8 févr. 2012

Le microscopique Guéant et les Tartuffes de la gauche

Ce qui s'agite dans la bouteille...







Le microscopique Guéant

et les Tartuffes de la gauche




par


Alexandre Gerbi





Certains, en particulier à gauche, poussent des cris scandalisés devant les propos de Claude Guéant, comme hier devant ceux de Brice Hortefeux, de Nadine Morano, de Gérard Longuet ou de Nicolas Sarkozy.

Or les mêmes belles âmes, en particulier à gauche, n’ont pas de mots assez sucrés et laudatifs pour glorifier Charles de Gaulle alias « Le Général »…

Las ! Guéant, Hortefeux, Morano, Longuet, Sarkozy et tant d’autres ne sont que des petits joueurs, des émules minuscules et édulcorés de Charles de Gaulle, dont les conceptions et les agissements présidèrent à la naissance du régime actuel. Une idéologie au nom de laquelle fut décidé et organisé, il y a cinquante ans, le largage de l’Afrique ou plutôt de ses populations. Par la mise en place d’un apartheid à l’échelle intercontinentale, tremplin du néocolonialisme. Le tout au mépris de la démocratie et des principes républicains les plus fondamentaux (Affaire gabonaise, Loi 60-525, Affaire algérienne). Une tragédie incommensurable dont notre époque et notre société sont le produit catastrophique. La France de 2012, monde de plus en plus clivé, est la projection des prophéties manichéennes et autoréalisatrices de Charles de Gaulle…

« Les Arabes, les Kabyles, les Mozabites, les Juifs ? Ces gens-là ne font pas partie de notre peuple. »

« Les Arabes, ce n'est rien. Jamais on n'a vu des Arabes construire des routes, des barrages, des usines. Après tout, peut-être n'ont-ils pas besoin de routes, de barrages, d'usines. Ce sont d'habiles politiques. Ils sont habiles comme des mendiants. »

« On a prétendu faire des Nègres de bons Français. C'est beau l'égalité, mais ce n'est pas à notre portée. Vouloir que toutes les populations d'Outre-mer jouissent des mêmes droits sociaux que les métropolitains, d'un niveau de vie égal, ça voudrait dire que le nôtre serait abaissé de moitié. Qui y est prêt ? Alors puisque nous ne pouvons pas leur offrir l'égalité, il vaut mieux leur donner la liberté ! Bye Bye, vous nous coûtez trop cher ».

« Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans qui demain seront vingt millions, et après-demain quarante ? Si nous faisons l'intégration, si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »

« Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq, puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l'Elysée ? »

Fin de citation.

Alors, de grâce, Messieurs les scandalisés, Mesdames les belles âmes, en particulier de gauche, cessez tant de tartufferie. Cessez de vous indigner des sorties misérables et indigentes d’un Guéant, d’un Hortefeux, d’une Morano, d’un Longuet, d’un Sarkozy ou d'un autre.

Ou alors, soyez enfin cohérent(e)s et dites-nous enfin toute la vérité sur le largage de l’Afrique et de l’Algérie en particulier par Charles de Gaulle et ses alliés, en cette année 2012, cinquantenaire de l’indépendance algérienne et d’élection présidentielle.



Alexandre Gerbi






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31 janv. 2012

Cinquantenaire de l'indépendance algérienne : Que sera 2012 ?




A tous les lecteurs et visiteurs du blog Fusionnisme, j'adresse mes meilleurs vœux pour l’année 2012. Que cette nouvelle année vous apporte la bonne santé, du bonheur et bien des joies, dans un monde qui cesse enfin d’être aveugle et fou, ou le soit un peu moins le 31 décembre prochain, c’est-à-dire dans onze mois déjà…

Alexandre Gerbi






Cinquantenaire

de l’indépendance algérienne :

Que sera 2012 ?



par


Alexandre Gerbi





Année du Cinquantenaire de l’indépendance algérienne, devra-t-on subir en 2012 la manipulation et de déferlement de contrevérités habituelles ?

Ou bien nous racontera-t-on, enfin, l’histoire de ce morceau du peuple franco-africain, dont certains fils se soulevèrent contre le mépris colonialiste, mépris d’Etat qui les reléguait au rang de sous-citoyens, de sous-Français, et partant de sous-hommes ? Nous racontera-t-on enfin le drame et l’exacte nature de leur soulèvement, où beaucoup laissèrent leur jeunesse ou la vie ? Si tous combattaient le mépris et l’injustice colonialiste, combien parmi ces révoltés qui avaient choisi l’indépendance comme seule issue aux mensonges, aux promesses non tenues, aux vains sacrifices sur l’autel d’une Mère-Patrie incapable de les regarder enfin comme ses enfants, combien aimaient, admiraient pourtant la France qu’ils combattaient ? A vrai dire, combien combattaient la France, combien combattaient son peuple, combien combattaient son gouvernement ? Combien de ces martyrs de l’indépendance auraient préféré la fraternité proclamée, l’unité franco-algérienne dans l’unité franco-africaine, dans une grande République intercontinentale, sociale, égalitaire par delà les races et les religions ? En face de cette révolte, de ces aspirations légitimes, les uns après les autres, les gouvernements de la IVe République ont opposé le visage fermé de la guerre. La violence, la destruction préférées à l’égalité et à la fraternité. Là gît toute la tragédie de la IVe République, de la France, de l’Algérie, de l’Afrique, de l’Indochine, et delà, avec un demi-siècle de recul, peut-être du monde…

Alors il y eut mai 1958. La révolution oubliée. Sans doute ce qui eût dû être un événement comparable, par son importance historique et par ses enjeux, à la Révolution française. Mais la fresque grandiose abritait un scénario de comédie sanglante. Le héraut de la Révolution en était l’ennemi. L’ennemi le plus acharné. Déguisé en son inverse. Ci-devant trône Charles de Gaulle, monstre infâme, machiavélique et, au bout de la route, sorte de petit Hitler français, créature infecte autant qu’est immense la gloire dont l’exalte le régime fondé sur ses mensonges et sur ses crimes : la Ve République, à présent agonisante, mais sous laquelle nous vivons encore… et à laquelle revient l’effarante charge de célébrer l’anniversaire des « indépendances » africaines, en l’occurrence la pire sans doute : celle de l’Algérie…

En 2010, nous avons vu la puissante hypocrisie dont le Système est encore capable. Alors que l’ambassadeur du Congo-Brazzaville à Paris, Henri Lopès, acheva l’année en divulguant l’effarante vérité, toute l’année fut consacrée à noyer le poisson. Ce que son excellence Henri Lopès a dit (de manière presque plus radicale…), c’est ce que j’ai montré dans Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, Imposture, refoulements et névroses, publié chez L’Harmattan en 2006, ainsi que dans les articles publiés depuis lors sur le blog Fusionnisme et ailleurs (Bakchich, Camer.be, Rue89, IciCemac, Afrik.com, Mediapart, etc.). Pourtant, le Système, aussi bien son chef, Nicolas Sarkozy, que ses serviteurs, Jacques Toubon par exemple, et les intellectuels, et les médias ont menti pendant l’année entière. Le cinquantenaire des indépendances africaines fut, comme il fallait s’y attendre, une vaste manipulation. De colloque en colloque, d’émissions en émissions, l’alibi du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » a battu son plein…

Au seuil de l’année 2012, ce constat s’impose : la réalité du largage de l’Afrique subsaharienne mais aussi de l’Algérie, parfaitement connue en haut lieu, continue d’être officiellement tue. Mieux encore, la version essentiellement fallacieuse, qui prévaut depuis un demi-siècle, continue d’être la ligne de l’Etat français et de ses ramifications.

Au demeurant, le procès de Charles de Gaulle ne pourra être éternellement différé. Non en tant qu’homme, car il est mort maintenant, mais en tant qu’ancien chef de l’Etat. Un procès symbolique, bien sûr, mais dont il ressortira nécessairement que cet homme, par le nombre de crimes et des morts qu’il a sciemment provoquées (des centaines de milliers, voire des millions, si, au-delà de la tragédie algérienne, l’on impute à Charles de Gaulle la responsabilité des désastres du néocolonialisme sous son règne, si ce n’est au delà…) ne peut plus occuper la place qu’il occupe actuellement dans notre Panthéon national. Si l’Homme du 18 juin mérite cette place, le menteur cynique et bientôt criminel de mai-juin 1958 et de ses suites doit être déboulonné d’urgence. Pour l’honneur de la République et de la France.

Ainsi la vérité doit être enfin dite : c’est la condition sine qua non de toute réconciliation franco-algérienne. Mais tout autant, c’est la condition sine qua non de toute réconciliation franco-française, c’est-à-dire de la France avec elle-même, dans toutes les composantes de son peuple, mais aussi avec l’Afrique, avec tous ses enfants bientôt mêlés dans la grande République franco-africaine, ou afro-française, et plus vastement afro-européenne, ou euro-africaine, telle que l’avaient rêvée Senghor et Lévi-Strauss éplorés, comme tant d’autres, il y a cinquante ans...



Alexandre Gerbi






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10 déc. 2011

Chute de la IVe République : Ni "archaïque", ni "débilitante", juste blanciste

Tandis que la présidentielle approche...





Chute de la IVe République :

Ni « archaïque », ni « débilitante »,

juste blanciste

ou

Explication

d’un contresens historique

d'Eric Zemmour et consorts




par


Alexandre Gerbi





Eric Zemmour, ce grand serviteur du Système déguisé en libre penseur du politiquement incorrect, déclarait récemment dans l’une de ses chroniques sur RTL : « [Sous la IVe République], un personnel politique d’une qualité exceptionnelle, de Mendès France à Edgar Faure, sans oublier François Mitterrand, était handicapé par un système institutionnel archaïque et débilitant (…) ».

A la minute 2’35 :

http://www.rtl.fr/emission/z-comme-zemmour/ecouter/eric-zemmour-la-tentation-de-la-primaire-a-droite-7723123980

Sans polémiquer sur le fait de savoir si les hommes politiques en question étaient ou non « d’une qualité exceptionnelle » (y compris d’ailleurs, au-delà des effets de manche, dans l’esprit d’Eric Zemmour…), cette affirmation au sujet du « système institutionnel archaïque et débilitant [de la IVe République] » appelle un rapide commentaire. Non tant pour répondre à Eric Zemmour, avatar parmi tant d’autres d’une époque mensongère et/ou aveugle, que pour en finir, une fois pour toutes, avec l’un des grands écrans de fumée dont se pare le régime qui, depuis cinquante ans, démolit la République et la France, et accessoirement l’Afrique, sous couvert de les sauver…

Césarisme bonapartiste contre parlementarisme pluraliste

D’abord, remarquons que l’accusation selon laquelle la IVe République était un régime bloqué à cause de ses institutions est une des grandes tartes à la crème que la Ve République et ses serviteurs nous jettent au visage depuis un demi-siècle.

