13 sept. 2011

Comment l'Euro peut (encore) sauver l'Euro... et le reste !

une vis dévisse par vice...





Comment l'Euro peut (encore)


sauver l'Euro... et le reste !



par


Alexandre Gerbi




Il y a un an et demi, en mai 2010, je publiai successivement deux tribunes économiques sur le blog Fusionnisme, et une sous une forme plus courte, dans Rue89, intitulées : « Il faut assujettir la banque centrale européenne » et « Le choix calamiteux de Jean-Claude Trichet, de la BCE et des dirigeants européens ».

J’écrivais alors : « Le Traité constitutionnel européen, rejeté par le peuple français en 2005 puis passé en catimini par Nicolas Sarkozy et ses alliés de gauche en 2007, comportait de nombreuses clauses inacceptables. En particulier l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE). La crise grecque nous confronte à l’absurdité de ce principe, et à son extrême dangerosité. (…)

Pour aider la Grèce, l’Union européenne, ou plutôt la zone euro, en particulier la France et l’Allemagne, mais aussi l’Espagne et surtout le Portugal, sont conviés à jouer les bailleurs de fonds. Une façon, qui se veut habile, de court-circuiter le petit jeu auquel se livrent les agences de notation. Solidarité touchante, mais étrange quand on sait que l’Espagne et le Portugal sont plutôt mal en point, et menacés de dégradation par les très redoutées agences de notation basées à Wall Street, par ailleurs point de départ de la crise financière mondiale…

A ce stade, une question s’impose : à quel niveau d’émission de valeur sans contrepartie (c’est-à-dire sans bons du trésor en échange, contrairement à la pratique habituelle) la BCE provoquerait-elle une dévaluation de l’euro comparable à celle que la crise grecque a provoquée pour l’instant, soit dix à vingt centimes face au dollar US ? (…)

Une rupture de l’Europe avec l’orthodoxie monétaire, par l’assujettissement absolu de la BCE au pouvoir politique, permettrait, en libérant d’immenses moyens jusqu’à présent confisqués, d’ouvrir la voie d’une révolution qui serait peut-être la plus grande de l’histoire de l’humanité. En rendant une force de frappe financière à des Etats européens que la singulière attitude des marchés internationaux et des agences de notation états-uniennes mettent en porte-à-faux.

Alors, préférera-t-on laisser filer l’euro, quitte, en fin de compte, à le voir démanteler et disparaître, sous prétexte – quel paradoxe ! – de le préserver par respect scrupuleux et suicidaire de principes parfaitement contestables ? Tout au contraire, ne ferait-on pas mieux d’utiliser dès à présent ce merveilleux outil qu’est l’euro, encore essentiellement préservé à l’heure qu’il est, pour relancer l’économie européenne et développer ce grand partenaire naturel de l’Europe qu’est l’Afrique ? La science économique et la monnaie ne doivent-elles pas d’abord être envisagées comme des instruments à la disposition du politique, au profit du bien-être du peuple ?

Mais pareille approche impliquerait un courage et surtout une liberté de pensée à l’égard de tous les dogmes. Des qualités qui, depuis longtemps, font cruellement défaut au personnel politique du vieux continent, et nous conduisent au tombeau… »

Dans le second article, je notais :

« S’affranchir de l’orthodoxie monétaire aurait permis de dégager d’importantes liquidités « saines » (quelques dizaines, voire quelques centaines de milliards d’euros) pour colmater immédiatement les brèches budgétaires et relancer les économies des Etats en difficulté, sans faire peser outre mesure l’effort sur les particuliers, mais sur un cours de l’euro d’ailleurs encore inutilement haut. Par la même occasion, l’opération, en assujettissant la BCE aux gouvernements de la zone euro, aurait permis de lancer un signal fort à l’adresse des marchés, en rappelant qui est le vrai maître du jeu. Cerise sur le gâteau, l’opération aurait permis le lancement d’un vaste plan de développement de l’Afrique, partenaire incontournable et prioritaire pour l’Europe, à tout point de vue, y compris éthique et historique.

Le choix de la BCE et des gouvernements européens est exactement inverse : faire peser l’effort sur les Etats et, partant, sur les particuliers, sous prétexte de protéger l’euro. Le tout sans jamais inscrire l’opération dans le cadre d’une stratégie plus vaste... Ce qui risque, en définitive, de provoquer tout de même une chute de la devise européenne dans des proportions plus graves encore.

A l’arrivée, nous risquons d’être perdants sur tous les tableaux. Car l’avantage reste, une fois de plus, dans le camp des marchés et des agences de notation, pourtant responsables dans une large mesure de la crise financière. Avec, en face, les Etats européens, comme toujours égotistes, aveugles ou pusillanimes.

Que l’euro dégringole ou explose en vol, la planche à billet désormais bel et bien interdite, ils seront Gros-Jean comme devant… »

Un an et demi plus tard, où en sommes-nous ?

