25 juin 2009

Trois « Harkis » assiègent le Palais Bourbon, Sarkozy… et l’Histoire

En ce moment à Paris...
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Trois « Harkis » assiègent

le Palais Bourbon, Sarkozy…

et l’Histoire

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Alexandre Gerbi
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5 mai 2009, 6 heures du matin. Une fille et deux fils de Harkis s’enchaînent à des lampadaires devant l’Assemblée Nationale. Détachés à l’aube par la police, Zohra Benguerrah, Abdallah Krouk et Hamid Gouraï « assiègent » depuis lors le Palais Bourbon, place Edouard Herriot, à deux pas de l’Assemblée Nationale. Ils dorment dans leur voiture et leur camionnette, et vivent sur le trottoir. Ils affirment qu’ils iront « jusqu’au bout ».

Leur objectif ? Il est simple : que l’Etat français reconnaisse enfin officiellement, et solennellement, ses éminentes responsabilités dans la tragédie des Harkis. Non par un simple décret ou de belles paroles, mais par une loi.

« Nous ne voulons pas de croquettes », lancent-ils. « Nous ne sommes pas ici pour demander l’aumône. Ce qu’on veut, c’est la reconnaissance du martyre des Harkis et de leurs enfants. Les massacres, les camps, l’aliénation, le mépris. On se situe sur le terrain du symbole avec un grand S. »

Sur un panneau, ils ont collé la circulaire Joxe qui, en 1962, interdisait aux officiers de ramener les Harkis en France. Désarmés, les supplétifs de l’armée française furent, pour beaucoup, massacrés par le FLN et ses partisans. Heureusement, certains officiers choisirent de désobéir aux directives ministérielles.

« Dans l’Algérie des premières heures de l’indépendance, massacrer les Harkis permettait, en éliminant les partisans de la France, de réduire tout le monde au silence par la terreur. Mais cela permettait aussi de se faire bien voir. Surtout quand, quelques années plus tôt, on avait été un peu trop « Algérie française ». Avec le sang des Harkis, on se refaisait facilement, au dernier moment, une vertu indépendantiste… » explique Abdallah Krouk, avec un accent et un sourire débarqués de sa Haute-Garonne natale.

D’un historien à l’autre, les estimations varient. Selon les uns, 45.000 harkis furent massacrés au lendemain de l’indépendance algérienne. Selon les autres, de 60.000 à 90.000. D’autres encore parlent de 150.000 victimes, englobant dans ce chiffre effroyable aussi bien les Harkis que les Algériens francophiles et les membres de leurs familles, alors désignés comme traîtres par les nouveaux maîtres du pays.

« On en a marre d’être assimilés à des collabos par les jeunes des banlieues » martèle Abdallah Krouk. « Nos pères combattaient le FLN qui massacrait les Algériens à tour de bras. Il n’y a qu’à voir ce que l’Algérie est devenue depuis, ça saute aux yeux. Les Harkis combattaient pour la France, parce qu’ils voulaient, comme la majorité des Algériens, que l’Algérie reste un département de la République, comme la Réunion ou la Martinique. Dans l’égalité et la fraternité avec les Français. Si de Gaulle l’avait voulu, aujourd’hui l’Algérie serait autrement développée. Et tous les Algériens ne voudraient pas émigrer vers la France, puisqu’ils seraient à l’aise chez eux… et Français ! »

Zohra Benguerrah a les yeux cernés. Pas facile de bien dormir dans une voiture, surtout quand ça dure depuis un mois et demi. « Moi je m’en fous, je peux souffrir, ce n’est rien. Si vous saviez tout ce qu’on a déjà souffert depuis cinquante ans. Maintenant, il faut que l’Etat reconnaisse, c’est tout. Nous ne lâcherons pas. »

Chaque jour qu’Allah fait, les trois « assiégeurs » déploient leurs banderoles sur la place Edouard Herriot.

« Les députés nous ignorent. En particulier ceux de gauche. Regardez celui-là ! Il regarde droit devant lui ! Il presse le pas ! »

Effectivement, à vingt mètres, un ancien et célèbre ministre socialiste accélère, attaché-case à la main, semblant ne rien vouloir savoir de ce qui se passe là…

Les députés ne sont pas les seuls à appliquer la politique de l’autruche. Aucun média contacté n’a jugé bon de s’intéresser au cas de nos trois « assiégeurs ». Pour cause de politiquement incorrect ?