Remarquons ensuite qu’on retrouve ici le vieux et classique procès qu’intente le césarisme (ou le bonapartisme…) au régime parlementaire, accusé de se perdre en stériles bavardages, quand le pouvoir ramassé dans les mains d’un seul permettrait, nous dit-on, une direction beaucoup plus déterminée et efficace des affaires politiques. Rien d’étonnant à ce que, comme tant d’autres, Eric Zemmour, qui ne cache pas ses sympathies « réactionnaires », dénigre le parlementarisme et fasse, implicitement, l’apologie du régime présidentiel…

Il est vrai qu’en instaurant en France, avec la Ve République, un régime césarien (renforcé dans ce caractère par l’élection du président au suffrage universel), De Gaulle ne faisait que réaliser un vieux rêve de l’extrême droite française, dont Déroulède se fit le chantre à la fin du XIXe siècle. Opération somme toute fort cohérente de la part du Général, que Pierre Viansson-Ponté définissait comme « un officier de filiation nationaliste et conservatrice, voire monarchiste »…

Ce régime « archaïque et débilitant » qui redressa spectaculairement la France

Ce décor planté, force est de constater que la IVe République hérita d’une situation particulièrement difficile : le pays sortait d’une guerre qui l’avait en partie dévasté et saigné à blanc pour la deuxième fois en trente ans. Car si la Seconde Guerre mondiale fut moins meurtrière que la première, elle fit tout de même près de 600.000 morts.

Or malgré cela, de 1946 à 1958, sous la IVe République « archaïque et débilitant[e] », la France a connu un redressement économique spectaculaire et un développement remarquable dans pratiquement tous les domaines. C’est là une évidence, dont aucun historien ne disconvient sérieusement aujourd’hui.

En réalité, contrairement à ce qu’affirme Eric Zemmour comme tant d’autres dans le sillage de la propagande de la Ve République gaullienne, bien davantage que ses Institutions, c’est la vaste question de l’Outre-Mer qui mina la IVe République et la mit profondément en crise. Plus précisément, ce qui provoqua la dislocation de la IVe République, c’est le dilemme politico-idéologique (et républicain, et démocratique…) que posait la question ultramarine. C’est d’ailleurs sur la question ultramarine par excellence que la IVe République chuta en 1958 : l’affaire d’Algérie.

Le dilemme politico-idéologique ultramarin comme vraie cause de la chute de la IVe République

Soulignons que la IVe République ne s’est pas effondrée, mais qu’elle fut activement renversée, en 1958, par le général de Gaulle appuyé par l’Armée. Pareil état de fait relativise l’idée d’un régime tellement vermoulu qu’il se serait écroulé tout seul…

En réalité, loin de s’effondrer, la IVe République fut renversée au prix d’un putsch militaire doublé d’un coup de force politique. La Grande Muette, entrée en sédition en Algérie, alla jusqu’à prendre la Corse et menaça même, sans bien sûr ouvrir la bouche, de sauter sur Paris. Encore fallut-il à Charles de Gaulle, dans ce contexte, forcer la main à Pierre Pflimlin et, pour ainsi dire, s’autoproclamer à sa place président du Conseil, comme j’ai eu l’occasion de l’expliquer dans La République inversée, Affaire algérienne (1958-1962) et démantèlement franco-africain (Ed. L’Harmattan, 2010, avec Raphaël Tribeca).

Ce putsch militaire était en relation directe avec l’Affaire algérienne, c’est-à-dire avec la plus épineuse des questions ultramarines. La plus épineuse, non seulement pour des raisons statutaires (les territoires algériens étaient des départements, théoriquement parties intégrantes de la métropole) mais aussi humaines (étaient présents, en Algérie, un million de Pieds-Noirs et plusieurs millions de musulmans français radicalement hostiles à l’indépendance).

Pour ces spécificités, l’Affaire algérienne confrontait le Système politique parisien, de façon incontournable autant que radicale, au dilemme colonial, dont il était sorti avec les plus grandes difficultés (et pour son plus grand affaiblissement) en Indochine, en Tunisie et au Maroc. C’est ce dilemme colonial (ou postcolonial…) qui a causé la plupart des vraies difficultés de la IVe République. Et non ses Institutions, quoi qu’en disent la doxa et ses chantres, notamment Eric Zemmour…

Au contraire, les Institutions de la IVe République firent preuve d’une étonnante solidité, puisqu’elles permirent au régime, comme on va le voir, d’aller, pendant des années, contre la volonté du peuple. C’est-à-dire contre la démocratie et contre la Constitution, c’est-à-dire contre la République elle-même…

Quel était ce dilemme ultramarin ?

Comme l’ont expliqué de nombreux articles publiés sur le blog Fusionnisme, Rue89, Afrik.com, Camer.be, Bakchich, IciCemac, AgoraVox, Mediapart, etc. après la Seconde Guerre mondiale, l’Etat français était confronté à une alternative simple : ou bien octroyer l’égalité politique aux populations d’outre-mer, ou bien leur accorder l’indépendance.

Or ces deux options étaient interdites.

En effet, la première option, l’octroi de l’égalité politique, aurait conduit des centaines de députés d’outre-mer sur les bancs du Parlement, au gouvernement, et même à la tête de l’Etat. La France aurait été métamorphosée et engagée dans une voie inscrite dans le droit fil de sa chaotique mais brillante histoire, celle de la patrie des Droits de l’Homme par delà les races et les religions. Ainsi, en étendant la citoyenneté à tous, la France ou plutôt l’Union Française – devenue la puissante République Franco-Africaine ou plutôt Franco-Ultramarine – serait entrée en voie de métissage, géant géographique et politique indiquant au reste du monde le chemin des Lumières et de la justice sociale. Avec, en creux, l’abolition du colonialisme, par le libre exercice de la démocratie dans le cadre républicain, pour des futurs flamboyants aux cultures mêlées autour du grand projet humaniste de l’Universel.

Ces perspectives extraordinaires, défendues et portées par des hommes tels que Léopold Sédar Senghor, Robert Delavignette, Alioune Diop, Claude Lévi-Strauss, Félix Houphouët-Boigny, Jacques Soustelle, Barthélémy Boganda et tant d’autres, ces perspectives furent rejetées par le Système politique et idéologique secret de la IVe République déjà blanciste, autant qu’elles étaient prônées par la quasi-totalité des leaders ultramarins, tandis que le peuple, outre-mer aussi bien qu’en métropole, était prêt à y adhérer, comme je l’ai montré dans Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, Imposture, refoulements et névroses (Ed. L’Harmattan, 2006).

J’appelle blancisme ce courant idéologique et politique fondateur du régime actuel, qui affirme, selon le mot de Charles de Gaulle, que la France est avant tout une nation de « race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » et qu’elle se perdrait dans le métissage…

Or refusant d’accorder cette égalité politique, mais refusant également l’indépendance, ou plutôt ne pouvant l’accorder à cause des puissantes oppositions conjuguées du peuple, des élites africaines, de la Constitution et de l’Armée, le Système de la IVe République se mit alors en quête de la quadrature du cercle.

La quadrature du cercle

L’autonomie fut la formule magique qui devrait permettre ce tour de force politique. En réalité, cette solution, bâtarde et surtout scandaleuse, montra rapidement ses limites. Puisqu’elle refusait l’égalité, elle continua d’apporter de l’eau au moulin des indépendantistes. Ceux-ci fustigèrent la logique inégalitaire persistante de la France et les évidents mépris d’essence colonialiste qui présidaient à l’opération…

La révolte, légitime, des indépendantistes, perpétuellement ravivée par ce refus de l’égalité, ainsi que la violence qui en résulta, servirent de prétexte au Système pour parvenir finalement à la conclusion qui, du moins en apparence, s’imposait : l’indépendance.

Il est remarquable qu’au plus fort des guerres idéologiquement alimentées par son refus d’octroyer l’égalité politique, jamais le Système de la IVe République n’envisagea l’application réelle d’une égalité pourtant proclamée par sa Constitution. Ni en Algérie, ni à Madagascar, ni en Indochine, ni en Tunisie, ni au Maroc, ni au Cameroun. Mieux encore, jamais le peuple ne fut consulté sur cette question, pas plus, du reste, que sur celle de l’indépendance (hormis le petit comptoir de l’Inde, Chandernagor, en 1949, dans des conditions d’ailleurs suspectes), ni outre-mer, ni en métropole…

Ainsi, c’est sans aucune consultation populaire que l’Indochine (Vietnam, Cambodge et Laos) devint indépendante (1954), précédant de peu le Maroc et la Tunisie (1956). Quant à l’Afrique noire, particulièrement peu séduite par l’idée de sécession, le Système lui accorda, en bloc, l’autonomie dans la foulée (loi-cadre Defferre, 1956).

Le déchirant cas algérien

En 1958, la question de l’égalité se posait depuis bien des décennies en Algérie, de façon insurrectionnelle, terroriste et armée depuis 1954. Là encore, la IVe République ne put se résoudre à accorder la citoyenneté pleine et entière aux populations indigènes, ni à interroger le peuple à ce sujet. Là encore, l’autonomie et son corollaire, l’indépendance, finirent par être envisagés.

L’Armée, qui s’était essentiellement tue sur tous les autres chapitres, cette fois se cabra. Non de son propre chef. Le général de Gaulle, par ses réseaux, la poussa dans cette voie, sa force de persuasion renforcée par l’opinion publique. Car celle-ci en était arrivée à considérer avec le plus grand mépris cette classe politicienne de la IVe République qui, morceau par morceau, démantelait l’unité franco-ultramarine, sur fond de guerres ininterrompues, d’imbroglio permanent au Palais-Bourbon en instabilité ministérielle, de désastres militaires en Canossa diplomatiques.

Par l’abandon successif, dans des conditions souvent douteuses et parfois dramatiques, de l’Indochine, de la Tunisie, du Maroc et même des Comptoirs des Indes (qui ne sera entériné définitivement qu’en 1962, tant il fut difficile de vaincre les réticences locales, en particulier à Pondichéry) autant que par sa cacophonie et sa politique de Gribouille sur ces sujets, le régime s’était rendu détestable aux yeux de l’opinion. Ces relents nauséabonds ont fait à la IVe une réputation lamentable qu’exploite Eric Zemmour comme tant d’autres, pour appuyer la thèse d’un régime rongé par « un système institutionnel archaïque et débilitant ».

Alors que bien davantage que ses Institutions, c’est la crise idéologique ou plutôt l’impasse dans laquelle l’a conduite son idéologie antirépublicaine et antidémocratique qui a miné le régime de la IVe République, en le conduisant à abandonner des pans entiers, et gigantesques, du territoire et de ses populations. A savoir l’idéologie blanciste, qui refusa l’égalité à l’Outre-Mer par crainte du métissage de la France, mais aussi de la prise du pouvoir politique par les Ultramarins. Idéologie d’une certaine élite métropolitaine, qui refusa toujours de donner la parole au peuple à ce sujet, outre-mer aussi bien qu’en métropole. Là gît toute la tragédie de la IVe République, puis de la Ve…

On touche ici au côté génial et effrayant du scénario.