L’euro s’est à peu près maintenu face au dollar, ce qui pourrait inciter à penser que la monnaie européenne a résisté jusqu’à présent. Résistance en trompe-l’œil, en réalité, car pendant la même période, l’euro s’est écroulé, par exemple, face au franc suisse ou au dollar canadien. Quant au yuan chinois, les grands argentiers du monde, habituellement adeptes de la loi souveraine des Marchés, seraient bien gentils de nous expliquer au nom de quoi ils acceptent que l’Etat chinois le manipule à discrétion, en le maintenant à des niveaux artificiellement bas…

Quoi qu’il en soit, de fait, c’est parce que le dollar, à l’image de l’économie US, s’écroule lui aussi, que l’euro, bien que lui-même en phase d’effondrement, se maintient face à la devise états-unienne… Deux pierres qui chutent en même temps peuvent paraître immobiles l’une par rapport à l’autre…

A l’heure qu’il est, de nombreux économistes prédisent l’implosion prochaine de la zone euro, ou de l’euro lui-même.

Dans cette perspective éventuelle, et pendant qu’il en est encore temps, nous ne saurions trop réitérer les impératifs que nous énoncions il y a un an et demi : assujettissement de la Banque Centrale Européenne (BCE), émission immédiate de 1000 milliards d’euros affectés, pour un tiers, au refinancement à taux 0% de la dette grecque et des autres Etats européens en difficulté (Irlande, Portugal, Espagne…), pour un tiers au lancement de grands travaux en Europe (UE), et pour un dernier tiers au déploiement d’un vaste programme d’enseignement pour les populations africaines (assorti, pourquoi pas, d’un programme de sécurité sociale pour les mêmes populations), en coordination avec des Etats africains volontaires et partenaires pour ce grand projet. Le total des émissions monétaires de la BCE pouvant s’élever à 2000 voire 3000 milliards d’euros sur 5 ans (2011-2016), voire davantage si l’opération se révèle, dans ses applications, encore plus efficiente.

Car bien évidemment, pour éviter que pareil plan n’entraîne une dévaluation excessive (quoique souhaitable si elle est modérée, c’est-à-dire de l’ordre de 20% à 25% face au dollar US) de la monnaie européenne, il conviendra d’utiliser cette manne financière avec discernement, comme je l’ai déjà expliqué dans les articles de 2010 évoqués plus haut. Il conviendra aussi, pour faire pièce aux agences de notation anglo-saxonnes et chinoise, que l’Union Européenne et la BCE reprise en main créent très rapidement une Agence de Notation et d’Evaluation Européenne (ANEE).

A défaut, l’euro risque bel et bien d’exploser, et le retour au franc, préconisé de façon notamment par Marine Le Pen, limitera drastiquement voire nous privera de la planche (à billets) de salut que constitue encore, à l’heure où j’écris ces ligne, la monnaie européenne.

Il nous restera alors nos yeux pour pleurer et regretter amèrement de n’avoir pas su profiter de ce formidable outil qu’est (ou qu’était…) l’euro, et de l’avoir, pour cette raison même, détruit.

Alexandre Gerbi





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15 mai 2010

Crise grecque (suite) : Les choix calamiteux de Jean-Claude Trichet, de la BCE et des dirigeants européens





Crise grecque (suite) :


Les choix calamiteux

de Jean-Claude Trichet,

de la BCE et des dirigeants européens





par


Alexandre Gerbi

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Lundi 10 mai 2010, les marchés financiers ont salué avec effervescence (+9,66% pour le CAC 40 par exemple) le plan concocté par la Banque centrale européenne (BCE) et les gouvernements de la zone euro, portant sur une intervention à hauteur de 750 milliards d’euros. Un tonnerre d’applaudissement bien compréhensible, puisque ledit plan sacrifie à l’orthodoxie monétaire dont, dans notre précédent article, nous avons expliqué les dangereuses implications.

En effet, cette orthodoxie maintient les gouvernements de la zone euro en position de faiblesse vis-à-vis des marchés financiers, notamment états-uniens. Le 12 mai 2010, Jean-Claude Trichet proclamait ainsi avec fierté au micro d’Europe 1 : « La BCE ne fait pas fonctionner la planche à billets ». Et d’expliquer : « toutes les liquidités que nous donnerons (...) seront reprises ».

Autrement dit, les Etats bénéficiaires du plan devront rembourser, ce qui veut dire que l’aide accordée par la BCE alourdira la dette (et les échéances de remboursement) de pays déjà affaiblis. Au point d’accélérer leur chute ? Les mesures draconiennes qui permettent de « raboter » ici et là quelques milliards coûteront, dans les faits, au bout de la chaîne, fort cher aux malheureux citoyens grecs, et bientôt portugais, espagnol, italiens, enfin français déjà souvent confrontés à de terribles difficultés… A la clef, des économies nationales plombées par une consommation dès lors drastiquement bridée, et des millions de citoyens paupérisés, poussés sur le chemin de la révolte ou, pire encore, du désespoir.

Résultat des courses, après la spectaculaire euphorie du lundi 10 mai, les bourses ont repris dès le lendemain le chemin de la baisse, tout comme l’euro, au point, au cours de la semaine, d’effacer en grande partie les gains enregistrés le fameux lundi…

Il est à craindre que l’absurde plan de la BCE provoque l’effondrement des économies les plus faibles de la zone euro, qui par un effet domino entraîneront les autres dans la tourmente. Pire encore, la crise pourrait passer, par contagion, du terrain économique au terrain social puis politique.

Un risque qui se traduit par un nouveau dévissage de l’euro, qui tournait autour d’1,26 $ à la veille du plan de la BCE, et cote aujourd’hui vendredi 1,23 $.

