11 oct. 2011

Conséquences de l'éviction d'Arnaud Montebourg

« Le drame avec les pessimistes,
c’est qu’ils ont souvent raison... »






Conséquences de l’éviction

d’Arnaud Montebourg





par


Alexandre Gerbi






En définitive, Gilbert Comte avait vu juste : la montagne de la Primaire socialiste a accouché d’une souris à deux têtes.

On se frotte les yeux : François Hollande et Martine Aubry sont bel et bien les vainqueurs, haut la main, du premier tour de la primaire socialiste…

A la décharge des votants, les sondages ont évidemment pesé sur le scrutin, en désignant, de bout en bout, François Hollande et Martine Aubry comme vainqueurs obligatoires, mais aussi en sous-évaluant, et partant en bridant les chances du seul challenger crédible désigné par les urnes : Arnaud Montebourg. Car avec 17% des voix, le député de Saône-et-Loire arrive loin derrière les deux premiers mais loin devant les trois autres, y compris Ségolène Royal, reléguée à 7% dans les profondeurs du classement, alors que les instituts de sondages la plaçaient en troisième position…

Avec un score honorable, donc, compte tenu de sondages qui ne l’ont desservi et ont simultanément servi ses adversaires, Arnaud Montebourg n’en est pas moins éliminé. Espérons qu’il saura se servir de ce succès miniature pour instiller un zeste de couleur au grisâtre programme du ou de la prétendant(e) qui sera finalement désigné(e) candidat(e).

Reste un mystère : comment des millions d’électeurs théoriquement de gauche ont-ils pu se déplacer pour voter massivement en faveur de deux candidats bien peu de gauche et, de surcroît, au projet à ce point insipide ? Voilà qui est, en tout cas, très inquiétant pour l’avenir, quand le pays aurait tant besoin de lucidité pour enfin changer d’air…

En attendant…

En attendant, la victoire du binôme Hollande/Aubry arrange bien la droite.

Sarkozy peut se féliciter d’avoir à affronter des adversaires aussi ternes, apparatchiks caricaturaux qui sont, d’ailleurs, tous deux énarques… Dans ces conditions, le grand stratège de l’Elysée peut se prendre à rêver d’un scénario à la Chirac/Jospin en 2002 : à la faveur de l’effondrement d’un candidat socialiste couleur de muraille mis à nu dans sa sidérante vacuité au fil de la campagne présidentielle, Sarko peut désormais espérer se hisser au second tour grâce au matelas incompressible de la droite (aux alentours de 20% minimum), pour affronter… Marine Le Pen ! Et ainsi l’emporter finalement, avec le renfort d’une gauche goûtant une nouvelle fois les joies de la pince à linge…

Quant à Marine Le Pen, interrogée sur le résultat du premier tour de la primaire socialiste (dimanche 9 octobre, JT de 20 heures, France 2) elle s’est ouvertement réjouie de voir que la gauche, qu’elle rêve d’affronter, lui opposera un adversaire aussi semblable à Nicolas Sarkozy, c’est-à-dire totalement inféodé au Système de la mondialisation ultralibérale et antisociale qui exaspère les Français, quand cette exaspération est la force principale de la présidente du FN…

Sous ces angles désastreux pour la gauche et surtout pour le pays, resterait au Front de Gauche à tirer les marrons du feu : car l’intronisation de François Hollande ou de Martine Aubry candidat du PS ouvrira, dans tous les cas et de toute évidence, un boulevard à gauche.

Pour le PCF, le Parti de Gauche et leur représentant Jean-Luc Mélenchon, il s’agit, avec un programme ambitieux, courageux, novateur, alternatif, et pour tout dire révolutionnaire, de damer le pion à un PS plus droitisé et plus conformiste que jamais, afin de le remplacer au second tour. Pour affronter à sa place, en duel, Nicolas Sarkozy... ou Marine Le Pen ! Avec, dans les deux cas, de bonnes chances de l’emporter pour le candidat du Front de Gauche…

Seul problème : à sept mois de l'élection, ce programme reste en grande partie à écrire…



Alexandre Gerbi







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