Charles de Gaulle, chef du complot qui renversa la IVe République, justifia officiellement l’opération par le danger suprême que l’idéologie anti-égalitaire du régime, qu’il appelait le « Système », faisait courir à la France. Or Charles de Gaulle adhérait corps et âme à cette idéologie qu’il prétendait contrer. C’est ainsi qu’une fois élu sur le programme de l’égalité politique, une fois installé au pouvoir, il rompit progressivement avec ceux qui l’y avaient porté, pour s’allier avec ceux qu’il avait renversés ! C’est-à-dire avec le Système, pour appliquer, une à une, ses plus ultimes conclusions. Ces plus ultimes conclusions, cette idéologie qui avait miné la IVe République… et au nom de quoi il l’avait renversée ! Vertigineux retournement…

Ainsi, au prix d’une sidérante volte-face, de Gaulle se débarrassa de l’Algérie et de l’Afrique, à grands coups de violations de la Constitution et de la démocratie, de mensonges, de police politique et de crimes contre l’humanité. En particulier au détriment des Harkis et des Algériens francophiles, des Pieds-Noirs, mais aussi, à terme, des populations d’Afrique subsaharienne. Sur cette transgression, l’ermite de Colombey revenu aux affaires érigea sa puissance, qui lui permit d’ensevelir les institutions précédentes et de les remplacer par les siennes…

C’est ce crime d’une ampleur inimaginable, entre (haute) trahison des principes républicains les plus fondamentaux et dislocation de l’unité nationale, que les Institutions de la IVe République, par trop démocratiques et républicaines (on a vu qu’elles l’étaient néanmoins dans d’âpres limites…), n’auraient sans doute pas eu la force, ni surtout les moyens de commettre dans l’affaire algérienne, compte tenu du rapport de force évoqué plus haut (populations pro-françaises d’Algérie, Armée). La Ve République gaullienne, en revanche, secrètement habitée de la même idéologie délétère, sut se doter d’institutions capables d’assumer ce choix radicalement contraire à la volonté du peuple et des leaders ultramarins, parce qu’elle s’en remit à un seul homme concentrant tous les pouvoirs, et n’hésitant pas à mentir en permanence à tous ou presque, tout en usant sans scrupules de la violence d’Etat la plus extrême (ratonnades d’octobre en 1961, siège de Bab-el-Oued, massacre de la rue d’Isly, massacres d’Oran en 1962, tragédie des Harkis). Faut-il l’en féliciter ?

De Gaulle dixit

C’est en tout cas ce que fait Eric Zemmour, qui d’ailleurs ne s’en cache pas, la fin justifiant les moyens :

« Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l’Elysée ? » « Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain, seront vingt millions et après-demain quarante ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! » (Charles de Gaulle cité par Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Ed. Fayard, 1994)

« Vous croyez que je ne le sais pas, que la décolonisation est désastreuse pour l'Afrique ? (...) Qu'ils vont connaître à nouveau les guerres tribales, la sorcellerie, l'anthropophagie ? (...) Que quinze ou vingt ans de tutelle de plus nous auraient permis de moderniser leur agriculture, de les doter d'infrastructures, d'éradiquer complètement la lèpre, la maladie du sommeil, etc. C'est vrai que cette indépendance était prématurée. (...) Mais que voulez-vous que j'y fasse ? (...) Et puis (il baisse la voix), vous savez, c'était pour nous une chance à saisir : nous débarrasser de ce fardeau, beaucoup trop lourd maintenant pour nos épaules, à mesure que les peuples ont de plus en plus soif d'égalité. Nous avons échappé au pire ! (...) Au Gabon, Léon M'Ba voulait opter pour le statut de département français. En pleine Afrique équatoriale ! Ils nous seraient restés attachés comme des pierres au cou d'un nageur ! Nous avons eu toutes les peines du monde à les dissuader de choisir ce statut. Heureusement que la plupart de nos Africains ont bien voulu prendre paisiblement le chemin de l'autonomie, puis de l'indépendance. » (Charles de Gaulle cité par Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Ed. Fayard, 1994)

« Vous savez, cela suffit comme cela avec vos Nègres, vous me gagnez à la main : alors, on ne voit plus qu’eux. Il y a des Nègres à l’Elysée tous les jours, vous me les faites recevoir, vous me les faites inviter à déjeuner. Je suis entouré de Nègres ici (…) Cela fait très mauvais effet à l’extérieur. On ne voit que des Nègres tous les jours à l’Elysée. Et puis je vous assure que c’est sans intérêt. » (Charles de Gaulle cité par Jacques Foccart, Tous les soirs avec De Gaulle. Journal de l’Elysée, 1965-1967, Ed. Fayard 1997)

De Gaulle dixit, bis repetita placent


Alexandre Gerbi






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22 nov. 2011

ConaCrika : Au cœur des flammes, une tragédie africaine

En ce moment à Paris...





ConaCrika :

Au cœur des flammes,

une tragédie africaine



par


Alexandre Gerbi






Sur la scène de la Manufacture des Abbesses, se joue actuellement une petite merveille de pièce, ConaCrika. Une œuvre terrible de Facinet, jeune auteur guinéen à l’écriture écorchée vive, qui semble fondre en un puissant alliage les vertiges d’un Rimbaud, les vitriols d’un Damas et les fulgurances crissantes et cristallines d’un Yambo Ouologuem. Dans une sorte de nouveau théâtre de la Cruauté.

Comme en réponse à notre monde, débile jusqu’au grotesque, de plus en plus obsédé par les couleurs de peau, l’auteur, Facinet, et la metteuse en scène, Alice Lacharme (lauréate de la Fondation de France), également comédienne dans la pièce et subsidiairement étudiante à Sciences Po, ont eu la riche idée de faire incarner la tragédie guinéenne par les trois couleurs : le Noir (Forbon N’Zakimuena), le Blanc (Alice Lacharme) et le Métis (Julien Béramis). Sans qu’aucun pigment ne commande à un quelconque rôle. Pour mieux désamorcer les manichéismes de comptoir et les délétères antagonismes d’épiderme que favorise un devenir, de longue date, monstrueux et déchiré.

La tragédie du stade de Conakry, en 2009, sous le règne d’abord plein d’espoir, finalement néronien de Dadis Camara, est à la fois la cible et le pivot du spectacle. Quand l’armée guinéenne, jouet d’un pouvoir politique devenu fou, vida ses chargeurs sur la foule, puis viola les femmes avec le canon encore fumant des fusils. Visions atroces, à l’image d’une Afrique martyre depuis des siècles, et d’une Guinée crucifiée par l’Histoire.

Cette Histoire, justement, ConaCrika nous y plonge, dans un mélange étourdissant de sang, de verdure et d’or, de pourriture, de misère et d’amour. Par l’angoisse et par le rire, au gré du jeu impeccable et même magistral de Julien Béramis (Les Nègres, Omar m’a tuer), dont le visage et les muscles vibrent au diapason d’une voix emportée et sans faille.

Dans une lumière crue, entre deux simples caisse et coffre de bois, les siècles défilent, le passé et le présent, l’universel et l’intime se répondent puis s’embrassent, comme les corps des comédiens dans de spectaculaires contorsions, épousailles, cris et danses.

Entre-temps, le colonialisme bouffi de bêtise, remonté des infections esclavagistes du XVIIe siècle, finit par nous tirer des éclats de rire, grâce aux pouffements hilarants de Forbon N’Zakimuena et aux vapeurs gloussantes d’Alice Lacharme, soudain possédés par l’âme d’un bourgeois et d’une marquise très Grand Siècle… Avant de nous confronter à nouveau, en leurs métamorphoses, au spectre de la tyrannie, et lancer finalement le défi du courage, de la révolte et de la vie.

Au cœur du malheur contemporain, un élixir, un vin de palme, une quintessence irradiante et miraculeusement salvatrice…

Alexandre Gerbi


Jusqu’au 28 décembre, du dimanche au mercredi, à 21 heures, au théâtre de la Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, Paris 18e. Métros Pigalle, Abbesses ou Blanche.
Réservations : 01 42 33 42 03






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18 oct. 2011

Ratonnades d’octobre 61 : Le sang comme écran de fumée

Au lendemain du 50e anniversaire...






Ratonnades d’octobre 61 :

Le sang comme écran de fumée





par


Alexandre Gerbi






Il y a cinquante ans hier, les ratonnades du 17 octobre 1961 ensanglantaient les rues de Paris et rougissaient la Seine, sous le haut patronage de Charles de Gaulle.

Pourquoi Charles de Gaulle donna-t-il l’ordre à Maurice Papon, préfet de police de Paris, de procéder à cette répression ultraviolente ?

Officiellement, pour contrer une manifestation pro-FLN, parti indépendantiste algérien, dont le gouvernement de Charles de Gaulle était en principe l’adversaire.

Voici qui semble fort logique… Et pourtant…

A la même époque, le même Charles de Gaulle intensifiait, dans le plus grand secret, sa politique d’alliance avec le FLN. Politique qu’il poussera d’ailleurs à son terme quelque huit mois plus tard, en livrant l’Algérie, Sahara compris, au parti indépendantiste. Alors même que le FLN était vaincu militairement, et connu pour ses méthodes particulièrement barbares (voir par exemple le massacre de Melouza, en 1957), en particulier à l’endroit des Algériens profrançais ou pro-MNA, parti également indépendantiste, mais concurrent, dirigé par Messali Hadj. D’ailleurs, l’Algérie devenue indépendante connaîtra rapidement un gigantesque bain de sang, où des dizaines de milliers d’Algériens, Harkis ou civils profrançais et leurs familles, seront massacrés dans des conditions souvent atroces.

Alors pourquoi Charles de Gaulle a-t-il donné l’ordre de réprimer aussi cruellement une manifestation -interdite - organisée par ses alliés ?

En réalité, les ratonnades du 17 octobre 1961 visaient, pour de Gaulle, à se donner de lui-même, aux yeux de l’opinion publique française, l’image d’un chef politique intraitable avec le FLN, afin de mieux cacher qu’il traitait avec lui, en en faisant son interlocuteur exclusif, et ce au détriment aussi bien du MNA de Messali Hadj que des Pieds-Noirs et, surtout, des millions d’Algériens profrançais.

Autrement dit, les ratonnades du 17 octobre 1961 s’inscrivent dans la liste presque sans fin des diversions qui permirent à Charles de Gaulle, en l’espace de quatre ans (1958-1962), de mener à bien son projet monstrueux : trahir de A à Z ses engagements de 1958, et procéder au démantèlement de l’ensemble franco-africain. Afin d’éviter la « bougnoulisation » (et l’islamisation…) de la France et, d'autre part, d’organiser le néocolonialisme.

Il est donc bon de commémorer les tragiques événements d’octobre 1961. Non seulement au nom des hommes qui perdirent la vie ce jour-là. Mais aussi parce qu’à travers ce qui fut une habile manœuvre d’intoxication de l’opinion publique, c’est la stratégie machiavélique de Charles de Gaulle, ses trahisons et ses mensonges, qui s’illustra alors.