S’affranchir de l’orthodoxie monétaire aurait permis de dégager d’importantes liquidités « saines » (quelques dizaines, voire quelques centaines de milliards d’euros) pour colmater immédiatement les brèches budgétaires et relancer les économies des Etats en difficulté, sans faire peser outre mesure l’effort sur les particuliers, mais sur un cours de l’euro d’ailleurs encore inutilement haut. Par la même occasion, l’opération, en assujettissant la BCE aux gouvernements de la zone euro, aurait permis de lancer un signal fort à l’adresse des marchés, en rappelant qui est le vrai maître du jeu. Cerise sur le gâteau, l’opération aurait permis le lancement d’un vaste plan de développement de l’Afrique, partenaire incontournable et prioritaire pour l’Europe, à tout point de vue, y compris éthique et historique.

Le choix de la BCE et des gouvernements européens est exactement inverse : faire peser l’effort sur les Etats et, partant, sur les particuliers, sous prétexte de protéger l’euro. Le tout sans jamais inscrire l’opération dans le cadre d’une stratégie plus vaste... Ce qui risque, en définitive, de provoquer tout de même une chute de la devise européenne dans des proportions plus grave encore.

A l’arrivée, nous risquons d’être perdants sur tous les tableaux. Car l’avantage reste, une fois de plus, dans le camp des marchés et des agences de notation, pourtant responsables dans une large mesure de la crise financière.

Et en face, les Etats européens, comme toujours égotistes, aveugles ou pusillanimes.

Que l’euro dégringole ou explose en vol, la planche à billet désormais bel et bien interdite, ils seront Gros-Jean comme devant…



Alexandre Gerbi




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10 mai 2010

Crise grecque : Il faut assujettir la Banque centrale européenne





Crise grecque :


Il faut assujettir

la Banque centrale européenne




par


Alexandre Gerbi

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Le Traité constitutionnel européen, rejeté par le peuple français en 2005 puis passé en catimini par Nicolas Sarkozy et ses alliés de gauche en 2008, comportait de nombreuses clauses inacceptables. En particulier l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE). La crise grecque nous confronte à l’absurdité de ce principe, et à son extrême dangerosité.

L’euro, jusqu’à récemment, oscillait entre 1,35 et 1,40 dollars, après avoir touché un plus haut à 1,60 dollars en 2008. Depuis les différentes péripéties de la crise grecque, il ne vaut plus que 1,26 dollars. Certains s’en inquiètent. Or sachant qu’il y a huit ans, l’euro-monnaie a été introduit à la quasi-parité avec le dollar, et qu’il a chuté ensuite jusqu’à ne plus valoir que 0,86 dollar en 2002, on mesure qu’à ses niveaux actuels, l’euro est plutôt bien portant, en dépit de son récent, et encore limité, dévissage.

Pour aider la Grèce, l’Union européenne, ou plutôt la zone euro, en particulier la France et l’Allemagne, mais aussi l’Espagne et surtout le Portugal, sont conviés à jouer les bailleurs de fonds. Une façon, qui se veut habile, de court-circuiter le petit jeu auquel se livrent les agences de notation. Solidarité touchante, mais étrange quand on sait que l’Espagne et le Portugal sont plutôt mal en point, et menacés de dégradation par les très redoutées agences de notation basées à Wall Street, par ailleurs point de départ de la crise financière mondiale…

A ce stade, une question s’impose : à quel niveau d’émission de valeur sans contrepartie (c’est-à-dire sans bons du trésor en échange, contrairement à la pratique habituelle) la BCE provoquerait-elle une dévaluation de l’euro comparable à celle que la crise grecque a provoquée pour l’instant, soit dix à vingt centimes ?

Autrement dit, si la BCE n’était pas indépendante, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et leurs partenaires de la zone euro pourraient commander à Jean-Claude Trichet quelques dizaines, et probablement quelques centaines de milliards d’euros pour commencer, sans craindre de dévaluation excessive de l’euro sur les marchés. Il faudrait pour cela que la France, l’Allemagne et leurs partenaires de la zone euro s’engagent à injecter ces sommes non seulement dans le sauvetage de l’Etat grec, mais aussi le lancement de grands travaux à travers toute l’Europe (par exemple dans la construction de centrales nucléaires, de champs d’éoliennes en mer ou de panneaux solaires géants dans le Sahara), et surtout de vastes politiques de développement éducationnel et social en direction de l’Afrique. Avec pour objectif, notamment, dans plusieurs pays favorables à cette expérience-pilote, de scolariser d’ici dix ans 100% de la jeunesse dans les conditions qui, jusqu’à présent, ne bénéficient qu’à une bourgeoisie très minoritaire. De sorte que, si l’opération est concluante, elle puisse être étendue à l’ensemble des populations d’Afrique, afin que celles-ci profitent au plus vite, et dans les faits, des mêmes normes que l’Europe dans les domaines scolaires mais aussi sociaux. Afin de les aider à devenir, enfin, des Etats stables et des marchés solvables.