L’une des banderoles prend en effet pour cible « les juges Francs-Maçons » et affirme : « La France est raciste ».

« On n’a plus rien à perdre. On veut provoquer un électrochoc, les forcer à sortir de leur tanière. Si la France n’est pas raciste, si les Francs-Maçons sont des humanistes, alors pourquoi tous ceux-là ne font-ils rien pour nous, depuis tout ce temps ? A l’époque, pourquoi ne sont-ils pas venus nous sortir des camps ? Où étaient les droits de l’homme ? »

Zohra, Abdallah et Hamid n’ont pas la chance d’avoir fait l’ENA ou un Bac+12. Relégués dans leur désespoir, par mélange de rage et d’avidité d’attirer l’attention, ils sont forcément enclins à quelques regrettables amalgames. Mais qui osera leur jeter la pierre outre mesure ?

Hamid Gouraï explique : « Pendant des années, les hommes politiques nous ont dit en coulisse : soyez patients, attendez que les vieux gaullistes historiques meurent. Alors, tout se débloquera... Maintenant, Messmer est mort depuis deux ans. Et rien n’a changé. On attend toujours. Alors on est là, et on ne bougera pas tant que Sarkozy ne tiendra pas ses promesses… »

Effectivement, pendant sa campagne présidentielle, le candidat de l’UMP avait promis qu’il réglerait une fois pour toutes le scandale des Harkis : « Les Harkis ont cru en la parole de la France, je serai celui qui tiendrai cette parole ». « Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des Harkis et d'autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance. Afin que l'oubli ne les assassine pas une nouvelle fois. »

Devenu chef de l’Etat, aurait-il donc changé d’avis ?

Il faut bien reconnaître qu’à l’approche du cinquantième anniversaire des indépendances de l’Afrique noire dite française (1960-2010) et de l’Algérie (1962-2012), le sujet est pour le moins « casse-gueule ». Car derrière la tragédie des Harkis, ce sont tous les mensonges de la décolonisation franco-africaine qui se tiennent en embuscade. S’il s’avisait d’ouvrir sérieusement, et en profondeur, le terrible dossier Harkis, l’Elysée sait bien que c’est une véritable boîte de Pandore historique et politique qu’il ouvrirait du même coup.

Zohra Benguerrah répète calmement : « La plupart des Algériens ne voulaient pas de l’indépendance, et surtout pas avec le FLN, cette minorité criminelle qui les terrorisait depuis des années ». Hamid Gouraï enfonce le clou : « A l’époque, la majorité des Algériens préféraient continuer de vivre en harmonie avec la France et les Français, dans un esprit fraternel. »

Abdallah Krouk s’emporte : « Mais De Gaulle l’a bien dit, il avait peur que son village s’appelle Colombey-les-Deux-Mosquées. Alors il a préféré se débarrasser de l’Algérie. Et de nous ! »

Un vénérable vieillard, membre du HCR (Haut Conseil des Rapatriés, créé en 2002 par Jean-Pierre Raffarin), venu les soutenir, va jusqu’à affirmer : « Evidemment que la majorité des Algériens ne voulaient pas de l’indépendance. Aujourd’hui encore, 75% d’entre eux préféreraient être Français. Organisez un référendum, vous verrez ! »

Et en Afrique subsaharienne ?

Si Nicolas Sarkozy reconnaissait sans fard les responsabilités éminentes de l’Etat français, mais aussi de Charles de Gaulle dans la tragédie des Harkis… S’il avouait qu’il y a cinquante ans, la Ve République blanciste fit le choix de larguer non seulement l’Algérie mais aussi l’Afrique entière par crainte du métissage, en plus de sordides calculs financiers… S’il proclamait, osant reprendre le mot du Général, que la « bougnoulisation » du peuple français et son corollaire, un président noir ou arabo-berbère à l’Elysée, furent la cause fondamentale des indépendances africaines…

A coup sûr de tels aveux feraient plutôt mauvais genre dans la France d’aujourd’hui, et probablement l’effet d’une bombe dans le reste du monde…

Comment réagiraient Abdelaziz Bouteflika, les Africains et la communauté internationale, notamment le président Obama ? En France, que diraient les intellectuels et la presse, souvent complices de l’imposture ? Quant à la gauche et l’extrême-gauche, se priveraient-elles d’une si belle occasion d’accuser Sarkozy d’être un infâme nostalgique de l’Empire et de l’Algérie Française ? Enfin, les gaullistes « orthodoxes » le lui pardonneraient-ils ?