Et qui s’illustrera de nouveau, de façon également radicale et affreuse, le 26 mars 1962 : ce jour-là, rue d’Isly à Alger, c’est cette fois la foule pied-noire qui fera les frais de la stratégie et des méthodes criminelles de Charles de Gaulle : l’armée fera feu à la mitrailleuse, pendant dix minutes, sur la foule manifestant pourtant pacifiquement son soutien à Bab-el-Oued, quartier populaire d’Alger pro-OAS insurgé contre l'indépendance et, pour cela, en état de blocus. Bilan : une cinquantaine de mort et des centaines de blessés. Manifestation, il est vrai, interdite, tout comme celle d'octobre 1961...

Plus encore que les ratonnades de 1961, cet événement, appelé pudiquement « fusillade de la rue d’Isly », fait l’objet d’une large omerta médiatique qu’il est grand temps de briser.

Rendez-vous en mars 2012, pour le cinquantenaire de ce tragique événement. Voir si les médias et les associations de tous bord sauront ne pas faire le tri entre les victimes d'une Histoire délirante...




Alexandre Gerbi







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11 oct. 2011

Conséquences de l'éviction d'Arnaud Montebourg

« Le drame avec les pessimistes,
c’est qu’ils ont souvent raison... »






Conséquences de l’éviction

d’Arnaud Montebourg





par


Alexandre Gerbi






En définitive, Gilbert Comte avait vu juste : la montagne de la Primaire socialiste a accouché d’une souris à deux têtes.

On se frotte les yeux : François Hollande et Martine Aubry sont bel et bien les vainqueurs, haut la main, du premier tour de la primaire socialiste…

A la décharge des votants, les sondages ont évidemment pesé sur le scrutin, en désignant, de bout en bout, François Hollande et Martine Aubry comme vainqueurs obligatoires, mais aussi en sous-évaluant, et partant en bridant les chances du seul challenger crédible désigné par les urnes : Arnaud Montebourg. Car avec 17% des voix, le député de Saône-et-Loire arrive loin derrière les deux premiers mais loin devant les trois autres, y compris Ségolène Royal, reléguée à 7% dans les profondeurs du classement, alors que les instituts de sondages la plaçaient en troisième position…

Avec un score honorable, donc, compte tenu de sondages qui ne l’ont desservi et ont simultanément servi ses adversaires, Arnaud Montebourg n’en est pas moins éliminé. Espérons qu’il saura se servir de ce succès miniature pour instiller un zeste de couleur au grisâtre programme du ou de la prétendant(e) qui sera finalement désigné(e) candidat(e).

Reste un mystère : comment des millions d’électeurs théoriquement de gauche ont-ils pu se déplacer pour voter massivement en faveur de deux candidats bien peu de gauche et, de surcroît, au projet à ce point insipide ? Voilà qui est, en tout cas, très inquiétant pour l’avenir, quand le pays aurait tant besoin de lucidité pour enfin changer d’air…

En attendant…

En attendant, la victoire du binôme Hollande/Aubry arrange bien la droite.

Sarkozy peut se féliciter d’avoir à affronter des adversaires aussi ternes, apparatchiks caricaturaux qui sont, d’ailleurs, tous deux énarques… Dans ces conditions, le grand stratège de l’Elysée peut se prendre à rêver d’un scénario à la Chirac/Jospin en 2002 : à la faveur de l’effondrement d’un candidat socialiste couleur de muraille mis à nu dans sa sidérante vacuité au fil de la campagne présidentielle, Sarko peut désormais espérer se hisser au second tour grâce au matelas incompressible de la droite (aux alentours de 20% minimum), pour affronter… Marine Le Pen ! Et ainsi l’emporter finalement, avec le renfort d’une gauche goûtant une nouvelle fois les joies de la pince à linge…

Quant à Marine Le Pen, interrogée sur le résultat du premier tour de la primaire socialiste (dimanche 9 octobre, JT de 20 heures, France 2) elle s’est ouvertement réjouie de voir que la gauche, qu’elle rêve d’affronter, lui opposera un adversaire aussi semblable à Nicolas Sarkozy, c’est-à-dire totalement inféodé au Système de la mondialisation ultralibérale et antisociale qui exaspère les Français, quand cette exaspération est la force principale de la présidente du FN…

Sous ces angles désastreux pour la gauche et surtout pour le pays, resterait au Front de Gauche à tirer les marrons du feu : car l’intronisation de François Hollande ou de Martine Aubry candidat du PS ouvrira, dans tous les cas et de toute évidence, un boulevard à gauche.

Pour le PCF, le Parti de Gauche et leur représentant Jean-Luc Mélenchon, il s’agit, avec un programme ambitieux, courageux, novateur, alternatif, et pour tout dire révolutionnaire, de damer le pion à un PS plus droitisé et plus conformiste que jamais, afin de le remplacer au second tour. Pour affronter à sa place, en duel, Nicolas Sarkozy... ou Marine Le Pen ! Avec, dans les deux cas, de bonnes chances de l’emporter pour le candidat du Front de Gauche…

Seul problème : à sept mois de l'élection, ce programme reste en grande partie à écrire…



Alexandre Gerbi







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9 oct. 2011

Primaire socialiste : Question de Montebourg ou de mort

Premier tour...




Primaire socialiste :

Question de Montebourg

ou de mort




par


Alexandre Gerbi






10h35. Mon ami Gilbert Comte m’appelle à l’instant pour me dire sa stupéfaction, presque son effroi, devant le spectacle de l’affluence qu’il vient d’observer au bureau de vote près de chez lui (14e arrondissement de Paris), dans le cadre du premier tour de la primaire socialiste qu’il tient pour une absolue mascarade.

D’évidence, si cette affluence devait se confirmer à l’échelle nationale et se solder ce soir par l’arrivée au second tour de Martine Aubry et François Hollande, il y aura de quoi être consterné. Vacuité contre vacuité, l’affluence révélerait la bêtise crasse générale.

En revanche, si le succès effectif de cet étrange scrutin conduit à qualifier Arnaud Montebourg pour la finale, il y aura de quoi se féliciter de la clairvoyance et de la pugnacité des Français, quelle que soit l’indigence du programme du député de Saône-et-Loire. Car par sa simple originalité (au royaume des aveugles et caetera), il écrase sans aucun doute possible celui des deux autres.

Mais mon ami Gilbert Comte pense que si l’hypothèse est merveilleuse, elle est impossible dans l’effondrement général.

Verdict ce soir.



Alexandre Gerbi







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4 oct. 2011

Les Harkis, Sarkozy, De Gaulle et les élites de la République confédérale de Françafrique

Décryptage d'un mensonge dantesque...





Les Harkis, Sarkozy,

De Gaulle et les élites

de la République confédérale

de Françafrique




par


Alexandre Gerbi






Vendredi 23 septembre, sur le plateau de la nouvelle émission de Paris Première intitulée Zemmour & Naulleau, un journaliste de Mediapart, Fabrice Arfi, déclarait que l’affaire Karachi était potentiellement
« le plus grand scandale de la Ve République ». François Bayrou, président du MODEM, lui répondit sans rire que le plus grand scandale de la Ve République, c’était peut-être, selon lui, l’affaire Tapie.

Il convient de répondre à ces deux amnésiques que les affaires Karachi et Tapie ne sont que pipi de chat (et je pèse mes mots, sans mépriser les victimes) comparé au scandale fondateur de la Ve République, dont le grand responsable fut Charles de Gaulle.

La preuve : bien que les faits remontent à bientôt d’un demi-siècle, la Ve République refuse toujours de reconnaître sa responsabilité dans l’holocauste des Harkis et des Algériens francophiles en 1962…

Responsabilité inavouable, parce que cet holocauste fut la phase finale de la plus grande imposture de l’Histoire de France et, par conséquent, du plus grand scandale, d’ailleurs fondateur, du régime actuel : le largage de l’Afrique par Charles de Gaulle, en vue de conjurer le métissage (« bougnoulisation » selon de Gaulle) de la France et de lever toute entrave au néocolonialisme, sur fond d’apartheid organisé à l’échelle intercontinentale…

Le samedi 24 septembre 2011, Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, accompagnés d’une trentaine de marcheurs, ont achevé leur Longue Marche à travers la France. Un périple qui les a conduits, en un mois, de la préfecture de Montpellier aux portes de Paris.

Ce samedi soir-là, partis de Bourg-la-Reine en début de soirée, les marcheurs sont entrés dans Paris, comme promis, avec les flambeaux de la mémoire à la main.

Après avoir traversé les rues de la capitale en scandant « Sarkozy, menteur, De Gaulle, assassin » ou encore « Harkis, Français par le sang versé », le cortège est arrivé aux Invalides, dans la nuit.

Le lendemain, Nicolas Sarkozy présidait pour la première fois depuis son élection la cérémonie annuelle d’hommage aux Harkis. Sans juger bon d’y prononcer le moindre discours, dans une sorte d’ultime injure aux Harkis. Au même moment, les Marcheurs étaient interpellés sur la rive droite par les CRS, tandis qu’ils fonçaient vers l’Arc de Triomphe dans l’espoir de bloquer les Champs-Elysées, faute d’avoir obtenu le droit de venir assister à la cérémonie…

Pourquoi Nicolas Sarkozy continue-t-il de se parjurer et de mentir sur l’Histoire des Harkis ?

Elements de réponse…



Mea culpa : il y a un an, je croyais que de Gaulle n’en avait plus que quelque mois à passer pour le saint homme qu’il ne fut point, hélas, mais alors point du tout. Or je me suis trompé. En ce mois de septembre 2011, bien que dangereusement rongée de l’intérieur, la statue du Commandeur est toujours debout. Et Sarkozy toujours dans son costume de grand prêtre de la Ve République blanciste en ses trésors de tartufferie, sous l’icône du grand homme déifié.

Entièrement soumis au tabou des tabous, l’actuel chef de l’Etat continue donc de pipeauter, pour ne pas écorner l'image du fondateur du régime, qui mériterait pourtant bien plus que quelques égratignures.

Car en réalité, Charles de Gaulle aurait dû être condamné pour haute trahison et crime contre l’humanité. Cette idée a longtemps été soutenue par les adversaires les plus acharnés du Général, en particulier l’OAS (Organisation Armée Secrète), ce qui permit de la cataloguer absurde ou scandaleuse. Pourtant, le crime de haute trahison de Charles de Gaulle est une évidence qui s’impose à l’esprit, si on prend la peine d’examiner les faits. Mais encore faut-il se livrer à cet exercice, d’où l’utilité de l’amnésie bien utile à certains, que nous évoquions en ouverture…

Certes, il est permis de se doucher avec du rire, puisque tout ceci est, finalement, très amusant. Autant d’hypocrisie, autant de soumission, autant de mensonges, énormes, gigantesques et colossaux aux effets forcément cataclysmiques, voilà qui est bel et bien drôlatique… Le pays d’Ubu, qui n’est pas la Pologne, mérite plus que jamais ce grotesque et tubulaire saint patron…

*
* *

On ne le répètera jamais assez : aujourd’hui notoirement connu pour être un raciste de la pire espèce (hors micros, l’homme ne s’en cachait d’ailleurs pas), méprisant les « Bougnoules » à peu près autant que les « Nègres », se défiant comme du choléra des musulmans, le Charles de Gaulle qui sévit à partir de 1958 était aussi un genre de fasciste à caractère machiavélique, jouant sans restriction du mensonge et de la duplicité…

« Le Général a toujours été un ardent républicain et un démocrate scrupuleux ! » s’insurgeront quelques derniers gaullolâtres particulièrement aveugles ou eux-mêmes antidémocrates et antirépublicains. Las ! Qu’il me soit, pour ma part, permis d’en douter, et même davantage…

Scandale que de le dire. Il ne s’agit pourtant là que d’une consternante vérité.

