24 mai 2016

Article "Crise française : sources inavouables pour une issue fraternelle" publié dans la revue Lignes (n°50, mai 2016).

"Crise française : sources inavouables pour une issue fraternelle"

Un très grand merci à Sophie Wahnich, historienne, spécialiste de la Révolution française, conceptrice et coordinatrice de ce numéro, et à Michel Surya, écrivain, spécialiste de Georges Bataille, membre fondateur et directeur de la revue, d'avoir ouvert Lignes (n°50, mai 2016, intitulé Après-coups de l'histoire, Symptômes et issues) aux recherches exposées depuis 2006 sur le blog Fusionnisme. 

Puisse la prestigieuse revue Lignes contribuer à faire triompher cette thèse à contre-courant sur la prétendue décolonisation, thèse qui continue de faire, dans la France soi-disant socialiste de l'an 2016, l'objet d'une omerta politico-médiatique intégrale, malgré l'amplification de la crise qui mine le Pays, mais aussi l'Afrique, l'Europe et le monde, depuis de nombreuses années...



APRÈS-COUPS DE L’HISTOIRE : SYMPTÔMES ET ISSUES 

Revue Lignes n°50 

Contributeurs : Sophie Wahnich, Zeev Sternhell, Didier Leschi, Jérémy Guedj, Cécile Wajsbrot, Alexandre Gerbi, Fethi Benslama, Adèle Côte, Jacob Rogozinski,Sidi Mohammed Barkat, René Major, Juan Branco 


Cinq mots-clés, cinq mots forts, d’hier et d’aujourd’hui, d’aujourd’hui parce que leur hier est resté en partie impensé, comme autant de symptômes d’un passé qui ne passe pas, cherchant chacun une issue : « fascisme », « antisémitisme », « collaboration », « musulman » et « colonialisme ». Pour que cesse l’infernale répétition de leurs effets. 

De grandes commotions ont troublé l’histoire du XXe siècle en France, en Europe et dans le monde. Deux guerres mondiales, des guerres coloniales et de décolonisation, plusieurs génocides. De grandes « tyrannies » – dans le vocabulaire du XVIIIe siècle – ont mis à mal la liberté des peuples et, au nom de la race, ont ainsi mis à mal la conviction que l’humanité est une et faite de semblables égaux. 

Dans l’après-coup de toute grande commotion, les sociétés doivent inventer et articuler des pratiques privées, des pratiques sociales, des politiques qui leur permettent de se réunifier ou de se refonder. Saint-Just affirmait ainsi, pour parler des malheurs de son temps produits par la contre-révolution, que « ceux qui survivent aux grands crimes sont condamnés à les réparer. » Sans cette réparation, la discontinuité de l’expérience passée se répète dans l’expérience présente et conduit, d’une part, des contemporains à ne plus pouvoir faire lien, à ne plus partager le même rapport sensible au monde, d’autre part, à répéter parfois sans le savoir ce qui a fondé cette déliaison. L’histoire n’est pas rejouée sciemment, mais elle rejoue comme on dit qu’une faille rejoue. 

L’histoire alors se répète mais non à la manière des mauvaises farces gaussées par Marx qui fustige des imitations ridicules, à la manière plutôt d’un cauchemar où l’histoire agit en sous-main et dans l’après coup. L’après-coup n’est pas alors une simple « suite », « l’après » de la traduction de l’aftermath anglo-saxon. Il est le moment où le trauma historique revient frapper à la porte du sujet ou de la société. Dans la chaîne temporelle, l’événement traumatique a implanté un message qui demeure énigmatique, sur le coup comme pour les générations qui suivent. Et c’est ce message qui, soumis à des tentatives d’élucidation successives, fabrique des bouclages du temps du passé vers le futur et du présent vers le passé. Il faut retourner y voir pour comprendre comment des fantômes prennent en main la vie des vivants sans qu’ils le sachent, sans qu’ils veuillent même parfois le savoir. 

Ces fantômes ont des noms saillants qui fabriquent aujourd’hui en France ce qu’on appelle des querelles de mots, des querelles importantes donc. Nous nous arrêterons dans ce numéro de Lignes sur ces mots qui dessinent aussi des séquences de l’histoire ou parfois les traversent : les années trente bien sûr, puis la Seconde Guerre mondiale, puis les années 1960 qui sont réputées en finir avec la séquence 1945-1960 où un autre monde avait été rêvé et espéré. 

Le premier de ces mots : « fascisme ». Fétiche nécessaire à brandir pour les uns afin de lui faire jouer le rôle d’avertisseur d’incendie, de le repérer, de le conjurer. Fétiche inquiétant pour les autres qui ne veulent en entendre parler que pour lui dénier toute réalité spécifique en France. Mais quand un tel mot fait peur, que souhaite-t-on refouler de l’histoire traumatique ? Que souhaite-t-on accepter de l’histoire présente ? 

Le second : « antisémitisme ». Il aura fallu dix ans pour que la remontée de l’antisémitisme ne soit plus possible à cacher. En 1997, Lionel Jospin face à des statistiques accablantes sur la montée en puissance des actes antisémites, avait fabriqué un tabou. Peur de produire par le dévoilement d’une telle situation la possibilité de la voir perdurer ? A-t-il pensé que cela faisait honte à son gouvernement ? À son pays ? Le tabou n’a pas eu raison des faits. Certains se plaignent aujourd’hui d’un « philosémitisme d’État ». Revient-il seulement à l’État et à ses appareillages de ne pas accepter cette répétition-là ? Comment la mise en équivalence de l’islamophobie et de l’antisémitisme conduit-elle à produire d’un même mouvement une rivalité et une occultation ? 

Le mot suivant : « musulman », est pris dans une nouvelle polysémie. Il sert en effet à la fois à désigner un segment social – les Français qui portent d’une manière filiale l’expérience et la mémoire de l’oppression coloniale –, un segment religieux – ceux qui pratiquent l’islam –, et un segment culturel – ceux qui se sentent appartenir à cette communauté musulmane sans pour autant être toujours croyants. Le mot « islamophobie » porte à son tour à confusion de sens. Qu’est-ce que le récuser, qu’est ce que le revendiquer ? 

Le quatrième : « collaboration », sera envisagé sous son euphémisation : accommodement. Il faut bien savoir s’adapter à de nouvelles situations historiques quand on est un notable, un savant, un administrateur. Le principe dit de réalité dessine une pragmatique des carrières. Qu’est ce que cette compétence à l’accommodement a livré à notre époque ? De quel renoncement fondateur sont tissées les décisions prises par nos dites élites au nom du principe de réalité ? Quels plis de l’histoire permettraient d’éclairer ces manières d’agir ? 

Enfin le dernier mot que nous voulons explorer : « colonialisme », pris entre ceux qui veulent encore le faire reconnaître comme un bienfait et ceux qui demandent qu’il soit pleinement reconnu comme crime contre l’humanité. Il a des avatars : post-colonial, décolonial. Il s’agit d’interroger ce que ce rapport de domination coloniale, plusieurs fois dénié, nous a livré comme nœud gordien. 

Les articles de ce numéro analysent donc des symptômes du présent à la lumière des symptômes du passé, ou des situations passées qui résonnent dans le présent. Mais il ne s’agit pas de s’en tenir au constat mais de proposer un pas de plus, un pas imaginatif qui dessinera des issues, une bifurcation c’est-à-dire des utopies qui permettraient de faire cesser cette infernale répétition. 

Numéro pensé et conçu par Sophie Wahnich 

Table 

Sophie Wahnich, Présentation 

Zeev Sternhell, Le fascisme en France : entre refoulement et oubli 
Didier Leschi, Les Croix-de-Feu et La Rocque : la tentation autoritaire à la française 
Jérémy Guedj, Le fascisme ne reviendra pas ? Du phénomène au mot, une histoire de contrecoups sans fin 
Cécile Wajsbrot, Avec une minuscule 
Alexandre Gerbi, Crise française : sources inavouables pour une issue fraternelle 
Fethi Benslama, L’invention de l’islamisme. Une utopie antipolitique 
Adèle Côte, Le FN à Carpentras ou la croisade plein sud… 
Jacob Rogozinski, Terre sans retour (I)
Sophie Wahnich, Face à l’oppression, un peuple impassible, comme absenté à lui-même 

LES ATTENTATS, LA PENSÉE (2) 

Sidi Mohammed Barkat, Après le 13 novembre 2015. Le triomphe du dogme de l’identité 
René Major, Des fantômes qui nous hantent 
Juan Branco, DAESH

Le site de la revue Lignes

27 oct. 2015

Histoire inavouable de la Ve République, De la révolution inversée au désastre contemporain, Editions L'Harmattan, 2015.

Vient de paraître, 

aux éditions L'Harmattan.

Bonne lecture...