Bien entendu, cette manne financière, sans contreparties autres que morales, garantie par le politique et permise par l’assujettissement de la BCE, devrait être utilisée avec le souci permanent que chaque euro injecté soit créateur de richesse ou de bien-être humain et/ou matériel, selon un plan scrupuleusement chiffré et respecté. Pour que la monnaie se trouve affermie par l’émission assurée par la BCE plutôt qu’amollie et finalement dangereusement dévaluée. Pas question de connaître le syndrome de l’Espagne et des torrents d’argent venus d’Amérique, il y a quelques siècles. Car tel est l’écueil, bien connu des économistes, du recours à la « planche à billets »…

Les marchés européens étouffent d’être à la fois globalement suréquipés et démographiquement faibles. Ils sont parvenus au point où se croisent les courbes de la saturation, certes relative, du marché et de l’affaissement humain inhérent à une dénatalité européenne qui sévit depuis des décennies. L’Afrique, avec ses immenses richesses naturelles et son formidable dynamisme démographique, permet d’espérer de nouveaux marchés. En même temps, l’histoire de son largage par l’Europe (dans le cadre de la prétendue « décolonisation ») et du néocolonialisme, après des siècles de flétrissures contre le Nègre, de l’esclavage au colonialisme en passant par le racisme « scientifique », fait mériter au continent noir une aide exceptionnelle par son ampleur et, si l’on ose dire, par son esprit. Pour tenir enfin la promesse de la civilisation universelle, nourrie de toutes les facettes du génie humain, depuis les antiques sagesses jusqu’aux Lumières modernes.

Une rupture de l’Europe avec l’orthodoxie monétaire, par l’assujettissement absolu de la BCE au pouvoir politique, permettrait, en libérant d’immenses moyens jusqu’à présent confisqués, d’ouvrir la voie d’une révolution qui serait peut-être la plus grande de l’histoire de l’humanité. En rendant une force de frappe financière à des Etats européens que la singulière attitude des marchés internationaux et des agences de notation états-uniennes mettent en porte-à-faux.

Alors, préférera-t-on laisser filer l’euro, quitte, en fin de compte, à le voir démanteler et disparaître, sous prétexte – quel paradoxe ! – de le préserver par respect scrupuleux et suicidaire de principes parfaitement contestables ? Tout au contraire, ne ferait-on pas mieux d’utiliser dès à présent ce merveilleux outil qu’est l’euro, encore essentiellement préservé à l’heure qu’il est, pour relancer l’économie européenne et développer ce grand partenaire naturel de l’Europe qu’est l’Afrique ? La science économique et la monnaie ne doivent-elles pas d’abord être envisagées comme des instruments à la disposition du politique, au profit du bien-être du peuple ?

Mais pareille approche impliquerait un courage et surtout une liberté de pensée à l’égard de tous les dogmes. Des qualités qui, depuis longtemps, font cruellement défaut au personnel politique du vieux continent, et nous conduisent au tombeau…



Alexandre Gerbi




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11 oct. 2008

Sarkozy thaumaturge

Face à la crise qui s’amplifie
en France, en Afrique et dans le monde



L’impossible scénario
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ou
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Sarkozy thaumaturge
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par
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Alexandre Gerbi

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A l’heure où une crise financière d’une ampleur exceptionnelle fait peser de lourdes menaces économiques et sociales sur le monde, Nicolas Sarkozy a déclaré que cet événement marquait « la fin d’un monde
[1] ».

Si cette hypothèse devait se vérifier, il ne fait guère de doute, comme l’a affirmé le chef de l’Etat, qu’il faudrait mettre en place les conditions d’une reconstruction saine, c’est-à-dire procéder à un profond aggiornamento, afin de bâtir un nouveau monde, débarrassé des tares qui ont conduit aux graves difficultés actuelles.

Or cet aggiornamento pourrait bien être, aussi, de nature historiographique…




En l’an de grâce 2008, comme depuis des décennies, l’Afrique n’en finit pas d’endurer les affres de la pauvreté, de la misère, de la tyrannie et de la mort. Il est à craindre qu’épuisée par tant de souffrances, elle finisse par y laisser un peu de son âme.

De son côté, la France, en dépit des paillettes et des cotillons que déploie jour après jour la télévision, sombre lentement dans une crise d’identité aux relents délétères. En guise de symptômes, dans les banlieues ghettoïsées où prolifère la « haine », les voitures brûlent à l’envi (record battu, en toute discrétion médiatique, ce 14 juillet 2008), les bâtiments et les espaces publics sont régulièrement la proie des saccages ou des flammes, tandis que la fragmentation communautariste n’en finit pas de s’amplifier – que ces communautarismes se nourrissent d’obsessions religieuses, ethniques, raciales, ou de fanatismes revanchards...

L’ampleur du problème devrait pousser à quelque salutaire prise de conscience et délier les langues. Pourtant, c’est presque au contraire que l’on assiste… La stratégie des trois petits singes (pas vu, pas entendu, pas parler) semble tenir lieu de viatique…


* * *


Il n’est pas si étonnant que la classe politique et l’intelligentsia françaises répugnent à avouer ce qui s’est passé il y a un demi-siècle. A l’époque – c’est un secret farouchement gardé mais, en réalité, connu de tous dans les milieux autorisés – la droite et la gauche, l’extrême droite et l’extrême gauche, coalisées pour l’occasion (à quelques exceptions près, il est vrai, éparpillées dans tous les camps), choisirent de séparer la métropole de la plupart de ses territoires ultramarins. Cette « alliance des contraires » rendit possible le vaste subterfuge que fut la soi-disant « décolonisation », dont le résultat fut de permettre au colonialisme, que la IVe République avait commencé d’abolir, non seulement de se survivre à lui-même, mais, mieux encore, de renaître en pire.