Pour l’illustrer, je m’en tiendrai à quelques grandes lignes :

Charles de Gaulle a totalement subordonné le parlement à un Exécutif réduit, souvent, à sa seule personne, en particulier touchant à la gestion (désastreuse) de l’Affaire algérienne ; il a piétiné la Constitution à de très nombreuses reprises, sur des points fondamentaux et avec des conséquences gravissimes (voir, par exemple, l'Affaire gabonaise et la Loi 60-525, ou encore les discours d’Alger et de Mostaganem confrontés aux confidences à Peyrefitte) ; de Gaulle a ainsi, selon des voies antidémocratiques et ultraviolentes, démantelé la République en mettant au ban de la France les populations ultramarines (Afrique subsaharienne et Algérie), tout en conservant le bénéfice de l’exploitation de leurs terres, par le truchement du néocolonialisme. Tout cela pour, à la fois, préserver l’Hexagone de la « bougnoulisation » et du prétendu « boulet » économique et social subsaharien et maghrébin.

Ce vaste « largage », à la double essence racialiste et néocolonialiste travestie en mirifique « indépendance », fut accompli, répétons-le, au mépris des Institutions, des Lois, des principes républicains et de la démocratie, mais aussi de l’Histoire de France, voire de l’Histoire du monde, comme je l’ai expliqué dans Histoire occultée de la décolonisation, Imposture, refoulements et névroses (Ed. L’Harmattan, 2006).

En outre, pour mieux, à la fois, ensevelir ses mensonges et rendre ses décisions irréversibles, Charles de Gaulle n’a pas hésité à provoquer la mort de centaines de milliers de personnes. Ce fut le génocide des Algériens francophiles, en particulier des Harkis – interdits de rapatriement et livrés en tout connaissance de cause au supplice et à la mort – et les Pieds-Noirs – eux-mêmes menacés, parfois frappés de massacre, et condamnés ainsi à l’exode. Pareils violences et tragédies s’inscrivant, répétons-le, sur fond de démocratie bafouée, de principes transgressés, de manipulations, de duplicité…

Or au lieu d’être destitué et traduit en justice pour haute trahison et crime contre l’humanité, l’auteur du coup d’Etat militaire de mai-juin 1958 parvint à ses fins. Sur ce socle fondamentalement vicié car monstrueux et mensonger, il fonda un régime, le nôtre, la Ve République blanciste, qui tient debout (pour combien de temps encore ?) depuis un demi-siècle.

L’Histoire étant écrite par ses vainqueurs, celle qui nous est racontée depuis lors est donc dictée par Charles de Gaulle, ses alliés, ses successeurs et ses héritiers. Avec d’autant plus de force que le reste du monde fait caisse de résonance, rançon internationale de la trahison, évidemment…

Rien d’étonnant donc à ce que l’histoire qui nous est racontée par le Système, ses médias, ses écoles, ses universités, ses intellectuels, sa classe politique, soit fondamentalement mensongère.

Or rien de sain ne peut se construire sur le mensonge et la trahison. On aurait donc tort de s’étonner que le régime de la Ve République blanciste, moralement corrompu dès son origine, marqué du sceau de l’infamie, du crime et de la transgression, a fini par détruire le pays, après avoir dévasté ses anciens territoires d’Afrique noire et anéanti l’Algérie.

Régime criminel, régime abject, régime pourri dès l’origine, car fondé sur la destruction d’un rêve républicain, égalitaire, antiraciste, laïc et social (cf. les Discours d’Alger et de Mostaganem de Charles de Gaulle, 4 et 6 juin 1958). Ce projet républicain qu’il prétendit d’abord bâtir pour justifier son coup d’Etat, de Gaulle, une fois élu, s’employa à le détruire au profit d’un apartheid organisé à l’échelle intercontinentale. Les territoires d’Afrique demeurèrent en effet, pour l’essentiel, dans la main de l’Etat français, lui-même centralisé à l’Elysée. Réseaux Foccart et barbouzes à l’appui. Et là encore, violence, au besoin ultraviolence à la clef…

Car Charles de Gaulle était de l’ancienne école, celle des généraux de 14. Il faisait peu de cas de la vie humaine, y compris quand les morts se chiffraient par dizaines ou par centaines de milliers. Les Harkis et les Algériens francophiles en savent quelque chose. L’Algérie martyre, aussi. Sans rien dire de l’Afrique subsaharienne.

*
* *

Logiquement, cet ensemble franco-africain qui, par-delà des indépendances de façade, s’est maintenu sans le dire, se dota progressivement, ou plutôt développa des élites et une bourgeoisie communes, partageant le même catéchisme mensonger fabriqué par Charles de Gaulle, ses serviteurs et ses alliés.

Au-delà des indépendances fictives, ce vaste pays qui ne disait pas son nom, ce qu’on pourrait appeler « la République confédérale de Françafrique » ou « la Ve République blanciste » ou encore « la Ve République gaullienne blanciste », nanti de ses dominions africains, avait son gouvernement basé à Paris, précisément à l’Elysée, et ses gouverneurs africains officiellement indépendants mais en réalité vassalisés de gré ou de force. En métropole, les élections demeuraient à peu près démocratiques (sans exclusive de manipulations, via les médias ou le mode de scrutin, par exemple), tandis qu’en Afrique, l’Elysée décidait tout simplement, en dernier ressort, à la place des populations.

Ce vaste pays avait son tissu industriel, il avait sa monnaie pour ainsi dire unique (le franc CFA, portant justement le nom de la monnaie de l’Hexagone auquel il était attaché), ses capitaines d’industrie et ses amis.

Tant qu’à faire, tout ce beau monde mettait sa progéniture dans les mêmes écoles, d’abord la « mission », l’école française, puis le collège, puis le lycée français. Exclusivement entre progéniture de bourgeois africains totalement francisés, et progéniture de Français « expatriés » et le plus souvent bourgeois. Etudes supérieures dans l’Hexagone, ou en Amérique. Ainsi se développa cette bourgeoisie franco-africaine mais aussi franco-maghrébine, élite politique et économique flanquée de ses intellectuels officiels bien d’accord les uns avec les autres sur le bienfondé du divorce franco-africain. Une élite qui partage à la couleur locale près les mêmes codes, les mêmes goûts, les mêmes valeurs. Et surtout le même catéchisme historique et politique.

Adeptes du faites comme je dis et pas comme je fais, elles s’entendent comme larrons en foire, vivent le même french (or american) way of life, barbotent ensemble dans de grandes piscines de champagne et d’argent, dégustent de délicieux et capiteux cocktails, roulent dans de puissantes voitures allemandes, habitent de superbes demeures, considèrent avec le plus grand mépris le petit peuple (qu’il soit noir ou blanc), font affaire dans un français de langue maternel, ont d’ailleurs souvent la nationalité française ou, au besoin, la double nationalité…

Mais cette bourgeoisie commune à tous les Etats de ce que nous avons appelés la République confédérale de Françafrique, cette bourgeoisie franco-africaine ou françafricaine parfaitement unie jusque dans ses mœurs et ses intérêts, cette bourgeoisie françafricaine explique doctement au peuple qu’il doit être séparé, qu’il est très bien qu’il soit séparé, qu’il a toujours voulu être séparé, qu’il s’est battu pour être séparé. Même si tout cela est faux. Les Hexagonaux d’un côté, les Africains de l’autre, ces derniers de préférence balkanisés… Ainsi tout est mis en œuvre par ces bourgeoises parfaitement occidentalisées et/ou américanisées pour que leurs peuples soient les moins unis possible… Pour quelle mystérieuse raison ?

Quoi qu’il en soit, la bourgeoisie, les élites franco-africaines, qu’elles soient hexagonales, maghrébines ou subsahariennes, exaltent à qui mieux-mieux l’indépendance et les luttes de libération – alors qu’elles sont bien placées pour savoir que l’indépendance en Françafrique est une vue de l’esprit qui, si elle vaut pour le peuple qui le sent bien passer, n’est qu’une aimable fiction pour la bourgeoisie franco-africaine ou françafricaine unifiée…

Ainsi va la bourgeoisie franco-africaine ou françafricaine, de collusions symbiotiques en hypocrisie commune, de petites affaires en opulence, de travestissement de l’Histoire en destruction de leur peuple et de leur pays…

Et il faut bien reconnaître que le résultat est là : à force d’abnégation, à force de propagande et de rhétorique, les élites de la République confédérale françafricaine sont parvenues à séparer en divers morceaux le peuple françafricain. Divisé pour être mieux assujetti, exploité, neutralisé, celui-ci est dupe du baratin, tandis que meurent en silence les derniers vieux qui murmuraient que de Gaulle les avait entourloupés alors que l’unité, la fraternité franco-africaine égalitaire était la panacée.

Dans le monde numérique et amnésique, un nouveau monde surgit, débarrassé des chimères fraternelles et républicaines franco-africaines, au profit d’une mondialisation ultralibérale et ultracapitaliste, doublée d’une montée des obscurantismes politiques et religieux tous azimuts (la laïcité et les Lumières sont aussi les grandes victimes du largage gaullien et de ses étranges alliances, en particulier en Algérie…), où le social n’a qu’une très secondaire importance...

La victoire totale. Après un demi-siècle d’un système qui a eu pour effet de basculer l’Afrique dans d’effarantes régressions et chaos économiques, sociaux et politiques, et de reléguer la France au rang de puissance de deuxième et bientôt de troisième catégorie accablée de maux divers, entre effondrement économique, politique, social, moral et culturel, la porte de sortie préconisée par les élites françafricaines est toujours la même, le remède ne change pas : il faut que les différents morceaux déjà tronçonnés et rongés par leurs soins depuis cinquante ans achèvent leur séparation.

Selon une figure à l’extraordinaire audace, la formule magique qui a permis depuis des décennies de démolir et de ravager l’ensemble républicain franco-africain, continue d’être présentée aujourd’hui comme la clef de la situation dramatique qu’elle a pourtant provoqué…

« Comment tirer l’Afrique du sous-développement ? Par l’Indépendance ! En particulier à l’égard de la France ! »

Indépendance, mot toujours élégant (et, du reste, fictif) pour enrober la séparation, elle-même moyen de toutes les aubaines…

Amusant retournement des choses, sous les allures d’une continuité, et vice-versa…

Dans ce courant, évidemment, ceux qui prônent pour aujourd’hui et pour demain l’unité franco-africaine comme réponse aux ravages provoqués par la séparation qui fut imposée, répétons-le, de façon antidémocratique, antirépublicaine et anticonstitutionnelle, entre 1958 et 1962, se font traiter de… néocolonialistes ! Par ceux-là même qui se réclament de l’idéologie de la séparation qui, imposée par Charles de Gaulle au mépris de la démocratie et des principes républicains, y compris au mépris des Africains, a fait des ravages au nord comme au sud de la Méditerranée, et commande la plupart de nos maux…

En attendant, sûr de leur fait, Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah, après avoir assiégé près de deux ans l’Assemblée nationale et le pouvoir sarkozyen, après avoir accompli leur Longue Marche des Harkis à travers la France et avoir été déclaré indésirables aux Invalides, répètent : « Nous irons jusqu’au bout ».