12 févr. 2015

« La France ne serait plus la France » et « Apartheid » : Décryptage de deux énormes « lapsus » de Manuel Valls




« La France ne serait plus la France » 

et « Apartheid » : 


Décryptage 

de deux énormes « lapsus » 

de Manuel Valls




par

Alexandre Gerbi







Un mois après les attentats de Paris, les grands tabous de la Ve République demeurent, même s’ils ont affleuré dans deux jolis « lapsus » gouvernementaux. Analyse d’un étrange phénomène psychologique et sémantique qui frappe un régime et un pays au bord de l’explosion…

Après les massacres de Charlie-Hebdo, de Montrouge et de la porte de Vincennes, les médias nous avaient solennellement promis un changement de « logiciel ». Afin, avaient-ils expliqué gravement, de ne pas commettre à nouveau les erreurs qui avaient conduit à cette horreur… Autant dire qu’ils nous promettaient une révolution copernicienne ! Car le déni de réalité et le règne de l’omerta qui, depuis des décennies, caractérisent en France les médias d’Etat et la quasi-totalité de la presse subventionnée (du Monde à France Inter en passant par France2 et Libération) sont à la hauteur de la tragédie : effroyables…

Les ratés du « logiciel » 

Bien sûr, avec un mois de recul, quelques déblocages ont eu lieu. Vu l’ampleur du séisme, c’est le moins qu’on pouvait attendre. Mais pour autant, la révolution annoncée ne s’est pas produite. D’ailleurs, dès le lendemain de la grande marche du dimanche 11 janvier, tandis que la presse répétait en boucle qu’elle allait rompre avec ses vieux démons, la même presse retombait aussitôt dans son vice : les médias unanimes célébrèrent la formidable union nationale dont la manifestation géante avait témoigné, en semblant ne pas avoir vu que les musulmans y étaient fort rares, et que c’est essentiellement la France « blanche » qui peuplait les cortèges. Il fallut trois jours et, on le devine, d’intenses conférences de rédactions, pour qu’à l’image d’un Yves Calvi dans C dans l’air sur France 5, les médias se résolvent à reconnaître, du bout des lèvres, que la France des « cités » avait boudé le défilé. Ce qu’au demeurant, tout participant à la marche avait constaté de ses yeux dès le dimanche. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le « nouveau logiciel » médiatique peinait au démarrage. Mais le meilleur restait à venir…

La vraie cause (secrète) de la crise française 

Depuis des années, je me suis évertué, à travers livres (notamment Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, éd. L'Harmattan), articles, colloques, à proposer des clefs essentielles, pour ainsi dire jamais évoquées mais indispensables pour comprendre la crise qui ronge la France. Dans mes ouvrages, j’analyse la manière dont, depuis un demi-siècle, l’histoire de la décolonisation, qui engendra la Ve République, est travestie en profondeur par l’Etat français et ses alliés. Je montre que la source première des malheurs de la France réside dans cette page falsifiée et néanmoins cruciale de notre histoire récente, dont les effets sont multiples, et touchent de nombreux domaines. A commencer par la crise d’identité collective et les échecs de l’intégration des populations prétendument « issues de l’immigration », venues en réalité pour l’essentiel, qu’on le veuille ou non, des anciens territoires français d’Afrique, et notamment d’Algérie. Mes travaux expliquent comment le général de Gaulle entre 1958 et 1962, après avoir copieusement menti au peuple et violé à maintes reprises la constitution sur des points fondamentaux, imposa, sans les consulter, l’indépendance aux populations d’Afrique. Je montre que celle-ci, contrairement à la légende, souhaitait maintenir des liens étroits et organiques avec la France et la République, une option que par un mélange de racisme, de considérations civilisationnelles et de calculs financiers, de Gaulle rejeta.

Persistance de l’omerta 

Ce refus gaullien prit la forme d’une trahison politique et institutionnelle de nature gravissime, mais ne fut jamais admise comme telle par la Ve République. Et ce malgré cinquante ans de recul, et malgré les dégâts que cette vaste machination continue de provoquer, dont la catastrophe des banlieues n’est qu’un des aspects. Voilà ce que mes travaux essayent d’expliquer le plus rigoureusement possible. Il va sans dire que les médias ne m’ont que très peu donné la parole, et n’ont pas davantage jugé opportun de me la donner depuis un mois. Qu’on ne me donne pas la parole n’est évidemment pas grave en soi. En revanche, ce qui l’est nettement plus, c’est que la thèse que le Club Novation Franco-Africaine défend lui aussi, n’ait pas affleuré une seule fois depuis trois semaines, alors qu’on nous promettait à grands sons de trompes, jour après jour, un débat enfin libre et non faussé. Heureusement les choses ont leur cohérence… et leurs malices ! Car bien que la mémoire du « largage » de l’Afrique par l’Etat gaullien brille par son absence aujourd’hui comme hier, Manuel Valls s’est livré, en ces occasions, à deux « lapsus » particulièrement savoureux.

Quelle « France ne serait plus la France » ? 

D’abord devant le supermarché Hypercacher, porte de Vincennes à Paris, où le Premier ministre déclara que « sans les juifs de France, la France ne serait plus la France. ». Formule reprise, quelques jours plus tard, à Jérusalem, par Ségolène Royal. Singuliers échos, pour le moins, à la célèbre confidence du Général à Alain Peyrefitte, expliquant, en 1959, sa volonté de se « dégager » de l’Algérie et du reste : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns (…) mais il faut qu’ils restent une petite minorité (…) sinon la France ne serait plus la France, mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises mais Colombey-les-Deux-Mosquées. » Les « bruns » étant des Arabes dans la phrase de De Gaulle, on peut relever que la phrase de Valls est une sorte de citation modifiée, où les « juifs » remplacent les « jaunes », les « noirs » et les « bruns », ces deux dernières catégories coïncidant avec l’origine des tueurs Coulibaly et Kouachi, respectivement d’origine malienne (le Mali est l’ancien Soudan français) et algérienne (anciens départements français), et musulmans... On notera aussi, autre curiosité, l’inversion du sens dans le « lapsus » vallsien, puisque selon De Gaulle, trop des uns ferait que la France cesserait d’être elle-même, quand à un demi-siècle de distance, d’après l’actuel Premier ministre, c’est l’absence des autres qui défigurerait ladite France…

Apartheid, dessein gaullien

Le second « lapsus » de Manuel Valls est peut-être plus troublant encore. Manuel Valls a cru bon de dénoncer un « apartheid » en France. Comme beaucoup l’ont relevé, parfois en s’en offusquant, ce terme est impropre, puisque la ségrégation qui, de fait, clive actuellement en profondeur, et chaque jour davantage, la société française, n’a pas été le fruit d’une volonté des pouvoirs publics. Au contraire, l’Etat et ses services ont, depuis trente ans, déployé toutes sortes d’efforts pour tenter de l’endiguer, notamment à coups de milliards, en vain (ironie du sort, Oncle Bernard, s’opposant à Tignous, lui aurait rappelé avant l’irruption des tueurs dans la conférence de rédaction de Charlie-Hebdo, que la France avait « beaucoup fait pour ses banlieues »…). Au demeurant, la remarque de Valls relève du « lapsus » révélateur. Car si cette fracture de la société française n’est pas le résultat d’un apartheid voulu par l’Etat français dans l’Hexagone, en revanche elle est bel et bien la projection, sur le territoire métropolitain, de l’apartheid, bien réel celui-ci, qu’a organisé l’Etat français avec la décolonisation gaullienne. En effet, en imposant une indépendance fictive aux territoires d’Afrique, de Gaulle a mis en place de véritables « bantoustans » dont l’Elysée, jusque bien après la disparition du grand homme, a gardé le contrôle. En confiant la direction de ces « bantoustans » à des hommes triés sur le volet, tantôt soutenus, tantôt déboulonnés en fonction des besoins. Cet apartheid organisé à l’échelle intercontinentale, ayant en commun avec son « modèle » sud-africain de maintenir sous le joug d’un Etat, dans le cas français via le néocolonialisme, des entités ségréguées en fonction de critères raciaux. A la fois pour les empêcher de se mélanger, mais aussi dans un but d’exploitation économique. Ce modèle qui pose l’Africain comme non-Français car non-Blanc, non-gréco-latin et non-chrétien, et qui décida des contours de la France néocolonialiste contemporaine (l’Hexagone d’un côté, les anciens territoires d’Afrique de l’autre), s’est projeté dans les « cités ». Il fut nourri de la légende, développée par l’Etat français, d’une indépendance désirée et arrachée par l’Afrique, illustrée par les deux figures antagoniques de l’indépendantiste ennemi de la France présenté en héros (le fellagha ou moudjahid assimilé au glorieux résistant) et du partisan de la France dépeint comme un traître (le harki, assimilé à l’infâme collabo). L’Etat français avait, du moins en apparence, tout intérêt à maquiller le honteux largage en victoire du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et les « indépendances » (le plus souvent fictives) en triomphe de la liberté. Avec la complicité, en Algérie, du FLN déclaré seul vainqueur et rendu maître exclusif du pays, avec pour mission d’imposer cette vision des choses, par la terreur et dans le sang, à la population, en procédant à une véritable « défrancisation » sur fond d’« arabisation » et d’« islamisation », et d’élimination des francophiles, militaires ou civils, avec la bénédiction du parrain français. L’opération a parfaitement fonctionné, non seulement en Algérie mais aussi, faut-il s’en étonner, dans les banlieues françaises soumises au double feu du FLN et de l’Etat français. A telle enseigne qu’aujourd’hui, nul ne se rappelle avoir eu le moindre ancêtre favorable à l’unité franco-algérienne, tandis que tous revendiquent, anecdote familiale à l’appui, au moins un aïeul fellagha et souvent plusieurs…

Urgence vitale du « grand déballage » 

Quoi qu’il en soit, tandis que l’omerta continue d’être la règle, faut-il voir dans ces deux « lapsus » de Manuel Valls, Premier ministre, le signe d’une remontée inéluctable et puissante de l’inconscient national ? La France du Système va-t-elle enfin accepter de s’allonger sur le divan pour dire à haute voix tout ce qu’elle a sur le cœur ? Ou bien le grand mensonge va-t-il continuer de prospérer et d’accomplir ses ravages ? Réponse dans les mois et les années à venir, puisque le « déballage vital » qu’il s’agit d’accomplir est énorme et même colossal, et que le « nouveau logiciel » a l’air tellement difficile à démarrer. Mais il faut le répéter : plus que jamais, pour la France, la paix civile en dépend. Sa survie peut-être aussi. D’urgence…

Alexandre Gerbi

22 oct. 2014

Zone Euro : Pourquoi le plan Junker/Macron échouera et ce qu'il faudrait vraiment (enfin) faire




Zone Euro :

Pourquoi le plan 

Junker/Macron échouera

et ce qu'il faudrait 

vraiment (enfin) faire




par

Alexandre Gerbi







300 milliards ! Si elle était destinée à faire tout plein d’effet, la double annonce par Jean-Claude Junker et Emmanuel Macron, à quelques jours de distance, d’un plan d’investissement ou d’un « new deal » européen, sera une nouvelle manière de ne rien régler sur le fond. La solution est pourtant là, à portée de main. Et depuis des années. Explication.

