président américain de l’éclatement de la Communauté française ne peut que laisser quelque peu songeur… Rappelons que, dans les faits, le gouvernement français non seulement ne s’opposa pas aux indépendances africaines, mais encore qu’il mit tout en œuvre pour qu’elles surviennent sans encombre…
[6] Cf. Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Ed. Fayard, 1994, p. 52.


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