Alexandre Gerbi







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15 sept. 2011

La Longue Marche des Harkis sous l'invraisemblable silence de la Gauche

les chiens aboient...





La Longue Marche des Harkis

sous l'invraisemblable silence

de la Gauche



par


Alexandre Gerbi






Comme annoncé au mois de juillet dans les colonnes d’AgoraVox et sur le blog Fusionnisme, la Longue Marche des Harkis a commencé. Depuis le 22 août 2011, la caravane conduite par Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï a quitté son point de départ, la préfecture de Montpellier, avec pour objectif, après 34 étapes à travers le pays, d’entrer dans Paris dans la nuit du 24 au 25 septembre prochains, flambeaux de la mémoire à la main. Pour faire plier Nicolas Sarkozy.


Après avoir assiégé l’Assemblée nationale et le gouvernement sarkozyen pendant près de deux ans et dans des conditions parfois extrêmement difficiles, Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, ont décidé de passer la vitesse supérieure.

« Comme Sarkozy s’obstine à nous ignorer, explique Zohra, nous ripostons en l’accusant plus que jamais de parjure. Nous voulons maintenant coaliser les Harkis et les Pieds-Noirs, ainsi que tous les Français qui ont la mémoire tenace, pour forcer Nicolas Sarkozy à respecter enfin sa parole de 2007. »

De fait, Nicolas Sarkozy, sixième président de la Ve République blanciste, a commis un mensonge d’Etat.

Flash back. Avril 2007. L’ineffable Sarko, alors en grand besoin de voix pour battre son adversaire socialiste Ségolène Royal, ne reculant devant aucun cynisme et pratiquant sans vergogne le mensonge, n’hésite pas à faire vibrer la corde sensible :

« Les Harkis ont cru en la parole de la France, je serai celui qui tiendrai cette parole ». « Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des Harkis et d'autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance. Afin que l'oubli ne les assassine pas une nouvelle fois. »

Difficile de ne pas relever que pareils accents, hypocrites et électoralement intéressés, font étrangement penser à son illustre devancier, Charles de Gaulle…

D’ailleurs, depuis, le leader de l’UMP, qui a été élu, s’est bien gardé de tenir sa promesse. Hamid Gouraï, en fin juriste, corrige et souligne : « Ce n’est pas une promesse : c’est un engagement. »

On le sait, profonde est la confusion, immenses sont les contradictions qui frappent la classe politique française, dès qu’il s’agit de la « décolonisation », qu’il s’agisse en particulier de celle de l’Algérie ou de l’Afrique subsaharienne…

Résultat, à l’heure qu’il est, alors que la Longue Marche des Harkis devrait bénéficier du soutien de tous les partis politiques français, elle n’a reçu que celui… du Front National !

Pourtant, depuis les origines de leur combat, Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah proclament qu’ils appellent tous les soutiens, d’où qu’ils viennent, dans une union sacrée de tous les Français contre le Système de la Ve République. Leur démarche, expliquent-ils, est apolitique, en ce sens qu’elle n’est ni de droite, ni de gauche, mais qu’elle se fonde simplement sur le droit, en particulier les Droits de l’Homme, l’Histoire, ainsi que sur les principes fondateurs de la République, Liberté, Egalité, Fraternité. Et, bien sûr, la mémoire de leurs pères et l’amour de la France, conformément à une certaine idée de la conscience citoyenne.

Zohra le rappelle : « La France, mais aussi l’Afrique, en particulier l’Algérie, ont été bafouées, trahies, exploitées et défigurées par Charles de Gaulle et ses successeurs, notamment Nicolas Sarkozy. »

C’est ainsi que fidèles à une haute conception de l’humanisme, de la dignité humaine et de la France, pendant leur long et parfois très difficile séjour sur la place Edouard Herriot, sous les fenêtres aveugles du Palais Bourbon, Zohra et Hamid ont accompagné, soutenu et aidé à leur modeste échelle les sans-papiers africains, ouvriers arnaqués, c’est un comble, pendant l’aménagement des nouveaux bâtiments de l’Assemblée nationale… Des déshérités du Système impitoyable de la Ve République blanciste, qui cherchaient, épaulés par la suite notamment par la CGT, à sortir, eux aussi, du mépris d’Etat.

Ce soir, Zohra et Hamid bivouaquent du côté Saint-Pierre-le-Moûtier (Nièvre). Dans leur tente Quechua plantée devant la mairie, sous l’œil de la gendarmerie, ils ont déposé plainte contre le préfet, qui prétend n’avoir jamais reçu leur demande de manifester. En attendant, banderoles et drapeaux tricolores déployés, ils affirment, comme ils le répètent depuis bientôt trois ans d’action ininterrompue, qu’ils iront « jusqu’au bout ».

Il est temps que, fidèle aux encouragements que Marie-George Buffet (PCF), à l’instigation d’André Génissieux (Secrétaire régional du MRAP Languedoc-Roussillon), avait courageusement prodigués dans une lettre aux assiégeurs du Palais Bourbon, il est temps que la Gauche, le Parti Communiste Français, le Parti Socialiste ainsi que les Verts et, pourquoi pas, les partis de l’extrême-gauche trotskiste, apportent leur soutien aux Harkis dans leur lutte contre Nicolas Sarkozy, pour la reconnaissance des mensonges et des crimes de la Ve République blanciste.

La Gauche va-t-elle, une fois de plus, laisser au Front National le monopole de ce qui est bien plus qu’un symbole – comme jadis, on croit rêver, le monopole du drapeau tricolore et de la Marseillaise, pourtant emblèmes de la Révolution française et du peuple soulevé contre la tyrannie ? Alors même que l’élection présidentielle approche, et que les voix seront, comme toujours, âprement comptées. Car selon toutes les études d’opinion, une très large majorité soutient la cause des Harkis…

Reconnaissance de la responsabilité, non pas de la France, mais du gouvernement français, à commencer par son chef, Charles de Gaulle, dans l’holocauste de 60.000 à 200.000 Harkis et Algériens francophiles, ainsi que dans l’exode tragique d’un million de Pieds-Noirs, sur fond de martyre de toute l’Algérie : tel est le combat héroïque de Hamid Gouraï et Zohra Benguerrah.

Qu’il me soit permis d’ajouter, pour ma part : il doit être solennellement reconnu que l’Etat de la Ve République blanciste dirigé par Charles de Gaulle a largué les populations d’Afrique, y compris subsaharienne, en vue de préserver l’Hexagone de la « bougnoulisation » ; mais aussi, en refusant la citoyenneté française (ou franco-africaine) aux Africains et en les dépossédant, au mépris de leur volonté (Loi 60-525), de la démocratie et du cadre protecteur de la République, il a pu mettre en place les conditions du néocolonialisme et l’organiser sans entraves. Les Harkis furent immolés sur l’autel de ce dessein dément et monstrueux. Car ils étaient l’incarnation du rêve de l’unité franco-algérienne et franco-africaine, qu’il fallait, à tout prix, liquider.

En cette rentrée 2011-2012, campagne présidentielle en ligne de mire, tandis qu’à travers Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, les Harkis marchent sur Paris et que la France est plus que jamais sous pression, puisse la Gauche oser défier ce Système tout-puissant qui, jusqu’à présent, tient Nicolas Sarkozy tétanisé.


Alexandre Gerbi







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13 sept. 2011

Comment l'Euro peut (encore) sauver l'Euro... et le reste !

une vis dévisse par vice...





Comment l'Euro peut (encore)


sauver l'Euro... et le reste !



par


Alexandre Gerbi






Il y a un an et demi, en mai 2010, je publiai successivement deux tribunes économiques sur le blog Fusionnisme, et une sous une forme plus courte, dans Rue89, intitulées : « Il faut assujettir la banque centrale européenne » et « Le choix calamiteux de Jean-Claude Trichet, de la BCE et des dirigeants européens ».

J’écrivais alors : « Le Traité constitutionnel européen, rejeté par le peuple français en 2005 puis passé en catimini par Nicolas Sarkozy et ses alliés de gauche en 2007, comportait de nombreuses clauses inacceptables. En particulier l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE). La crise grecque nous confronte à l’absurdité de ce principe, et à son extrême dangerosité. (…)

Pour aider la Grèce, l’Union européenne, ou plutôt la zone euro, en particulier la France et l’Allemagne, mais aussi l’Espagne et surtout le Portugal, sont conviés à jouer les bailleurs de fonds. Une façon, qui se veut habile, de court-circuiter le petit jeu auquel se livrent les agences de notation. Solidarité touchante, mais étrange quand on sait que l’Espagne et le Portugal sont plutôt mal en point, et menacés de dégradation par les très redoutées agences de notation basées à Wall Street, par ailleurs point de départ de la crise financière mondiale…

A ce stade, une question s’impose : à quel niveau d’émission de valeur sans contrepartie (c’est-à-dire sans bons du trésor en échange, contrairement à la pratique habituelle) la BCE provoquerait-elle une dévaluation de l’euro comparable à celle que la crise grecque a provoquée pour l’instant, soit dix à vingt centimes face au dollar US ? (…)

Une rupture de l’Europe avec l’orthodoxie monétaire, par l’assujettissement absolu de la BCE au pouvoir politique, permettrait, en libérant d’immenses moyens jusqu’à présent confisqués, d’ouvrir la voie d’une révolution qui serait peut-être la plus grande de l’histoire de l’humanité. En rendant une force de frappe financière à des Etats européens que la singulière attitude des marchés internationaux et des agences de notation états-uniennes mettent en porte-à-faux.

Alors, préférera-t-on laisser filer l’euro, quitte, en fin de compte, à le voir démanteler et disparaître, sous prétexte – quel paradoxe ! – de le préserver par respect scrupuleux et suicidaire de principes parfaitement contestables ? Tout au contraire, ne ferait-on pas mieux d’utiliser dès à présent ce merveilleux outil qu’est l’euro, encore essentiellement préservé à l’heure qu’il est, pour relancer l’économie européenne et développer ce grand partenaire naturel de l’Europe qu’est l’Afrique ? La science économique et la monnaie ne doivent-elles pas d’abord être envisagées comme des instruments à la disposition du politique, au profit du bien-être du peuple ?