A quelque chose, malheur est bon. Si elle n’engendrait pas d’innombrables malheurs individuels et collectifs, la crise économique et sociale qui n’arrête pas de ronger l’Europe – même l’Allemagne semble touchée à son tour – serait une excellente chose : car elle met les dirigeants européens sous pression.

Une pression qui devrait conduire ceux qui nous servent d’ubuesques chefs à réviser la constitution européenne, afin de mettre fin immédiatement à l’indépendance de la Banque Centrale Européenne (BCE), actuellement dirigée par un transfuge de Goldman Sachs, Mario Draghi. En effet, d’un point de vue républicain, rien ne justifie que la BCE échappe au(x) peuple(s), ni a fortiori qu’elle soit entre les mains de ses ennemis. La monnaie, instrument régalien par excellence, doit être soumise au pouvoir politique, lui-même émanation de la volonté populaire. Si tel n’est pas le cas, alors c’est le début de la tyrannie, pardon, de la technocratie. Laquelle n’est nullement légitime à détenir ce pouvoir exorbitant, puisqu’elle n’est pas représentante du peuple qui, lui, est source de toute souveraineté.

Ce sont là des évidences, du moins lorsqu’on est républicain et démocrate. De là à en conclure que ceux qui nous gouvernent, et qui sont partie prenante dans cette situation aberrante qui veut que la BCE soit indépendante, ne sont ni démocrates, ni républicains, il n’y a qu’un pas. Un pas que permet de franchir la façon dont a été voté par le congrès UMPS, sous la houlette de Sarkozy, le traité de Lisbonne en 2008, au mépris de la volonté populaire exprimée clairement par référendum en 2005. Faut-il vraiment s’étonner qu’un traité voté au mépris de la volonté populaire dépossède le peuple de la maîtrise d’un des principaux outils de sa souveraineté : la monnaie ?

A quelque chose, malheur est bon, disions-nous. La politique désastreuse de la BCE conduit l’Union Européenne au naufrage économique et social. Et en retour, à force de durer, la crise accroît chaque jour un peu plus ses désastres. Au point que les dirigeants européens, bien qu’ultralibéraux, finissent par se sentir acculés à envisager, enfin, une politique de relance. Jean-Claude Junker parle d’un plan de grands travaux financé à hauteur de 300 milliards d’euros. Et dans la foulée, l’ineffable Emmanuel Macron d’appeler de ses vœux un « new deal » (en anglais dans le texte, forcément) européen. Au passage, on apprend qu’il faut être très intelligent (puisque Macron l’est, nous a-t-on rabâché) pour être un perroquet.

Evidemment, je ne puis que concéder que le principe d’un plan de relance est bon, puisqu’il conduit la Commission Européenne (CE) à se rapprocher des préconisations que j’ai exposées dans Rue89 puis dans AgoraVox depuis bientôt cinq ans (voir ici :123).

Au demeurant, ce projet Junker/Macron est très insuffisant, et par conséquent mauvais. Il ne permettra, au mieux, que de limiter la casse, et non pas de relancer l’Europe dans une grande dynamique qui lui permette de résoudre non seulement ses difficultés économiques, mais aussi ses impasses sociales, idéologiques et civilisationnelles. Je reviendrai plus loin sur ces derniers points.
Que faudrait-il donc faire, pour qu’un plan de « relance » soit efficace ?

Je vais livrer ici la réponse que j’avais déjà livrée en 2010 et au cours des années suivantes, légèrement affinée, bien entendu. Elle tient en peu de mots.

Le Plan, en trois phases et deux théâtres d’opération

D’une part, il convient de tirer les milliards d’euros qui financeront le plan sans bons du trésor en échange. Il ne s’agit même pas d’imprimer l’équivalent en billets de banque. Il convient simplement de créer des lignes de crédits garanties par la BCE. L’injection de ces liquidités provoquera une hausse (ou plutôt une réapparition) de l’inflation : tant mieux, l’inflation est trop basse. Elle provoquera une dévaluation de l’euro : tant mieux, l’euro est trop haut.

D’autre part, les montants injectés doivent être bien supérieurs à ceux annoncés par Jean-Claude Junker. De l’ordre de 2000 à 3000 milliards d’euros au total au cours des vingt prochaines années, selon un calendrier qui aura vocation à être ajusté en fonction des événements. Car aucun économiste sérieux ne peut prétendre pouvoir anticiper ce qu’il résultera de l’application des deux premières phases du plan.

Première phase (2014-2019) : Création immédiate de lignes de crédit à hauteur de 500 milliards d’euros.

Une grosse moitié de la somme (350 milliards) devra être consacrée à une politique de grands travaux et de développement de la recherche.

Une deuxième partie (150 milliards) devra être consacrée au développement de l’Afrique avec des pays africains partenaires et volontaires, avec une triple priorité : l’éducation, la santé, les transports. On postule que ces trois postes étant satisfaits (alors qu’aujourd’hui ils sont très loin de l’être), le développement des pays partenaires, notamment du point de vue économique, en découlera.

Deuxième phase (2019-2024) : Création de lignes de crédit à hauteur de 500 milliards d’euros affectés selon les mêmes modalités. Cette somme devra, bien entendu, être ajustée en fonction de l’effet produit par la première phase du plan. Les affectations devront également être modulées en fonction de la situation (inflation, parité de l’euro, croissance, chômage, dette, etc.).

Troisième phase (2024-2034)  : Création de lignes de crédit à hauteur de 1000 à 2000 milliards d’euros, selon les mêmes principes qu’au cours des phases précédentes.

Mais cette dernière période (2024-2034) étant lointaine, et on me pardonnera donc de ne pas détailler...

En revanche, plus proches de nous, la première et la deuxième phases se solderont probablement par une forte chute du chômage. En effet, les grands travaux en Europe et, tout autant voire davantage, le développement de l’Afrique impliquera non seulement l’équipement de l’Afrique en bien divers dont l’Europe est productrice (elle qui dispose d’un appareil productif en état de sous-production permanent depuis de nombreuses années), mais encore l’envoi sur place de nombreux coopérants, notamment dans l’enseignement et la santé (de nombreux diplômés actuellement sous-employés pourraient ainsi trouver un emploi à la hauteur de leurs qualifications, et libérer les postes qu’ils occupent actuellement au détriment de moins diplômés). Les enseignants et les personnels de santé européens, en liaison avec leurs collègues africains enfin dignement rémunérés et bénéficiant de conditions de travail dignes, seront amenés à incarner une fraternité qui permettra d’en finir avec le complexe de culpabilité, d’ailleurs pleinement justifié actuellement, de l’Europe (de ses Etats, non de ses peuples qui en sont victimes) à l’égard de l’Afrique (de ses peuples victimes, non de ses Etats, eux aussi responsables et complices du désastre). 

Beaucoup de rancœurs alors pourront s’apaiser, tandis que le développement économique et social permettra, au nord comme au sud de la Méditerranée et du Sahara, de faire reculer la misère, mais aussi l’obscurantisme politique, religieux ou superstitieux (étant bien entendu, sur ces derniers points, que l’argent et le développement social ne suffiront sans doute pas, mais ce serait l’objet d’un autre article). Au passage, on pourra espérer endiguer le tsunami de l’immigration de masse qui, dans le contexte social mais aussi idéologique actuel, menace de tourner à la catastrophe, au détriment de tous.

Soulignons : cette double imbrication, économique et humaine, de l’Europe et de l’Afrique dans le plan ici préconisé, est essentielle. Non seulement parce qu’elle répond à des impératifs politiques (au sens le plus large du terme) immédiats, mais aussi parce qu’elle s’inscrit dans un héritage historique jusqu’à aujourd’hui essentiellement masqué et dont les effets sont délétères, comme je l’ai expliqué en 2006 dans Histoireoccultée de la décolonisation franco-africaine, Imposture, refoulements etnévroses (L’Harmattan).

Hélas, la Commission européenne et ceux qui nous tiennent lieu de chefs ont-ils vraiment pour dessein de nous affranchir de nos obscurantismes et de nos misères de toute sorte ? Pour déposséder l’homme de sa faim insatiable de (vraie) démocratie et de (vraie) république, pour l’empêcher d’être un adversaire acharné et actif de tous les esclavages et de toutes les exploitations, n’est-il pas bon de l’affamer, d’en faire un « sans-dents », et en même temps de l’abrutir, d’en faire un « illettré », théoriquement incapable de se révolter efficacement contre le Maître ?

A défaut de ce grand plan euro-africain, espérons contre Tocqueville que la révolte viendra tout de même, « sans-dents » ou pas, « illettrés » ou pas. Avant qu’il ne soit trop tard…

Alexandre Gerbi

13 oct. 2014

Le brillant (et colossal) contresens historique d'Eric Zemmour




Le brillant (et colossal) 

contresens historique

d'Eric Zemmour




par

Alexandre Gerbi







L’indigence abyssale de l’UMPS, sa décomposition par tous les bouts, transforme par simple effet d’optique Marine Le Pen en grande prêtresse de la vérité. Selon le même principe, Eric Zemmour brille aisément face à une caste médiatique discréditée par ses dénis de réalités et ses hypocrisies au service du Système…

Résultat, Eric Zemmour et Marine Le Pen marchent sur l’eau. Lui à 5000 exemplaires par jour, elle à 38% d’opinion favorables, selon un crescendo quasi-permanent…

Or il se trouve que, depuis bien des années, la pensée d’Eric Zemmour repose sur un énorme contresens historique, une colossale erreur que son nouveau livre semble devoir illustrer, comme le précédent (Mélancolie française, 2010).