Face aux dangers vertigineux et aux cruelles incertitudes d’une telle configuration, les slogans en forme d’« électrochocs » des trois assiégeurs du Palais Bourbon paraissent bien dérisoires… Et de fait, l’Elysée se claquemure dans le silence depuis un mois et demi.

Il est vrai que pour s’engouffrer dans pareil étau idéologique, il faudrait, du moins en apparence, être suicidaire ou un peu tombé sur la tête.

Si seulement Sarkozy pouvait vraiment devenir fou…


Alexandre Gerbi




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20 mars 2009

Départementalisation de Mayotte

Départementalisation de Mayotte
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Prisonniers
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d'une histoire ancienne
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par
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Alexandre Gerbi
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Le 29 mars prochain, par référendum, Mayotte se verra proposer de devenir un département français.

Le rapport (UMP-PS) de la Commission des Lois explique :

« L’attachement indéfectible de la population de Mayotte à la France, la constance et la force de son aspiration à se rapprocher du droit commun de la République créent des devoirs pour notre pays : prendre en compte cette volonté constitue une exigence démocratique. »


Entre exigence démocratique et… sociale ?

A l’approche du cinquantenaire des indépendances africaines (1960-2010), en accomplissant symboliquement la mutation refusée il y a un demi-siècle, l’Etat français espère-t-il démontrer à la face du monde sa rupture avec la Ve République blanciste ?

A examiner le projet de plus près, loin d’accueillir fraternellement dans la communauté nationale 185.000 Mahorais majoritairement noirs et musulmans, il semble plutôt que le gouvernement s’apprête à faire de Mayotte le théâtre d’une énième aventure ambiguë. Dans la plus pure tradition du régime…

Un seul exemple.

Dans le 101e département français, nos « concitoyens mahorais » seront gratifiés d’un RMI qui ne sera pas le même qu’en métropole. Il lui sera même quatre fois inférieur.

« (…) ce bouleversement déstabiliserait l’économie mahoraise », explique la Commission des Lois.

En son temps, le Ministère de l’Economie Fabius-Parly invoqua semblable souci de l’équilibre des économies locales pour justifier son refus d’appliquer un arrêt du Conseil d’Etat recommandant la « décristallisation » des pensions des anciens combattants africains (ou plutôt franco-africains…).

Force est de constater que le sous-développement (ou le niveau de vie) de la Corrèze n’a jamais induit des tels ajustements…


L’égalité ? Oui… mais

L’Etat français prétend appliquer à Mayotte l’égalité républicaine. Mais fidèle à la tradition typiquement colonialiste du « deux poids deux mesures », il commence par en exclure les montants du RMI et du SMIC, en arguant d’un sous-développement local dans lequel, pourtant, sa responsabilité est patente.

« Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde », écrivait Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme.

Comment les députés français peuvent-ils craindre que Mayotte ne sache, dans l’avenir, offrir du travail à sa jeunesse, et lui infliger dans le même temps un sous-régime salarial et social qui pourrait durer jusqu’à « 25 ans » ? Quelle est cette rupture qui emprunte au système qu’elle prétend abattre certaines de ses recettes les plus rances ?

L’Union Africaine a condamné par avance ce référendum organisé sur une terre « occupée par une puissance étrangère », et le colonel Kadhafi accuse la France de « néocolonialisme ». Les députés de la Commission s’en sont offusqués. Pourtant, en traitant comme à son habitude les ultramarins en Français de seconde zone, Paris justifie ces grondements et ces attaques.

Car la départementalisation de Mayotte nous confronte à des problématiques coloniales ou néocoloniales, et s’inscrit dans un contexte historique, politique et géographique complexe.

Or celui-ci est largement caché, voire falsifié, par la Commission des Lois et le gouvernement français, mais aussi par la « gauche de la gauche » française, et certaines des plus hautes instances internationales…


La Révolution anjouanaise

Eté 1997. A l’issue de grèves de longue durée, de soulèvements populaires, de fête nationale non chômée et de 14-juillet fêté, Anjouan et Mohéli font sécession de la République des Comores, et proclament leur rattachement à la France.

A l’époque, l’Union Européenne, l’OUA et Paris condamnent la sécession, et Grande Comore finit par organiser un débarquement militaire pour faire rentrer les « rattachistes » dans le rang. En vain. L’unité de la République des Comores, devenue Union fédérale, ne s’en est jamais vraiment remise.