C’est que, loin de chercher à satisfaire la « volonté des peuples » habilement mise en avant par les autorités, la prétendue « décolonisation » décidée par le gouvernement métropolitain visait en réalité à rendre possible le néocolonialisme, que la démocratie réelle dans la République « une et indivisible », revendiquée et défendue par la plupart des leaders Africains, eût interdit.

La démocratie a pour caractéristique de permettre aux électeurs de sanctionner les hommes et les femmes politiques, dans le cas où leurs décisions déplaisent à la majorité du peuple. Pour autant, priver les électeurs du droit de vote – et c’est justement ce que permit la décolonisation, en boutant les Africains hors de la République – c’était libérer la classe politique métropolitaine de la sanction des électeurs ultramarins… et rendre possible, de là, la perpétuation de pratiques (néo)colonialistes, que les implacables rouages de la démocratie eussent entravées…

Mais le scandale va plus loin, et confine, pour parler franc, à l’ignominie.


* * *

Au-delà des calculs financiers, la pseudo-indépendance des territoires d’Afrique et de leurs populations visait, aussi, à esquiver la « bougnoulisation » (selon la terminologie dont usait le général de Gaulle), c’est-à-dire à conjurer le métissage de la France, de son parlement et de son gouvernement, bref : la métamorphose de la France en vaste Ve République Franco-Africaine. Mais au lieu de cela, on érigea un ensemble dominé par Paris, constitué de petits bantoustans sous influence et exploités aussi bien pour leur main-d'oeuvre bon marché que pour leurs matières premières. C’est ainsi que, sous couvert d’« indépendances », un véritable « apartheid à la française » fut mis en place, à l’échelle intercontinentale. En ce sens, la décolonisation fut une trahison radicale de l’idéal républicain hérité de la Révolution française, en même temps que celle des promesses égalitaires de la IIIe République.

Pour parvenir à accomplir le grand divorce auquel les leaders Africains, certains jusqu’en 1960, tentèrent presque tous de s’opposer après 1945, le général de Gaulle, revenu aux affaires en 1958 sous prétexte de réaliser, précisément, l’égalité politique entre la métropole et l’Outre-mer, dut recourir à un coup d’Etat militaire, en déjouer un autre (le « putsch des généraux » d’avril 1961, organisé par ceux-là mêmes qui l’avaient ramené au pouvoir trois ans plus tôt), multiplier les fausses paroles et les subterfuges (relire en particulier le discours de Mostaganem du 6 juin 1958[2], où le Général pose un diagnostic visionnaire qu’il s’emploiera patiemment à trahir par la suite), les violations de la Constitution (voir notamment la Loi 60-525, à laquelle nous avons consacré un long article, ainsi que l’affaire gabonaise[3]), et enfin la force et parfois la barbarie, entre « barbouzeries » et massacre des Harkis.

Une fois le programme du divorce accompli, et même pendant sa réalisation, de Gaulle endossa la rhétorique mise au point et relayée par les USA et l’URSS : le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » devint le grand mot d’ordre du Général. Alors que le vœu de la majorité des Africains était l’égalité politique, la citoyenneté française (ou plutôt « franco-africaine »...) pleine et entière dans la République française (ou plutôt « franco-africaine »...) fédérale, confédérale ou jacobine, c’est l’« indépendance » qui leur fut imposée, au nom de ce droit proclamé, en leur nom, par les Américains et les Soviétiques – alors qu’en dernière analyse, les Africains ne la réclamaient pas, et qu’au fond, ni Washington ni Moscou ne se souciaient de leur sort, bien plus occupés qu’ils étaient de démanteler cet ensemble franco-africain qui risquait, tôt ou tard, de leur faire de l’ombre. Il faut relire, à cette aune, la lettre d'Aimé Césaire à Thorez, souvent citée mais rarement comprise... Mais du point de vue des Soviétiques et des Etats-uniens, l’ensemble franco-africain enfin disloqué, c’était non seulement un rival qui s’évanouissait, mais encore un nouveau terrain d’expansion qui se présentait, immédiatement et à terme, un nouveau ring d’affrontement pour les deux blocs, à l’instar de l’ex-Indochine française…

Au fond, de ce point de vue, on peut dire que Soviétiques et Américains ont agi en alliés objectifs dans leurs menées anti-françaises (ou plutôt anti-franco-africaines, mais aussi, en dernière analyse, anti-africaines tout court…).

On pourrait invoquer, immédiatement après la fin de la Première Guerre mondiale, les singulières convergences et le quasi synchronisme du wilsonnisme et de la IIIe Internationale, et relever, à la veille de la Révolution d’Octobre 1917, la présence à New York de certaines des plus grandes figures de la Révolution russe, dont Léon Trotsky… On pourrait, aussi, pointer, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, l’étrange choix du président Roosevelt, qui consista à faire la part belle à l’URSS stalinienne. Faut-il croire qu’une telle option résulta, comme on l’entend dire souvent, du grand âge et de la maladie qui frappait le président américain, ou bien plutôt du calcul, de l’âpre stratégie d’un vieil homme qui n’avait rien perdu de sa sagacité politique ? On sait aujourd’hui que dans l’esprit de Franklin D. Roosevelt, de son aveu-même, l’URSS était une cible bien moins cruciale que les ensembles franco-africain et anglo-africain… Quoi qu’il en soit, force est d’observer qu’en livrant à Staline la moitié de l’Europe, le « plan Roosevelt » prenait, de ce fait, la France et l’Angleterre dans la tenaille soviético-états-unienne… Car tenaille idéologique il y avait bel et bien puisque, au-delà des rivalités de tous ordres qui opposaient les deux supergrands, de fortes convergences les rapprochaient sur la question impériale, qu’elle soit, du moins, française ou britannique…