Eric Zemmour situe l’origine des malheurs de la France aux années 1970, dans le sillage de Mai 68, traditionnelle bête noire (et rouge…) du camp réactionnaire. Mieux encore, lorsqu’il chausse les lunettes des siècles, Zemmour estime que la France a cessé d’être une grande nation en 1815 (oui, au début du XIXe siècle…). Napoléon, « l’Empereur » comme l’appelle Zemmour avec admiration, aurait donc emporté à Waterloo le dernier rêve de la grandeur française…

C’est que Zemmour a fait sienne l’image gaullienne – et barrésienne, et maurrassienne – d’une France dont la grandeur ne saurait être qu’européenne. On se rappelle le mot de Déroulède en 1881, à propos de l’Alsace-Lorraine et des colonies d’Afrique : « J’ai perdu deux sœurs, vous m’offrez vingt domestiques [ou « vingt nègres », selon les sources] »...

Cette « certaine idée de la France » a conduit, voilà cinquante ans, De Gaulle à larguer l’Afrique et l’Algérie, dans des conditions radicalement antidémocratiques et parfois meurtrières. Ainsi 95% du territoire de la République, et la moitié de sa population, furent mis au ban de la France. Outre ces aspects démographique et géographique, le largage de l’Afrique impliqua aussi de sévères effets psychologiques. Car en se débarrassant de l’Afrique pour des motifs à la fois raciaux, civilisationnels et financiers (même si le largage n’entrava que partiellement l’exploitation des richesses africaines, dans le cadre néocolonial…), la France foula au pied ses principes les plus sacrés (en particulier la démocratie), en même temps qu’elle trahit son idéal (liberté, égalité, fraternité, par delà les races et les religions). Pour l’âme d’un peuple, pour un inconscient collectif, tout ceci est, bien évidemment, très lourd de conséquences…

Or tout cela, dans son système, Zemmour le passe essentiellement à la trappe. Tout en continuant de se réclamer de la vérité et de pleurer sur la fin de la France…

Pourtant, c’est précisément le largage de l’Afrique et en particulier de l’Algérie qui a broyé le patriotisme français, en transformant les Africains partisans de l’unité franco-africaine en traîtres ou, au mieux, en imbéciles. D’ailleurs ceux-ci, dans les anciens départements d’Algérie, furent livrés collectivement aux couteaux vengeurs du FLN, avec la complicité du Machiavel de l’Elysée, et en parfaite connaissance de cause. Ainsi fait-on rentrer les fâcheux dans le rang…

Au rebours de ce qui est asséné depuis un demi-siècle (au point que beaucoup en sont aujourd’hui sincèrement convaincus, en particulier en France et dans ses banlieues…), au tournant des années 1950-1960, l’Afrique ne voulait à aucun prix de la sécession. Car elle savait qu’elle s’en trouverait rapidement paupérisée. « Nous ferions un bond de cinquante ans en arrière », avait prévenu Valdiodio N’diaye, partisan d’une « indépendance » dans un cadre confédéral, c’est-à-dire d’une indépendance à la californienne, qui n’en est donc pas une… Mais De Gaulle préféra acculer l’Afrique à une sécession qui, comme prévu, provoqua « un bond de cinquante ans en arrière », pour ne pas dire plus...

Entre misère de masse et explosion démographique, l’Afrique s’est donc déversée, et se déverse chaque jour davantage, sur l’ancienne métropole. Dans des conditions économiques et sociales, mais aussi idéologiques, délétères. D’autant que les principaux pourvoyeurs d’immigration africaine dans l’Hexagone furent longtemps les Algériens, chez qui le patriotisme français avait été broyé, comme on l’a dit, par la double action de De Gaulle et du FLN, alliés cyniques dans la terreur…

La France gaullienne refusa d’ensemencer l’Afrique (qu’on relise Alioune Diop) parce qu’elle refusait d’être en retour ensemencée par elle. En coulisses, De Gaulle parlait, sans ambages, de « bougnoulisation  » et de « Colombey-les-Deux-Mosquées ». Le grand chef se résolut donc à réduire la France comme peau de chagrin. A la ramener vraiment à elle-même, corrigerait le gaullo-barrésien Zemmour. Ainsi, entre 1958 et 1962, la France connut le plus grand rétrécissement volontaire qu’un pays ait connu à travers l’histoire du monde. Quitte, à partir de là, à être condamnée à subir la loi du plus fort. Bizarrement, ces évidences semblent totalement échapper à Zemmour, habituellement plus sagace…

Cet étrange aveuglement de Zemmour coïncide avec la doxa de la Ve République gaullienne. Aussi les petits soldats du « PAF » ne risquent pas de le dénoncer : ils en sont eux-mêmes victimes. Ce n’est pas de sitôt qu’on verra un Patrick Cohen, une Ruth El Krief, un Aymeric Caron, une Léa Salamé ou un Laurent Ruquier venir reprocher à Eric Zemmour d’exonérer Charles de Gaulle de ses responsabilités éminentes et accablantes dans le désastre français contemporain. Sous cet angle, Zemmour fait bien partie du même Système que ses détracteurs, lui qui se pose volontiers en rebelle…

Contrairement à ce qu’affirment les gaullistes dont Zemmour, si de Gaulle n’avait pas largué l’Algérie et l’Afrique, s’il n’avait pas trahi les promesses solennelles au nom desquelles il organisa le coup d’Etat de mai 1958 et renversa la IVe République, aujourd’hui, la France serait davantage elle-même, c’est-à-dire plus conforme au génie de son peuple (liberté, égalité, fraternité) et à sa volonté. Mais ce génie du peuple français fut assassiné en même temps que la Révolution de 58. L’Afrique fut larguée, la France démembrée et finalement détruite ou, si l’on préfère, démantelée. Avant d’entrer en décomposition

Tout cela, je l’ai expliqué il y a bien des années dans mon livre Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, imposture, refoulements et névroses (L’Harmattan, 2006). Le Suicide français d’Eric Zemmour, aussi pertinent dans ses constats qu’erroné dans ses conclusions et dans son analyse globale, aurait dû être vendu accompagné d’Histoire occultée en guise d’indispensable appendice. Ainsi aurait-il évité au Suicide français d’être un vaste et brillant contresens historique, qui au lieu d’éclairer notre présent, permet de prolonger l’imposture et d’accompagner les désastres qui menacent d’achever la France…


Alexandre Gerbi

31 août 2014

Dissolution de l’Assemblée nationale : Si le peuple reste endormi…

c'est déjà la rentrée des Tartuffes...



Dissolution 

de l’Assemblée nationale : 

Si le peuple reste endormi…




par

Alexandre Gerbi




A défaut d’un immense soulèvement populaire, la France court droit à sa perte. Que l’issue soit l’effondrement et/ou la dislocation provoqués par la gigantesque trahison à laquelle se livre l’UMPS depuis des décennies, ou l’aventure en forme de queue de poisson (nom de code : « blancisme évolution 2  ») proposée par le Front National. Brève explication.


Si le peuple ne descend pas dans la rue, ou si la banlieue ne se soulève pas, ce qui, au fond, revient au même (je vois d’ici mes amis extrême-droitistes et autres identitaires qui poussent des cris d’orfraie, et je ris, car ce raccourci serait trop long à expliquer), François Hollande ne dissoudra pas l’Assemblée nationale. Car selon toute vraisemblance, les médias caricaturalement aux ordres et les Français endormis comme des loirs permettront au président de la République, superbe, de continuer à trahir allègrement le mandat que le peuple lui a confié en l’élisant en 2012 au nom de la rupture (comme disait jadis Sarkozy), selon le slogan du candidat socialiste (ou plutôt étiqueté tel) : « Le changement, c’est maintenant » (en américain dans le texte). Ici, en riant toujours, je me rappelle le petit jeu de mains grotesque, en forme de geste obscène, que faisait Valls avec d’autres gugusses aujourd’hui (ex-) ministres (ou pas) dans le clip, il est vrai vite escamoté à l’époque, qui valait, en effet, tout un programme…

Dans un pays normal, un président aussi anormal que « Flanby » – anormal car totalement indigne d’exercer la fonction, ce constat faisant consensus national, et depuis des mois, toutes catégories confondues – devrait être acculé à la démission. Or il n’en n’est rien.

Car à l’apathie du peuple, favorisée par les partis dits de « la gauche de la gauche » et les syndicats, au gré de profondes et anciennes accointances, et par la servilité médiatique déjà citée, s’ajoute la collusion des députés. Godillots pour ce qui concerne les députés dits socialistes, trop à l’aise dans leurs soyeuses charentaises palais-bourboniennes, et opportunistes pour ce qui concerne les députés dits de droite, trop heureux de pouvoir servir leur maître habituel, puisque Hollande, le doute n’est plus permis, est bien des leurs. Sans qu’il soit besoin de préciser que, mode de scrutin tripatouillé aidant, lesdits députés prétendument socialistes (PS) et de droite (UMP) se sont débrouillés pour truster (toujours en américain dans le texte) l'écrasante majorité des places disponibles au Palais-Bourbon-Charentaises.

Alors on pourra toujours s’exciter. A défaut d’un soulèvement de masse, l’entourloupe géante continuera.

Puisque les députés sont de mèche avec le pouvoir élyséen, ou soumis à lui par intérêt bien compris, et que la presse sert la soupe, le peuple ne peut se permettre de continuer à sommeiller. Car endormi par ceux-là même qui devraient être ses aiguillons – Front de Gauche, si tu nous regardes avec tous tes syndicats –, alors le scénario catastrophe pourra aller à son terme. Et le pays s’abîmer.