De là, on comprend qu’aujourd’hui Grande Comore exige plus que jamais la rétrocession de Mayotte, et que celle-ci ne veuille pas en entendre parler.

On comprend aussi que, contrairement à la « volonté » des Mahorais, pas plus en 2009 qu’en 1997 (ou en 1981…) celle des Anjouanais et autres Mohéliens n’inspire à la Commission des Lois et au gouvernement français une quelconque « exigence démocratique »…


Les errements d’une certaine gauche

Dans l’Humanité, le 12 mars 2009, on lisait :

« Jean-Paul Le Coq (PCF) a rappelé, au nom des députés communistes et du Parti de gauche, que « la séparation arbitraire de Mayotte viole l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores et suscite légitimement les condamnations internationales, notamment des États-Unis » ».

A suivre le PCF et le Parti de Gauche, faudrait-il que la France impose l’indépendance à Mayotte, et somme ses populations d’intégrer l’Union des Comores, avec la bénédiction de Washington, selon les méthodes appliquées à l’Afrique française en 1960 ?

Cette gauche stalino-trotsko-sartrienne française, prisonnière d’une histoire absurde ou criminelle qui l’a conduite, il y a cinquante ans, à trahir les rêves égalitaires des Africains au profit de l’impérialisme soviétique et de ses cauchemars (mais aussi, dans les faits, des néocolonialismes français, états-uniens, et autres), se dresse maintenant contre l’unité franco-mahoraise.

Que ne suit-elle dignement l’idéal d’un Senghor, d’un Lévi-Strauss ou même d’un Césaire, tels que la République blanciste, PCF compris, les élimina ou les écrasa, les dégoûta et les aliéna, parce qu’elle refusait de bâtir avec l’Outre-mer un projet fraternel… Il faut relire la lettre de démission d’Aimé Césaire à Maurice Thorez en 1956.


Les monstres de faïence

Si le gouvernement français, dans un respect strict et mutuel avec ses interlocuteurs comoriens et dans un dialogue permanent avec l’Union Africaine, songeait à ouvrir honnêtement et fraternellement les très épineux dossiers d’Anjouan et de Mohéli, il romprait radicalement avec une tradition abjecte.

Or, par un paradoxe qui n’est qu’apparent, s’il s’avisait d’accomplir enfin les rêves de Senghor, de Lévi-Strauss et de Césaire – et même peut-être ceux de Rosa Luxembourg – le gouvernement français trouverait sur sa route une extrême-gauche galvanisée.

Non d’ailleurs sans quelques bonnes raisons, tout de même, puisque le régime, à l’image de son projet de départementalisation de Mayotte ou d’autonomie des Antilles, traîne de vieilles démangeaisons inégalitaires et colonialistes…

Ce face-à-face, absurde et monstrueux, où chacun des adversaires trahit, dans les deux cas et chacun à sa façon, tout à la fois les Nègres, la France, le peuple, la République et ses principes, est le paradigme de tout un système. Espérons-le, agonisant.




Alexandre Gerbi




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6 juin 2008

Manifeste du Club Novation Franco-Africaine

Manifeste publié sur le site Afrique Liberté
le 3 juin 2008
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Paris, Bordeaux, Düsseldorf
octobre 2007-juin 2008



Manifeste
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du Club Novation Franco-Africaine



constellation d’individus et de facettes libres

Tristan Tzara



Intention générale


Le Club Novation Franco-Africaine, est ouvert à toutes les femmes et à tous les hommes de bonne volonté qui souscrivent aux principes énoncés dans le Manifeste du Club Novation Franco-Africaine.

Le Club Novation Franco-Africaine, en mettant en lumière l’histoire occultée franco-africaine, en dissipant les mensonges, veut mettre en place les conditions d’une nouvelle fraternité, afin qu’une politique franco-africaine novatrice devienne enfin possible.


Principes généraux


Depuis près de cinquante ans, l’histoire franco-africaine est lue à travers un prisme déformant.

L’histoire officielle, érigée en véritable « idéologie de la Ve République », affirme que la France fut contrainte, malgré elle, de se retirer d’Afrique, sous la pression des peuples et de leurs leaders avides d’indépendance.

Or nous voyons les choses de façon sensiblement différente.

* * *

Après la Seconde Guerre mondiale, la majorité des leaders d’Afrique subsaharienne ne réclamaient pas l’indépendance, mais l’égalité politique.