Nul n’ignore aujourd’hui combien les communistes français (PCF) étaient inféodés à Moscou. Le rôle éminent que joua le PCF en faveur du divorce franco-africain, après s’être montré partisan acharné de la répression à Sétif (Algérie, 1945) comme à Madagascar (1947) en tant que membre du gouvernement, trouve ici son explication essentielle. L’espoir de s’emparer du pouvoir en France s’étant définitivement évanoui au cours de l’année 1947-1948 (et, du même coup, celui de voir tomber l’Outre-mer français dans le camp « rouge »…), le PCF et ses relais syndicaux (CGT) cessèrent, sur l’ordre de Staline, non seulement de défendre les positions françaises outre-mer mais, changeant radicalement leur fusil d’épaule, se mirent à intriguer de toutes leurs forces en faveur de l’indépendantisme en Afrique…

Quant aux libéraux, à la même époque, ils jouèrent une partition d’inspiration états-unienne, que le grand intellectuel de droite Raymond Aron diffusa en France, en chantre virtuose d’un « complexe hollandais » dont la presse américaine, comme l’a bien montré Charles-Robert Ageron, avait posé dans l’immédiat après-guerre les premiers jalons.

Enfin, aux uns et aux autres se joignirent les forces catholiques quant à elles conduites, appuyées et relayées par le Vatican en personne, et ses différents organes et ramifications. L’histoire ne dit pas si, ce faisant, Rome n’agit point en phase avec certains milieux politiques français, déjà soucieux d’esquiver les périls, en particulier religieux, d’une unité franco-africaine par trop égalitaire. L’Afrique, fort musulmane, ne risquait-elle pas de défigurer la fille aînée de l’Eglise ? Au demeurant, François Mauriac, grand intellectuel très catholique, fut l’une des figures emblématiques de cette puissante nébuleuse, à laquelle le général de Gaulle n’était, d’ailleurs, pas tout à fait étranger…

Quant à ce dernier, justement, difficile de démontrer qu’il agit, lors de son retour aux affaires, en liaison avec les Etats-Unis, comme le murmurent certains. En revanche, ce que l’on peut affirmer, c’est que Charles de Gaulle réalisa pour ainsi dire point par point le projet de Washington concernant le démantèlement de l’ensemble franco-africain, puisqu’il appliqua avec l’Outre-mer une politique exactement conforme à la vision qui prévalait dans l’administration américaine dans les années 1957-1960 [4], et selon un argumentaire directement puisé outre-Atlantique [5], de surcroît suivant des voies de toute évidence antidémocratiques.

Singulièrement, le général de Gaulle tint au plus haut niveau l’administration américaine au courant de sa politique (en la personne de John Foster Dulles puis du président Eisenhower), et bénéficia, de bout en bout, de l’appui US. Dès l’origine, en mai-juin 1958, bien qu’il se présentât comme le champion d’une « intégration » dont, de longue date, les Etats-Unis ne voulaient pas entendre parler (et que de Gaulle n’accomplira d’ailleurs pas, puisque, en dépit de ses vibrants discours, il n’en croyait pas un mot…), le Général bénéficia du soutien, au moins moral sinon matériel, de Washington…


Voilà pour le panier de crabe idéologico-stratégique de la décolonisation.



* * *

Evidemment, la classe politique française n’est pas disposée à reconnaître cette page d’histoire monstrueuse qui, en définitive, consista en une trahison du peuple français (ou plutôt du peuple franco-africain...), de la République, de sa Constitution, de son unité et de ses principes, au profit d’idéaux d’origine étrangère, idéaux – ce qui est sans doute plus grave encore – fondamentalement fallacieux, car au service non pas des « peuples » et de leur « volonté », mais de l’impérialisme et du cynisme retors de deux superpuissances, les USA et l’URSS. Pas plus qu’elle n’est, cette classe politique française, en mesure d’assumer sa responsabilité dans les mensonges et les procédés odieux qui permettent, depuis un demi-siècle, de faire passer ce qui est, sans doute, la plus grande imposture de l’histoire de France pour une grande victoire des peuples, de la démocratie… et de la France retrouvée !

Quant aux intellectuels français (et franco-africains…), ils ne sont guère davantage en position d’ouvrir les yeux. Car eux aussi appartiennent à une caste qui porta une lourde responsabilité dans le désastre de l’apartheid à la française organisé à l’échelle intercontinentale travesti par leurs soins en glorieuse et vertueuse « décolonisation » de l'indépendance justifiée au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Car eux aussi, les intellectuels, par leurs aveuglements moutonniers, leurs sectarismes et leurs naïvetés voire leur mauvaise foi, ont directement servi à masquer l’imposture, et à assurer son triomphe effroyable, dont l’Afrique exsangue aussi bien que la France obèse, affaiblie et minée de l’intérieur, sont la catastrophique et consternante illustration aujourd’hui.

Faut-il donc croire que cette collusion entre les politiques honteux, de droite comme de gauche, d’extrême droite comme d’extrême gauche, et les intellectuels et autres faiseurs d’opinion de tous bords mouillés jusqu’au cou, compromet l’affaire, et que la vérité sur la décolonisation tardera encore quelques décennies avant de faire surface ?