Montebourg, alternative factice du young leader répondant à l’adage « à tous les coups l’on gagne  », fera le coin de l’entonnoir avec Hollande et Sarkozy (et consorts), pour nous guider vers un 2017 joué d’avance, comme d’habitude. S’il advenait, en effet, que le démissionnaire de Bercy prenne alors les rênes du pays à la place des deux précédents imposteurs, qui nous garantirait qu’il ne soit pas, jamais deux sans trois, un nouveau bonimenteur oublieux de ses promesses du jour au lendemain ? A vrai dire, le contraire serait ébouriffant…

« Marine sera la solution !  », trépignent mes amis extrême-droitistes et autres identitaires. C’est vrai, après tout, ce serait une belle chute : la Ve République blanciste, fondée par Charles de Gaulle, trahie par ses successeurs, de Giscard à Hollande en passant par Chirac (déjà en tant que Premier ministre), Mitterrand et Sarkozy, serait finalement remplacée par une sixième république, avec ou sans majuscule, à nouveau blanciste, pardon, vraiment gaulliste. Là, je dirais : chapeau l’artiste !

Alexandre Gerbi

29 juin 2014

Liesse « algérienne » en France : la mécanique du drapeau


en attendant Algérie-Allemagne... 






Liesse « algérienne » en France :


la mécanique du drapeau




par

Alexandre Gerbi




Après les victoires de l'Algérie au Mondial, la foule "algérienne" qui s'égaie dans la rue française présente une étrange caractéristique : le drapeau tricolore y brille par son absence. Et si ce drapeau était le premier des remèdes qu'il faudrait d'urgence opposer à un mal abyssalement grave ?


Dans un monde qui serait tout ruisselant de lait et de miel, les supporteurs "algériens", innombrables dans les rues de France ce soir, brandiraient aussi des drapeaux français...

Pour au moins deux raisons.

D'abord parce que l'équipe d'Algérie qui gagne est composée aux trois quarts de Français, nés en France, formés en France et de nationalité française.

 Ensuite parce que les supporteurs en question, de Roubaix à Marseille en passant par Lyon, sont dans leur écrasante majorité... Français !

J'ajouterai une troisième raison.

Pour ne pas inciter à interpréter ces manifestations de joie comme un écho aux sifflets contre La Marseillaise il y a quelques années, lors des rencontres France-Algérie, pour ne citer qu'un exemple parmi tant d'autres des expressions de l'antagonisme France-Algérie (confinant trop souvent au rejet, à la détestation et à la haine) cultivé par certains ("nique la France")...

Or justement, je ne vois, dans les foules en liesse et parfois agressives, pas le moindre drapeau français. Triste voire effrayant constat...

On attend toujours qu'un homme politique français responsable (oxymore ?) ait l'idée de souligner la chose et d'avancer ces arguments, afin d'inciter les supporteurs "algériens", au moins dans les villes de France (la chose étant inenvisageable dans les villes d'Algérie car passible, jusqu'à preuve du contraire, de prison là-bas...), à brandir aussi des drapeaux français si d'aventure l'équipe d'Algérie devait l'emporter face à l'Allemagne au second tour...

Mais je sais que je rêve, sous ce Système complètement vermoulu, j'ai failli dire pourri, qui semble tout mettre en oeuvre, depuis au moins cinquante ans, pour que notre pays, et partant une grande partie du monde, se disloque.

Alexandre Gerbi




5 févr. 2014

L’ignorance (ou l’hypocrisie) de Michel Onfray (et de Jean-François Kahn et consorts)

 

 

Trahison gaullienne :

 

 L’ignorance (ou l’hypocrisie...) 

 

de Michel Onfray,

 

de Jean-François Kahn et consorts

 

 


par

Alexandre Gerbi





L’immense trahison à laquelle se livre François Hollande depuis son élection à la présidence de la République soulève la question de la fidélité en politique. « Vaste programme », pourrait-on ajouter, en songeant au Général… C’est dans ce contexte que, récemment, quelques petites vedettes intellectuello-médiatiques étaient invitées à aborder ce sujet dans une émission télévisée. Le débat fut l’occasion d’un très joli feu d’artifice de mensonge et de contrevérités historiques et politiques, qui méritent une petite explication…


Contrairement aux apparences, l’Histoire n’est pas une discipline facile d’accès. C’est parce qu’ils n’ont pas compris cette évidence que beaucoup de gens se croient autorisés à s’aventurer sur ce terrain broussailleux, au risque de dire beaucoup de bêtises. Récemment, Michel Onfray a illustré, à son détriment, ce cruel principe. Il est vrai que nombre de « philosophes », ou prétendus tels, se croient possesseurs d’une science universelle, qui les autorise à parler avec des airs doctes et sûrs de tout et n’importe quoi. Or pas plus que les mathématiques, la plomberie-zinguerie ou encore le saut à la perche (voire le journalisme…), la philosophie ne transforme celui qui s’y entend en historien compétent.

Ainsi, dans l’émission de Franz-Olivier Giesbert, « Les Grandes Questions », le 1er février 2014, sur France 5, on assista à cet échange confondant d’ignorance (ou d’hypocrisie, comme on le verra…) entre Michel Onfray, Jean-François Kahn et Franz-Olivier Giesbert :

Michel Onfray : J’ai trouvé votre reportage un peu injuste pour le général de Gaulle qui, lui, justement, était le prototype du personnage fidèle…
Jean-François Kahn : Je suis d’accord avec lui [c’est-à-dire avec Michel Onfray]…
Franz-Olivier Giesbert : Pas trop sur l’Algérie quand même !
Michel Onfray : Ben si, c’est quelqu’un [le général de Gaulle] qui…
Franz-Olivier Giesbert : Ben non, sur l’Algérie, il [le général de Gaulle] dit "je vais la garder", il dit aux Pieds-Noirs "je vous ai compris", et puis bon...
Jean-François Kahn : C’est plus ambigu ! C’est plus ambigu !
Michel Onfray : Non mais, "je vous ai compris", il [le général de Gaulle] n’a pas dit ce qu’il avait compris…
Jean-François Kahn : Oui, ben voilà ! Il [le général de Gaulle] n’a pas dit ce qu’il avait compris… Il [Michel Onfray] a raison !
Franz-Olivier Giesbert : Oui, enfin bon… C’était un petit peu tordu…

A la minute 5’55’’ :
 

En réalité, si Franz-Olivier Giesbert fait ici de très pertinentes remarques, il commet en revanche une petite erreur : le 4 juin 1958, à Alger, jour où De Gaulle prononça son fameux « Je vous ai compris », le Général ne s’adressait pas seulement aux Pieds-Noirs,mais aussi aux Arabo-Berbères d’Algérie.

En effet, face à De Gaulle se tenait, ce jour-là, une foule mélangée, comme cela fut d’ailleurs également le cas le surlendemain, à Mostaganem. Car depuis le mois de mai, les manifestations qui soulevaient l’Algérie étaient marquées par de spectaculaires scènes de fraternisation des communautés (dans lesquelles le journaliste Jean Daniel, alors témoin oculaire, crut voir « une nouvelle nuit du 4 août ») soudainement unies, après trois ans et demi de guerre, pour faire sauter le régime de la IVe République qui refusait obstinément de reconnaître les Arabo-Berbères comme des Français à part entière.

Dans les deux cas, à Alger (4 juin) puis à Mostaganem (6 juin), contrairement à ce qu’affirment Michel Onfray et Jean-François Kahn, les discours tenus par le Général ne laissèrent aucunement place à l’ambiguïté, comme pourront s’en convaincre tous ceux qui prendront le temps de (re)lire les discours en question.

Par son « Je vous ai compris », de Gaulle signifia à la foule qui l’acclamait qu’il avait compris que les populations d’Algérie souhaitaient, pour en finir avec la guerre, une révolution institutionnelle conforme à l’esprit de la République et de la France, révolution consistant à donner (enfin !) l’égalité politique à tous les habitants des départements algériens. C’est-à-dire accorder la citoyenneté française pleine et entière (et non une sous-citoyenneté, comme c’était le cas jusque-là) à tous les Arabo-Berbères. C’est d’ailleurs ce qui fut fait, à la faveur de la nouvelle constitution (celle de la Ve République, approuvée par référendum par le peuple français, le 28 septembre 1958). C’est ainsi qu’aux élections législatives de novembre 1958, les populations arabo-berbères votèrent en tant que citoyens français à plein titre, et que quarante-six députés arabo-berbères prirent place au Palais Bourbon, fait inédit dans l’Histoire.

Alors, pourquoi Michel Onfray soutient-il une contrevérité, en invoquant une prétendue « ambiguïté » du discours d’Alger de juin 1958 ? Et pourquoi Jean-François Kahn l’appuie-t-il dans cette grossière erreur ?

Pour au moins trois raisons.

1/ D’abord, parce que l’idée selon laquelle le « Je vous ai compris » de De Gaulle était « ambigu » ou « équivoque » est le mensonge systématiquement servi par les gaullistes et leurs alliés depuis l’époque, stratagème visant à enfouir l’incroyable trahison des engagements pris devant les populations d’Algérie, trahison à laquelle se livra patiemment le Général durant les années suivantes (depuis le largage de l’Afrique noire, en 1960, jusqu’à celui de l’Algérie, en 1962).

Car De Gaulle, s’il avait besoin de se réclamer du projet de l’intégration (c’est-à-dire de l’égalité et de la fraternité dans l’ensemble franco-africain, par delà les races et les religions) pour justifier renversement du régime et prendre le pouvoir, le même De Gaulle ne voulait en réalité à aucun prix de cette égalité qui, à ses yeux et selon ses mots, aurait conduit à la « bougnoulisation » et à l’islamisation de la France. Cette vision, d’inspiration barrésienne (l’expression « Je me suis toujours fait une certaines idée de la France », à laquelle Michel Onfray fait d'ailleurs référence, est empruntée à l’auteur de La Terre et les Morts), guida sa politique de « dégagement » d’Algérie et d’Afrique pendant la période. Cette volonté de dégagement, officiellement pour des raisons financières mais plus fondamentalement pour des raisons civilisationnelles (et religieuses…), le Général l’avoua d’ailleurs dans ses Mémoires d’Espoir (Plon, 1970), mais aussi, notamment, à Alain Peyrefitte qui livra des verbatim très éclairants à ce sujet dans C’était De Gaulle (Fayard, 1994).