Mais pareille approche impliquerait un courage et surtout une liberté de pensée à l’égard de tous les dogmes. Des qualités qui, depuis longtemps, font cruellement défaut au personnel politique du vieux continent, et nous conduisent au tombeau… »

Dans le second article, je notais :

« S’affranchir de l’orthodoxie monétaire aurait permis de dégager d’importantes liquidités « saines » (quelques dizaines, voire quelques centaines de milliards d’euros) pour colmater immédiatement les brèches budgétaires et relancer les économies des Etats en difficulté, sans faire peser outre mesure l’effort sur les particuliers, mais sur un cours de l’euro d’ailleurs encore inutilement haut. Par la même occasion, l’opération, en assujettissant la BCE aux gouvernements de la zone euro, aurait permis de lancer un signal fort à l’adresse des marchés, en rappelant qui est le vrai maître du jeu. Cerise sur le gâteau, l’opération aurait permis le lancement d’un vaste plan de développement de l’Afrique, partenaire incontournable et prioritaire pour l’Europe, à tout point de vue, y compris éthique et historique.

Le choix de la BCE et des gouvernements européens est exactement inverse : faire peser l’effort sur les Etats et, partant, sur les particuliers, sous prétexte de protéger l’euro. Le tout sans jamais inscrire l’opération dans le cadre d’une stratégie plus vaste... Ce qui risque, en définitive, de provoquer tout de même une chute de la devise européenne dans des proportions plus graves encore.

A l’arrivée, nous risquons d’être perdants sur tous les tableaux. Car l’avantage reste, une fois de plus, dans le camp des marchés et des agences de notation, pourtant responsables dans une large mesure de la crise financière. Avec, en face, les Etats européens, comme toujours égotistes, aveugles ou pusillanimes.

Que l’euro dégringole ou explose en vol, la planche à billet désormais bel et bien interdite, ils seront Gros-Jean comme devant… »

Un an et demi plus tard, où en sommes-nous ?

L’euro s’est à peu près maintenu face au dollar, ce qui pourrait inciter à penser que la monnaie européenne a résisté jusqu’à présent. Résistance en trompe-l’œil, en réalité, car pendant la même période, l’euro s’est écroulé, par exemple, face au franc suisse ou au dollar canadien. Quant au yuan chinois, les grands argentiers du monde, habituellement adeptes de la loi souveraine des Marchés, seraient bien gentils de nous expliquer au nom de quoi ils acceptent que l’Etat chinois le manipule à discrétion, en le maintenant à des niveaux artificiellement bas…

Quoi qu’il en soit, de fait, c’est parce que le dollar, à l’image de l’économie US, s’écroule lui aussi, que l’euro, bien que lui-même en phase d’effondrement, se maintient face à la devise états-unienne… Deux pierres qui chutent en même temps peuvent paraître immobiles l’une par rapport à l’autre…

A l’heure qu’il est, de nombreux économistes prédisent l’implosion prochaine de la zone euro, ou de l’euro lui-même.

Dans cette perspective éventuelle, et pendant qu’il en est encore temps, nous ne saurions trop réitérer les impératifs que nous énoncions il y a un an et demi : assujettissement de la Banque Centrale Européenne (BCE), émission immédiate de 1000 milliards d’euros affectés, pour un tiers, au refinancement à taux 0% de la dette grecque et des autres Etats européens en difficulté (Irlande, Portugal, Espagne…), pour un tiers au lancement de grands travaux en Europe (UE), et pour un dernier tiers au déploiement d’un vaste programme d’enseignement pour les populations africaines (assorti, pourquoi pas, d’un programme de sécurité sociale pour les mêmes populations), en coordination avec des Etats africains volontaires et partenaires pour ce grand projet. Le total des émissions monétaires de la BCE pouvant s’élever à 2000 voire 3000 milliards d’euros sur 5 ans (2011-2016), voire davantage si l’opération se révèle, dans ses applications, encore plus efficiente.

Car bien évidemment, pour éviter que pareil plan n’entraîne une dévaluation excessive (quoique souhaitable si elle est modérée, c’est-à-dire de l’ordre de 20% à 25% face au dollar US) de la monnaie européenne, il conviendra d’utiliser cette manne financière avec discernement, comme je l’ai déjà expliqué dans les articles de 2010 évoqués plus haut. Il conviendra aussi, pour faire pièce aux agences de notation anglo-saxonnes et chinoise, que l’Union Européenne et la BCE reprise en main créent très rapidement une Agence de Notation et d’Evaluation Européenne (ANEE).

A défaut, l’euro risque bel et bien d’exploser, et le retour au franc, préconisé de façon notamment par Marine Le Pen, limitera drastiquement voire nous privera de la planche (à billets) de salut que constitue encore, à l’heure où j’écris ces ligne, la monnaie européenne.

Il nous restera alors nos yeux pour pleurer et regretter amèrement de n’avoir pas su profiter de ce formidable outil qu’est (ou qu’était…) l’euro, et de l’avoir, pour cette raison même, détruit.


Alexandre Gerbi







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9 sept. 2011

Le Triangle des Bermudes de la Présidentielle

Ce que j'ai expliqué ce matin à Eugénie Diecky,
au micro d'Africa N°1...





Le Triangle des Bermudes

de la présidentielle




par


Alexandre Gerbi






En cette rentrée 2011, ce qui me lasse, c’est que tandis que la France est dans une situation lamentable à tout point de vue et qu’il lui faudrait un électrochoc et un changement profond pour espérer s’en sortir, l’élection présidentielle qui se profile, dans sept ou huit mois, semble devoir nous conduire tout droit à ce que j’appellerai le Triangle des Bermudes.

Triangle des Bermudes parce qu’au deuxième tour, sauf coup de théâtre, il faudra faire un choix qui n’en est pas un, entre trois solutions aussi dangereuses les unes que les autres :

- Premièrement, soit réélire Nicolas Sarkozy dont la politique, entre guerres néocolonialistes et soumission au système ultra-libéral, est à l’évidence essentiellement calamiteuse pour le pays.

- Deuxièmement, soit élire le candidat socialiste, a priori Martine Aubry ou François Hollande dont le programme politique est nul au sens propre, c’est-à-dire que c’est un désert d’idée total, à tel point que le PS est d’accord avec Sarkozy sur l’essentiel (Libye, Côte d’Ivoire, Europe, etc.)

- Troisièmement, soit se rabattre sur le Front National de Marine Le Pen, dont les conceptions sont pour la plupart délirantes, et éminemment dangereuses.

Or il se trouve que pour le moment, aucun des « petits » candidats, d’Eva Joly à Jean-Luc Mélenchon en passant par François Bayrou ou Arnaud Chevènement, ne semble avoir le programme nécessaire pour se hisser au second tour et nous épargner ce triangle infernal. Et c’est cela qui est dramatique, cette absence programmée d’un 4e homme (ou d’une 4e femme) et qui nous condamne au fameux « triangle des Bermudes ».

Alors, cause désespérée ? Pas forcément…

Pour déjouer le piège, il faudrait qu’un parti (et un candidat…) se lève avec une grande idée. Une grande idée, c’est-à-dire une vision novatrice qui permette de résoudre tous les aspects de la crise française : social, économique, politique, historique, idéologique... Si un parti se levait avec une pareille grande idée, en particulier à gauche, il s’ouvrirait sans doute un boulevard devant lui.

Quelle est cette grande idée ? Eh bien, tout simplement, car quand on y réfléchit c’est une évidence et pour mille raisons, c’est mettre l’Afrique au centre de la politique française et européenne. C’est cela qu’un candidat doit faire dans le cadre de la campagne présidentielle 2012.

Utopie ? Pas si sûr...


Alexandre Gerbi







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11 juil. 2011

La Longue Marche des Harkis contre le cynisme de Nicolas Sarkozy et les crimes de la Ve République blanciste

Comme la présidentielle approche…



La Longue Marche des Harkis


contre le cynisme de Nicolas Sarkozy


et les crimes de la Ve République


blanciste



par

Alexandre Gerbi



Après avoir assiégé le Palais Bourbon et l’Etat sarkozien pendant presque deux ans, Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï ont décidé de porter la lutte en Province. Pour mieux revenir à Paris, en septembre, après une « Longue Marche » à travers la France. Objectif : vaincre le mutisme et les puissants blocages de la Ve République blanciste et de son serviteur et chef actuel, Nicolas Sarkozy. Pour l’honneur des Harkis.


Tout le drame de la société française est inscrit dans l’ADN de la Ve République blanciste. Notre époque en subit les effets catastrophiques, depuis les banlieues en ébullition jusqu’à la neurasthénie collective, en passant par la relégation économique, le recul social et l’effondrement culturel. Ainsi meurt le pays, à petit feu, de plus en plus affaibli sous les yeux impuissants des Français.

Au nom d’un piège logique effrayant, sous prétexte de maintenir debout la statue de l’intouchable Commandeur qui s’identifia jadis à la France, on finit, suprême paradoxe, par sacrifier la France sur l’autel de Charles de Gaulle…

Mais il est vrai que régime, la Ve République devenue blanciste, érigé sur la trahison de l’esprit de Mai-1958 et partant sur sa propre trahison, a sacrifié depuis longtemps une certaine idée de la France au profit d’une autre, totalement contraire aux principes les plus fondamentaux de la République. On n’est donc plus à ça près…

« De Gaulle et ses petits amis ont détruit la France » explique Zohra. « L’Algérie a été abandonnée à l’ennemi pour des raisons honteuses, on le sait maintenant, mais c’est un tabou que les politiques préfèrent taire, à commencer par Nicolas Sarkozy. »

C’est pourtant un fait historique : à la République franco-africaine égalitaire et sociale prônée dans les années 1950 par les grands leaders africains et l’avant-garde de l’école anthropologique française (à commencer par Claude Lévi-Strauss…), Charles de Gaulle et ses alliés substituèrent la France « blanche, gréco-latine et chrétienne » arrimée à la blanche Europe et à la non moins blanche Amérique. Et essentiellement réduite à l’Hexagone…

C’est dans ce contexte de mise au ban, de largage ou, si l’on préfère, d’arrachement organique de l’Afrique à la France (et réciproquement…) que prend place la tragédie des Harkis.

L’Etat français abandonnait l’Algérie (et l’Afrique en général…) pour éviter la « bougnoulisation » (selon l’élégante formule de Charles de Gaulle…) et l’islamisation de la métropole (se reporter, entre autres perles, à la fameuse citation de De Gaulle sur « Colombey-les-Deux-Mosquées »), ce n’était donc pas pour y accueillir des millions d’Algériens arabo-berbères et musulmans…

Incarnations du rêve d’une Algérie française de l’égalité et de la fraternité que le Général jugeait absurde – même si c’est sous prétexte de la bâtir qu’il s’était emparé du pouvoir, à la faveur des événements du 13 mai 1958 dont lui et ses hommes tiraient les ficelles… – , il ne restait plus aux Harkis, une fois le largage de l’Algérie opéré, qu’à disparaître de la grande scène de l’Histoire, et à payer le prix de leur « erreur ». Au passage, surtout, le reste de l’Algérie se le tiendrait pour dit, elle qui avait sottement acclamé le projet égalitaire annoncé au printemps 1958 par de Gaulle qui, de son aveu même, « finassait »… Mais il est vrai qu’au bout de la route égalitaire, un président arabe, berbère, musulman (ou noir…), pendait au nez de la France blanche, chrétienne et gréco-latine. Le mensonge permit de séduire et d’utiliser ceux-là même qu’il s’agissait d’évincer… Car la fraternité égalitaire dont il se faisait le champion dans ses discours à Alger ou à Mostaganem, on le sait aujourd’hui, Charles de Gaulle n’en voulait à aucun prix.