Quand les dégâts qu’engendre un tel fatras de mensonges et d’élucubrations sont manifestes du cœur de la France jusque dans les plus lointaines provinces d’Afrique, il y aurait pourtant urgence…

Que faire, donc, ou qu’espérer ?

Dans ce contexte verrouillé à double, à triple ou à quadruple tour, une seule solution : que la vérité sorte d’une bouche très haut placée, et provoque un séisme salutaire.

Voici donc ce qui pourrait se passer, et ce qui devrait se passer, pour que l’impossible devienne possible...


* * *


Par un joli soir d’automne 2008 ou de printemps 2009, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, invité sur France 2, déclarerait à la journaliste médusée : « Oui, le général de Gaulle est une immense figure de notre histoire, un héros qui tient pour toujours une place sacrée dans nos cœurs et dans nos âmes ; oui, le général de Gaulle de la France Libre incarne à tout jamais une certaine, une grande, une immense et irremplaçable idée de la France ; oui, le général de Gaulle nous a livré un idéal, en accomplissant, avec le chancelier Adenauer, la réconciliation franco-allemande, socle fondamental de l’Europe nouvelle et pacifique ; mais oui, aussi, et je ne le dis pas sans frémir, chère Arlette Chabot : le général de Gaulle a aussi eu sa part d’ombre ».

Et là-dessus, le président Sarkozy expliquerait d’une voix solennelle : « Ce que le général de Gaulle a légué à la France, c’est ce dont elle avait le plus besoin : d’abord la liberté et l’indépendance, sans lesquelles la France n’est plus que l’ombre d’elle-même ; et puis un régime stable et digne de notre cher et vieux pays, dont les ambitions sont mondiales et la vocation universelle. Cela aussi, c’est au général de Gaulle que nous le devons, et c’est beaucoup. Mais il faut aussi reconnaître que ce splendide édifice constitutionnel, pétri de rêve et de cette vraie grandeur qui bruisse de tous les vents de l’éternité, a commis en son origine, et je pèse mes mots, Madame Chabot, une faute à l’égard de l’Afrique, mais aussi une faute à l’égard de la France et du peuple français. »

Suivraient ensuite deux salves d’une vingtaine de minutes, durant lesquelles le président Sarkozy expliquerait par le menu ce que fut vraiment la décolonisation. En substance, une « entreprise de trahison des valeurs de la République, par peur absurde du métissage », et la réalisation de « calculs financiers évidemment inacceptables au regard des convictions de la France, héritière de 1789 ». « Etre un génie, un visionnaire, cela implique de grandes forces et d’incommensurables vertus, mais cela n’exclut pas les faiblesses qui guettent même le meilleur des hommes », ajouterait le président.

Lorsque la journaliste, manifestement déstabilisée, demanderait au président où il veut en venir et s’il a bien conscience du « tsunami » qu’une telle prise de position risque de déclencher, non seulement en France, mais aussi dans le monde, celui-ci enchaînerait, à la fois grave, calme et décidé :

« Je veux en venir à la vérité, Madame Chabot, tout simplement à la vérité… Vous imaginez bien que j’ai mûrement réfléchi avant de parler ce soir, et que j’en mesure non seulement toute l’importance, tout le poids, mais aussi tous les enjeux qui, vous avez raison de le souligner, sont immenses. »

« La vérité, j’ai dit aux Français que je la leur devais, et que je la leur dirai. C’est simplement, solennellement ce que je fais ici ce soir. A chacune, à chacun d’entre nous, ensuite, en son âme et conscience, d’en tirer toutes les conséquences. De mon côté, en tant que chef de l’Etat, je vais bien sûr prendre mes responsabilités. Je vais demander au gouvernement de créer une commission pour réfléchir à ce que la France et l’Afrique pourraient faire ensemble à la lumière de cette vision de l’Histoire, qui n’est pas nouvelle, mais qui a été cachée pendant trop longtemps… Cela, évidemment, ne saurait avoir lieu sans que nos partenaires et amis Africains soient associés, s’ils le souhaitent, à cette nécessaire réflexion qui les concerne aussi directement, et au sujet de laquelle ils ont, évidemment, bien plus que leur mot à dire.

Parce que vous savez, chère Madame Chabot, les choses cachées, dans le cœur, ça fait très mal, et ça fait très mal à tout le monde. Et en Afrique autant qu’en France et en Europe, vieilles terres de mémoire, de telles réalités ont beaucoup de sens. Je dirais même qu’elles sont cruciales, et même vitales. Je crois que c’est pour cela qu’il faut avoir le courage de libérer la parole, de parler en pleine lumière, non seulement pour panser les plaies, mais aussi pour soigner et rebâtir... Entre la France, l’Europe et l’Afrique, c’est une nouvelle fraternité qu’il s’agit de construire, une fraternité ancienne et belle qu’il s’agit de ressusciter
…»


* * *
Une telle déclaration du président français serait révolutionnaire, et permettrait à Nicolas Sarkozy de tenir parole, en mettant la « vérité » au service de la « rupture », conformément aux slogans de campagne qui ont scandé son accession à la magistrature suprême.

Une telle prise de position, en sapant les mensonges et les hypocrisies qui rongent, minent et détruisent la France et l’Afrique depuis un demi-siècle, laisserait espérer la résolution, aujourd’hui malheureusement si improbable, d’une crise d’identité française que beaucoup pressentent annonciatrice de complications terrifiantes.