2/ Ensuite, parce que Michel Onfray est, sur le fond, parfaitement d’accord avec les choix de De Gaulle concernant l’Algérie voire l’Afrique noire. En effet, j’ai eu l’occasion, l’année dernière, d’échanger, par email, avec Michel Onfray. Celui-ci ne m’a pas caché ce qu’il pense, à savoir que le projet de l’intégration, c’est-à-dire l’octroi de l’égalité aux populations arabo-berbères, ou si l’on préfère, musulmanes d’Algérie, était une folie ou plutôt, pour reprendre ses termes, relevait d’un « irénisme total  ».

En d’autres termes, Michel Onfray pense, comme Charles de Gaulle, que le projet d’unir dans une République fraternelle et égalitaire « Européens » et « Arabo-Berbères », chrétiens et musulmans, relevait d’un rêve naïf et impossible (voire périlleux…). Un rêve qui, comme je l’ai montré dans mes travaux (notamment Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, L’Harmattan, 2006, et La République inversée, L’Harmattan, 2011), fut conçu en particulier par Claude Lévi-Strauss et Jacques Soustelle, qui formaient, à l’époque, l’avant-garde de l’école anthropologique française. Ces deux hommes, ethnologues d’envergure internationale, furent en effet les véritables cerveaux de la Révolution de 1958 dont de Gaulle tira les ficelles et fit mine de vouloir prendre la tête, afin de mieux la trahir… Dans ses confidences à Peyrefitte, De Gaulle livra d’ailleurs le fond de sa pensée : « Ceux qui prônent l’intégration [en Algérie] ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants ! » Lévi-Strauss et Soustelle comptant, on le comprend, parmi les « cervelles de colibri » en question…

3/ Quant à Jean-François Kahn, jeune journaliste à l’époque de la trahison gaullienne (1959-1962), il approuva la politique du Général. Et depuis un demi-siècle, comme tant d’autres (notamment le cas Max Gallo, particulièrement carabiné…), il s’est fait le complice des mensonges qui permirent à De Gaulle de masquer l’ampleur de sa trahison et de son crime. En attendant la retraite, ou l’arrêt de l’arbitre, Jean-François Kahn perpétue les menteries qui lui permettent, sans doute, de ménager sa bonne conscience dans le miroir, et son image devant la galerie…

En guise d’épilogue, Michel Onfray, ne reculant devant aucune audace, osera dans la suite de l’échange se réclamer de la « Vérité », « le boulot du philosophe » selon ses termes, après avoir asséné (sans rire…) cette énormité : « Je trouve que si on a vraiment un prototype d’homme fidèle en politique, ça a vraiment été De Gaulle. Les autres, en revanche, pas du tout. Ceux qui ont tout dit et le contraire de tout pour arriver au pouvoir, pour s’y maintenir, pour être réélus, c’est devenu une profession. »

On ne saurait trop conseiller à Michel Onfray, lui qui se vante volontiers de tout lire avant d’écrire et de parler, de (re)lire mot-à-mot les discours d’Alger et de Mostaganem, d’étudier sérieusement la période 1958-1962 (sa saillie sur la paix des braves refusée par le FLN franchit le « mur du çon », quand on sait que ledit FLN fut écrasé militairement entre 1959 et 1961, avec le plan Challe…), de se pencher sur l’Affaire gabonaise (violation de l’article 76 de la Constitution) et la Loi 60-525 (quadruple violation de la Constitution). Ou bien de changer de lunettes. Ou encore, plus simplement encore, d’arrêter de se réclamer de la « Vérité » comme il le fait, tel le Tartuffe. Et, surtout, de ne plus s’aventurer sur les terrains broussailleux de l’Histoire que sur la pointe des pieds, et avec un peu plus d’humilité. Ou d’honnêteté…

2 févr. 2014

De Dieudonné à Taddeï : Chronique d’une dérive étatique et judiciaire


Article publié sur AgoraVox 
le 24 janvier 2014





De Dieudonné à Taddeï :

Chronique d’une dérive

étatique et judiciaire



par

Alexandre Gerbi




Au-delà de l’effroyable crise de société, d’identité et même de civilisation qui mine dangereusement la France, l’affaire Dieudonné illustre les responsabilités d’un Etat et d’une justice devenus trop souvent impuissants. Et charrie d’autres menaces, tout aussi inquiétantes, que pourrait illustrer le sort réservé, dans la foulée, à Frédéric Taddeï…


L’impunité dont a bénéficié, de fait, Dieudonné, en ne payant pas ses amendes, l’a évidemment encouragé à aller toujours plus loin dans l’infamie et le lamentable. Cette même impunité judiciaire entraîne chaque jour, en France, nombre d’individus sur le chemin de la violence, du vol ou de la corruption, en en faisant, peu ou prou, des ennemis de la société. Depuis les malfrats et les criminels divers et variés jusqu’à l’ineffable Jérôme Cahuzac.

L’erreur colossale du Crif, de Valls et consorts, fut non seulement d’accorder une caisse de résonance gigantesque aux élucubrations de Dieudonné, mais aussi, ce qui est sans doute encore plus grave, de sembler les accréditer.

D’abord en obtenant l’interdiction de sa pièce Le Mur, événement pour ainsi dire sans précédent en France. Une censure a priori totalement contraire au droit, comme l’ont relevé nombre d’éminents juristes, y compris de gauche. Ce faisant, le « lobby juif » tant décrié par Dieudonné, dont le rôle est ici joué par le Crif, obtient l’impensable. Cerise sur le gâteau, pivot de l’opération, on vous le donne en mille : au Conseil d’Etat, un juge unique et… juif !, qui tranche, à lui tout seul, dans un sens que tous les maîtres « quenelliers » de France ont eu beau jeu de juger, ipso facto, prévisible autant qu’édifiant. A ce petit jeu-là, les antisémites se régalent et le moulin de Dieudonné tourne à plein régime, inondé de grain à moudre…

Comme si le désastre n’était pas assez complet, le Crif a assimilé, dans le même mouvement, la quenelle à un « salut nazi inversé » (sic). Autrement dit, le geste anti-Système, dont le succès rencontrait un public de plus en plus large ces dernières années (avec un effet d’accélération ces derniers mois, à la grande inquiétude de ses cibles favorites, grosses légumes dudit Système…), est ramené à un geste fanatiquement anti-Juif ! Pour un Dieudonné qui s’évertue, à longueur de spectacles et d’interviews, à inscrire le signe « égale » entre Système et Juif, quel cadeau sur plateau d’argent ! Son public peut saluer d’une quenelle « épaulée » la performance de l’artiste…

Evidemment, dira le cynique, cet amalgame, dont on vient de voir la dangerosité, arrange bien le Système. En effet, celui-ci croit avoir trouvé là un bon moyen de se débarrasser d’un phénomène devenu des plus gênants. Car la quenelle s'est muée en un jeu : parvenir à se faire photographier en l’exécutant aux côtés de personnalités, en particulier politiques, l'image ainsi obtenue ayant pour vocation à être mise en ligne sur la Toile. Avec l’accusation d’antisémitisme, le Système a trouvé (ou a cru trouver…) le moyen d’interdire et d’éradiquer un geste qui le visait et l’atteignait symboliquement et cruellement (en photo) de plus en plus souvent. Mais à quel prix ? Et, au vrai, avec quel succès ?

Quoi qu’il en soit, à la faveur d’une justice impuissante et d’une politique de Gribouille, les spectacles de Dieudonné, depuis dix ans, s’enfonçaient progressivement dans l’antisémitisme le plus grossier, obsessionnel et malsain… Une dérive qui, au bout du compte, a servi de justification à l’interdiction pure et simple d’un de ses spectacles, mais aussi du geste de la quenelle ! Drôle de micmac…

Or, au-delà de leurs ignominies, force est de constater que les spectacles de Dieudonné sont aussi parfois de formidables moments de comique subversif, c’est-à-dire de satire éclatante de vérité... Car si à son antisémitisme répond une islamophilie, voire une « islamistophilie » assumée, Dieudonné a, dans bien des domaines, la dent dure et fait preuve d’un courage certain… dont sont, du reste, bien incapables la plupart de ses détracteurs…

Ainsi, et je m’en tiendrai à cet exemple, j’observe que depuis la publication de Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, mon essai maudit, Dieudonné est le seul homme de spectacle, et même le seul personnage public français, a avoir ouvertement soutenu mon étrange thèse, qui est aussi un tabou puissant et majuscule. Dans un sketch d’ailleurs hilarant et remarquable, Le président africain (dans le spectacle J'ai fait le con, en 2008). 

Quel est ce tabou puissant et majuscule ? Celui du largage, il y a un demi-siècle, des territoires et populations d’Afrique par Charles de Gaulle, figure tutélaire du Système (auquel, selon un paradoxe qui n'est qu'apparent, le Général prétendit s’opposer… afin de mieux accomplir ses plus sombres desseins…), pour d’inavouables calculs civilisationnels et financiers, le tout sous couvert d’indépendance (fictive). Ce non-dit énorme et complexe (il faut prendre le temps d’y réfléchir, ses implications sont cyclopéennes et minent en profondeur notre époque…) trône au panthéon des mensonges sur lesquels est bâtie la catastrophique Ve République.