En livrant les Harkis à la mort, de Gaulle fit donc d’une pierre trois coups : d’abord, cela empêcha des centaines de milliers, voire des millions d’Algériens de venir « bougnouliser » la France (nombre de rescapés furent d’ailleurs enfermés dans des camps de concentration dans le sud de la France) ; ensuite, cela permit, avec l’aide du FLN, de faire rentrer dans le rang les autres Algériens, qui effrayés par les massacres des Harkis et des Algériens francophiles, oublièrent d’urgence, sous peine de mort, leur attachement à l’Algérie française ; cela permit, enfin, d’effacer dans le sang les traces de la trahison gaullienne : en Algérie, chacun étant invité à proclamer qu’il avait toujours été pour l’indépendance et pour le FLN, cette belle unanimité permit d’accréditer la thèse de Charles de Gaulle, selon laquelle sa politique avait répondu à la volonté du peuple algérien. Alors même que ce qu’il fit en Afrique subsaharienne suffit à démontrer que de la volonté des populations d’outre-mer, l’auteur de l’Affaire gabonaise et de la Loi 60-525, mais aussi des Accords d’Evian, n’avait cure…

« L’an prochain, en 2012, l’Etat français va-t-il oser fêter l’indépendance algérienne ? » interroge Hamid Gouraï.

Quand on comprend que le processus de dépossession de la citoyenneté française (ou franco-africaine…) de millions de Français africains, par le dépeçage de l’ensemble franco-africain, consista en la mise en place d’un apartheid à l’échelle intercontinentale, le silence de nos élites politiques et intellectuelles prend tout son sens. Comment, en effet, avouer l’inavouable, et surtout le colossal ? D’autant que le scandale va ne s’arrête pas là. Car nous parlons bien ici de la France, c’est-à-dire censément de la « patrie des Droits de l’Homme » où la démocratie, c'est-à-dire la souveraineté du peuple, est en principe la règle. Or il va sans dire que dans le largage de l’Afrique, la démocratie fut foulée aux pieds (Affaire gabonaise, Loi 60-525, etc.) en même temps que les principes les plus fondamentaux de la République (Liberté, Egalité, Fraternité, et Laïcité).

Face à l’ampleur inouïe du scandale, la classe politique et médiatique joue donc la carte de l’omerta. Et Nicolas Sarkozy s’obstine à trahir ses engagements de 2007. Alors candidat en campagne, il avait solennellement déclaré :

« Les Harkis ont cru en la parole de la France, je serai celui qui tiendrai cette parole ». « Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des Harkis et d'autres milliers de musulmans français qui lui avaient fait confiance. Afin que l'oubli ne les assassine pas une nouvelle fois. »

Avide de voix à la veille d’une élection à l’issue encore incertaine, le candidat Sarkozy n’hésitait pas à faire vibrer la corde sensible. Avec plus de quatre ans de recul, il faut bien constater que l’actuel président de la République se contentait alors de mentir aux Harkis, à la manière de son illustre prédécesseur. Au gré d’un cynisme que pareille mise en abyme rend tout bonnement effarant…

C’est en réponse à cette parole trahie par l’actuel président de la République, à cette incroyable marque de mépris mêlée d’injure (somme toute logique de la part de l’actuel chef du Système de la Ve République blanciste…), que Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, ont décidé d’organiser la résistance contre Nicolas Sarkozy. Leur espoir : soulever la France, qu’elle soit Harkie, Pied-Noir ou simplement compatriote. A l’heure où les Français semblent anesthésiés par un Système complètement bloqué qui les manipule, les exploite et les traîne dans la boue pour mieux les conduire droit dans le mur, Zohra et Hamid sont-ils donc de grands naïfs ?

Pour eux, la question ne se pose pas en ces termes : ils défendent la mémoire de leurs pères, en même temps qu’une certaine idée de la France, qui n’était pas celle de Charles de Gaulle…

Pendant plus d’un an et demi, à partir de mai 2009, Zohra et Hamid ont assiégé l’Assemblée nationale, vivant sur la place Edouard Herriot et subissant jour après jour les persécutions du système sarkozien. Avec en point d’orgue la saisie de leur véhicule, pour un motif fallacieux. Mais il est vrai que le break Xantia Citroën leur servait d’abri et même de « maison », et cela, l’Elysée le savait...

Après quasiment deux ans de vie sous les fenêtres du Palais-Bourbon et dans des conditions certains jours extrêmement difficiles (en particulier après la saisie du véhicule…), constatant que Nicolas Sarkozy était déterminé à maintenir son parjure, ils ont décidé de porter le combat en Province. Pour mieux revenir à Paris au mois de septembre prochain, c’est-à-dire six mois avant l’élection présidentielle, qui obsède tant Nicolas Sarkozy…

Ayant quitté Paris fin mars pour un grand colloque Harkis/Pieds-Noirs organisé à Montpellier, Zohra et Hamid ont depuis, outre plusieurs manifestations dans le sud de la France, bloqué, le 2 avril 2011, quatorze trains en gare de Nîmes. Puis le 14 mai 2011, cette fois à Montpellier, toujours aux cris de : « De Gaulle, assassin ! Sarko, menteur ! », ils ont bloqué les TER pendant deux heures.

« Le 11 juin, explique Hamid, on a manifesté aussi à Albi, puis le 2 juillet, on est passé à l’action : on a soulevé les barrières automatiques du péage du viaduc de Millau : gratuité pour tous les véhicules. On distribuait des tracts, les gens étaient contents. Drapeaux tricolores, chants des Africains, tout le folklore. Nous allons renforcer les opérations coup de poing tout au long du mois de juillet. »

A chaque fois, ils ont accompagné leur action d’échanges avec les passants, presque toujours favorables (dans les enquêtes d’opinion, 80% des Français soutiennent la lutte des Harkis) pour les sensibiliser un peu plus à leur cause. Petit à petit, les énergies se fédèrent, malgré le silence médiatique…

Enfin, après cette série d’actions, le 22 août, Zohra, Hamid et leurs compagnons entameront « La Longue Marche des Harkis, Pieds-Noirs et compatriotes », qui les conduira de Montpellier jusqu’à Paris.

Le 22 août, le départ sera donné à la préfecture de Montpellier, à 7h du matin. Pour un périple de 34 jours de marche, qui les conduira jusqu’à l’Assemblée nationale. En passant notamment par Nîmes, Castillon-du-Gard, Bagnols-sur-Cèze, Pont-Saint-Esprit, Bollène, Montélimar, Valence, Saint-Valier-sur-Rhône, Saint-Etienne, Clermont-Ferrand, Aigueperse, Moulins, Bourges, Orléans, Etampes, Bourg-la-Reine.

Hamid précise :« Seule la mairie de Saint-Vallier-sur-Rhône nous refuse l’hébergement, sous prétexte de travaux dans les infrastructures… », avant d’ajouter : « Mais nous avons reçu le soutien de plusieurs hommes politiques : j’ai parlé avec M. Daniel Colin, ancien député UDF, membre honoraire de l’Assemblée nationale, qui m’a dit : « La France doit bien cela aux Harkis, je serai à vos côtés ». Les députés Jean-Louis Touraine du PS ainsi que le député UMP Pierre Morel-à-l’Huissier nous soutiennent aussi. Mais il y en a d’autres. Marie-Georges Buffet aussi soutient la lutte des Harkis. Sans oublier Jean-Marie Le Pen, qui était venu nous rendre visite et nous soutenir pendant le siège de l’Assemblée nationale. Nous fédérons les énergies, nous poursuivons la lutte et nous gagnerons, car notre cause est juste et nous sommes de plus en plus forts. »

Zohra renchérit : « Que tous ceux qui se sentent concernés, Harkis, Pieds-Noirs ou tout Français, nous rejoignent. Qu’ils montrent leur détermination. C’est nos pères en même temps que la France que nous défendons. On aime la France, une certaine idée de la France, qui n’était pas celle de Charles de Gaulle. Les hommes politiques ont vendu leur patrie en échange des privilèges », scande Zohra. « La France, moi, je ne la vends pas, je l’aime et je la défends »

Conscient de l’ampleur de l’enjeu et des chausse-trapes dont la Ve République est spécialiste, Hamid souligne : « Il n’est pas question de laisser Nicolas Sarkozy entourlouper son monde. Ce n’est pas la responsabilité de la France que Sarkozy doit reconnaître, c’est la responsabilité de l’Etat français, en particulier celle de Charles de Gaulle et de son gouvernement. Car dans cette affaire, la France a été victime, comme les Harkis, les Algériens francophiles et les Pieds-Noirs. Accuser la France comme le fait Sarkozy, c’est à la fois insulter la Nation, et épargner les vrais coupables ! Le coupable, je le répète, ce n’est pas la France : c’est l’Etat français et son chef, Charles de Gaulle. C’est cela que Sarkozy doit reconnaître, et pas autre chose. »

Au trente-troisième jour de marche, Zohra, Hamid et tous ceux qui auront rejoint leur « Longue marche » bivouaqueront à Bourg-la-Reine. Veillée d’armes. Le lendemain, 24 septembre, en début de soirée, ils quitteront cette dernière ville-étape pour Paris.

Arrivée prévue à l’Assemblée Nationale dans la nuit, flambeaux à la main, vers 1 heure du matin. « Les flambeaux allumés de nos pères », explique Zohra, la voix chargée d’émotion.

Le lendemain, 25 septembre, ils se rendront aux Invalides, pour la cérémonie annuelle d’hommage aux Harkis. Puis ils pousseront jusqu’aux Champs-Elysées, pour déposer une gerbe sous l’Arc de Triomphe, sur la tombe du soldat inconnu. En hommage à la mémoire des Harkis et, à travers eux, à celle des innombrables martyrs de la politique antirépublicaine, antidémocratique et anticonstitutionnelle, en un mot vastement criminelle, de Charles de Gaulle.

Un hommage particulier sera rendu à la mémoire du député socialiste Patrick Roy, emporté par un cancer en mai dernier. Le député du Nord avait posé la question à Hubert Falco, le 29 décembre 2009 : « M. Patrick Roy attire l’attention de M. le secrétaire d’Etat à la défense et aux anciens combattants sur les engagements pris par la candidat Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de la reconnaissance officielle de la responsabilité de la France quant au traitement infligé aux anciens Harkis et à leurs familles depuis la fin de la guerre d’Algérie. Il lui demande quelles mesures il compte prendre en la matière. »

La réponse d’Hubert Falco ayant esquivé le fond de la question, Patrick Roy l’a réitérée les 27 avril 2010 et 21 septembre 2010. En vain. Le député Patrick Roy est mort sans avoir obtenu de réponse…

Alexandre Gerbi

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