Par ce biais, Lamine Guèye, Léopold Sédar Senghor, Félix Houphouët-Boigny, Léon M’Ba et bien d’autres leaders politiques africains entendaient consolider l’ensemble franco-africain et la République française, « une et indivisible ».

Leur donner satisfaction aurait provoqué une métamorphose du peuple français. Le Parlement s’en serait trouvé fortement marqué, tout comme le gouvernement.

Une telle révolution aurait mis un terme au colonialisme. Car si les territoires ou les États africains et la France s’étaient unis dans un cadre strictement démocratique, le colonialisme aurait certainement été, de ce fait, aboli. Par le jeu de la démocratie, l’exploitation des peuples d’outre-mer n’aurait pu perdurer. Les dirigeants français – européens ou africains –, dorénavant suspendus à la sanction des urnes des citoyens d’Afrique autant qu’à celle des métropolitains, auraient été contraints de traiter l’ensemble du peuple français, y compris au sud de la Méditerranée, avec dignité. Il eût fallu en effet procéder à la redistribution équitable de l’impôt, sous la forme de tous les services publics qui contribuent au développement efficace d’une nation : école gratuite, sécurité sociale, infrastructures, etc.

Au tournant des années 1950, refusant de satisfaire la revendication d’égalité des populations et des hommes politiques africains, refusant, surtout, les conséquences impliquées par ce choix, la majorité de la classe politique métropolitaine, de droite comme de gauche, se résolut à procéder à la « décolonisation ». Selon un plan mûrement réfléchi, que le général de Gaulle se chargea d’exécuter.

C’est ainsi que la Métropole choisit de se séparer de ses anciennes colonies, en démembrant la « plus grande France », afin d’esquiver, selon les termes de l’époque, la « bougnoulisation » – comprendre le métissage de la nation et du peuple français, du Parlement et du gouvernement français. Mais aussi pour rendre possible la perpétuation du système colonialiste, que la démocratie dans la République eût interdit.

Ce choix, le général de Gaulle et ses alliés métropolitains de droite comme de gauche, encouragés voire appuyés par des puissances étrangères (notamment les États-Unis et l’Union Soviétique), l’imposèrent à des leaders politiques et des populations africaines souvent réticentes voire radicalement hostiles à l’indépendance. Car à l’époque, l’histoire avait tissé des liens profonds et intenses entre beaucoup d’Africains et la France, des bancs de l’école aux champs de bataille, comme l’a rappelé au grand public le film Indigènes de Rachid Bouchareb.


* * *

Ayant réussi à séparer la France et l’Afrique, connaissant la force des sentiments francophiles et républicains en terre africaine, les dirigeants métropolitains, de droite comme de gauche, durent prévenir tout risque de retour à une dangereuse revendication d’unité franco-africaine dans la République et la démocratie.

C’est dans ce but que fut mise en place une idéologie complexe qui refoula tout un pan de l’histoire et de la sensibilité franco-africaine.

En Afrique comme en France, quoique diversement, tout fut mis en œuvre pour que les peuples oublient leur histoire commune et leur fraternité par delà les races, les cultures et les religions.

Les belles signares, le roi Makoko, Pierre Savorgnan de Brazza et le grand Esprit Nkoué Mbali, Faidherbe et Schœlcher, Blaise Diagne, Robert Delavignette, Gaston Monnerville, Lamine Guèye, les tirailleurs sénégalais, mais aussi Toussaint Louverture et le général Dumas… Autant de noms qui disparurent des mémoires, ou furent désormais présentés de façon partielle et partiale, au service de l’idéologie de la séparation.


* * *

La vision tronquée de l’histoire qui prédomine encore aujourd’hui entrave gravement et pollue les relations franco-africaines. Rien de sain ne peut se construire sur un mensonge, sur des non-dits, sur des sensibilités et des identités refoulées. Les crises identitaires, plus généralement les crises de système en France sont le pendant des crises politiques et sociales qui déchirent l’Afrique depuis des décennies.

C’est avec à l’esprit l’idée que les différents peuples qui composent aujourd’hui l’Afrique francophone, la France métropolitaine et de les DOM TOM, furent un jour un seul grand peuple en voie de fusion – fusion balbutiante selon les uns, commencements exemplaires selon les autres – que le Club Novation Franco-Africaine entend rappeler aux jeunes générations, en Afrique et en France, ce monde fraternel renié.