A partir de la minute 7'50 :



On le pressent, l’affaire de Dieudonné ne se résume pas à la caricature manichéenne que certains nous servent, du méchant Dieudonné entièrement noir (c’est le cas de le dire) face à un Système entièrement blanc (c’est encore le cas de le dire). Et il est éminemment regrettable que, derrière le juste combat contre l’antisémitisme, se profile le spectre d’une censure dont bien malin pourra dire où elle s’arrêtera…

D’ailleurs, les choses n’ont pas tardé à s’accélérer. Ainsi a-t-on appris que Frédéric Taddeï verrait son émission Ce soir, où jamais ! sinon déprogrammée, du moins, dans un premier temps, repoussée à minuit, soit à un horaire à la fois incongru et potentiellement périlleux pour son avenir… Une mesure qui pourrait bien ressembler à une porte de sortie…

Notons, avec d'autres, qu’il est des plus singulier que certains qui hurlent (à juste titre) sur le « Chaud-Ananas » de Dieudonné soient les complices, par exemple, des Femen qui ont profané récemment l’église de la Madeleine ou Notre-Dame, à Paris. Ci-devant, Caroline Fourest ou Patrick Klugman, respectivement chantre médiatique et avocat officiel desdites Femen.

Car s’il est inacceptable, comme le fait Dieudonné, de verser dans l’infâme et l’abominable (évidemment, on ne peut danser et chanter à répétition, rigolard, sur le souvenir des suppliciés, qu’ils soient juifs ou pas, qu’ils soient instrumentalisés ou pas), il est également inacceptable de profaner un lieu sacré, qu’il soit monothéiste ou païen. Qui ne voit que s’en prendre à un temple, un mausolée ou une sépulture, c’est verser dans la barbarie ? Qui ne voit que Dieudonné et les Femen, en l’occurrence, ne sont pas si éloignés, quelles que soient, par ailleurs, leurs utilités respectives ? Et qui ne voit que les indignations à géométrie variable font le jeu de tous les extrémistes ?

Manifestement, l’affaire Dieudonné laisse espérer à certains de ses ennemis les plus acharnés, non seulement de pouvoir continuer de couvrir des ignominies sacrilèges contraires à nos valeurs démocratiques les plus fondamentales, mais aussi de pouvoir bâillonner la liberté d’expression, foulant ainsi aux pieds un principe essentiel de la République.

En ligne de mire, donc et par exemple, Frédéric Taddeï, coupable d’inviter dans son émission Ce Soir, ou jamais ! des « cerveaux malades » comme Dieudonné, selon l’élégante expression de Patrick Cohen, journaliste à France Inter et France 5 et cible logiquement choyée en retour par Dieudonné (avec toute la lourdeur ignoble dont celui-ci est capable).

Plus récemment, au terme d’une émission au cours de laquelle il avait donné très largement la parole aux détracteurs de Dieudonné (dont Alain Jakubowicz de la Licra), mais aussi à ce détracteur plus inattendu qu’est Marc-Edouard Nabe, « cerveau malade » comme l’a rappelé Taddeï. Ce dernier, faisant allusion à la charge de Patrick Cohen, interviewa par conséquent M.-E. Nabe à part, pendant sept minutes, temps de parole équitable pour une émission d’une heure trente. Le lendemain, Caroline Fourest se crut néanmoins autorisée à twitter : « Chez Taddeï, la démocratie médiatique c’est 5 minutes pour les Juifs et 10 minutes pour Hitler… » Une charge qui bénéficie du haut patronage du tout-puissant BHL, alias Bernard-Henri Lévy, qui depuis bien des années s’emploie à dézinguer Taddeï, et de plus longue date à traîner la France dans la boue (lire par exemple son livre abject intitulé L’idéologie française, Ed. Grasset, 1981).

Ignorant si je fais partie ou non des cerveaux malades (même si le fait que France Inter ne m’ait jamais invité constitue peut-être un élément de réponse), je me sens néanmoins en devoir de rappeler que Frédéric Taddeï est, avec Carole Gaessler du Soir 3, le seul animateur (ou journaliste) à m’avoir accueilli dans une émission télévisée nationale de grande écoute, en mai 2010. Tout simplement parce que Frédéric Taddeï considère que son émission, comme son nom l’indique (« Ce soir, ou jamais ! »), est le lieu par excellence où s’expriment, sans exception, tout ce que le pays – voire le monde – compte de voix et de réflexions diverses, dans la limite de la loi, comme Taddeï l’explique également. Afin d’offrir au téléspectateur, sur le service public, un accès le plus complet possible aux différentes sensibilités du temps, y compris les plus controversées. Ce qui n’est pas du luxe, quand on sait combien le monde médiatique français est contrôlé et verrouillé, et volontiers soumis au « politiquement correct ».

Constatant que Frédéric Taddeï, incarne l’un des rares esprits libres de la télévision, et que son émission Ce soir, ou jamais ! reste un des très rares espaces pluralistes du monde médiatique français, il est particulièrement inquiétant et dommageable que l’affaire Dieudonné en fasse la première victime collatérale d’une mécanique idéologique enclenchée par la décision du Conseil d’Etat, après le intrigues et menées conjointement par Manuel Valls et le Crif.

Pareil scandale, s’il devait se confirmer, augurerait d’un avenir bien sombre pour la liberté d’expression, la démocratie et la République, déjà tellement mal en point en France. Et de lendemains prospères pour l’antisémitisme et pour les ennemis de notre pays. Que ceux-ci se situent à l’extérieur ou à l’intérieur du Système…

Alexandre Gerbi


4 janv. 2014

Réponse et réflexions au sujet du rapport contesté sur l’intégration


Bonne année fusionniste 2014 !





Réponse et réflexions

au sujet du rapport contesté

sur l’intégration



par

Alexandre Gerbi




Le rapport sur l’intégration, ou plutôt sur les échecs de l’intégration, qui a défrayé la chronique à la fin de l’année 2013, a été rédigé par une commission constituée d’un aréopage de personnalités triées sur le volet. A l’évidence, le critère de sélection dudit aréopage était la faculté de penser « dans les clous ». Bien évidemment, à l’inverse, penser librement et critiquer en profondeur l’ordre établi est, manifestement, jugé comme une impardonnable faute par ceux qui nous gouvernent. A telle enseigne que, bien évidemment, je n’ai pas été invité à participer à cette commission. Mais qu’à cela ne tienne ! Je livre ici quelques extraits du diagnostic que j’ai posé il y a déjà plus de sept ans, dans mon ouvrage (maudit) : Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, aux éditions L’Harmattan. A chacun d’en juger…


En 2006, donc, j’ouvrais ainsi mon essai Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, sous-titré Imposture, refoulements et névroses :

« La France entre-t-elle dans une crise d’ampleur historique ? 

L’intégration d’une frange importante des Français d’origine maghrébine et africaine pose problème. Le remue-ménage soulevé par le voile islamique en fut le criant symptôme, après la tradition des voitures incendiées les jours de fête, la tendance à la guérilla urbaine anti-flic, anti-pompier, anti-France, la liberté de la femme remise en cause, l’explosion progressive de l’antisémitisme et de l’homophobie… Puis vinrent les terribles émeutes de novembre 2005, qui marquèrent un pic jamais vu dans la violence et la destruction. 

Ces Français qui ont « mal à la France », au point de siffler son hymne et de ne pas se reconnaître dans son peuple et ses valeurs, sont pour beaucoup des descendants d’indigènes de l’ex-Empire. Comme la majorité des Français de souche sont des descendants de serfs, la majorité des Juifs des descendants de parias, la majorité des Antillais et autres ultramarins des descendants d’esclaves ou d’indigènes de l’ex-Empire. Or quelle histoire de la colonisation et surtout de la décolonisation l’école et la télévision leur ont-elles racontée, à ces « jeunes » et moins jeunes qui ne se disent français qu’après leur religion et leur origine ethnique ? La même qu’à tous les petits Français. »

J’expliquais ensuite, au long de 150 pages étayées par 250 notes, que l’histoire de la décolonisation franco-africaine, telle qu’elle est racontée depuis cinquante ans, est essentiellement un mensonge. Un mensonge qui conduit, d’une part, à saper en profondeur le sentiment d’appartenance à la France des Français d’origine africaine, maghrébine ou subsaharienne. Un mensonge qui, d’autre part, et pire encore, conduit bien souvent cette partie de la jeunesse française à haïr la France et à vouloir l’abattre.

 A la fin de l’ouvrage, je constatais :

 « A droite, à gauche, au centre : depuis des années, en France, des voix se font écho pour réclamer un grand changement. Pourtant, quand l’urgence est si grande, aux plus sincères déclarations d’intention ne répond, inexorablement, qu’un désert d’idée. Il est devenu banal de dire qu’« on va droit dans le mur », mais personne ne sait comment arrêter la machine. Tout simplement parce que le diagnostic imposerait de mettre en cause une doxa qui fait encore aujourd’hui, pour ainsi dire, l’unanimité. Il est bien difficile de soigner un mal, lorsqu’on adhère à l’idéologie qui en est la cause… 

L’idéologie officielle de la Vème République, depuis au moins trois décennies, est nettement anti-patriote voire anti-française. En vertu d’une sémantique qui amalgame volontiers patriotisme et nationalisme, d’une lecture de l’Histoire coloniale et post-coloniale qui fait de la France et des Français, au prix d’un étonnant manichéisme, un pays criminel et un peuple raciste, la France des années 1970-2000 s’est complu dans l’autodénigrement. 

C’est dans ce contexte que sont nés et qu’ont grandi les enfants des immigrés, presque tous originaires de l’ex-Empire, avec dans les veines un sang qu’on leur a dit sang des victimes de la France coloniale et des Français, présentés comme collectivement comptables des crimes de l’ère impériale. 

Après tant d’années d’« hémiplégie du souvenir », il serait bon que ce sang qui se croit « victime » de la France se souvienne que la France l’a méprisé beaucoup moins qu’on ne le lui a dit, et qu’il a aimé la France beaucoup plus qu’il ne s’en persuade. 