Une telle charge susciterait probablement l’ire de nombreux politiques et intellectuels français, de droite comme de gauche, d’extrême droite comme d’extrême gauche…

Mais puisqu’il s’agit de soulever un monde…


Alexandre Gerbi


Notes :

[1] Discours de Toulon, 25 septembre 2008.

[2] Le 6 juin 1958 à Mostaganem, face à une foule à majorité arabo-berbère, le Général déclara :
« La France entière, le monde entier, sont témoins de la preuve que Mostaganem apporte aujourd'hui que tous les Français d'Algérie sont les mêmes Français. Dix millions d'entre eux sont pareils, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.
Il est parti de cette terre magnifique d'Algérie un mouvement exemplaire de rénovation et de fraternité. Il s'est élevé de cette terre éprouvée et meurtrie un souffle admirable qui, par-dessus la mer, est venu passer sur la France entière pour lui rappeler quelle était sa vocation ici et ailleurs.
C'est grâce à cela que la France a renoncé à un système qui ne convenait ni à sa vocation, ni à son devoir, ni à sa grandeur. C'est à cause de cela, c'est d'abord à cause de vous qu'elle m'a mandaté pour renouveler ses institutions et pour l'entraîner, corps et âme, non plus vers les abîmes où elle courait mais vers les sommets du monde.
Mais, à ce que vous avez fait pour elle, elle doit répondre en faisant ici ce qui est son devoir, c'est-à-dire considérer qu'elle n'a, d'un bout à l'autre de l'Algérie, dans toutes les catégories, dans toutes les communautés qui peuplent cette terre, qu'une seule espèce d'enfants.
Il n'y a plus ici, je le proclame en son nom et je vous en donne ma parole, que des Français à part entière, des compatriotes, des concitoyens, des frères qui marchent désormais dans la vie en se tenant par la main. Une preuve va être fournie par l'Algérie tout entière que c'est cela qu'elle veut car, d'ici trois mois, tous les Français d'ici, les dix millions de Français d'ici, vont participer, au même titre, à l'expression de la volonté nationale par laquelle, à mon appel, la France fera connaître ce qu'elle veut pour renouveler ses institutions. Et puis ici, comme ailleurs, ses représentants seront librement élus et, avec ceux qui viendront ici, nous examinerons en concitoyens, en compatriotes, en frères, tout ce qu'il y a lieu de faire pour que l'avenir de l'Algérie soit, pour tous les enfants de France qui y vivent, ce qu'il doit être, c'est-à-dire prospère, heureux, pacifique et fraternel.
A ceux, en particulier qui, par désespoir, ont cru devoir ouvrir le combat, je demande de revenir parmi les leurs, de prendre part librement, comme les autres, à l'expression de la volonté de tous ceux qui sont ici. Je leur garantis qu'ils peuvent le faire sans risque, honorablement.
Mostaganem, merci ! Merci du fond de mon cœur, c'est-à-dire du cœur d'un homme qui sait qu'il porte une des plus lourdes responsabilités de l'Histoire. Merci, merci, d'avoir témoigné pour moi en même temps que pour la France ! Vive Mostaganem ! Vive l’Algérie ! Vive la République ! Vive la France ! Vive l’Algérie française !
»

[3] Après le référendum de septembre 1958 sur la Communauté française, fort de résultats triomphaux (92% de « oui » au Gabon), Léon Mba, président du Conseil du Gouvernement gabonais, s’appuyant sur l’article 76 de la Constitution qui lui en donnait la possibilité, choisit d’opter pour la départementalisation. Conformément aux termes de la Constitution, en accord avec le Conseil de Gouvernement du Gabon, il chargea Louis Sanmarco, gouverneur colonial très apprécié des Africains, d’en formuler la demande auprès des autorités métropolitaines. Reçu à Paris par le ministre de l’Outre-mer, Bernard Cornut-Gentille, Louis Sanmarco se vit opposer une fin de non-recevoir. « Sanmarco, vous êtes tombé sur la tête ? N’avons-nous pas assez des Antilles ? Allez, indépendance comme tout le monde ! », lui asséna vertement le ministre. Voir Louis Sanmarco, Le colonisateur colonisé, Ed. Pierre-Marcel Favre-ABC, 1983, pp. 210-211. Voir également Entretiens sur les non-dits de la décolonisation, de Samuel Mbajum et de Louis Sanmarco, Ed. de L’Officine, 2007.

[4] Vision dont on peut suivre le « fil rouge » depuis au moins Wilson, voire la généalogie depuis la doctrine de Monroe. En 1823, avec la « Doctrine de Monroe », les Etats-Unis avaient posé que l'Europe n'avait rien à faire sur le continent américain. Moins d’un siècle plus tard, l’Amérique pour ainsi dire tout entière étant devenue leur chose, la Doctrine de Monroe devint, de ce fait, obsolète. Les Etats-Unis inventèrent alors le « wilsonisme », sorte de nouvelle version de la Doctrine de Monroe, élargie au plan planétaire : en affirmant le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », les USA affirmaient du même coup que les Européens n’avaient rien à faire hors d’Europe…

[5] via Aron, notamment, vulgarisé en « cartiérisme », ce « cartiérisme » que dénonçaient, précisément, la totalité des leaders Africains.

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