* * *

Le Club Novation Franco-Africaine ne se bornera pas à mettre au jour les vestiges d’un monde abîmé.

Il entend aussi, fort des leçons du passé appréhendées avec un nouveau regard, trouver dans un rapprochement fraternel et constructif entre la France et l’Afrique les clefs pour le monde de demain. Ces retrouvailles sont plus que jamais d’actualité, comme l’a démontré la campagne présidentielle 2007 en France, comme le démontrent les préoccupations sécuritaires de nos autorités, comme le réclament beaucoup d’intellectuels africains. Comme de plus en plus d’hommes l’espèrent et le croient, en Afrique aussi bien qu’en France.

Car nos pays et le monde endurent un malaise, fruit des non-dits et des travestissements d’un système mondial trop sûr de lui et trop sûr de nos silences. Convaincu que l’esprit de la France « éternelle » est celui de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité entre tous les hommes, de la démocratie dans la République laïque et sociale, que le monde meurt d’obscurantisme et d’égoïsme de nos jours encore, le Club Novation Franco-Africaine espère contribuer, à travers cent bouches et mille cœurs, à faire renaître une grande idée de la France, qui est nécessairement, aussi, africaine ; et, corrélativement, une grande idée de l’Afrique, qui est, nécessairement, aussi, française. Pour construire la nouvelle Afrique et la nouvelle France.


Moyens d’action

Ancré dans le réel, le Club Novation Franco-Africaine se voue aussi à l’action.

Le Club Novation Franco-Africaine s’emploiera à favoriser l’émergence et la diffusion de tout ouvrage ou de tout document audiovisuel susceptible de mettre à nue ce que nous avons appelé l’idéologie de la Ve République, afin de restituer, en particulier aux jeunes générations, l’histoire commune dans sa complexité et sa fraternité trop oubliées.

Le Club Novation Franco-Africaine mettra tout en œuvre afin qu’à l’avenir, les axes historiographiques fondamentaux exposés dans le Manifeste du Club Novation Franco-Africaine soient, le plus rapidement possible, pris en compte dans l’élaboration des programmes scolaires.

Le Club Novation Franco-Africaine s’attèlera à la préparation d’un Symposium franco-africain qui, dès la première année, visera à définir un programme au service d’une vision vertueuse et stratégique des relations franco-africaines. Ce programme sera soumis aux instances dirigeantes des pays concernés.

Le Club Novation Franco-Africaine diffusera systématiquement les résultats de ses travaux en direction des médias et des associations.

Le Club Novation Franco-Africaine ira aussi, notamment, à la rencontre des femmes et des hommes politiques français et africains, de droite comme de gauche, pour les questionner sur ce pan historique et politique qu’il met au jour : l’histoire occultée de la décolonisation franco-africaine et ses inavouables non-dits. Afin de les interroger, à cette aune, sur les propositions qui sont les leurs aujourd’hui, en matière de réflexion et d’action franco ou euro-africaines.


Objectifs

Que l’Afrique et la France renouent l’une avec l’autre, dans un rapport de fraternité, c’est-à-dire d’estime réciproque et de respect de l’autre dans son originalité et ses spécificités, sans être aveugles à leur profonde et commune identité, forgée par l’histoire et enracinée dans l’humain.

Fort de cette conviction, loin des rancœurs mais sans amnésie, conscient que tout crime, tout crime raciste en particulier, nous renvoie avant tout à nos faiblesses d’homme, le passé doit redevenir source de leçons pour mieux agir, non un prétexte pour commettre de nouveaux crimes.

Persuadé par-dessus tout, dans le sillage d’Alioune Diop, que l’homme de demain sera un homme moderne, un honnête homme debout face à tous les esclavages et à toutes les superstitions, ouvert à l’Autre et au monde, fier de ses racines sans y être empêtré, le Club Novation Franco-Africaine entend œuvrer pour qu’une nouvelle politique franco-africaine devienne réalité, dans la Liberté, l’Egalité, la Fraternité et la Laïcité. Fidèle au souvenir de la sublime Nuit du 4 août 1789, qui surgit sous les cieux de France, mais s’adressait dans la joie à tous les hommes de l’univers.


Fait à Paris, Bordeaux et Düsseldorf,
octobre 2007-juin 2008


Claude Garrier
Alexandre Gerbi
Magloire Kede Onana
Samuel Mbajum
Simon Mougnol
Raphaël Tribeca

Contact / Information : .cnfa1
(at)yahoo.fr

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