Il serait bon qu’il conçoive que ses ancêtres ne se virent pas refuser la citoyenneté française par le peuple français, son peuple, qui les aurait volontiers accueillis fraternellement dans la communauté nationale si on l’avait consulté, mais par certains de nos dirigeants politiques d’alors, qui préférèrent ne pas donner au peuple l’occasion d’en décider. Car dans cette affaire, donner la parole au peuple comme l’exige la démocratie aurait très probablement conduit l’Histoire de France à prendre une tout autre direction que celle qui fut finalement choisie... 

Il serait bon qu’il réalise que, souvent, il s’est voué à d’autres passions (d’autres « patries » ?) par dépit d’être rejeté par la patrie française pour laquelle il éprouvait tant d’attirance. De nouvelles passions dont il serait bon, aussi, qu’il s’aperçoive qu’elles sont souvent illusoires ou mauvaises : la haine rapo-banlieusarde, l’intégrisme, l’ethnicisme, le communautarisme, le machisme, l’antisémitisme, l’homophobie… 

Il serait bon, aussi, que ce sang meurtri se souvienne, puisqu’il aime tant à invoquer le respect et la justice, que lui non plus n’est pas tout pur et que, s’il est question de race et de responsabilités devant l’Histoire et devant l’humanité, sa race à lui, arabe ou noire, a largement sa part dans les grands crimes dont les peuples d’Afrique et du Maghreb ont souffert à travers les siècles, et encore aujourd’hui, à commencer par l’esclavage, le racisme, l’aliénation de la femme, le mépris du petit peuple et autres crimes contre l’humanité.

Il lui faudrait surtout comprendre que l’homme a longtemps été un loup pour l’homme, et qu’il l’est encore souvent quelle que soit la couleur de la victime, celle du bourreau et la nature de ses prétextes – au demeurant, ne se rêve-t-il pas lui-même prédateur suprême dans la cité moderne son territoire, ce sang qui ne se veut qu’humilié et victime de Babylone ? »

Au terme de l’essai, je concluais :

« Sans doute serait-il naïf d’accorder un crédit sans limites aux spéculations de Freud et de Jung. En bons germaniques qu’ils étaient, l’un et l’autre ont certainement péché par esprit de système. Pourtant, s’il est question d’inconscient collectif aujourd’hui en France, je dirais qu’il n’est pas possible de vivre en paix avec un mensonge. 

Les Français d’origine subsaharienne ou maghrébine ne peuvent aisément se réclamer d’une nation qui a rejeté leurs grands-parents, et qui tente, par tous les moyens, de le faire oublier. 

Comment se revendiquer avec fierté d’un pays qui jugea vos ancêtres à ce point indignes d’en obtenir la nationalité qu’il préféra abandonner son Empire plutôt que de satisfaire leur désir d’égalité et de fraternité ? Comment se sentir citoyens d’une République qui, depuis près d’un demi-siècle, ment et travestit l’Histoire pour dissimuler ses choix et les raisons de ses choix, touchant à des territoires et à des hommes intimes à vos sensibilités affectives ? Comment, enfin, se sentir partie intégrante d’un peuple que vos ancêtres ont rejeté à cor et à cri, vous répète-t-on comme à plaisir, parce qu’ils ne voulaient à aucun prix en être les membres ?

On ne pourra faire l’économie d’un pénible et immense aveu. Car tous ces non-dits, tous ces travestissements d’Histoire sont autant de flétrissures que les « Français issus de l’immigration », sans doute plus que les autres, savent et refoulent, et dont ils souffrent. Parce qu’à vivre sur une amnésie volontaire, en effaçant tous les souvenirs d’amour, en s’inventant des souvenirs de haine, on se forge de dangereuses névroses. 

Notre époque parle sans cesse de névroses individuelles (le plus souvent, du reste, avec un grand sourire narcissique…) sans voir que ce qui ronge la France post-gaullienne, c’est une névrose collective, nourrie de ce secret inavouable qui nous condamne à vivre ses funestes conséquences. Les élites blanches, intelligentsia et classe politique en tête, irrémédiablement honteuses du blancisme et du racisme incarnés par la Vème République et sa fallacieuse «décolonisation», ont généré une société médiatique à l’antiracisme ostentatoire, désorientée dès qu’elle considère un descendant des « indigènes ». Parce que ces élites, percluses de remords, n’osent pas regarder l’Histoire en face, elles sont aveugles au mécanisme qu’elles ont enclenché. Elles se montrent incapables de comprendre et, par conséquent, d’endiguer le phénomène de la « haine » qui prospère dans les banlieues. De leur côté, de nombreux jeunes issus de l’immigration, désormais largement rétifs à l’intégration, sont animés d’un vif ressentiment à l’égard de la France et de la francité, parce qu’en rejetant leurs pères, l’Histoire les a frustrés, précisément, de France et de francité. C’est pourquoi, dans les parfums délétères du lavage de cerveau et de la propagande, mus par la force folle et âpre du refoulé, ils ont mis le feu à la France. On n’immole rien avec tant d’ardeur que ce qui fut en vain adoré. »

Touchant à la nature de l’union des différentes composantes civilisationnelles, et à ses conditions de viabilité, dans la République, je précisais au milieu de l’ouvrage :

« Charles de Gaulle et l’idéologie de la Vème République ont cherché à oblitérer tout un pan de la sensibilité française et de l’Histoire de France. A oblitérer, aussi, tout un pan de la sensibilité et de l’Histoire de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb. Une histoire fraternelle, où le sentiment d’appartenance à la France transcendait races et cultures, et se sublimait en une volonté ardente de construire une nation dépositaire d’un idéal traversé de l’esprit des Lumières. 

C’est là que gît le grand scandale : en organisant l’amnésie pour assurer sa victoire, en promouvant la vision exclusive et pernicieuse d’une France « avant tout de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne », cette idéologie s’est opposée radicalement aux valeurs de la France moderne et contemporaine, fille de la Révolution de 1789. 

Certes, les valeurs de la France moderne (liberté, égalité, fraternité, et laïcité) sont incontestablement tributaires des facteurs qui composent le socle français (du moins culture et religion). Mais l’originalité radicale de ces valeurs est, précisément, d’appeler au dépassement de ces facteurs par l’avènement de la Nation multiraciale (ou plutôt antiraciste, puisque la République ne connaît pas de race) et pluri-religieuse (ou plutôt laïque, puisque la République proclame la liberté de conscience) voire multiculturelle (à condition que les cultures ne prétendent pas opposer leurs propres valeurs à celles de la République). Ce dépassement est rendu possible par l’adhésion des citoyens, quelles que soient leurs cultures, leurs religions ou leurs races, aux valeurs de la République. C’est précisément ce dépassement que les anti-intégrationnistes, en particulier le général de Gaulle, jugèrent insensé. »

Le livre, Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, n’a bénéficié d’aucun article dans la presse écrite. Oui, vous avez bien lu : aucun article. Il est vrai qu’en 2006, en soutenant que l’indépendance avait été imposée à l’Afrique subsaharienne, je passais aux yeux de beaucoup pour un scandaleux hurluberlu. Quatre ans plus tard, Henri Lopes, grand diplomate congolais, écrivain de renom et ancien indépendantiste, confirmait la validité de cette thèse, lors d’une table ronde organisée par l’Institut Pierre Mendès France, à Paris, dans le cadre du cinquantenaire des indépendances africaines, en déclarant que l’indépendance avait été « imposée » aux Africains. Symptomatiquement, tous les participants de ladite table ronde, hautes personnalités médiatico-politiques, firent mine de n’avoir rien entendu. A quatre ans de distance, la voix d’un grand ambassadeur africain semblait donc aussi inaudible que celle du petit essayiste français que je suis… D’ailleurs, tout au long de cette année-là, en 2010, hormis le symposium dont je fus le coordinateur, au théâtre du Lucernaire, à Paris, avec les éditions L’Harmattan, je ne fus invité à participer à aucun des nombreux colloques organisés à travers la France à la faveur du cinquantenaire des indépendances. Et pour cause : tous ces colloques organisés par l’Etat ou ses ramifications, s’employèrent à marteler comme une vérité absolue et incontestable le mensonge officiel, selon lequel les indépendances africaines furent arrachées par une Afrique avide de se séparer de la France. Le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » fut ainsi mis perpétuellement en avant, par des gens comme Benjamin Stora ou Catherine Coquery-Vidrovitch, alors même que les peuples subsahariens ne furent pas consultés, au prix d’ailleurs d’un véritable scandale constitutionnel, comme je l’ai expliqué dans un article (intitulé L’effarante Loi 60-525) qui fit, en 2008, l’effet d’une bombe dans les coulisses franco-africaines. L’effet d’une bombe dans les coulisses, mais totalement « pschitt » dans la presse française et sur le devant de la scène nationale et internationale, comme d’habitude.

En l’an 2013, il est révélateur que de prétendus « chercheurs » en réalité serviteurs du mensonge historique et de l’ordre établi tiennent le haut du pavé médiatique et politique, et que des empêcheurs de tourner en rond comme ma modeste personne soient tenus essentiellement sur la touche, muselés. Dans le même temps, les imposteurs, notamment les auteurs du rapport commandé puis mis en ligne par Matignon, sont grassement payés pour aligner les tartufferies et les inepties… Mon cas personnel est de peu d’importance. J’en fais ici état parce qu’il me semble révélateur du sort que l’ordre établi réserve à ses adversaires les plus déterminés. Ce qui, en revanche, m’apparaît beaucoup plus grave, et que je n’accepterai jamais, c’est qu’après l’immense martyre de l’Afrique francophone, de ses territoires merveilleux aux populations et aux civilisations souvent admirables, la France, notre pays magnifique et sublime, est en train d’en mourir à son tour. Assassiné par son Etat et ses superstructures aveugles.

Alexandre Gerbi